mardi 15 octobre 2019

L’économie vue par Gérard Mordillat et Bertrand Rothé sur Arte, anatomie d’une nouvelle religion

L’auteur du documentaire « Corpus Christi » et l’économiste déconstruisent les fondamentaux de l’économie moderne en six épisodes. 


Après Dieu, l’économie. Rien de moins. Gérard Mordillat, bien connu du grand public pour la formidable série documentaire sur la Bible Corpus Christi, réalisée en 1997 en collaboration avec Jérôme Prieur, s’est lancé dans la tâche à la fois aride et titanesque de rendre accessibles au plus grand nombre les grandes notions de l’économie moderne : travail, emploi, salaire, marché, capital et profit. Le tout en six épisodes, dont les deux derniers sont uniquement disponibles en ligne, sur Arte.tv.Plus qu’un travail de vulgarisation, Gérard Mordillat, avec la complicité de l’économiste Bertrand Rothé, s’est attelé à donner du sens à ces notions, omniprésentes dans les médias, les discours des politiques et les conversations « en ville », mais souvent mal maîtrisées, et donc mal comprises. Pour ce faire, les réalisateurs de Travail, salaire, profit sont partis à la rencontre d’un éventail des meilleurs chercheurs actuels, qu’ils soient économistes, historiens, philosophes ou juristes. Dans un décor dépouillé qui reprend les codes adoptés par Corpus Christi – sur fond noir et sans aucune voix off –, chaque intervenant est invité à s’exprimer sur une notion, réfléchir à une définition, valider ou non une hypothèse. La structuration du propos est assurée a posteriori, par le biais d’un montage rigoureux.


Approche vivante


Qu’est-ce qu’une crise économique ? Qu’est-ce qui différencie le travail de l’emploi ? Comment la classe ouvrière a-t-elle disparu ? Quelles sont les origines de la crise du fordisme ? Comment crée-t-on de la valeur ? Voici quelques-unes des questions qui seront posées au fil des épisodes. Que les néophytes se rassurent, il n’est pas besoin de maîtriser les concepts de base de la microéconomie pour comprendre les réponses : l’approche se veut vivante, concrète, illustrée par de nombreux exemples tirés de toutes les sciences humaines. La diversité culturelle des intervenants garantit la richesse de leur propos et permet de saisir pourquoi l’économie est intimement liée à une certaine vision du monde.
Travail, salaire, profit n’en est pas pour autant une œuvre pédagogique et ne s’adresse pas à tous les publics : la série a beau être incroyablement nourrie et documentée, elle reste assez peu digeste, tant sur le fond que sur la forme. Pour les moins armés, la succession de séquences parlées peut s’avérer difficile à suivre. Au point d’en sortir avec l’impression d’avoir entendu beaucoup de choses intéressantes, mais de ne finalement pas avoir retenu grand-chose.


Ce n’est cependant pas la principale limite de cette série documentaire, car ce parti pris a le grand avantage de rappeler que l’économie est une science complexe, parfois approximative, dont de nombreux pans ne font pas consensus, et qu’elle n’est pas simplifiable à l’extrême. La limite de Travail est ailleurs, dans la composition de son panel d’invités : de Frédéric Lordon à David Graeber, en passant par Kako Nubukpo, Robert Pollin ou Danièle Linhart, le courant « hétérodoxe » (par opposition aux « orthodoxes », qui, pour aller très vite, croient en la rationalité des acteurs du marché) semble largement majoritaire.

Source : Le Monde, 15/10/2019.
Emission à voir ou revoir : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-018077/travail-salaire-profit/ 

lundi 23 mai 2016

Les infirmiers gagnent en moyenne 2 198 euros bruts par mois

En 2015, le salaire mensuel brut moyen des infirmiers diplômés d’État (IDE) s’élevait à 2 198 euros et a ainsi connu une augmentation de 5.1% par rapport à 2010, selon le 5ème baromètre des salaires de la santé de l’Appel Médical. Du côté des spécialités, la rémunération des infirmiers de bloc s’est accrue de 4.5% pour atteindre 3 222 euros, alors que celle des infirmiers anesthésistes (IADE) a légèrement diminué de 0.7%, soit 3 718 euros bruts mensuel.

bulletin de paie
Les infirmiers diplômés d’État gagnent en moyenne 2 198 euros bruts par mois.

