mercredi 6 juin 2018

Le Comité national d'éthique alerte sur la "ghettoïsation des personnes âgées"

"Leur exclusion de fait de la société pose de véritables problèmes éthiques", dénonce ce comité, composé de médecins, de scientifiques, de juristes et de philosophes.

Le constat est sombre et sans appel. Dans un avis sur les enjeux éthiques du vieillissement, rendu public ce mercredi 16 mai, le Comité national d'éthique (CCNE) alerte sur la "ghettoïsation des personnes âgées" dans les Ehpad, et les faiblesses de leur prise en charge. Composé de médecins, de scientifiques, de juristes et de philosophes, ce comité écrit :
"Leur exclusion de fait de la société, ayant probablement trait à une dénégation collective de ce que peut être la vieillesse, la fin de la vie et la mort, pose de véritables problèmes éthiques, notamment en termes de respect dû aux personnes." Le placement des personnes âgées dans des Ehpad et "leur concentration entre elles génèrent des situations parfois indignes", poursuit le CCNE, qui estime que cette concentration constitue une "institutionnalisation forcée" et une forme de "ghettoïsation". Selon l'organe consultatif, le placement des personnes âgées "se fait en effet le plus souvent sous la contrainte, faute d'alternative".
Cette "exclusion de fait de la société" n'est pas sans conséquence. "Dans un contexte de pénurie de personnels et de rationalisation des soins, le sentiment de solitude ressenti par les résidents est renforcé", écrit encore le CCNE, qui rappelle que "la France a le triste privilège d'avoir, au sein de la Communauté européenne, le taux le plus élevé de suicide des personnes âgées de plus de 75 ans". 



jeudi 20 octobre 2016

Soins médicaux pour les plus démunis : des besoins croissants

Médecins du Monde passe au crible les difficultés pour se soigner que rencontrent les ressortissants étrangers et les Français en situation d'exclusion. 

 
Ils viennent d'Algérie, de Roumanie, du Maroc, du Cameroun mais aussi de France... Au total, plus de 23.000 personnes en situation d'extrême précarité de 164 nationalités différentes ont été reçues en visite médicale en 2015 dans l'un des 20 centres d'accueil, de soins et d'orientation (Caso) de Médecins du Monde. Dans son rapport annuel publié lundi, l'association dénonce un accès aux soins très difficile et alerte sur la récurrence des problèmes bucco-dentaires, le manque de couverture vaccinale ou encore de suivi gynécologique que connaissent ces populations.
Parmi les personnes accueillies en consultation, plus de 80% se sont vus diagnostiquer au moins un problème de santé, voire deux pour 18% d'entre elles. Les principaux maux étaient de type respiratoire (asthme, toux...), digestif (infections, ulcères...), ostéoarticulaire et dermatologique. Près de six patients sur dix ont même découvert qu'ils souffraient d'une maladie chronique, diabète ou infection à VIH par exemple, nécessitant un suivi et/ou un traitement. Mais pour les malades en situation irrégulière (environ la moitié des personnes reçues), la prise en charge demeure un important problème.
«Les étrangers en situation régulière ont la même couverture sociale que tout le monde: la protection universelle maladie (PUMa), précise le Dr Jeannine Rochefort, déléguée régionale Ile-de-France de Médecins du monde. Par contre, il est beaucoup plus délicat d'avoir accès aux soins pour les personnes en situation irrégulière. Celles-ci doivent justifier qu'elles sont sur le territoire depuis plus de trois mois, en donnant une adresse. C'est une démarche compliquée qu'il faut renouveler chaque année. Parfois, il arrive que des pièces complémentaires soient demandées, alors que celles-ci ne sont pas obligatoires!», déplore le Dr Rochefort. Selon le rapport, seuls 9% des étrangers en situation irrégulière disposaient d'une couverture maladie lors de leur première visite dans l'une des structures de Médecins du Monde.

