mercredi 18 novembre 2020

L’accès universel à l’eau et à l’hygiène, un objectif encore lointain

Près de 2 milliards de personnes dans le monde sont toujours privées d’installations sanitaires élémentaires, alerte l’ONU à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes.

En pleine pandémie mondiale, les « gestes barrières » contre la propagation du Covid-19 restent hors de portée d’une bonne partie de l’humanité. Trois milliards de personnes ne peuvent se laver les mains chez elles faute d’installation ; 1,4 milliard n’ont aucun accès ni à l’eau ni au savon.

Dix ans après avoir reconnu l’eau potable et l’assainissement comme un droit humain fondamental, l’Organisation des Nations unies écrit dans un rapport publié jeudi 19 novembre, à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes, qu’« au rythme actuel des progrès, l’assainissement pour tous ne sera pas une réalité avant le vingt-deuxième siècle ». Un accès universel à l’eau et à l’hygiène en 2030, comme les Etats s’en sont pourtant fixé l’objectif, est encore très loin.

Selon les chiffres de 2017 (les derniers actualisés), ce chantier reste gigantesque. En effet, 2 milliards de personnes restent privées d’installations sanitaires élémentaires (toilettes avec chasse d’eau, fosses septiques, etc.) ; 4,2 milliards d’individus – près de deux personnes sur trois dans le monde –, vivent sans pouvoir utiliser de W.-C., latrines ou n’importe quel équipement relié à une forme de traitement des déchets ; 673 millions défèquent encore en plein air.

Sous-financement chronique

D’autres indicateurs interpellent dans ce rapport qui se veut « un appel urgent à transformer l’assainissement pour améliorer la santé, l’environnement, les économies et les sociétés ». Ainsi, dans le monde, 367 millions d’enfants fréquentent des écoles qui n’ont pas de toilettes. Plus de 10 % des établissements de soins sont dans le même cas, ce qui incite les femmes à ne pas venir accoucher dans ces structures. Quant aux dizaines de millions de réfugiés et déplacés de force, ils sont à peine un tiers (32 %) à disposer d’un assainissement de base.

Les conséquences pour la santé humaine et pour l’environnement sont exorbitantes. Chaque année, 830 000 personnes meurent de maladies hydriques qui pourraient être évitées comme le choléra, la diarrhée, la dysenterie, l’hépatite A… La croissance démographique explique partiellement ce manque de progrès nets. Mais si cette question essentielle ne progresse que bien lentement, c’est aussi parce que le secteur souffre de sous-financement chronique.

« Selon la Banque mondiale, il faudrait débourser 115 milliards d’euros par an entre 2015 et 2030 pour parvenir à un accès universel à l’eau et à l’assainissement, autrement dit, il faudrait multiplier par trois les investissements actuels », indique Céline Robert, responsable de la division eau et assainissement à l’Agence française de développement (AFD). Selon elle, il est difficile de mobiliser des investisseurs dans ce domaine :

« L’eau est un secteur à risques faibles mais à rentabilité faible aussi et de très long terme. L’énergie par exemple est bien plus rentable financièrement. Pourtant investir un euro dans l’eau a un effet d’entraînement sept fois supérieur en développement, en maladies évitées, environnement amélioré… »

Les besoins sont énormes. L’AFD a par exemple participé au cofinancement international de 16 millions d’euros de la station d’épuration de Beit Lahiya, située au nord de la bande de Gaza. Celle-ci reçoit les eaux usées de 250 000 habitants, soit trois fois sa capacité avant les travaux d’agrandissement. Il lui est arrivé de déborder au point de former un lac de 30 hectares, contaminant la nappe phréatique.

(...)

Source : Le Monde.fr, 19/11/2020.
Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr

jeudi 22 octobre 2015

TVA sur les tampons : qu’est-ce qu’un « produit de première nécessité » ?

Il n’y aura pas de baisse des prix pour les protections hygiéniques féminines en France, actuellement taxées à 20 %, taux qu’un amendement, porté par la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, voulait ramener à 5,5 %. Les députés ont rejeté ce texte, pourtant accepté en commission. Le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert, a expliqué que le gouvernement ne souhaite aucun mouvement sur les taux pour l’instant, en faisant valoir que la TVA à 20 % est également « appliquée aux mousses à raser pour les hommes ».


