lundi 24 novembre 2014

Illettrisme : « Quand j’ai commencé à A, je me suis dit que Z était loin »

En France, 7% des 18-65 ans sont illettrés. Ils sont allés à l'école mais ont décroché puis peu à peu oublié ce qu'ils avaient appris.


« Quand j’ai commencé à la lettre A, je me suis dit « la lettre Z est vachement loin, est-ce que j’y arriverai? » » : Gérard Louviot revient de loin. Illettré, comme certains ex-salariés des abattoirs Gad ainsi qualifiés par Emmanuel Macron, ce Breton de 46 ans a appris à lire et écrire il y a seulement dix ans. « Orphelin des mots », le titre du livre qu’il vient de publier avec l’aide d’une journaliste  chez XO, M. Louviot lui aussi ouvrier, n’a guère connu qu’une suite d’humiliations et d’échecs, partagés par les 2,5 millions de personnes illettrées recensées en 2013 par l’Insee en métropole.
Comment un chiffre aussi élevé, 7% des 18-65 ans, est-il possible dans une France championne du prix Nobel de littérature avec quinze lauréats, et qui se flatte de son taux record de 87,9% d’admis au baccalauréat en juin dernier?
Gérard Louviot, marié et père de cinq enfants, ne se pose pas la question. Il n’a connu que la honte : « Je le cachais tout le temps. » « J’étais incapable de faire un chèque, de m’orienter, de comprendre une consigne [...] j’étais paralysé, tétanisé par la peur », dit-il à l’AFP dans le salon de sa maison de Plougonven, près de Morlaix.

lundi 15 septembre 2014

Lutte contre les inégalités : les limites du " modèle " français

Le modèle social français serait-il un mythe ? C'est ce que laisse penser une étude de la Fondation allemande Bertelsmann publiée lundi 15 septembre. 

La fondation privée allemande a comparé les performances des vingt-huit pays européens dans six domaines : la prévention de la pauvreté, l'éducation, le marché du travail, la santé, l'égalité intergénérationnelle et la cohésion sociale.
Résultat : la France ne se classe qu'au 12e rang, juste devant le Royaume-Uni, et fait à peine mieux que la moyenne européenne. Rien de très glorieux pour un pays dont les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires atteignent respectivement les niveaux record de 57 % et 46 % du produit intérieur brut.
L'Hexagone est plombé par les piètres performances de son système scolaire, qui ne parvient pas à dénouer le lien très fort qui existe entre origine sociale et réussite à l'école. Dans ce domaine, la France se classe 26e. Seules la Bulgarie et la Slovaquie font moins bien. " Avec un pareil déséquilibre, la France affiche plus qu'une grande injustice sociale. C'est tout son potentiel de progrès économique et social que cette situation met en péril ", écrivent les responsables de l'étude.
En matière de santé, souvent considérée comme le point fort français, notre pays n'occupe que la 9e place. Juste devant l'Allemagne. Et le taux de mortalité infantile atteint 2,4 pour mille naissances, contre 1,6 en Slovénie.

Article publié dans le journal Le Monde du 16 septembre 2014.