En 2015, les infirmiers diplômés d’État (IDE) ont gagné en moyenne 2 198 euros bruts, selon le 5ème baromètre des salaires de la santé de l’appel médical1. Par rapport à 2010, leur salaire a augmenté de 5.1%. Néanmoins, des disparités régionales existent. Ainsi, en Bretagne, la rémunération moyenne des IDE atteint 2 304 euros, alors qu’elle est de 2 148 euros en Île-de-France. Notons également que le secteur associatif offre le salaire le plus élevé (2 292 euros en moyenne, contre 2 195 euros dans le secteur privé et 2 124 euros dans le secteur public). En revanche, les salaires ont tendance à stagner dans le secteur associatif (+0.8% en cinq ans). Les infirmiers travaillant en secteur privé ou public ont quant à eux vu leur rémunération augmenter respectivement de 6.2% (de 2 066 euros à 2 195 euros) et 5.9% (de 2 007 euros à 2 124 euros) depuis 2010. Soulignons que la profession infirmière ainsi que les spécialités ont connu des évolutions de salaire moindre par rapport à d’autres métiers de la santé. Le salaire des préparateurs en pharmacie a notamment connu une hausse de 12% en cinq ans.

salaires des mériers de la santé

En Bretagne, la rémunération moyenne des IDE atteint 2 304 euros, alors qu’elle est de 2 148 euros en Île-de-France.
La rémunération des infirmiers de bloc opératoire s’est elle aussi accrue. Elle est ainsi passée de 3 083 euros à 3 222 euros, soit une évolution de 4.5%. Pour les IBODE, mieux vaut pour le moment travailler dans le secteur associatif où le salaire s’élève à 3 372 euros en moyenne, contre 3 333 euros dans le secteur privé et 3 114 euros dans le secteur public. Cependant, la rémunération des IBODE du secteur associatif a tendance à diminuer (-1.4% depuis 2010). Brigitte Ludwig, présidente de l’Union Nationale des Associations d’Infirmiers de Bloc Opératoire Diplômés d’État (UNAIBODE) déplore qu’au niveau des salaires « rien n’a bougé depuis un petit moment ! En fin de carrière, un IBODE ne gagne qu’une centaine d’euros mensuels de plus qu’un IDE. Il serait bon que l’expertise réelle de notre métier, qui ira en s’accentuant, passe par une revalorisation salariale ».
En fin de carrière, un IBODE ne gagne qu’une centaine d’euros mensuels de plus qu’un IDE.
La rémunération des infirmiers anesthésistes est la seule du baromètre à connaître une très légère baisse (-0.7%). Elle passe donc ainsi de 3 743 euros en 2010 à 3 718 euros en 2015.Toutefois, cette diminution ne concerne pas tous les secteurs. Ainsi, le salaire des IADE des secteurs associatif et privé ont augmenté respectivement de 6.3% (soit 3 799 euros en 2010 et 4 037 euros en 2015) et 7.1% (soit 3 680 euros en 2010 et 3 942 euros en 2015). En revanche, il a baissé de 4.2% dans le secteur public, passant de 3 740 euros en 2010 à 3 585 euros en 2015. Malgré cette diminution, le salaire des IADE est le plus élevé des métiers de la santé.
La rémunération des infirmiers anesthésistes est la seule du baromètre à connaître une très légère baisse (-0.7%).