1. Les trois taux de TVA

La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) frappe tout produit ou service acheté en France. C’est la principale source de revenus de l’Etat, auquel elle devrait rapporter une manne de 193 milliards d’euros d’après le projet de loi de finances pour 2016.
Le taux de TVA « normal » s’élève, en France, à 20 %. Mais il existe en fait trois taux : 5,5 % (réduit), 10 % (intermédiaire) et 20 %, plus un taux particulier à 2,1 %. La différence tient au bien ou service vendu.
- Le taux normal de 20 % s’applique par défaut
- Le taux à 10 % touche divers domaines :
  • produits agricoles non transformés,
  • alimentation animale et produits à usage agricole,
  • transports de voyageurs,
  • travaux d’amélioration des logements,
  • musées, zoo, etc.
  • certains médicaments non remboursés
  • certains restaurants
- Le taux à 5,5 %, dit « réduit », concerne, en théorie, les produits de première nécessité :
  • eau et boissons sans alcool, produits alimentaires (avec quatre exceptions : caviar, margarine, graisses végétales, chocolat…)
  • appareillages spécialisés pour les handicapés ou les personnes souffrant de maladies chroniques (diabète par exemple)
  • les livres
  • les abonnements énergétiques
  • les maisons de retraite et les prestations de santé pour les handicapés et personnes âgées dépendantes
  • les cantines scolaires
  • certains spectacles vivants
  • le cinéma
  • les œuvres d’art
  • certaines constructions et équipements
  • les préservatifs masculins et féminins
  • certains restaurants
- Le taux à 2,1 % s’applique à quelques éléments seulement :
  • médicaments remboursés et produits sanguins
  • restauration en Corse, Guadeloupe, Martinique, Réunion
  • publications de presse
  • vente d’animaux vivants de boucherie
  • une série de produits et services vendus en Corse, Guadeloupe, Martinique, Réunion

2. L’hygiène ne bénéficie pas de taux réduits

On le voit, la liste, qui date en bonne partie des années 1950, est pleine d’absurdités et de « trous », correspondant à autant de décisions et de pressions de divers lobbies. Par exemple, le caviar est le seul produit alimentaire taxé à 20 %, quand le foie gras ou la truffe sont à 5,5 %. De même, si le chocolat n’a pas droit au taux réduit, les bonbons, eux, sont bien à 5,5 % ! Même chose avec les sodas, taxés, comme l’eau, à 5,5 % (même s’ils subissent une surtaxe par ailleurs), etc.
Les produits d’hygiène, eux, sont tous taxés au taux normal, du savon au dentifrice en passant par les tampons et serviettes hygiéniques. La parapharmacie (pansements, crèmes, etc.), est également au taux normal.
En clair, la logique qui gouverne la fiscalité des « produits de première nécessité » n’a pas considéré que le savon en était un. Ce qui est évidemment discutable, qu’il s’agisse des produits d’hygiène féminine comme les tampons et les serviettes ou d’autres produits plus génériques.
L’association Georgette Sand, à l’origine de la demande de baisse de TVA sur les tampons et serviettes, grâce à une pétition qui a réuni 17 000 signatures, demandait d’ailleurs qu’une série de produits d’hygiène « de première nécessité » (savon, shampooing…) bénéficient du même taux.

3. La question de la « women’s tax »

Derrière cette revendication d’une TVA réduite pour les produits d’hygiène féminine, dont l’achat est de facto obligatoire pour les femmes, figure aussi un autre débat, autour de l’existence d’une « women’s tax », une fiscalité spécifique aux femmes.
Ces dernières seraient plus taxées que les hommes à cause d’un certain nombre de dépenses contraintes supérieures, dues à des « impératifs sociaux » différents (maquillage, produits de beauté, épilation, etc.), alors qu’elles gagnent des salaires inférieurs en moyenne à ceux des hommes.
En outre, une « taxe rose » serait en vigueur dans le marketing à destination des femmes, rendant un produit plus cher que son équivalent masculin (le cas le plus typique est celui du rasoir jetable). Deux rapports sur la question doivent être rendus bientôt.
 
Samuel Laurent, Le Monde, 16/10/2015.

dimanche 8 mars 2015

À l'hôpital, les soignants négligent les règles d'hygiène

Une étude sur le personnel à Marseille révèle que moins d'un soignant sur cinq se lave les mains avant d'entrer en contact avec les malades.

 
En cette période d'épidémie de grippe, il y a un fait qui a de quoi inquiéter les malades hospitalisés: un soignant sur cinq seulement, se lave les mains avant de les toucher. Le chiffre dévoilé il y a quelques semaines lors des États généraux des infections nosocomiales est plus que jamais d'actualité. Car, faut-il le rappeler?, le virus de la grippe et bien d'autres microbes se transmettent par les mains.

