lundi 12 septembre 2016

Mixité sociale à l’école, le match public-privé

Dans une tribune du Monde du 6 septembre 2016, l’économiste Thomas Piketty dénonçait la « ségrégation sociale » dans les collèges et préconisait l’entrée des collèges publics et privés dans le même système d’affectation des élèves. Le 9 mai dernier, La Croix publiait les résultats d’une étude conduite par un chercheur de l’Edhec, qui montrait que les collèges privés sont surreprésentés parmi les établissements les plus mélangés socialement.

 

Voilà de quoi bousculer bien des idées reçues sur l’école. À en croire une étude (1) menée par Pierre Courtioux, chercheur à l’Edhec, l’une des principales écoles de commerce françaises (2), qui s’appuie sur des statistiques du ministère de l’éducation, « le privé fait plutôt mieux que le public » en matière de mixité sociale. Les collèges qui y concourent, précise cet économiste, sont ceux « dont la composition se rapproche le plus de la répartition moyenne des élèves français entre les différents groupes sociaux ».

Un plus grand brassage social

En retenant cette acception et en distinguant, parmi les établissements publics, ceux qui relèvent de l’éducation prioritaire de ceux qui n’en relèvent pas, Pierre Courtioux montre que « les collèges privés sont surreprésentés au sein des collèges les plus”performants” en termes de mixité sociale : alors qu’ils ne représentent que 20 % de l’ensemble des collèges, 50 % des collèges privés appartiennent au tiers des collèges les plus mélangés socialement », souligne ce chercheur, qui est aussi associé au Centre d’économie de la Sorbonne (CNRS et Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne).

En clair, s’il accueille globalement des élèves issus de milieux plus favorisés (avec une surreprésentation d’enfants de cadres, de chefs d’entreprise et de personnes exerçant une profession libérale), l’enseignement privé, très largement dominé par l’enseignement catholique, offre malgré tout un plus grand brassage social que le public. Celui-ci se caractérise plus souvent par des établissements scolarisant des enfants issus, dans une forte proportion, d’un même milieu, qu’il soit ou non défavorisé.

Une volonté d’ouverture sociale et scolaire

Bien entendu, ces phénomènes varient grandement d’un point de vue géographique. La question de la composition sociale des établissements se pose différemment dans un département comme la Vendée, où plus de la moitié des collégiens sont scolarisés dans le privé, que dans des zones largement « déchristianisées », dont Paris, où, estime l’auteur, l’inscription dans le privé répond souvent à une logique « d’entre soi ». La part des collèges privés au sein des collèges contribuant le plus à la mixité sociale est en tout cas supérieure à 52,3 % dans une vingtaine de départements.
Les résultats de l’étude sont sans doute en partie liés au fait que les collèges publics sont soumis à une sectorisation, et sont donc davantage tributaires de la composition sociale de leur territoire que les établissements privés, qui recrutent librement et du coup sont susceptibles d’accueillir des élèves venus de zones très différentes.
Mais cela n’explique pas tout. La volonté d’ouverture sociale – et aussi scolaire – de l’enseignement catholique ne date pas d’hier. « On peut même dire qu’elle remonte à nos pères fondateurs, Don Bosco ou saint Jean-Baptiste de La Salle, soucieux de l’accueil du “plus petit” et convaincus que l’on accède à la dignité par le savoir et la culture », relève Caroline Saliou, la présidente de l’Apel, l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre.

