vendredi 27 octobre 2017

UE. Sur le travail détaché, Macron rate son rendez-vous pour changer l’Europe

Le président de la République tente d’afficher sa détermination à lutter contre le dumping social. Mais, derrière la mise en scène, la racine du mal reste en l’état, à l’issue d’une réunion tendue, hier, à Luxembourg des 28 ministres de l’Emploi.


Beaucoup de bruit pour rien ? Depuis son élection, Emmanuel Macron en a fait son cheval de bataille, et un test de sa capacité à orienter l’action de l’Union européenne vers la lutte contre le dumping social. Alors que hier en début de soirée, d’âpres discussions entre les ministres de l’Emploi des 28 États membres se poursuivaient à Luxembourg autour de la révision de la directive sur le travail détaché, il était à peu près sûr que le pari du président de la République était perdu. Non seulement car plusieurs pays continuaient de s’opposer au texte sur les points mis en avant par la France, mais surtout parce qu’il aura fait tourner les débats sur des détails sans jamais attaquer à la racine du mal…

 

La France a décidé de porter le fer sur la durée des détachements

 

Derrière la mise en scène, la proposition de la Commission, émise il y a bientôt deux ans et approuvée dans son ensemble par Emmanuel Macron, avec juste quelques retouches, change un principe fondamental du détachement : au nom de l’égalité – « un même salaire pour un même emploi » –, la rémunération du travailleur détaché ne sera plus fixée sur le salaire minimum, mais sur les conditions de ses collègues sur le même poste dans le pays d’accueil. Les primes, comme le 13e mois, par exemple, devront lui être versées. Les travailleurs bénéficient de plein droit des accords collectifs en vigueur sur leur lieu de travail. Les patrons ne pourront plus prélever sur les salaires le coût du voyage et de l’hébergement. « On passe du salaire minimum à une rémunération égale, se félicite José Vieira da Silva, le ministre portugais du Travail. Le détachement ne sera plus jamais utilisé comme un moyen de concurrence déloyale ou d’exploitation des travailleurs. » Pourtant, dans le fond, la révision de la directive, toujours en discussion à l’heure où ces lignes étaient écrites, ne change pas le point cardinal du détachement : les cotisations sociales demeurent, elles, calculées sur la base des taux en vigueur dans le pays d’origine. Ce qui laisse demeurer au cœur du mécanisme tous les risques de dumping social dans l’Union européenne avec des écarts de cotisations et de couvertures sociales très importants d’un État à l’autre.

La France a, elle, décidé de porter le fer sur la durée des détachements. Dans la proposition de la Commission, ils sont limités à 24 mois, mais Macron a choisi de démontrer son ambition sur cet aspect, réclamant une limitation à 12 mois et entraînant dans son sillage l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Mais comme le lui disent depuis des mois les syndicats, CES en tête, cette fixation est tout à fait déplacée, alors qu’elle risque de servir de prétexte pour faire capoter tout accord – la proposition d’une limitation à 20 mois faite par la présidence estonienne du Conseil européen a été rejetée par tout le monde : variant d’un pays à l’autre (de moins d’un mois à 200 jours), la durée moyenne de travail détaché ne dépasse pas, dans les faits, les 98 jours, selon une étude réalisée en décembre 2016 pour le compte de la Commission européenne.

Dans ce contexte, la France, représentée hier par Muriel Pénicaud, peine à convaincre sur des éléments autrement plus déterminants comme l’application de la directive dans le secteur des transports routiers, un segment crucial de la concurrence sauvage dans l’UE, et de nombreux États, comme l’Espagne en particulier, mais aussi les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), entendent sortir les routiers du champ de la révision de la directive. Une solution « de compromis » se dessine : dans l’attente de l’examen d’une autre directive spécifique sur le sujet, il s’agirait de laisser les routiers sous le régime actuel. Encore une grande réussite en perspective pour Emmanuel Macron.

L'Humanité, 24/10/2017.