«Nous avons nous-mêmes été très étonnés par ces résultats », reconnaît le professeur Philippe Brouqui, chef du service des maladies infectieuses à l'initiative de l'expérience. Jusqu'à présent l'évaluation de l'hygiène des mains reposait soit sur une observation réalisée par des personnes étrangères au service qui suivaient les équipes, soit sur l'étude des volumes de solutions hydroalcooliques consommées. Deux méthodes qui possèdent forcément des biais.

Pour être au plus près de la réalité l'équipe du service a accepté de porter des chaussures dont les talons sont munis de puces électroniques. Plusieurs antennes destinées à repérer ces puces ont été installées aux endroits clés: sous le dispensateur de solution hydroalcoolique en dehors de la chambre, à l'entrée de la chambre et sous le dispensateur situé dans la chambre. Une dernière antenne, au niveau du lit, délimite une «zone de sécurité» où le soignant ne devrait pas pénétrer sans s'être frictionné les mains. Le verdict est sans appel: 22,6 % du personnel soignant se lave les mains avant d'entrer en contact avec les malades et 21 % le font uniquement après. Nous sommes bien loin des taux de lavage des mains de près de 70 % observés lors d'un audit national réalisé par le groupe d'évaluation des pratiques en hygiène hospitalière publié en 2011.
«Dans la vraie vie nous sommes à 20 %, alors même que nous sommes un des services qui consommons le plus de solutés hydroalcooliques… ce qui signifie que cet indicateur n'est pas pertinent », analyse Philippe Brouqui. Aujourd'hui le service des maladies infectieuses de Marseille est passé à l'étape suivante. Le personnel soignant reçoit régulièrement des SMS qui tiennent chacun au courant de sa pratique personnelle. Selon Philippe Brouqui, ce simple rappel a multiplié par deux le taux de lavage des mains. Étape suivante: une alarme se mettra à sonner à chaque fois qu'un soignant s'approchera du lit du malade sans s'être lavé les mains. Reste à savoir si cette mesure concernera tout le personnel et tous les actes.

«Au quotidien, ce n'est pas si simple de se laver les mains en permanence. Si vous avez des gants, si vous tenez un plateau, des médicaments…. Pour progresser et atteindre notre cible nous devons déterminer les gestes les plus à risques pour les patients », estime Philippe Brouqui. Car le but est d'être efficace pour parvenir à faire baisser le nombre d'infections nosocomiales, c'est-à-dire les infections contractées à l'hôpital.
En France un patient sur vingt est atteint d'une affection nosocomiale, soit plus de 15 000 personnes, selon les données de l'Institut de veille sanitaire. Un pourcentage qui n'a pas diminué entre 2006 et 2012.

Anne Prigent, Le Figaro, 04/03/2015.

samedi 13 septembre 2014

Faire pipi au travail :quasiment un luxe pour certaines professions

Caissières, ouvriers à la chaîne, kiosquiers, chauffeurs routiers ou encore enseignants...: pour certaines professions, s'absenter pour uriner pendant les heures de travail n'est pas une évidence.

Didier Pean, qui passe environ 12 heures par jour seul dans son kiosque à journaux du Ve arrondissement de Paris, doit recourir au système D. "J'ai des clients que je connais très bien à qui je peux sans problème confier la caisse pendant cinq minutes, le temps d'aller au café d'en face", dit-il à l'AFP.
Mais, confie-t-il, "si personne ne passe, je fais comme pas mal de mes collègues plus isolés que moi dans leur kiosque: on pisse dans une bouteille et on attend la fin de la journée pour la balancer". Il relève que les routiers, eux, jettent souvent la bouteille par la fenêtre.
"On fait ça discrètement derrière le comptoir en espérant qu'il n'y aura pas un client qui arrive au moment crucial", dit-il avec humour, se jugeant "chanceux" parce qu'en plus de 20 ans de kiosque, il n'a pas eu recours à ce procédé plus de cinq fois, alors que certains collègues "font ça tout le temps".
Pour les enseignants, avoir une petite vessie peut aussi être problématique.
En primaire, "la règle est simple: nous sommes toujours responsables des élèves, de l'entrée dans l'école à la sortie!", donc "jamais on ne laisserait une classe seule", explique à l'AFP une professeur des Hauts-de-Seine. "Comme parfois une envie pressante peut arriver (...) on utilise +la porte ouverte+" reliant à la classe d'à côté, et "on chuchote à un collègue", dit-elle.