mercredi 6 avril 2016

Loi sur la prostitution : la pénalisation des clients définitivement adoptée

Le Figaro fait le point sur les cinq mesures phares de cette loi votée mercredi à l'Assemblée nationale, ayant l'ambition de révolutionner la lutte contre la prostitution.


 
Après deux ans et demi de débats parlementaires heurtés, la proposition de loi PS polémique sur la lutte contre la prostitution a été définitivement adoptée mercredi à l'Assemblée nationale. Les députés, qui ont constitutionnellement le dernier mot, ont voté le texte par 64 voix contre 12. Le PS et le Front de gauche ont majoritairement voté pour. Les écologistes et radicaux de gauche ont majoritairement voté contre, de même que les députés Les Républicains.
70 ans après la loi de 1946 sur la fermeture des maisons closes, la France fait ainsi un pas supplémentaire vers l'abolitionnisme. Aujourd'hui, on compterait entre 30.000 et 40.000 prostituées en France, selon les estimations officielles. Que prévoit ce texte, qualifié de «réforme sociétale majeure» par ses partisans?

1. La pénalisation du client

La principale mesure de ce texte a enflammé les débats. «L'achat d'acte sexuel» sera sanctionné par une amende de 1500 euros, portée à 3750 euros en cas cas de récidive. Les sénateurs, en majorité de droite, ont rejeté cette mesure «qui transforme les clients de prostituées en délinquants». La France suit ainsi l'exemple de la Suède qui pénalise les clients de prostitués depuis 1999. Un stage de sensibilisation aux conditions de la prostitution, dont les contours devraient être définis par décret, est également créé pour aider les clients à prendre conscience de «l'envers du décor de la prostitution». Les syndicats de policiers se montrent très sceptiques sur l'application de cette mesure et estiment qu'elle ne sera d'aucune utilité pour lutter contre les réseaux de proxénétisme. Les associations de terrain se sont également élevées contre ce changement. «Tout comme le délit de racolage passif, la pénalisation des clients pénalisera avant tout les personnes se prostituant. Pour conserver leur clientèle, elles devront d'autant plus se cacher. Pour protéger leurs clients, ce sont elles qui s'exposeront à plus de risques», s'est ainsi inquiétée l'association Médecins du monde auprès des parlementaires. L'interdiction de l'achat d'un acte sexuel «n'est pas la mesure la plus efficace pour «réduire la prostitution et pour dissuader les réseaux de traite et de proxénétisme de s'implanter sur les territoires» et encore moins «la solution la plus protectrice pour les personnes qui resteront dans la prostitution» comme annoncé dans la proposition de loi», a également jugé le Défenseur des droits, Jacques Toubon.

2. La suppression du délit de racolage passif

C'est l'autre mesure phare de la loi. La fin de ce délit, qui avait été institué par la loi de sécurité intérieure du 18 mars 2003, permet de considérer les prostituées «comme des victimes et non plus comme des délinquantes», estiment les auteurs de la nouvelle proposition PS. Les personnes prostituées pourront ainsi témoigner sans être reconnues coupables d'infractions, a également fait valoir Guy Geoffroy, député LR co-signataire du texte. Les associations d'aides aux prostituées et le Défenseur des droits ont salué la disparition d'une mesure qui «a largement dégradé les conditions de santé et d'exercice des personnes qui se prostituent».

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Le Figaro, 06/04/2016, Agnès Leclair. 

dimanche 12 octobre 2014

Sa marche pour l’abolition

De considérables dégâts

 

