jeudi 17 septembre 2015

Est-il moral d’enseigner la morale à l’école ?

DR

Avec Pierre Kahn , professeur des universités émérite, Catherine Chabrun , militante pédagogique, rédactrice en chef du Nouvel Éducateur, Ruwen Ogien
, philosophe, directeur 
de recherche 
au CNRS et Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU.

  • L’enseignement moral 
et civique à l’école est légitime par Pierre Kahn, professeur des universités émérite, coordonnateur du groupe d’experts attaché à la conception du programme d’enseignement moral et civique auprès du Conseil supérieur des programmes.

L’enseignement moral et civique (EMC) mis en place dès cette année du CP aux classes terminales a-t-il lieu d’être ? Répondre le plus clairement possible à cette question demande d’abord de la subdiviser. 1) Un enseignement moral et civique à l’école, en son principe, est-il légitime ? 2) Le nouveau programme d’EMC correspond-il à ce qu’on est en droit d’en attendre ? À ces deux questions, je réponds par l’affirmative.


Oui, l’enseignement moral et civique à l’école, en son principe, est légitime. C’est une vérité qu’on connaît au moins depuis Durkheim : toute société est intéressée à la formation de sa jeunesse aux valeurs qui la constituent, parce que toute société a le souci vital de sa perpétuation. La nôtre ne fait évidemment pas exception à la règle. On n’éduque pas, écrivait Ferdinand Buisson, un républicain comme on éduque un catholique : certes, mais on l’éduque néanmoins.


Quant au programme d’EMC, il a précisément été conçu comme un projet conforme à ce que doit être une République démocratique moderne.


Il insiste sur la dimension sensible de la vie morale, en cherchant à développer les capacités d’empathie, de bienveillance et de souci des autres ; il insiste également sur le rapport instituant, et non seulement subi, aux règles ; également encore sur le principe d’égale considération des personnes. Il prend acte du fait et de la valeur de la pluralité des convictions, des croyances et des modes de vie. Il parie sur l’idée que c’est en mesurant leurs jugements à ceux des autres, dans des situations de classe qui le permettent, que les élèves pourront construire du commun et reconnaître la valeur de règles du jeu civique partagées par tous. Telle est d’ailleurs la meilleure façon et la plus universellement acceptable de faire vivre à l’école la laïcité.

Implications philosophiques d’une mesure gouvernementale
Mercredi, 9 Septembre, 2015
L'Humanité