vendredi 2 juin 2017

Fumer est de plus en plus un marqueur social

Le pourcentage de fumeurs s’est accru chez les Français à faibles revenus et a baissé dans la population à haut niveau de revenus entre 2010 et 2016.


Fumer est de plus en plus un signe d’appartenance sociale. Entre 2010 et 2016, le pourcentage de fumeurs quotidiens a continué d’augmenter chez les Français à faibles revenus, passant de 35,2 % à 37,5 % de cette catégorie sociale. A l’inverse, chez les Français à haut niveau de revenus, cette proportion est passée de 23,5 % à 20,9 % en six ans.
Cet accroissement des inégalités sociales est l’un des enseignements du Baromètre santé 2016 sur le tabac publié mardi 30 mai par Santé publique France. L’étude, construite à partir d’une enquête téléphonique menée du 8 janvier au 1er août 2016 auprès d’un échantillon représentatif de plus de 15 000 personnes âgées de 15 à 75 ans, a été réalisée avant la hausse du remboursement des substituts nicotiniques en octobre 2016 et la généralisation du paquet de cigarettes neutre chez les buralistes, le 1er janvier 2017.
Lire aussi :   Les ventes de cigarettes remontent malgré l’arrivée du paquet neutre
Pour expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées, l’agence sanitaire avance, pêle-mêle, « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ».

Entre 2010 et 2016, le pourcentage de fumeurs quotidiens a continué d’augmenter chez les Français à faibles revenus.

Un tiers de fumeurs en France

Après une baisse entre 2000 et 2005, puis une hausse entre 2005 et 2010, le Baromètre montre par ailleurs une stabilité globale des chiffres de consommation de tabac. En 2016, 28,7 % des Français fumaient quotidiennement, contre 29,1 % en 2010. En ajoutant les 5,8 % de fumeurs occasionnels, la France compte un peu plus d’un tiers de fumeurs (34,5 %). Un pourcentage élevé qui la place parmi les pires pays occidentaux. L’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas affichent un quart de fumeurs, l’Italie et la Grande-Bretagne un cinquième, et les Etats-Unis et l’Australie, seulement 15 %.
Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est dit prêt à un paquet de cigarettes à 10 euros (il est aujourd’hui à 7), voyant dans ce prix « une frontière symbolique, (…) significative et dissuasive ». Cette hausse, ardemment réclamée par les associations de lutte contre le tabagisme, est combattue par les buralistes qui y voient le risque d’un accroissement de la contrebande de tabac.

« Essoufflement du développement de l’e-cigarette »

Autre enseignement du Baromètre santé : la baisse du nombre d’utilisateurs d’e-cigarette. En 2016, 3,3 % des personnes entre 15 et 75 ans utilisaient une cigarette électronique, dont 2,5 % chaque jour, contre respectivement 5,9 % et 2,9 % en 2014. Cette baisse est jugée « significative » chez les 15-24 ans : seuls 1,2 % vapotaient quotidiennement début 2016 contre 2,1 % deux ans plus tôt. Pour Santé publique France, cela « peut être interprété comme un phénomène de mode qui a tendance à s’estomper ».
« Le produit n’attire pas de nouveaux consommateurs », relèvent les auteurs de l’étude, qui parlent d’un « essoufflement du développement de l’e-cigarette ». Constatant que la part des ex-fumeurs est en augmentation parmi les vapoteurs quotidiens (41,2 % en 2016 contre 23,1 % en 2014), les experts de Santé publique France estiment que « si l’e-cigarette apparaît comme une aide à l’arrêt du tabac pour une partie des fumeurs, elle semble donc progressivement abandonnée par ceux qui n’arrivent pas à arrêter de fumer et qui reviennent à une consommation exclusive de cigarettes ».

Le Monde, 30/05/2017.

jeudi 25 septembre 2014

La cigarette électronique bientôt interdite dans les lieux de travail collectifs

ENCADRER pour éviter la " renormalisation " du geste de fumer, tout en évitant d'aller trop loin tant l'e-cigarette est devenue un outil de réduction de la consommation de tabac : l'exercice avait tout du casse-tête pour les autorités sanitaires. Dans le plan anti-tabac dévoilé par la ministre de la santé jeudi 25 septembre, le gouvernement a finalement décidé d'interdire le vapotage dans certains lieux publics. Ce pour quoi plaidait Marisol Touraine depuis plus d'un an.

 

A l'avenir, il ne sera plus possible de vapoter dans les établissements accueillant des mineurs, dans les transports collectifs ou dans les espaces clos collectifs de travail. Ne sont pas mentionnés les cafés et restaurants. Pour déterminer les lieux concernés, le gouvernement s'est rangé à l'avis du Conseil d'Etat d'octobre 2013, qui n'avait pas été publié.
Dans les transports, la SNCF et la RATP avaient déjà interdit de vapoter. Les restrictions à l'utilisation de l'e-cigarette sur le lieu de travail étaient jusqu'à présent à géométrie variable. Les établissements publics devaient prendre un arrêté spécifique s'ils souhaitaient interdire le vapotage et chaque entreprise pouvait mettre en place sa propre réglementation.
" Croisade hygiéniste "
Pour le ministère, il était nécessaire de " clarifier la situation ". Face au manque de recul sur la nocivité éventuelle de l'e-cigarette, le ministère de la santé admet qu'" il vaut mieux vapoter que fumer " et que " tout ce qui peut aider les fumeurs à arrêter est bon à prendre ".
Il justifie l'interdiction dans certains lieux publics par le fait que " l'utilisation de la cigarette électronique dans des lieux publics tend à banaliser l'attitude du fumeur ". Autre argument : éviter que la e-cigarette ne devienne une " porte d'entrée vers le tabagisme " pour les jeunes. Face à la menace d'une telle interdiction, les associations d'utilisateurs d'e-cigarette avaient dénoncé une " croisade hygiéniste " du ministère.
Par ailleurs, la publicité sera d'abord limitée, puis interdite hors des lieux de vente le 20 mai 2016, ainsi que le prévoit la directive européenne adoptée en avril.

François Béguin
Article publié dans le journal Le Monde du 26 septembre 2014.