samedi 22 décembre 2018

Parcoursup 2019, mode d’emploi

Le site d’inscription est en ligne depuis le 20 décembre. « Le Monde » vous dit tout ce qu’il faut savoir, comment s’inscrire, quel est le calendrier et tout ce qui a changé.


Parcoursup, an II. La plate-forme d’inscription dans l’enseignement supérieur est en ligne depuis le 20 décembre. Les lycéens ne peuvent pas encore faire leurs choix de formations, mais ils peuvent d’ores et déjà s’informer sur la procédure et sur les filières. Ils pourront formuler leurs vœux à partir du 22 janvier 2019. En attendant, voici les principaux éléments à retenir pour comprendre ce processus.

Qui peut s’inscrire sur Parcoursup ?

Parcoursup est la plate-forme dévolue aux élèves de terminale, aux apprentis ou aux étudiants en réorientation qui souhaitent entrer en première année d’enseignement supérieur à la rentrée 2019. Toutefois, les réorientations au sein d’une même université sont souvent traitées en interne.

Comment s’inscrit-on sur Parcoursup ?

L’inscription se fait en ligne en quelques minutes en cliquant sur « Créer mon dossier 2019 ». Le candidat doit accepter la charte de Parcoursup avant d’indiquer sa date de naissance et son numéro INE (identifiant national élève), 11 caractères figurant sur les bulletins de notes ou la carte d’étudiant.
Après avoir complété l’état civil et indiqué un numéro de téléphone mobile qui servira à recevoir des alertes durant la procédure, le candidat obtient un numéro de dossier, à noter. Les titulaires d’une bourse doivent se signaler, les rectorats fixant un nombre de places réservées aux boursiers du secondaire dans chaque formation. Enfin, les futurs bacheliers prendront soin de vérifier l’exactitude des informations sur leur série de bac, leur spécialité, leurs options et leurs langues. En cas d’erreur, le service de la scolarité du lycée rectifiera.

Toutes les formations postbac sont-elles sur Parcoursup ?

Selon la loi orientation et réussite des étudiants (ORE) du 8 mars 2018, toutes les formations postbac ayant une reconnaissance de l’Etat doivent être sur la plate-forme nationale au plus tard le 1er janvier 2019. Toutes… à l’exception de celles ayant obtenu une dérogation du ministère pour la rejoindre au 1er janvier 2020 (le plus souvent pour des questions de réorganisation complète de leur concours d’entrée).

(...)

Source : le Monde, 20/12/2018.
Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr

dimanche 16 décembre 2018

Quelle place pour les maths, quelles spécialités : à quoi ressemblera le bac en 2021 ?

Avec le nouveau bac, les maths doivent disparaître du tronc commun pour devenir un enseignement de spécialité. Faut-il s’attendre à un désintérêt pour cette matière ? 

 

La communauté éducative (professeurs, parents d’élèves, etc.) doit se pencher ce mardi sur les nouveaux programmes liés à la réforme du bac. Cet avis, bien que purement consultatif, a de quoi inquiéter Jean-Michel Blanquer, qui essuie déjà la grogne des lycéens. Au cœur des préoccupations : la future place accordée aux mathématiques.
Avec la disparition des filières S, L et ES, les élèves suivront un tronc commun et choisiront trois spécialités en première, deux en terminale (qui donneront lieu à des épreuves écrites). Dans le tronc commun figurent le français, la philo, l’histoire-géographie et l’enseignement moral et civique, deux langues vivantes, le sport et un enseignement scientifique. Mais pas les mathématiques qui deviennent de fait un enseignement de spécialité.

Une spécialité maths trop "relevée" ? 

 

Combien de lycéens feront ce choix, en dehors des profils scientifiques ? "Le risque c’est qu’il y ait beaucoup plus d’élèves qu’avant qui ne fassent plus de mathématiques en première et en terminale", s’inquiète auprès de franceinfo Michel Imbert, professeur de maths à Grenoble et syndiqué SGEN-CFDT.