salaires par secteur

De son côté, Sébastien Colson, président de l’Association nationale des puéricultrices(teurs) diplômé(e)s et des étudiant(e)s (ANPDE), souligne que les IPDE ont connu une revalorisation en 2010 pour la fonction publique hospitalière. La fonction publique territoriale s’est alignée en 2014, mais seulement pour les puéricultrices, ce qui conduit à des situations incongrues où les cadres ont un salaire parfois inférieur à celui des puéricultrices. Des ajustements sont donc encore nécessaires.
Christophe Bougeard, directeur général de l’Appel Médical, explique que face à des budgets sous pression, les établissements de santé, qu’ils soient publics, privés ou associatifs, doivent répondre à une demande de soin qui ne se dément pas année après année. Les causes sont bien connues. La qualité du système de soins en France permet de vivre plus longtemps et en meilleure santé. À titre d’exemple, les besoins de personnel qualifié dans le secteur médico-social vont être de plus en plus importants.
Force est de constater que même si les infirmiers jouent un rôle important dans le système de santé, ils peinent à être reconnus. En effet, d’une part, les infirmiers anesthésistes, dont la grille statutaire a évolué en 2012 et 2015, sont en attente de travaux sur la grille indiciaire qui devraient débuter dès cet été. D’autre part, pour les autres spécialités, la revalorisation salariale passera sans doute par une réingénierie de la formation, demandée depuis de nombreuses années par les associations professionnelles. Les infirmiers vont donc devoir se montrer patients...

Note
  1. L’étude se base sur les salaires réels constatés et a été réalisée sur les années pleines 2015 et 2014 et depuis 2010. 557 302 contrats de mission Appel Médical ont été analysées. La règle imposant qu’un intérimaire soit rémunéré au même niveau qu’un salarié titulaire garantit une bonne représentativité des salaires. À noter que les données concernent les salaires bruts hors indemnités de fin de mission, hors primes et autres accessoires.
Aurélie TRENTESSE, Infirmiers.com, 23/05/2016.

jeudi 19 mai 2016

Des salaires plutôt stables pour les aides-soignants en 2015

1717€, c'est le salaire brut moyen mensuel d'un aide-soignant français. Ce chiffre, publié dans le 5ème baromètre des salaires de la santé 2016 de l'Appel Médical, est en hausse (+5,2 %) par rapport à 2010 où le salaire des AS était estimé à 1632€. Mais il n'est pas homogène pour tout AS… Revue de détails.


aides-soignantes 

390 000 aides-soignants (AS) exercent actuellement en France. Ce sont des professionnels indispensables dans le parcours de soin du patient, acteurs à part entière de toute équipe soignante. Si quelques 78 000 jeunes diplômés AS ont rejoint le marché du travail depuis ces 10 dernières années, qu'en est-il de l'évolution de leurs salaires ? Dans son 5ème baromètre des salaires de la santé, l'Appel Médical analyse de manière transversale la dynamique salariale de six familles de métiers phares de la santé. Celle des aides-soignants reste stable par rapport à 2014, même si on observe une légère évolution en cinq ans.

Une précision d'importance !


Bien que les données publiées proviennent d'une agence d'intérim, rappelons que les intérimaires sont rémunérés de la même façon que des salariés titularisés. En outre, aucune primes, indemnités, ni même avantages ne sont pris en compte dans les données publiées. Ce baromètre, qui s'appuie sur les missions d'intérim exercées par des aides-soignants entre 2014 et 2015, est donc représentatif des salaires bruts qui leur sont attribués dans les établissements de santé.

Des salaires corrélés à l'âge

Comme pour n'importe quel autre métier, le salaire des aides-soignants est corrélé à l'expérience qui est le plus souvent associée à l'âge. De fait, on constate que les aides-soignant de plus de cinquante ans ont un salaire moyen de 1819€, soit seulement 189€ de plus que les AS de moins de vingt-cinq ans. L'augmentation de salaire selon l'âge est donc être relativement faible, d'autant plus que l'évolution entre 2014 et 2015 est quasiment négligeable.
Qui de la parité homme-femme ? Si près de 89 % des aides-soignants sont des femmes, les salaires restent cependant équivalents entre les genres, les femmes étant payées au même titre que les hommes.

Salaires selon le sexe

 

mardi 10 mars 2015

Travail : les inégalités hommes-femmes en France

Si les inégalités entre les hommes et les femmes en France face à l’accès au travail se sont estompées, l’écart entre les salaires lui demeure. De même, les femmes se voient de plus en plus imposer des contrats à temps partiels.