Encore une centaine de kilomètres et Rosen atteindra enfin la rue du Colisée, à Paris. « C’est là, dans un bar à hôtesses, que j’ai fait ma première passe. » C’était en mars 1988. Une première passe qui l’entraîne dans la sexualité tarifée vingt-deux ans durant. « J’ai calculé, au moins 30 000 hommes m’ont achetée. » Aujourd’hui, à cinquante-huit ans, l’ex-prostituée marche pour rebaptiser la rue du Colisée « rue de l’Abolition-de-l’Esclavage-Sexuel ». Un symbole, un vœu qu’elle espère voir exaucer au bout de ses 743 km parcourus dans une chaleur étouffante, puis sous la pluie battante. Mais, dans l’immédiat, elle souhaite que son action serve à relancer l’examen du projet de loi contre le système prostitutionnel, bloqué au Sénat, alors qu’il avait été adopté par les députés en décembre 2013. « Je veux avoir une date précise et que l’on arrête de nous faire tourner en rond », dit-elle. Marathonienne confirmée, Rosen semble avaler les distances sans souffrir. La tête baissée, elle avance en se remémorant ses vingt-deux ans de prostitution : « Je n’avais pas pris conscience que toutes ces années de sexualité non désirée provoquaient de considérables dégâts. J’ai mis longtemps avant de me rendre compte que l’on n’était que des trous sur pattes. » Dix ans de thérapie lui ont été nécessaires pour pouvoir mettre des mots sur son mal-être. « À chaque pénétration, ils me déglinguaient un peu plus. Les clients avaient l’impression de m’aider en m’offrant de l’argent, ça les déresponsabilisait. En fait, moi, je subissais tout. Quand je m’en suis sortie, cela a été une révélation. » Rosen, enfant « kidnappée » par son père, adolescente « agressée sexuellement » par son oncle, découvre la violence du monde de la prostitution : « J’ai vécu vingt-deux ans d’indifférence, vingt-deux ans de maltraitance. Comment ai-je pu supporter de me vendre à 30 000 personnes ! » Elle ralentit sa marche et lance : « Et je ne parle pas de toutes les pratiques que l’on nous imposait. Ça retire toute la beauté de l’amour. On ne sait plus aimer. » Elle analyse : « On se prostitue parce que l’on a une mauvaise image de soi, de son propre corps déjà sali. On ne le respecte plus. » Longtemps en quête de rédemption, cette mère de six enfants, divorcée, trouve la force de se poser. « Je me suis rendu compte que j’étais dans le couloir de la mort. » Elle entreprend des recherches, rencontre des associations et, en octobre 2009, elle finit par se poser. « J’ai eu une sorte de guérison miraculeuse. J’ai arrêté définitivement de me prostituer. » Une aire de repos, sur la nationale 20, attire l’attention de la sportive. Elle pénètre dans un café, commande un noir et attaque la discussion avec les quelques hommes qui sirotent le leur. Des chauffeurs de camion pour la plupart. « Est-ce que vous avez déjà consommé des femmes ? », lance-t-elle. Une question intime, taboue, qu’elle ne cesse de poser depuis le début de son périple. Une question qui, pourtant, permet le dialogue. Rosen veut sensibiliser les hommes sur la pénalisation du client, afin d’inverser la charge pesant sur les prostituées, lesquelles sont « des victimes », estime-t-elle. « Le client est le grand absent du système prostitutionnel. Si les femmes sont vendues, c’est quand même parce qu’il y a des personnes pour les acheter. On parle de la prostituée, du proxénète et jamais du client, qui est tout mignon. » Rosen sourit. Elle croit déceler un début de changement de mentalité. « Ça commence à rentrer dans les têtes ; la prostitution est subie, ce n’est pas un choix. Et beaucoup d’hommes se rendent compte des conséquences de l’achat d’un corps humain. » Sur la nationale 20, l’ex-prostituée avance en tentant de « convaincre ». La marche, c’est son « plaisir ». ça l’aide à se « remplir la tête de bonnes pensées ». C’est, pour elle, une thérapie, un engagement militant. « Levez-vous ! Montrez que vous êtes vivantes ! Marcher, c’est exister ! », clame-t-elle à tue-tête à toutes les victimes. Rosen la « survivante » espère que d’autres suivront le mouvement et parleront. La prise de parole, un long processus pour « ces femmes qui ne sont pas vues comme des femmes, soupire-t-elle. C’est difficile de franchir le pas, la honte est sur nous. Mais il faut le faire pour nous et pour protéger nos enfants ». Elle-même s’est longtemps tue. Aujourd’hui, elle prend les devants. Elle marche, suivie souvent par des femmes et des hommes. Dimanche, à Paris, des militant-e-s associatifs et politiques seront à ses côtés (1). Dans un combat commun pour l’abolition de la prostitution.



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Rosen Hicher, ex-prostituée, finit dimanche son périple de 743 km
par une arrivée à Paris, où elle s’est vendue pour la première fois en 1988 

Elle marche seule, noyée dans ses pensées, au milieu des champs de betteraves. Le bruit assourdissant des camions roulant à vive allure sur la nationale 20 n’ébranle guère Rosen Hicher. Elle avance à grands pas sur le chemin qui la mène, ce jour-là, d’Artenay, dans le Loiret, vers Angerville, la petite commune de l’Essonne. Les yeux cernés, le visage bronzé, elle entame sa vingt-neuvième étape sur les trente-quatre qu’elle entend effectuer d’ici dimanche. Son aventure a commencé le 3 septembre dernier. Partie de Saintes, en Charente-Maritime, commune même où elle a arrêté de se « détruire », elle a programmé son périple de façon à traverser les innombrables villes du Sud-Ouest, comme pour bien se rappeler « à quel point c’est triste la prostitution. On est en mode survie, on n’a pas la force de s’en sortir », susurre-t-elle pudiquement.

Mina Kaci, L'Humanité du vendredi 10 Octobre 2014.

lundi 25 novembre 2013

Prostitution / Des élus réclament maintenant "une loi d'abolition"

Alors qu'une loi de pénalisation des clients pourraient être votée, des élus alsaciens de tous bords veulent aller plus loin : l'abolition de la prostitution. Un large débat est ouvert.


Photo (AFP)


Extrait de sudouest.fr
Article en ligne:Prostitution: des élus réclament maintenant "une loi d'abolition"

PROSTITUTION / "L'Etat n'a pas à légiférer sur l'activité sexuelle des individus"

La proposition de loi proposant de sanctionner les clients de prostituées n'en finit plus de diviser les intellectuels. Après la sénatrice Esther Benbassa, c'est au tour de la philosophe féministe Elisabeth Badinter de prendre la parole contre le texte, dénonçant dans les colonnes du Monde "une déclaration de haine à la sexualité masculine".



APF/ Loic Venance

Extrait du Monde, article consultable au centre de ressources