Le niveau "relevé" de cette spécialité la rendrait par ailleurs difficilement accessible à tous. "C’est quand même incroyable que des élèves qui aient besoin d’être réconciliés avec les maths au lycée n’aient de choix que d’abandonner ou de suivre un programme où ils risquent d’être complètement noyés", regrette l’enseignant. 
Joint par franceinfo, le ministère explique que "les maths seront toujours présentes hors spécialité", dans un enseignement scientifique global prévu pour tous les élèves. Mais ce seront des maths appliquées à la physique et à la biologique, ce qui ne satisfait pas les professeurs. 

Chaque lycée doit donner ses spécialités

 

Si la première session du nouveau bac n’est prévue qu’en 2021, les lycées doivent annoncer dès à présent les spécialités qu’ils seront en mesure de proposer parmi une liste de douze spécialités :  mathématiques, arts, biologie-écologie, numérique et sciences informatiques, histoire-géographie géopolitique et sciences politiques, physique-chimie, sciences de la vie et de la Terre, humanités, littérature et philosophie, sciences économiques et sociales, littérature, langues et cultures de l’Antiquité et sciences de l’ingénieur.
Interrogé sur la réforme du bac lors des questions à l’Assemblée, Jean-Michel Blanquer a indiqué s’être engagé à ce que la liste des spécialités proposées l’an prochain dans chaque lycée en première soit connue "avant les vacances de Noël". Une annonce censée rassurer les parents et lycéens toujours dans le flou sur plusieurs points de la réforme. 

Les sites académiques doivent donner la liste des différentes spécialités par établissement à compter du mardi 18 décembre et jusqu’à vendredi, précise 20minutes.fr.

Sud Ouest

Source : Sud-ouest.fr, 18/12/2018.

Article intégral en ligne : https://www.sudouest.fr

lundi 10 décembre 2018

Éducation. Nouveaux programmes du lycée : l’avenir en marche arrière

Menée dans un secret confinant à la paranoïa, la grande révision des programmes du lycée approche de son terme. Hier, la phase de consultation des enseignants s’est achevée. Certaines disciplines suscitent une grande inquiétude parmi les professeurs.


Avez-vous déjà essayé de courir un sprint dans un tunnel privé de lumière dont vous ne connaissez pas la sortie ? C’est à peu près l’expérience que viennent de vivre les enseignants de lycée et les organisations – syndicats ou associations disciplinaires – qui les représentent, pour élaborer les futurs programmes du lycée. La phase de consultation des enseignants s’achevait hier. Six mois en tout et pour tout, des premières réunions en mai de groupes d’experts, « sans aucun débat sur leur composition », précise Sandrine Charrier, qui a suivi tout le processus pour le Snes-FSU, jusqu’à ce mois de décembre, qui verra le Conseil supérieur des programmes (CSP) remettre sa copie au ministre. Six mois pour réviser de fond en comble l’ensemble des programmes de toutes les matières, de tout le lycée « nouvelle formule », puisque tout cela est évidemment en lien avec la réforme du bac. « Inédit et suicidaire », pour Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes, qui dénonce le « culte du secret » au sein du CSP sous sa nouvelle présidente, Souâd Ayada. Est-ce alors une surprise ? Le résultat dégage un fumet de vieilles dentelles réactionnaires et soulève de nombreuses inquiétudes. Voici les principales.

1 - Histoire-géographie : retour trente ans en arrière

« On revient aux programmes des années 1980 ! » s’étrangle Claire Guéville, elle-même professeur d’histoire-géographie. « Sur le plan didactique comme pour les contenus, on s’assied sur trente ans de recherche. » Des exemples ? En géographie, les textes font appel à une notion de « transition » inopérante quand elle n’est pas appliquée à un champ précis (transition énergétique, par exemple). À l’inverse, la notion d’anthropocène, très porteuse dans le champ environnemental, est inexistante. En histoire, relève la syndicaliste, « l’histoire sociale devient anecdotique. Sous le feu des critiques, l’immigration est réapparue mais pas à sa juste place, avec un angle franco-centré dépassé. Il en va de même pour la place faite aux femmes ». Elle juge ces programmes « pléthoriques », émaillés de redites avec ceux du collège. Leurs prescriptions extrêmement directives « privent l’enseignant de sa liberté de choix, nient son expertise, il devient le simple exécutant d’injonctions en faveur d’un appauvrissement des enseignements communs, alors qu’à l’inverse le programme de la spécialité “histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques” se rapproche de ce qui se fait à la fac ».

