dimanche 1 novembre 2015

Non, la bonne viande n'est pas cancérigène, c'est la barbaque industrielle qui l'est

Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des États Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre.


De temps en temps, des organismes autorisés s’autorisent à nous faire peur. Respect pour l’OMS, aux statistiques incontestables mais objectivement relatives. Donc le bifteck tue. Si l’on creuse un peu, la salade aussi, voire le fromage et pourquoi pas l’eau ? Tout dépend de ce que l’on mange, de comment on le mange, de combien on en mange et d’où ça vient. Mais il faudrait peut-être cesser de proclamer des contre vérités et des approximations comme s’il s’agissait d’évidences scientifiquement établies. Pour ce qui est de l’information publiée par Le Monde, le contenu du dossier sur la viande rouge mérite d’être rectifié à l’aune de nos réalités.
Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des Etats Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre. La ration moyenne du steack américain est de 400 à 500g, en France elle est de 100g. Leur viande rouge est riche en calories (500 ca pour 100g contre 200 ca de moyenne en France), avec un taux de lipides de 24% là-bas contre 4% chez nous. Nous ne mangeons pas la même chose.                 
L’Américain cuit sa viande à la flamme vive (grill, barbecue) provoquant la formation d’hydrocarbures polycycliques issus de la carbonisation des graisses et des protéines. Le Français, lui, déguste sa viande saignante, ou bleue, et parfois crue (tartare). Enfin, le cheptel américain est nourri au tourteau de soja OGM à haute dose (car cela engraisse rapidement l’animal) assorti d’hormones et de compléments alimentaires chargés de chimie.
Au delà de ces chiffres, tout dépend de la quantité de viande ingurgitée. Oui, nous consommons trop de viande, et, surtout, trop de mauvaise viande, mais cela n’est pas inéluctable. Avec un budget constant de 18€, au lieu d’acheter 6 fois un mauvais morceau de viande importé de loin à 3€, mieux vaut acheter un bon bifteck français à 6€ et manger autre chose les trois jours sans viande. Ainsi le consommateur doit-il s’enquérir de l’effet positif, ou négatif, de son achat, en vérifiant ce qui est marqué sur l’étiquette pour s’assurer que le produit en question préserve un système agricole équitable, l’environnement et la santé de l’individu. Idem pour la charcuterie. Le jambon et le saucisson de campagne sont innocents, la rillette aussi. Lisons. Manger c’est voter.
Quant aux viandes entrant dans les plats cuisinés industriels, il est urgent que le gouvernement obtienne de Bruxelles l’obligation de leur traçabilité afin que l’on sache enfin d’où provient le contenu du paquet. Une traçabilité, certes obligatoire sur la viande fraîche, mais toujours refusée par la Commission européenne sur les produits transformés, pour ne pas contrarier le marché néolibéral qui aime bien s’enrichir avec du cheval roumain dans les lasagnes au boeuf. Nous avons les meilleurs élevages et les meilleurs bouchers du monde, pourquoi succomber à la tentation de la malbouffe carnée que nous impose la grande distribution à tous ses échelons ?
Tant que Michel Edouard Leclerc et le géant agro-industriel Xavier Beulin, accessoirement patron de la Fnsea, maintiendrons leur alliance objective, la malbouffe aura de beaux jours devant elle. Rêvons que le programme agroecologique lancé par le ministre Stéphane le Foll et voté par le parlement en 2014 dans le cadre de la Loi d’avenir pour l’agriculture poursuive sa route jusqu’au rétablissement complet d’une rentabilité juste et propre dans nos campagnes. Notre paysannerie en a besoin pour que la France conserve une civilisation agricole florissante. Pour le reste, tout est affaire de bon sens et d’équilibre. L’entrecôte de vache française élevée à l’herbe ne tuera jamais personne et nos bouchers de proximité demeureront les plus précieux de nos artisans.

Périco Légasse, Marianne, 27/10/2015.

