"Le cancer pourrait tuer 5,5 millions de femmes chaque année en 2030", affirme la Société américaine du cancer. Un chiffre inquiétant qu’il faut néanmoins replacer dans un contexte mondial d’une population croissante, vieillissante et avec un allongement de l’espérance de vie des femmes, précise le Docteur Jérôme Viguier, directeur du Pôle Santé publique et Soin de l'Institut national du cancer.
Ces projections ont été publiées par la Société américaine du cancer (ACS). Elles tablent sur une augmentation importante du nombre de cancers entre 2012 et 2030. Les résultats de projections, qui par essence sont basés sur de nombreuses hypothèses, doivent toujours être considérés avec une certaine prudence. Il y a une très grande hétérogénéité entre les différents pays sur le poids des différents cancers, sur la variation de leur fréquence dans le temps.
Les estimations sont basées sur des données dont la qualité et l’exhaustivité ne sont pas équivalentes. De plus, les projections à 20 ans sont impactées par les politiques de prévention de dépistage des cancers mises en place selon les pays, ainsi que par les ressources mobilisables pour le traitement. Ainsi, les pronostics se trompent parfois. Faits à un jour J, ils ont tendance à prévoir une courbe d’évolution régulière sur la durée. En réalité, c’est rarement le cas en ce qui concerne cette maladie.
Le risque de développer un cancer baisse
Au-delà des limites des projections, il faut absolument considérer dans ces chiffres la part mécanique de cette augmentation du nombre de cancers.
En effet, la conjonction de l’augmentation de la population mondiale et de son vieillissement, lié à l’augmentation globale de l’espérance de vie, fait que la population dans la tranche d’âge où se développent la plupart des cancers est de plus en plus importante.
Ainsi, si le nombre de femmes qui développent ou qui meurent d’un cancer augmente, c’est en grande partie parce que leur nombre sur la planète augmente et qu’elles ont tendance à vivre de plus en plus longtemps. Et comme on le sait : le cancer est davantage une maladie de deuxième partie de vie. Cependant, chaque femme a en réalité moins de risques d’avoir un cancer du sein aujourd’hui qu’il y a dix ans. Ce sera toujours le cas en 2030. Un chiffre seul ne veut rien dire.
Ces raisons mécaniques expliquent en grande partie cette augmentation annoncée des cas et par conséquence des décès par cancer chez les femmes. D’autres causes, notamment les évolutions sociétales, participent à cette évolution. En effet, il ne faut pas oublier que jusqu’à 40% des cancers pourraient être évités en modifiant nos comportements. Un chiffre intéressant à connaître. Ainsi, le tabac, l’alcool, la mauvaise alimentation et le manque d’activité physique sont des facteurs générateurs de cancers dans . Il est donc fondamental pour les pouvoirs publics de continuer et de renforcer le travail de prévention dans le monde entier. En France, 30% de la population fume… Nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