lundi 29 octobre 2018

En route vers le baccalauréat 2021

Le nouveau baccalauréat 2021 redonne au baccalauréat son sens et son utilité avec un examen remusclé et un lycée plus simple, plus à l'écoute des aspirations des lycéens, pour leur donner les moyens de se projeter vers la réussite dans l'enseignement supérieur. 


Retrouvez toute l'information sur le nouveau lycée et baccalauréat.

 

Dossier intégral du ministère de l'éducation nationale en ligne : http://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-tremplin-pour-reussite.html

mercredi 14 février 2018

Réforme du baccalauréat : voici tout ce qui va changer dès 2021

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé mercredi la refonte du baccalauréat et les changements que cela engendre sur les années de Première et de Terminale.

Le nouveau baccalauréat, dont la première session aura lieu en 2021, ne comptera plus que quatre épreuves écrites, notamment le français et la philo, et un grand oral, a indiqué mercredi le ministère de l’Éducation.

 

Les épreuves finales compteront pour 60% de la note finale

 

L’oral et les quatre épreuves écrites pèseront pour 60% de la note finale du baccalauréat. Les 40% restant proviendront d’épreuves communes dans les disciplines étudiées (pour 30%) et des notes du bulletin en Première et Terminale (10%). 
Le détail dans l’infographie ci-dessous : 


Pour le nouveau Baccalauréat, les épreuves représenteront 60% de la note du candidat et l'examen en continu 40%
Pour le nouveau Baccalauréat, les épreuves représenteront 60% de la note du candidat et l’examen en continu 40%
Crédit photo : @Ministère de l’Éducation nationale

vendredi 17 juillet 2015

Du bac à la fac : une vraie réforme est nécessaire

Les gouvernements passent, l’enjeu est le même : réduire l’échec en premier cycle universitaire. Et l’un des moyens d’y parvenir serait d’instaurer une meilleure articulation avec les années du lycée. Le rapport parlementaire sur « les liens entre le lycée et l’enseignement supérieur », rendu public mercredi 8 juillet, était donc très attendu. D’autant que la mission d’information de l’Assemblée nationale, présidée par Dominique Nachury (Les Républicains), et dont le rapporteur était Emeric Bréhier (Parti socialiste), comprenait des élus de droite et de gauche comme l’écologiste Barbara Pompili ou l’ancien ministre du logement de François Fillon, Benoist Apparu. Ils ont réussi à se mettre d’accord sur 33 recommandations.


Séverin Millet

Mais ce rapport a, du coup, le défaut de ses qualités. Il propose une série d’améliorations consensuelles mais manque de mesures-chocs pour parvenir à ses objectifs, parmi lesquels : renforcer l’orientation des élèves et la rendre plus précoce, faciliter les passerelles entre les filières, améliorer la formation des enseignants et la pédagogie, développer le tutorat, proposer une année de rattrapage facultative après le bac pour les élèves les plus « faibles », préserver l’offre de formation sur le territoire, etc. Sa préconisation la plus audacieuse est de réduire le nombre d’épreuves finales du baccalauréat « sur un nombre limité de matières fondamentales et en instituant un contrôle continu sur les options ». Les épreuves majeures seraient soumises à des seuils éliminatoires, et l’examen pensé en fonction des compétences nécessaires dans le supérieur. D’autre part, le système d’orientation Admission post-bac (APB) serait réformé, le premier vœu des futurs bacheliers devant notamment être motivé.
« On aurait espéré un rapport parlementaire plus “décapant” », réagit Christian Forestier, ancien recteur et ex-directeur de cabinet de Jack Lang au ministère de l’éducation nationale. « Il propose de faire d’APB un outil d’orientation, d’affectation et de sélection, c’est beaucoup. Mais pourquoi alors Dauphine ou Sciences Po Paris n’y figurent pas ? Par ailleurs, pourquoi deux grands lycées parisiens – Louis-le-Grand et Henri-IV – ont seuls le droit de recruter dans toute la France dès la classe de seconde ? », souligne-t-il.