Une convention avec ATD Quart Monde

Pour elle, l’école n’est pas là uniquement pour transmettre des savoirs. « Elle doit aussi aider chaque enfant à construire sa personnalité, à devenir un adulte responsable. Et cela suppose de rencontrer des personnes différentes », justifie-t-elle. « Si la contribution des parents varie grandement d’un établissement à l’autre (de 200 € à 2 000 € par an), il existe partout des systèmes de quotient familial, des tarifs différents, ou des caisses de solidarité permettant à ceux qui le souhaitent de payer plus pour permettre l’accueil d’élèves issus de familles moins aisées », rappelle Caroline Saliou.
Mais lever le frein financier ne suffit pas toujours. C’est la raison pour laquelle l’Apel a signé une convention avec ATD Quart Monde pour « aller chercher les familles les plus éloignées de l’école ». Elle propose entre autres des kits d’animation de rencontres parents-école.
Le niveau de mixité sociale dépend, en tout cas, assez largement de l’histoire et de l’implantation des établissements. De leur volonté politique et de leur effort de communication en ce sens, aussi. « Nous avons beau prendre les inscriptions dans l’ordre d’arrivée, le fait d’obtenir 100 % de réussite au bac nous donne une image élitiste qui détourne de nous certaines familles modestes », estime Philippe Mignot, directeur du collège-lycée La Malassise, à Longuenesse (Pas-de-Calais). Chaque année, il fait le tour des collèges privés des alentours pour convaincre notamment ces parents de « franchir la barrière psychologique ».

(...)

Article intégral en ligne avec infographies : http://www.la-croix.com/Famille/Education/Mixite-sociale-a-l-ecole-le-match-public-prive-2016-09-07-1200758854
LaCroix.com, 07/09/2016.
 

samedi 13 septembre 2014

Villes en mue : Toulouse utilise ses anciens terrains militaires pour construire des logements

Plus de 50 000 obus déterrés et des hectares de sols dépollués. Il aura fallu près de quatre années pour assainir les terrains de l'ex-usine d'armement, qui jouxte le quartier Saint-Cyprien, sur la rive gauche de Toulouse. Depuis début 2014, les pelleteuses s'affairent. Le projet, mené par l'aménageur Oppidea, prévoit la construction de 3 100 logements (dans des immeubles de 3 à 15 étages), 6 000 mètres carrés de commerces et 90 000 mètres carrés de bureaux. En 2015, l'Ecole régionale de santé, qui accueillera 2 000 étudiants, devrait être livrée. Le projet prévoit la construction d'un groupe scolaire et d'une crèche.

La grande inconnue  reste la présence ou non de voitures sur le site. A l'origine, les 4-roues devaient en être bannies, mais c'était avant les élections municipales et le changement de majorité. " Le projet initial prévoyait un écoquartier totalement piétonnier. Or, la Cartoucherie est un peu excentrée et elle n'est desservie que par le tramway, ce qui reste insuffisant pour se passer des voitures, explique Jean-Luc Lagleize, adjoint au nouveau maire (UMP), Jean-Luc Moudenc, chargé de l'aménagement à Toulouse. Nous réfléchissons aux moyens d'augmenter le nombre de places de stationnement sans retarder la livraison des immeubles. "
Boqueria toulousaine
Situées au centre du site, les anciennes halles de 7 000 mètres carrés, qui devaient initialement être reconverties en espace culturel et associatif, pourraient être consacrées à l'art culinaire. " L'idée est de créer des restaurants proposant de la cuisine du monde, un peu comme à la Boqueria, à Barcelone ", ajoute M. Lagleize. Le prix des premiers logements commercialisés par Eiffage Immobilier et livrés fin 2015 varie entre 3 500 et 4 000 euros le mètre carré.
Ce nouveau quartier devrait stimuler un peu plus la rive gauche toulousaine, qui attire déjà les particuliers et les investisseurs locatifs grâce à sa situation stratégique, entre l'hypercentre et la commune de Blagnac (Haute-Garonne), où se trouve le siège social d'Airbus. Mais c'est surtout dans les secteurs de Patte-d'Oie ou de Saint-Cyprien que le marché reste le plus actif. Dans le premier, " le mètre carré vaut entre 2 100 et 3 400 euros selon l'année de construction du bien et son état, précise Valérie Sabinou-Soares, de l'agence Century 21 Idea.A Saint-Cyprien, les maisons très recherchées sont à vendre entre 300 000 et 500 000 euros ".

Par Pauline Janicot
Article publié dans le journal Le Monde du 14/09/2014.