Travail de nuit: des risques avérés, mais mal pris en compte
Sommeil, cancers, métabolisme, santé mentale… Les conséquences d’un rythme décalé sont de mieux en mieux connues.
«Il faut éviter le travail de nuit s’il n’est pas nécessaire: il est un toxique pour la santé, martèle le Pr Claude
Gronfier, chronobiologiste à l’Inserm. «La loi prévoit qu’il reste
exceptionnel. Mais il existe de nombreuses dérogations, ajoute le
chercheur, et on estime aujourd’hui que 15 à 20 % des gens font un
travail de nuit.» La pénibilité du travail de nuit est connue depuis
longtemps, et il doit en théorie être justifié par la nécessité
d’assurer la continuité de l’activité économique ou des services
d’utilité sociale, et prendre en compte les impératifs de protection de
la santé des travailleurs de nuit. Pourtant, le nombre de travailleurs
nocturnes a doublé en vingt ans, plus particulièrement chez les femmes, à
qui il était interdit jusqu’en 2001! Désormais, plus de deux tiers des
travailleurs ont des horaires atypiques, loin de la «semaine standard»
(une journée de huit heures entre 7 heures et 20 heures, avec un repos
méridien, sur cinq jours du lundi au vendredi, avec deux jours de repos
consécutifs), sur laquelle se basent encore la réglementation et les
mesures de protection.
Si le sommeil et la vigilance sont les premières victimes du travail
de nuit, de nombreuses études indiquent désormais un risque accru pour
certains cancers, ainsi qu’un risque plus élevé de syndrome métabolique.
L’impact sur la santé psychique d’une vie décalée et d’un sommeil en
difficulté est également régulièrement pointé du doigt.
L’Agence
nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement
et du travail (Anses) a ainsi confirmé, en juin 2016, les
observations de 2007 du Centre international pour la recherche sur le
cancer (Circ) et les recommandations de 2012 de la Haute Autorité de
santé (HAS). Dans son avis reprenant l’ensemble de la littérature
scientifique sur ces questions, l’Anses rappelait que le travail
posté/de nuit a un effet avéré sur la somnolence, le sommeil et la
survenue d’un syndrome métabolique et un effet probable sur la santé
psychique, les performances cognitives, l’obésité et la prise de poids,
le diabète de type 2, les maladies coronariennes et sur divers cancers.
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