lundi 10 décembre 2018

Éducation. Nouveaux programmes du lycée : l’avenir en marche arrière

Menée dans un secret confinant à la paranoïa, la grande révision des programmes du lycée approche de son terme. Hier, la phase de consultation des enseignants s’est achevée. Certaines disciplines suscitent une grande inquiétude parmi les professeurs.


Avez-vous déjà essayé de courir un sprint dans un tunnel privé de lumière dont vous ne connaissez pas la sortie ? C’est à peu près l’expérience que viennent de vivre les enseignants de lycée et les organisations – syndicats ou associations disciplinaires – qui les représentent, pour élaborer les futurs programmes du lycée. La phase de consultation des enseignants s’achevait hier. Six mois en tout et pour tout, des premières réunions en mai de groupes d’experts, « sans aucun débat sur leur composition », précise Sandrine Charrier, qui a suivi tout le processus pour le Snes-FSU, jusqu’à ce mois de décembre, qui verra le Conseil supérieur des programmes (CSP) remettre sa copie au ministre. Six mois pour réviser de fond en comble l’ensemble des programmes de toutes les matières, de tout le lycée « nouvelle formule », puisque tout cela est évidemment en lien avec la réforme du bac. « Inédit et suicidaire », pour Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes, qui dénonce le « culte du secret » au sein du CSP sous sa nouvelle présidente, Souâd Ayada. Est-ce alors une surprise ? Le résultat dégage un fumet de vieilles dentelles réactionnaires et soulève de nombreuses inquiétudes. Voici les principales.

1 - Histoire-géographie : retour trente ans en arrière

« On revient aux programmes des années 1980 ! » s’étrangle Claire Guéville, elle-même professeur d’histoire-géographie. « Sur le plan didactique comme pour les contenus, on s’assied sur trente ans de recherche. » Des exemples ? En géographie, les textes font appel à une notion de « transition » inopérante quand elle n’est pas appliquée à un champ précis (transition énergétique, par exemple). À l’inverse, la notion d’anthropocène, très porteuse dans le champ environnemental, est inexistante. En histoire, relève la syndicaliste, « l’histoire sociale devient anecdotique. Sous le feu des critiques, l’immigration est réapparue mais pas à sa juste place, avec un angle franco-centré dépassé. Il en va de même pour la place faite aux femmes ». Elle juge ces programmes « pléthoriques », émaillés de redites avec ceux du collège. Leurs prescriptions extrêmement directives « privent l’enseignant de sa liberté de choix, nient son expertise, il devient le simple exécutant d’injonctions en faveur d’un appauvrissement des enseignements communs, alors qu’à l’inverse le programme de la spécialité “histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques” se rapproche de ce qui se fait à la fac ».