 

Infographies disponibles via le lien suivant : http://www.humanite.fr/travail-les-inegalites-hommes-femmes-en-france-567726

dimanche 8 mars 2015

Égalité femmes-hommes : les Françaises ne sont pas dupes

Quelques améliorations, mais sans plus… Les Français restent largement critiques face aux inégalités entre hommes et femmes. Instruites 
par l’expérience, ces dernières portent un jugement encore plus sombre sur la situation, notamment en matière d’emploi et de salaires.

 
Photo : Miguel Medina/AFP
Alors que l'égalité salariale est inscrite dans les textes depuis 1957, 
une femme doit travailler 59 jours de plus qu'un homme pour 
gagner autant. Photo : Miguel Medina/AFP
Chacun perçoit une lente amélioration générale. Mais on est encore loin, très loin du compte. Dans la foulée de nombreuses études publiées ces derniers jours à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, dimanche 8 mars, l’institut CSA a interrogé les Français sur la perception qu’ils avaient de ces inégalités femmes-hommes. Les résultats de ce sondage (1), que nous publions en exclusivité, n’invitent pas à l’optimisme béat. Et montrent avant tout que les personnes interrogées – à commencer par les femmes – restent largement insatisfaites de la situation actuelle. D’une manière générale, l’idée que l’égalité entre hommes et femmes a progressé depuis dix ans au sein de la société semble plutôt partagée. Mais pas dans tous les domaines. Ainsi, si les Français estiment que le partage des tâches ménagères s’est amélioré (65 %), tout comme l’accès aux fonctions politiques (63 %) – objet de plusieurs textes de loi ces dernières années –, ils sont beaucoup plus mitigés sur l’accès aux postes à responsabilité dans les entreprises et administrations (53 %) et sur l’accès au marché du travail (50 %). Quant au niveau de salaire, la proportion s’inverse. Une majorité (54 %) estime que la situation « n’a pas changé », voire s’est « détériorée ». Sentiment qui rejoint la plupart des études pointant régulièrement la persistance des inégalités à compétences et poste égaux.
Le ressenti des femmes, pris à part, montre une réalité plus sombre et, malheureusement, sûrement plus juste. Sur tous les thèmes, elles apparaissent beaucoup moins convaincues de ces évolutions positives. Premières concernées par les emplois partiels depuis 2008, elles sont une minorité à estimer que, depuis dix ans, la situation s’est améliorée pour l’accès à des postes à responsabilité (45 %) ou pour l’accès au marché du travail (41 %). Et pas moins de 66 % d’entre elles ne perçoivent aucun changement, si ce n’est un recul, sur la question des salaires…

Cet écart de perception ne surprend pas Fatima Benomar, porte-parole de l’association féministe des Effronté-e-s. Il y a quelques mois, elle a montré à son entourage cette fameuse vidéo américaine révélant le harcèlement de rue que subissent les femmes. « Tous les hommes tombaient des nues. Ils ne se rendaient pas compte de l’ampleur du problème. Les femmes sont beaucoup plus conscientes de ces phénomènes de sexisme parfois discrets. Beaucoup d’hommes, eux, ne reconnaissent que les discriminations évidentes, comme celles liées au niveau de salaire. » Sur ce point, la militante féministe n’est pas étonnée, non plus, de l’insatisfaction très forte des femmes concernant leur différence de salaire par rapport à celui des hommes. « L’écart s’est réduit pendant une période, mais cela ne bouge plus depuis vingt ans. À poste et compétences égaux, les femmes gagnent environ 10 % de moins. Mais, d’une manière générale, elles touchent, en moyenne, 27 % de revenus en moins qu’un homme, compte tenu qu’elles sont plus souvent concernées par les temps partiels et des évolutions de carrière plus lente. »

Le mécontentement grandissant des Françaises face à cette stagnation des différences de salaire s’exprime clairement dans le sondage. Si l’on compare les résultats de cette enquête à celle menée en 2005 (graphique ci-dessus), on s’aperçoit que le ressentiment des femmes face à ces inégalités s’est profondément accentué. En l’espace de dix ans, le sentiment que leur accès à des postes à responsabilité était satisfaisant a reculé de 13 points (36 % à 23 %) et le niveau de salaire de 7 points (passant de 23 % à 16 %). « Ce sont clairement deux points de crispation qui se sont intensifiés ces dernières années, relève Julie Gaillot, à la fois de par la situation dégradée du marché du travail mais également grâce au sentiment que c’est devenu de plus en plus 
inacceptable… »
(1) Sondage réalisé
du lundi 2 au mercredi 4 mars 2015, 
auprès de 1 010 personnes âgées de 18 ans et plus,
selon la méthode des quotas.
 