Info + : directive européenne sur le travail détaché

mercredi 25 octobre 2017

Le travail détaché en quatre questions

Le détachement des travailleurs, qui permet à des Européens de travailler dans un autre pays de l’Union européenne que le leur, était au cœur de l’accord trouvé par les États de l’Union européenne, lundi 23 octobre au soir.



► Qu’est ce qu’un travailleur détaché ?

Un travailleur détaché est un ressortissant de l’Union européenne (UE) envoyé par son entreprise dans un autre État membre pour y fournir un service à titre temporaire.
Selon la directive européenne de 1996, que la Commission européenne a proposé de réformer en mars 2016, le travailleur doit au moins être payé au salaire minimum du pays d’accueil, mais continue de payer les cotisations sociales dans son pays d’origine.
Le nombre de travailleurs détachés a augmenté de près de 45 % entre 2010 et 2014, selon les plus récentes statistiques de l’UE. On dénombrait 1,3 million de détachements dans l’Union en 2010, contre 1,7 million en 2013 et 1,9 million en 2014. Un détachement dure en moyenne quatre mois.
Au total, les travailleurs détachés ne représentent que 0,7 % du nombre total d’emplois dans l’Union.

► Où travaillent-ils ?

Certains secteurs et certains États membres présentent une plus forte concentration de détachements que d’autres.
Le secteur de la construction regroupe à lui seul 43,7 % du nombre total de détachements, bien que son recours soit également important dans l’industrie manufacturière (21,8 %), les services liés à l’éducation, à la santé et à l’action sociale (13,5 %) et les services aux entreprises (10,3 %), selon des chiffres de la Commission européenne.
L’Allemagne, la France et la Belgique sont les trois États membres qui attirent le plus de travailleurs détachés, puisqu’ils reçoivent à eux tous environ 50 % de l’ensemble des travailleurs accueillis dans le cadre d’un détachement. Parallèlement, la Pologne, l’Allemagne et la France sont les trois États membres qui détachent le plus de travailleurs.



 La Croix avec AFP, 24/10/2017.  




mardi 29 août 2017

Que contient la directive européenne sur les travailleurs détachés ?

En déplacement en Europe centrale, Emmanuel Macron a critiqué le mécanisme, accusé de favoriser le « dumping social ».


« Une trahison de l’esprit européen » : c’est en ces termes forts qu’Emmanuel Macron a critiqué mercredi l’application actuelle de la directive sur le travail détaché en Europe, qu’il accuse de favoriser le « dumping social », c’est-à-dire de détourner le droit et d’instaurer une concurrence déloyale entre les salariés des différents pays.
Le président français s’exprimait mercredi 23 août à Salzbourg, en Autriche, première étape de sa tournée en Europe centrale, qui passera par la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie. Ces quatre pays refusent de réviser la directive qui permet la libre circulation des travailleurs de l’Union européenne (UE). Explications.

Qu’est-ce qu’un travailleur détaché ?


La directive européenne concernant le détachement de travailleurs remonte à 1996 et est censée contribuer au développement du marché intérieur de l’UE en facilitant la circulation de la main-d’œuvre.
L’article 2 du texte définit le travailleur détaché comme « tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d’un Etat membre autre que l’Etat sur le territoire duquel il travaille habituellement ». Attention, donc, à ne pas confondre ces salariés avec les ressortissants d’un Etat membre qui s’installent durablement dans un autre pays et y cherchent un emploi, sans être salarié d’une entreprise de leur pays d’origine au préalable.
Le texte prévoit trois cas de figure de travail « transnational » :
  1. Un employé envoyé dans un autre pays dans le cadre d’« un contrat conclu entre l’entreprise d’envoi et le destinataire de la prestation de services opérant dans cet Etat membre » ;
  2. Un salarié détaché dans un autre pays « dans un établissement ou dans une entreprise appartenant au groupe » ;
  3. Un travailleur intérimaire détaché à « une entreprise utilisatrice établie ou exerçant son activité sur le territoire d’un Etat membre ».
Dans les trois cas, il est expliqué qu’une « relation de travail entre l’entreprise d’envoi et le travailleur pendant la période de détachement » doit subsister.

Que prévoit la directive pour ces salariés ?


