lundi 25 mai 2015

« La Loi du marché » : peut-on tout accepter pour garder son job ?

Une semaine après la sortie sur les écrans de « La Tête haute », le film puissant d’Emmanuelle Bercot sur un ado ingérable qui se débat tant mal que bien dans la France d’aujourd’hui, une seconde fiction, présentée en compétition au Festival de Cannes, témoigne de la réalité brute (très brute) de l’Hexagone.

Dans la ligne de mire du cinéaste : le chômage et ses dégâts, l’horreur économique et ses conséquences, le travail qui rend fou et l’inacceptable devenu des normes.

 Litanie de l’effroi

 Il s’appelle Thierry et fréquente les bureaux de Pôle emploi depuis dix-huit mois interminables. Dix-huit mois à traquer les petites annonces et à peaufiner son CV de « senior » condamné au hors-jeu. Dix-huit mois à tenter d’oublier qu’hier, autrefois, il « gagnait sa vie » et pouvait miser sur l’avenir. Dix-huit mois à espérer, à combattre, à s’angoisser. Dix-huit mois à tenter de rester digne aux yeux de ses proches et à ses propres yeux.
Quand Thierry, enfin, retrouve un boulot (vigile dans un supermarché pour un salaire que l’on devine de misère), d’autres « problèmes » surviennent. Chargé de surveiller les clients et les caissières, ce héros de notre (triste) temps se retrouve confronté à de sévères conflits moraux quand il s’agit pour lui de collaborer à une politique de dénonciation érigée en norme et à la loi du profit maximal.
Peut-on tout accepter pour garder son job ? Faut-il bousiller les plus faibles que soi pour espérer conserver la tête hors de l’eau et ne pas retourner dans la case chômage ? 




Un film brutalement contemporain… Dans le bien nommé « La Loi du marché », Stéphane Brizé (« Mademoiselle Chambon », « Quelques heures de printemps ») met en scène au plus près un homme d’aujourd’hui, ballotté par une « logique » sociale, qui ne fait aucun cadeau à ceux qui se retrouvent au bord de la route, sacrifiés sur l’autel des restructurations économiques et de la rentabilité vraiment à tout prix.
Violence de son temps
Pour mettre en scène cette histoire simple et glaçante, le cinéaste refuse le misérabilisme, les surenchères et se concentre sur quelques « moments » (banals seulement en apparence) où le héros se cogne contre la violence de son temps : dans l’exercice de ses fonctions où il chasse plus pauvre que lui, face à ses banquiers qui l’étranglent, dans sa vie familiale où il convient de « faire bonne figure », malgré les dettes qui s’amoncellent et des lendemains qui ne promettent rien de bon.
Pour mener à bien l’aventure de « La Loi du marché », le cinéaste a opté pour des choix radicaux. En premier lieu, celui d’engager autour de son acteur principal (Vincent Lindon, bouleversant en homme « ordinaire » qui, envers et contre tout, tente de rester fidèle à ses valeurs) des comédiens non professionnels. Le cinéaste s’en explique :
« J’avais déjà fait tourner des non-professionnels dans des petites rôles avec, à chaque fois, le sentiment de me rapprocher d’une vérité qui est la chose qui m’intéresse le plus dans mon travail. »
Il poursuit :
« Il fallait que je pousse le système encore plus loin en confrontant un comédien ultra confirmé à une distribution entière de non-professionnels. Avec l’idée d’entraîner Vincent Lindon dans des zones de jeu qu’il n’avait pas encore explorées. »
Une affaire de cohérence
Cohérent avec son projet, auquel Vincent Lindon est étroitement associé puisqu’il coproduit le film, Stéphane Brizé a travaillé hors des « lois » usuelles du cinéma français.
Tourné avec une équipe technique restreinte, « La Loi du marché » a été financé avec un budget modeste (estimé autour d’1 million d’euros), les salaires du cinéaste et de l’acteur principal étant mis en participation alors que l’ensemble de l’équipe était rémunéré au tarif normal.
Une affaire de morale, ou peu s’en faut, pour un film important où fond, forme et mode de financement sont indissociables. Et peut-être un exemple à retenir pour la production cinématographique française ambitieuse, qui désire filmer « autrement » de vrais sujets.
Des chômeurs partout
Fait révélateur de l’époque, « La Loi du marché » n’est pas le seul film à s’être récemment intéressé à la question brûlante du travail – et de son absence. Ces dernières années ou derniers mois, plusieurs films ont zoomé sur le sujet. 

Pour mémoire, revue partielle et partiale :
Bruno Davert, un cadre supérieur, a été licencié de son entreprise après un plan de délocalisation. Il est prêt à tout pour retrouver un job, y compris à éliminer physiquement ses concurrents… Une comédie acide, d’après le polar de Donald E. Westlake, où Costa Gavras met en scène un chômeur (José Garcia) gagné par la déraison.
Une ouvrière de Dunkerque, chômeuse depuis peu, devient la femme de ménage d’un trader. Elle découvre que ce dernier est responsable de la fermeture de son ancienne usine. Cédric Klapisch délaisse la comédie et signe une fiction rageuse sur la « fracture sociale ».
George, petit patron d’une entreprise nautique, est lâché par sa banque et se bat pour sauver son entreprise. Au risque d’oublier ses principes moraux, de négliger son personnel et de sombrer dans la dépression. Le surendettement et les licenciements sauvages : un film puissant sur l’époque et le meilleur rôle récent de Daniel Auteuil.
Sandra a été licenciée de sa petite entreprise pendant un congé maladie. Explication : ses collègues ont voté pour une réduction des effectifs en échange d’une prime de 1 000 euros… L’héroïne (Marion Cotillard) tente de les faire revenir sur leur décision. Les frères Dardenne mettent en scène la violence des rapports sociaux et un univers du travail où tous les mauvais coups sont permis.
Franck, un ancien ouvrier, a été sacrifié sur l’autel de la restructuration d’entreprise et de la « modernité » économique. Pour survivre, il travaille comme vigile dans un centre commercial. La dégringolade d’un quinquagénaire, ex délégué syndical (Olivier Gourmet), qui se débat dans la précarité.
Des salariés d’un magasin hard discount de la région Nord sont menacés de licenciement. Pour échapper au pire, ils décident de monter leur propre coopérative en se servant dans les stocks… Une comédie offensive où le débutant Louis-Julien Petit met en scène la peur du chômage, la honte du gaspillage alimentaire et la résistance en forme d’union solidaire.