Laurent Mouloud, L'Humanité, 06/03/2015.

dimanche 23 novembre 2014

Une prime au rabais pour les salariés pauvres

Le gouvernement a annoncé, mardi soir, la mise en place d’une prime d’activité en complément des petits salaires, enterrant la prime pour l’emploi et augurant d’une baisse des aides pour les plus modestes.


Deux ans de tergiversations pour une régression. Mardi soir, Matignon a annoncé la mise en place d’une prime d’activité censée remplacer la prime pour l’emploi (PPE) et le RSA activité d’ici à janvier 2016. La fin de la PPE, crédit d’impôt perçu par 5,3 millions de travailleurs modestes, avait déjà été actée la semaine dernière dans le projet de loi de finances rectificative. Le gouvernement estimant que cette mesure mise en place par Lionel Jospin en 2001 était insuffisamment ciblée, voire « versée à des ménages aisés », d’après Matignon. Quant au RSA activité, complément de revenu pour les salariés avec de petits contrats, il n’a jamais décollé, souffrant d’un taux de non-recours de 68 %.

Le flou entoure cette prime. On ne connaît pas le revenu nécessaire pour en bénéficier, a priori autour du Smic. Nouveauté, elle pourrait être demandée par les personnes de moins de 25 ans. La situation des bénéficiaires serait étudiée tous les trois mois, contre tous les mois aujourd’hui pour le RSA activité. Valls a vanté la simplicité de cette nouvelle prime, pour « rendre plus efficace le soutien aux salariés aux revenus les plus modestes ». Mais, comme l’explique François Rebsamen, ministre du Travail, toujours prompt à stigmatiser la fainéantise des chômeurs, elle va contribuer à « une plus grande incitation à reprendre un emploi ».
Des mesures qui pèsent peu 
dans la balance

Des déclarations destinées à masquer les économies que le gouvernement va engranger sur le dos des plus précaires. Si le premier ministre claironne que les moins de 25 ans auront accès au dispositif, les autres salariés pauvres vont automatiquement y perdre. Car cette réforme va se faire à coût constant, en prenant en compte les 2 milliards d’enveloppe du RSA activité et le 1,94 milliard résultant de la suppression de la PPE, soit 4 milliards au total. Le gouvernement présente la prime comme un coup de pouce pour les ménages, en complément de la baisse d’impôts sur le revenu, mais ces mesures, chiffrées à 5 milliards, pèsent peu dans la balance au regard des 40 milliards d’euros de baisse des prélèvements pour les entreprises. Favorable à une fusion de la PPE et du RSA activité, Florent Gueguen, directeur général de Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), est un peu inquiet. « Il serait impensable que le gouvernement mette en place un dispositif faisant des perdants parmi les travailleurs pauvres, mais il est impossible de faire cette réforme à budget constant. Par exemple, si le point d’entrée dans l’aide se situe autour de 0,3 fois le Smic, il faudra un tiers-temps pour recevoir cette prime, alors que cela n’était pas nécessaire pour percevoir le RSA activité. Pour nous, un système de versement dès la première heure travaillée aurait été la meilleure solution. » Cette prime serait octroyée à la personne travaillant, ce qui risque d’engendrer un autre problème. Comme l’explique Florent Gueguen, « c’est une prestation individuelle, qui ne prendrait pas en compte les enfants et le conjoint. Les familles nombreuses ou monoparentales toucheraient moins qu’avec le RSA activité ! ». Le Mouvement des jeunes socialistes salue une avancée, mais n’est pas tout à fait rassuré, craignant « qu’une prime d’activité d’un montant inférieur pourrait être mise en œuvre pour les jeunes ». Manuel Valls donnera plus de détails aujourd’hui en Conseil des ministres. Mais les plus modestes sont déjà assurés d’être perdants.



Cécile Rousseau, L'Humanité du 20 novembre 2014.