Les conditions de travail de ces salariés doivent respecter la législation du pays dans lequel ils sont détachés. C’est notamment le cas pour le salaire minimal, mais aussi pour la durée minimale des congés payés, les périodes maximales de travail, les conditions de sécurité, etc.
En revanche, une entreprise qui détache une personne continue de payer les cotisations sociales dans le pays où celui-ci est employé habituellement. Concrètement, cela veut dire qu’une entreprise polonaise qui envoie temporairement des salariés en France dans le cadre d’un contrat doit les payer au salaire français, mais s’acquitte des cotisations sociales polonaises.
Pourquoi cette directive est-elle critiquée ?
Après l’Allemagne, la France est l’un des pays les plus concernés par le travail détaché au sein de l’UE. Plus de 285 000 salariés y ont été déclarés à ce titre en 2015 (+ 25 % par rapport à 2014), selon le ministère du travail. Ils venaient principalement de Pologne (48 800 salariés), du Portugal (44 400), d’Espagne (35 200) et de Roumanie (30 600). La plupart travaillent dans des secteurs en tension, comme le bâtiment, les transports ou l’hôtellerie-restauration.
Le développement de cette pratique au cours des vingt dernières années fait que la directive sur les travailleurs détachés est régulièrement accusée de favoriser le dumping social, auquel elle est pourtant censée donner un cadre. En effet, même si une entreprise paye ses employés au salaire minimal français, les coûts de main-d’œuvre sont tirés vers le bas, tant l’écart est fort entre le niveau de cotisations sociales en France (autour de 45 %) et celui de pays comme la Roumanie (13 %) et la Slovénie (21 %).
Par ailleurs, le système de travailleurs détachés alimente une série de fraudes, détaillées dans un rapport parlementaire de mai 2013 :
  • la non-déclaration des salariés ;
  • le contournement des règles en vigueur (non-respect du salaire minimal, de la durée légale du travail…) ;
  • l’apparition de montages pour contourner l’esprit de la loi, par exemple avec des entreprises « coquilles vides » ou « boîte aux lettres », qui n’exercent aucune activité réelle dans le pays d’origine, mais « détachent » des salariés à l’étranger.

Quelles réformes sont envisagées ?


Alertée des dérives par la France, l’Allemagne et la Belgique, la Commission européenne avait présenté, en mars 2016, un projet de révision de la directive de 1996. L’objectif était de garantir que les travailleurs détachés soient payés non pas au salaire minimal du pays où ils exercent, mais à un niveau de rémunération équivalent à leurs collègues, en fonction de leurs compétences (y compris primes, 13e mois, etc.).
Mais ce texte avait été rapidement rejeté par onze pays, principalement d’Europe centrale ou de l’Est (Pologne, Bulgarie, Hongrie, Croatie, République tchèque, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie, Danemark), qui dénoncent une tentative de protectionnisme.
Les discussions et tractations entre Etats membres se sont poursuivies durant plus d’un an, jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron propose, en juin 2017, une nouvelle révision du texte, dans le sens d’un durcissement. La France demande en effet que le détachement soit limité à une durée de douze mois (contre vingt-quatre actuellement) et que la lutte contre les sociétés « boîte aux lettres » soit renforcée, avec davantage de coopération européenne contre les fraudes.
Si le président français milite pour une révision ambitieuse du travail détaché, il n’a pas intérêt à abroger la directive. En effet, la France se classe au troisième rang des pays européens qui détachent le plus de travailleurs à l’étranger. Selon un document de la CNLTI daté de 2015, 200 000 Français travaillent ponctuellement dans d’autres Etats de l’Union.

Le Monde, 23/08/2017.

mardi 22 août 2017

« Travailleur détaché » : qu’est ce que c’est ?

Le président de la République a entamé mercredi 23 août une tournée en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie, afin de promouvoir un durcissement de la circulaire sur les travailleurs détachés en Europe.

Régis par une directive datée de 1996, les travailleurs détachés demeurent un sujet de controverses, dont la pratique est entachée de multiples irrégularités.

La Croix.
Article intégral en ligne : http://www.la-croix.com