mardi 23 septembre 2014

La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»

INTERVIEW – Jean Baubérot, historien et sociologue, est un grand spécialiste de la laïcité. Il dresse un bilan critique des dix ans de la loi sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école...

 

Adoptée dans un climat passionnel le 15 mars 2004, la loi sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école aura dix ans samedi. Jean Baubérot, professeur émérite de la chaire «Histoire et sociologie de la laïcité» à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, faisait partie de la Commission Stasi, la commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité, dont le rapport a permis l'élaboration de la loi. A l’époque, il est le seul membre à s’être abstenu de voter ce rapport. Dix ans après, il explique pourquoi, à ses yeux, cette loi n’est pas bonne.

Quel bilan faites-vous de la loi ?

 

La commission Stasi avait fait beaucoup de propositions sur la lutte contre les discriminations, qui n’ont pas été retenues. La loi [adoptée sous Jacques Chirac] a entraîné l’exclusion de jeunes filles de collèges et lycées publics. Elles ont été déscolarisées ou ont dû suivre un enseignement à distance, qui les a désocialisées, ou alors elles sont allées dans le privé – ce qui est paradoxal pour une loi dite de laïcité.

Nicolas Sarkozy est allé encore plus loin. La circulaire Chatel de 2012 interdit aux mères de famille de porter le foulard lors des sorties scolaires, ce qui n’était absolument pas prévu par la loi. Le conseil d’Etat est ensuite revenu dessus, mais la circulaire n’a curieusement pas été abrogée [en décembre, le conseil d’Etat a estimé que les mères voilées accompagnant des sorties scolaires n’étaient pas soumises, par principe, à la neutralité religieuse, tout en laissant «l’autorité compétente» libre de leur demander de ne pas porter de signes religieux pour le «bon fonctionnement du service public de l'éducation», ndlr].

Au final, les problèmes n’ont pas été réglés par cette loi et l’aspect sur la lutte contre les discriminations n’a pas été mis en œuvre.