mercredi 4 mai 2016

Refondation de l’école : 3 ans après, qu'est-ce qui a changé ?

Le ministère de l’Éducation organise les 2 et 3 mai à Paris un "point d’étape" de la mise en œuvre de sa loi de 2013. Évaluation trois ans après son adoption.

L'opération de communication a été soigneusement planifiée. 2000 invités, 70 intervenants, 6 ateliers, 4 plénières, 3 "grands débats", deux anciens ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon et Benoît Hamon, une ministre en exercice, Najat Vallaud-Belkacem, et la participation en "guest-stars" du président de la République et du Premier ministre. Tous réunis les 2 et 3 mai entre les imposantes colonnes du palais Brongniart, à Paris, pour dresser un "bilan d’étape" des réformes éducatives du quinquennat Hollande.
Un bilan qui n’aura sans doute rien de contradictoire, au grand regret de plusieurs syndicats d’enseignants : Jean-Remi Girard, vice-président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), dénonce des débats "dont 98% des participants partagent le même point de vue", quand Roland Hubert, secrétaire général du Snes, évoque "un plan com qui ne convaincra personne, sauf ceux qui sont déjà convaincus"...
Mais, au delà de la polémique suscitée par l’organisation de cette "opération séduction" des enseignants à un an de la présidentielle, que reste-t-il sur le terrain des réformes portées par les trois ministres de l’Education nationale successifs ? Le point sur quatre sujets sensibles : la formation et le recrutement des enseignants, l’éducation prioritaire, le plan numérique, et la réforme du collège.

Plus d'enseignants
(un peu) mieux payés

Nicolas Sarkozy avait supprimé les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), François Hollande, conformément à ses promesses électorales, a rétabli la formation initiale des professeurs. Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé) ont ouvert à la rentrée 2013, et forment en deux ans les futurs enseignants, avec cours théoriques et stages dans les établissements scolaires. Mais beaucoup de ces aspirants-professeurs déplorent notamment un manque de formation concrète à la tenue de classe. Vieux reproche déjà fait par le passé aux IUFM. "Tout change, rien ne change", résume le Snalc.

Autre promesse du candidat Hollande : la création de 60.000 postes d’enseignants, supprimés lors du quinquennat précédent. Lors de la dernière rentrée scolaire, la rue de Grenelle annonçait que 35.200 de ces postes avaient été créés depuis 2012, un chiffre qui montera à 47.000 à la rentrée 2016. Des postes supplémentaires pour améliorer le remplacement des enseignants absents, développer l’accueil des enfants de moins de trois ans, mais aussi assurer la mise en place progressive du dispositif "plus de maîtres que de classes" dans le primaire. Las… Sur les 7.000 postes dévolus à ce seul objectif, seulement 2.270 ont effectivement été créés à la rentrée 2015. Mais "l’objectif des 60.000 sera tenu d’ici à 2017", a redit François Hollande lundi soir au Palais Brongniart.



Côté hausse des rémunérations, autre revendication historique des syndicats de professeurs, le premier ministre Manuel Valls devrait annoncer mardi une revalorisation de 800 euros de la prime annuelle des enseignants du 1er degré, pour la porter au niveau de celle de leurs collègues du second degré, soit 1.200 euros. Pas sûr que ce petit coup de pouce suffise à redonner envie aux enseignants de voter à gauche lors de la prochaine présidentielle.

La nouvelle carte de l’éducation prioritaire

La "Refondation de l’école" initiée en 2012 par Vincent Peillon reposait sur le constat, partagé par tous les acteurs du monde éducatif, que la réussite scolaire en France reste fortement conditionnée par l’origine sociale des élèves. D’où la nécessité d’investir davantage dans les établissements qui accueillent le plus de jeunes issus de milieux défavorisés. La répartition des moyens de l'éducation prioritaire a donc été revue, en 2014, avec une révision de l’ancienne carte des ZEP (zones d’éducation prioritaire). 350 collèges ont été labellisés "REP+" avec à la clé une réduction du temps de service des enseignants qui y travaillent, et davantage de jours de formation. Mais le problème du fort taux de turn-over dans les établissements difficiles reste entier.

Lire l'article dans sa globalité sur le site de L'obs, 03/05/2016 :   http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160503.OBS9715/refondation-de-l-ecole-3-ans-apres-qu-est-ce-qui-a-change.html

vendredi 26 décembre 2014

2014 en dix graphiques

Avant que ne s'éteigne 2014, les Décodeurs vous proposent de rembobiner l'année à travers dix datavisualisations.
Nous avons choisi de trier ces tendances ou ces actualités par rapport à un prisme français, éventuellement européen.

Parmi les thèmes traités par les graphiques détaillés du Monde :
  • Le nombre de morts liées au sida dans le monde poursuit sa décrue
  • La compétitivité tricolore s'est maintenue après quatre années de recul
  • Ebola : plus de 6000 morts en en dix mois
  • 2014 en passe d'être l'année la plus chaude jamais enregistrée
  • Le bilan incertain du conflit syrien
  • La croissance de la France et de l'Allemagne toujours atone
  • Le chômage continue d'augmenter dans l'hexagone
  • La France est la deuxième démographie la plus dynamique d'Europe
  • La féminisation du Parlement poursuit sa (lente) marche 
  • La baisse du cours du pétrole allège la facture énergétique des pays importateurs (dont la France)
      
     
    Les décodeurs, journalistes au Monde, 24/12/2014.
 

mardi 23 septembre 2014

La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»

INTERVIEW – Jean Baubérot, historien et sociologue, est un grand spécialiste de la laïcité. Il dresse un bilan critique des dix ans de la loi sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école...

 

Adoptée dans un climat passionnel le 15 mars 2004, la loi sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école aura dix ans samedi. Jean Baubérot, professeur émérite de la chaire «Histoire et sociologie de la laïcité» à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, faisait partie de la Commission Stasi, la commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité, dont le rapport a permis l'élaboration de la loi. A l’époque, il est le seul membre à s’être abstenu de voter ce rapport. Dix ans après, il explique pourquoi, à ses yeux, cette loi n’est pas bonne.

Quel bilan faites-vous de la loi ?

 

La commission Stasi avait fait beaucoup de propositions sur la lutte contre les discriminations, qui n’ont pas été retenues. La loi [adoptée sous Jacques Chirac] a entraîné l’exclusion de jeunes filles de collèges et lycées publics. Elles ont été déscolarisées ou ont dû suivre un enseignement à distance, qui les a désocialisées, ou alors elles sont allées dans le privé – ce qui est paradoxal pour une loi dite de laïcité.

Nicolas Sarkozy est allé encore plus loin. La circulaire Chatel de 2012 interdit aux mères de famille de porter le foulard lors des sorties scolaires, ce qui n’était absolument pas prévu par la loi. Le conseil d’Etat est ensuite revenu dessus, mais la circulaire n’a curieusement pas été abrogée [en décembre, le conseil d’Etat a estimé que les mères voilées accompagnant des sorties scolaires n’étaient pas soumises, par principe, à la neutralité religieuse, tout en laissant «l’autorité compétente» libre de leur demander de ne pas porter de signes religieux pour le «bon fonctionnement du service public de l'éducation», ndlr].

Au final, les problèmes n’ont pas été réglés par cette loi et l’aspect sur la lutte contre les discriminations n’a pas été mis en œuvre.