Charcuterie et viande rouge cancérigènes : 5 questions pour carnivore stressé

La charcuterie est désormais classée parmi les aliments "cancérogènes pour l'homme", et les viandes rouges sont "probablement cancérogènes". Doit-on devenir végétarien ? "L'Obs" répond à vos inquiétudes.

"Bon… eh bien pour moi, le jambon, c'est fini !" Le désarroi s'est emparé ce lundi 26 octobre des mangeurs de jambon, bacon et autres côtes de bœuf. En se basant sur plus de 800 études, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient en effet de classer la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents "cancérogènes pour l'homme", tandis que les viandes rouges (y compris le porc et le veau) ont été classées comme "probablement cancérogènes".
Parmi les cancers les plus fréquemment associés à la viande, figure le cancer colorectal et dans une moindre mesure les cancers de la prostate et du pancréas, préviennent les auteurs de l'étude.
Mais que faire alors ? Doit-on devenir végétarien ? Comment réduire les risques ? "L'Obs" tente de répondre à vos inquiétudes.

Rayon charcuterie (JOHN MACDOUGALL / AFP)
Rayon charcuterie (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Manger de la viande est-il aussi dangereux que fumer ou boire ?

C'est incomparable. Le fait de ranger les charcuteries et autres viandes transformées dans le groupe des agents qui sont causes de cancer, comme le tabac ou l'amiante, ne veut pas pour autant dire qu'ils sont aussi dangereux.
En effet, selon les estimations les plus récentes d'un organisme de recherche indépendant, 34.000 décès par cancer par an environ dans le monde seraient imputables à une alimentation riche en charcuteries, contre 1 million de décès par cancer et par an imputables au tabac (30 fois plus !), 600.000 à l'alcool ou encore… plus de 200.000 à la pollution atmosphérique.
Les auteurs de l'étude de l'OMS précisent ainsi qu'une personne qui mange beaucoup de viande a deux fois plus de "chance" de développer un cancer colorectal que les personnes qui ne mangent pas de viande. Mais, selon le Cancer Prevention and Control (CDC) américain, fumer est bien plus dangereux, puisque cela multiplie par 20 le risque de cancer.

Pourquoi la charcuterie et les viandes rouges sont-elles cancérigènes ?

"On ne sait pas encore bien comment la viande rouge et la viande transformée accroissent le risque de cancer", reconnaissent les auteurs du rapport, mais des présomptions pèsent sur le rôle du fer héminique, présent dans le sang, ainsi que sur les modes de cuisson à haute température.
Le nutritionniste Laurent Chevallier, joint par "l'Obs", enfonce le clou :
Plus la viande est grasse, plus le risque est grand."
Et ce, "notamment en raison des polluants lipophiles", des polluants qui se stockent dans la graisse.
Quant à la charcuterie, "c'est une viande transformée", explique le nutritionniste. "Elle contient des nitrates et nitrites, ajoutés en guise de conservateurs." Des additifs qui sont fortement suspectés d'accroître les risques de cancers, en particulier digestifs.

Doit-on devenir végétarien ?

L'étude ne préconise pas du tout d'en arriver à une telle extrémité. Les auteurs de l'évaluation relèvent ainsi que les régimes végétariens et les régimes carnés ont "des avantages et des inconvénients différents pour la santé". La viande, rappellent-ils, fournit des protéines, du fer, du zinc et des vitamines B.
"Cela ne signifie pas que vous devez arrêter de manger de la viande rouge ou transformée. Mais si vous en mangez beaucoup, vous devriez peut-être penser à réduire", résume ainsi le Pr Tim Key, un épidémiologiste au centre britannique de recherche sur le cancer.

(...)
 
Le Nouvel Observateur,  27/10/2015.
Lire l'article dans sa globalité : http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20151026.OBS8354/charcuterie-et-viande-rouge-cancerigenes-5-questions-pour-carnivore-stresse.html