Manque de place

 

Le risque est aussi que les mesures sur lesquelles tout le monde s’entend demeurent des vœux pieux, faute de moyens et alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter : « Permettre d’étaler le cursus de licence sur quatre ans, offrir des semestres de soutien ou des DUT [diplômes universitaires de technologie] en année décalée, nous le faisons déjà dans certaines universités. Le problème pour le généraliser, c’est que ça coûte très cher, comme les nouvelles pédagogies et l’accompagnement du numérique lorsqu’il est bien fait », explique Gilles Roussel, président de l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée et de la commission de la formation et de l’insertion professionnelle de la Conférence des présidents d’université. Et de souligner que le rapport, s’il ne prône pas la sélection, n’aborde pas la question du manque de places à l’université dans certaines filières – comme les Staps [Sciences et techniques des activités physiques et sportives] –, où la pratique d’une sélection aléatoire par tirage au sort s’est généralisée.
La mission parlementaire ne va pas assez loin en matière d’orientation, estime aussi Jean-Marc Monteil, ancien recteur et ex-directeur général de l’enseignement supérieur au ministère, qui recommande de réserver les BTS aux bacheliers professionnels et les DUT aux bacheliers technologiques : « La meilleure préparation à l’université pour les bacheliers professionnels, ce n’est pas la peine de l’inventer, elle existe : c’est le BTS, qui peut déboucher sur la vie professionnelle, et qui donne aussi des passerelles vers l’université. » La critique est partagée par Christian Forestier : « En proposant un BTS en trois ans [au lieu de deux] aux bacheliers professionnels, on affiche que le BTS n’est pas construit pour eux alors qu’il faudrait au contraire reconstruire cette filière sur les prérequis des bacs pro. »

Peser sur l’orientation

 

M. Forestier recommande aussi de « marcher sur deux jambes » en unifiant les voies générale et technologique – qui ouvrent toutes les deux aux études longues –, parallèlement à la voie professionnelle, orientée vers les BTS, voire les DUT et les licences pro. Le système des trois voies (générale, technologique et professionnelle) n’existe en effet qu’en France. Une fois cette simplification faite, il prône aussi « des mesures coercitives » pour peser sur l’orientation dans les filières : leurs financements pourraient être modulés selon les profils des bacheliers reçus, ce qui conduirait à « diminuer le coût des classes préparatoires et sanctionner financièrement les STS [section de technicien supérieur] et IUT accueillant trop de bacheliers généraux. On pourrait aussi réserver les prépas commerciales aux bacheliers des séries ES et de gestion. Ou bien ouvrir une filière en médecine pour les bacheliers littéraires », dit-il.
Les auteurs du rapport ont auditionné Thierry Mandon, avant qu’il ne soit nommé à l’enseignement supérieur. Le rapport n’est pas destiné au ministère. Il a le mérite de poser le débat, qui reste cependant très ouvert.

Source : Journal Le Monde, Adrien de Tricornot, 13/07/2015.