Couverture vaccinale et caries

Le rapport pointe également l'état de santé bucco-dentaire très dégradé des personnes, en particulier pour les patients de plus de 40 ans. «Ils présentent en moyenne plus de 3 dents cariées et 4 dents absentes (...), bien plus que ce qu'on observe dans la population générale», précise Médecins du Monde. L'association se montre également très préoccupée par la couverture vaccinale de ces personnes. Parmi les plus de 15 ans, moins d'une personne sur deux est à jour pour le tétanos, la diphtérie, la polio et le BCG. Ces chiffres sont meilleurs pour les enfants de moins de 15 ans, même si la couverture vaccinale reste «insuffisante» selon l'association.
Autre point noir du rapport: les mineurs isolés et les femmes, qui représentent respectivement 13% et 38% des personnes accueillies en Caso. Les premiers, lorsqu'ils sont âgés entre 15 et 18 ans, peuvent ne pas être considérés comme tels par l'administration. Ils ne bénéficient alors pas de la protection qui leur est logiquement réservée. «La minorité est fréquemment mise en doute par des évaluations médicales peu fiables, explique Jeannine Rochefort. De très nombreux jeunes se voient ainsi refuser l'accès à la protection de l'enfance». Les femmes, elles, ont très peu accès à la contraception (seules 12% des 15-50 ans ont indiqué utiliser un moyen de contraception en 2015), et parmi celles enceintes le jour de la consultation, plus de 40% présentaient un regard de suivi de grossesse.
En 15 ans, le nombre de centres de Médecins du Monde est passé de 32 à 20, alors que dans le même temps, le nombre de consultations est passés de 35.500 à 38.500. «Nous avons fermé des centres lorsque les dispositifs de bien commun tels que les permanences d'accès aux soins de santé (PASS) se sont mis en place, précise le Dr Rochefort. Dans les centres restants, l'activité a augmenté en raison de la paupérisation de la population, de l'aggravation des conditions d'accès aux droits des personnes en situation irrégulière et des importants flux migratoires depuis plusieurs années», conclut la médecin. 

Source : Le Figaro santé.

lundi 24 novembre 2014

Illettrisme : « Quand j’ai commencé à A, je me suis dit que Z était loin »

En France, 7% des 18-65 ans sont illettrés. Ils sont allés à l'école mais ont décroché puis peu à peu oublié ce qu'ils avaient appris.


« Quand j’ai commencé à la lettre A, je me suis dit « la lettre Z est vachement loin, est-ce que j’y arriverai? » » : Gérard Louviot revient de loin. Illettré, comme certains ex-salariés des abattoirs Gad ainsi qualifiés par Emmanuel Macron, ce Breton de 46 ans a appris à lire et écrire il y a seulement dix ans. « Orphelin des mots », le titre du livre qu’il vient de publier avec l’aide d’une journaliste  chez XO, M. Louviot lui aussi ouvrier, n’a guère connu qu’une suite d’humiliations et d’échecs, partagés par les 2,5 millions de personnes illettrées recensées en 2013 par l’Insee en métropole.
Comment un chiffre aussi élevé, 7% des 18-65 ans, est-il possible dans une France championne du prix Nobel de littérature avec quinze lauréats, et qui se flatte de son taux record de 87,9% d’admis au baccalauréat en juin dernier?
Gérard Louviot, marié et père de cinq enfants, ne se pose pas la question. Il n’a connu que la honte : « Je le cachais tout le temps. » « J’étais incapable de faire un chèque, de m’orienter, de comprendre une consigne [...] j’étais paralysé, tétanisé par la peur », dit-il à l’AFP dans le salon de sa maison de Plougonven, près de Morlaix.

mardi 30 septembre 2014

La majorité des personnes âgées dans le monde n'a aucune sécurité de revenu

Par 
Près d'une personne sur deux dans le monde (48 %), ayant dépassé l'âge de la retraite, ne bénéficie d'aucune pension. Et une bonne part des 52 % restant ne perçoit qu'une prestation insuffisante pour vivre. C'est le constat alarmant dressé par l'Organisation internationale du travail (OIT) dans son rapport publié mardi 30septembre, consacré à « La protection sociale des personnes âgées ».
« La majorité des personnes âgées, hommes et femmes, n'ont aucune sécurité de revenu, ni possibilité de prendre leur retraite et doivent continuer de travailler autant qu'elles le peuvent, souvent dans des conditions de précarité, avec de faibles rémunérations », explique Christine Behrendt, spécialiste des politiques de protection sociale à l'OIT et co-auteure du rapport qui passe au crible les politiques récentes de 178 pays.
A l'occasion de la Journée internationale des personnes âgées du 1er octobre, le directeur général de l'OIT, Guy Ryder insiste sur la nécessité d'étendre la couverture des pensions et de leur garantir un accès aux soins.« En 2050, le nombre de personnes de plus de 65 ans aura triplé dans le monde et les trois quarts d'entre elles vivront dans les pays en développement », dit-il.