Les idées des profs pour réformer le bac

Eux aussi entendent à chaque session du baccalauréat la petite musique « anti-bac ». Un examen que l’on dit bradé, coûteux, voire inutile. On les écoute peu, pourtant, quand il est question de réfléchir à l’avenir de cet examen bicentenaire, alors qu’ils sont sans doute les mieux placés pour avancer des idées, eux qui le préparent, le surveillent et le corrigent. Le Monde a donc demandé à ses lecteurs professeurs quel serait, selon eux, le « bon bac ». Dans la cinquantaine de réponses reçues, c’est moins une remise en cause du baccalauréat qu’une volonté de lui redonner du sens qui transparaît. Redéfinir son rôle, son niveau d’exigence, ses épreuves : pour beaucoup d’enseignants, une refonte du bac ne peut pas faire l’économie de ces trois débats.


Epreuve de philosophie lors du bac 2014, à Paris.
Épreuve de philosophie lors du bac 2014, à Paris. FRED DUFOUR / AFP
C’est une spécificité française que tous les profs – ou presque – mettent en avant : le baccalauréat sanctionne la fin des études secondaires mais constitue aussi le premier grade universitaire. Or si un jeune sur trois seulement décrochait le diplôme il y a tout juste trente ans, l’objectif fixé en 1985 par le ministre de l’éducation de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, de porter « 80 % d’une génération » au niveau du bac, est désormais quasiment atteint. Si les résultats définitifs du bac 2015 devaient être connus samedi 11 juillet dans la soirée, on sait déjà que 78,8 % des candidats ont été reçus à l’issue du premier groupe d’épreuves. Et les mentions sont désormais légion. « Pour arriver à ce résultat, une seule option rapidement efficace : réduire drastiquement les exigences, commente Olivier Lame, enseignant-chercheur à Lyon. Et c’est ainsi que des cohortes de bacheliers fragiles vont se fracasser sur les premières années de facultés. »

 
« Tout le monde sait que la sélection s’effectue après, dans le supérieur »
Faut-il renforcer le bac ou l’adosser à une sélection à l’université ? Eternel débat qui tiraille les professeurs. « Rétablissons un véritable examen sélectif, plaide David Fabert, enseignant d’histoire-géographie dans un lycée de Créteil, et mettons fin à cette pantalonnade qui veut faire croire aux Français que nous amenons réellement [tous ces élèves] à un tel niveau… alors que tout le monde sait – parents, élèves, enseignants – que la sélection s’effectue après, dans le supérieur. » Pour ce professeur, il y a urgence à « revenir » à une notation juste, à « rétablir » des notes éliminatoires.

« Vanité pure »

 

C’était là l’une des pistes mises en avant par les inspections générales dans un rapport sur l’organisation du baccalauréat présenté en mars 2012. « Ce n’est qu’en ayant un niveau d’exigence correct, et une sanction ferme de l’erreur, que cet examen retrouvera une valeur », affirme aussi Mathieu (il a souhaité rester anonyme), 29 ans, enseignant en classe prépa en Ile-de-France. Qui pose la question qui fâche : « Quel professeur ne fait pas le constat que les filières générales sont peuplées d’élèves qui auraient fait d’excellents techniciens, perdus dans des disciplines qui ne les intéressent pas et où parents et ministres les forcent à entrer par vanité pure ? »
Nostalgiques, les professeurs ? Réalistes, répondent-ils. Olivier Lame parle, lui, de « revenir à la base » : distinguer un bac général dit « études longues », plus « exigeant », d’un bac « études courtes » – de type bac pro – qu’il faudrait « rendre plus compatible avec les formations de type bac + 2 ». Pour d’autres, il faudrait séparer l’acquisition du bac du droit d’entrer à l’université. Jorge Caballé, retraité de l’enseignement privé, propose un système sur le modèle de la « selectividad » espagnole. Soit un examen post-bac attribuant à chaque élève un « niveau de note » correspondant, ou non, à celui requis par les formations du supérieur. Cela aurait l’avantage de « dédramatiser le bac » selon lui, en le cantonnant à un « certificat de niveau d’études secondaires », et ainsi de faciliter les débats sur l’évolution de ses modalités de passage.

Bac à la carte

 

Peut-on s’étonner que le débat sur le contrôle continu divise la communauté éducative ? « Ne tombons pas dans le piège du contrôle continu, que j’ai vu massivement à l’œuvre en Grande-Bretagne, avec de graves problèmes d’équité et de fraude, prévient Yann Desdevises, enseignant d’anglais dans un lycée de Nantes, qui défend l’évaluation par compétences. Seules les épreuves terminales, parce qu’elles sont anonymes, sont à même de garantir la valeur de cet examen,en permettant au correcteur de se défaire de ses a priori sur les candidats – en bien comme en mal… » 

Une petite minorité d’enseignants n’exclut pas une quasi-suppression de ce rite républicain
Alors qu’un tiers seulement des Français se disent attachés au bac « tel qu’il est » actuellement, selon un sondage BVA-Orange-i-Télé effectué fin juin, une petite minorité d’enseignants n’exclut pas une quasi-suppression de ce rite républicain. Un bac à la carte ou un bac modulaire ? Quelques-uns l’envisagent pour favoriser l’implication des élèves. « En entrant en terminale, les élèves pourraient choisir les matières – et leurs coefficients – qu’ils présenteraient au bac, leur conférant ainsi le poids qu’ils estiment en fonction de leurs capacités, propose Thierry Poinot, professeur d’histoire-géographie dans le Jura. Nous pourrions ainsi avoir un bac choisi et non plus un bac subi, ce qui permettrait de relever le niveau. »

 
Ainsi le bac ne serait plus un verrou, mais permettrait une poursuite d’étude « plus ciblée », comme le dit Patrice Ligereau, professeur de biotechnologie au Mans. Olivier (il a souhaité rester anonyme), professeur de mathématiques en collège, défend, lui, une bonne dose de QCM, ces questionnaires à choix multiples qui « contrairement à ce que pensent souvent les Français, ne sont pas un test au rabais ». 40 % de bonnes réponses, ou 80 %, « n’est-ce pas plus précis qu’une moyenne de 12/20 au baccalauréat, qui noie les résultats » ? Un résultat qui ne parle pas aux établissements de l’enseignement supérieur et qui ne dit rien des fragilités ou des forces du candidat.
Source : Journal Le Monde, 11/07/2015, Séverin Graveleau & Mattea Battaglia.

mercredi 17 juin 2015

Bacs S, ES et L 2015 : découvrez les sujets de philo

Les candidats au bac 2015 des séries générales et technologiques ont commencé à plancher mercredi 17 juin à 8 heures sur les sujets de philosophie, que le ministère de l’éducation nationale a rendu publics une heure et quinze minutes après le début de l’épreuve.



Epreuve de philosophie du bac, mercredi 17 juin à Paris.
Épreuve de philosophie du bac, mercredi 17 juin à Paris. MARTIN BUREAU / AFP
 
Voici la formulation officielle des sujets tels qu’ils ont été soumis. Nous vous proposerons, à partir de ce mercredi midi, des corrigés de l’épreuve, avec notre partenaire digiSchool.

Les sujets du bac S 

- « Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? »

- « La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ? »

Les élèves ont aussi été invités à réfléchir sur un texte de Cicéron :
« Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout
indice qui explique qu’il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont
annoncées avec beaucoup d’années d’anticipation par ceux qui étudient à l’aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l’opposé du soleil, entre dans l’ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu’elle s’obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s’intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

Ceux qui prédisent la découverte d’un trésor ou l’arrivée d’un héritage, sur
quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l’événement dont il faudra admettre qu’il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n’est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s’il le sait, l’événement arrivera certainement ; mais s’il se produit certainement, il n’y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n’y a pas de prévision d’événements fortuits. »

Cicéron, De la divination, Ier siècle avant J.-C.

Les sujets du bac ES

- « La conscience de l’individu n’est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ? »

- « L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait de Spinoza :
« Dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit. Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »
Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670).

Les sujets du bac L 


- « Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ? »

- « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait d’Alexis de Tocqueville :
« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.
Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables. »

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840).

Le Monde, 16/06/2015.