L'Obs, Rue 89, Olivier De Bruyn, 19 mai 2015.

Stéphane Brizé : « Je veux voir des personnages en marche »

Acteur et victime d'une déshumanisation en marche : Vincent Lindon est Thierry, vigile dans un supermarché. "Je voulais placer mon personnage dans un écosystème où il se trouve obligé de surveiller son collègue", explique le réalisateur.

Pour sa première sélection en compétition au Festival de Cannes 2015, Stéphane Brizé retrouve, dans "la Loi du marché", Vincent Lindon pour la troisième fois, 
après "Mademoiselle Chambon" et "Quelques heures de printemps".


L’hypermarché est un personnage récurrent du cinéma français. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce cadre ?
303354 Image 0  Stéphane Brizé L’hypermarché est un cadre cinématographique idéal pour créer de la fiction, des images. Avec un personnage d’agent de sécurité, cet endroit est intéressant parce qu’il peut être un lieu de répression modeste. Je voulais placer mon personnage dans un écosystème où il se retrouve obligé de surveiller son collègue. Puis, tout le monde va faire ses courses et passe devant les agents de sécurité ou les hôtesses de caisse sans les voir. Il est important que la caméra se déplace sur les invisibles, les oubliés, tous ces gens qui peuvent être dans des situations économiques très difficiles

Comment s’est déroulée la collaboration avec l’hypermarché ?
Stéphane Brizé 
On a tourné sans jamais interrompre la marche du supermarché. On s’est noyé dans la masse. Vincent Lindon était habillé en agent de sécurité et déambulait comme les autres en bout de caisse. Il n’a jamais été interpellé par des clients. On était en longue focale. On pouvait filmer de loin les plans serrés. On est resté très discret. Les employés du film travaillent à l’hypermarché.

Comment le réel a-t-il nourri le film ?
Stéphane Brizé 
J’ai passé beaucoup de temps dans l’hypermarché. J’ai fait un stage d’agent de sécurité, où j’ai assisté à des scènes hallucinantes. Elles dépassent tellement l’imagination qu’elles ne peuvent pas fonctionner dans un film de fiction. Lors d’une interpellation, une dame qui avait volé pour 10 euros, disait des choses totalement surréalistes à l’agent de sécurité noir que l’on voit dans le film : « Vous avez conscience que nous ne sommes pas de la même race, monsieur ? Entendez-vous ce que je dis ? » Pour finir, son mari est entré en hurlant : « Vive Marine ! » J’ai essayé de mettre cette scène dans le film mais elle était intournable. Dans la fiction, on est parfois obligé d’accentuer le réel, parfois de le retenir. J’ai rencontré beaucoup d’hôtesses de caisse. J’ai trouvé une modestie très particulière chez beaucoup d’entre elles. Au quotidien, elles doivent supporter la mauvaise humeur des gens avec le sourire. Après dix ou vingt ans, cela crée une personnalité. De la même manière, j’ai énormément discuté avec les gens de Pôle emploi, assisté à des formations sur les CV, les entretiens d’embauche. C’est comme cela que j’ai rencontré le formateur du film. Chaque métier possède un langage. Ces mots que je n’aurais pu inventer nourrissent les scènes de réel. En rencontrant ces gens, on dépasse les clichés.

(...) 
Entretien réalisé par Michaël Melinar,Mardi 19 Mai 2015,L'Humanité

dimanche 24 mai 2015

Festival de Cannes : le Palmarès 2015

En Compétition :

Longs métrages

Courts métrages

Un Certain Regard :

Cinéfondation :

samedi 9 mai 2015

BAC L ou BAC ELLES ? Par Olivia de Lamberterie

Comment dit -on « écrivaine » en novlangue ? Dans le projet du programme scolaire 2016, tel un inventaire à la Prévert qui aurait rencontré Jean-Claude Van Damme, on trouve bien une piscine – « milieu aquatique profond standardisé » –, un crayon – « instrument scripteur » –, des devoirs – « produire des messages » –, mais guère de littérature. 


Dans ce jargon pédagogique (dont l’apprentissage pourrait joyeusement remplacer celui du latin), on propose donc comme définition du mot auteure : « émetteur de sexe féminin qui, avec un instrument scripteur, proposerait un discours qui compte pour du beurre ». En effet, d’un coup de crayon sacrément inspiré, la dessinatrice (et grande lectrice) Diglee a observé, sur son blog, que toutes les œuvres imposées cette année à l’épreuve de littérature du bac L avaient été écrites par des hommes. Un malheureux fait du hasard ? Non, après avoir consulté les archives de l’Education nationale, la blogueuse a découvert qu’en treize ans, les trente-deux écrivains tombés au bac étaient tous des mâles.
Interrogé dans « Libération », le président de l’Association des professeurs de lettres se défend, que dis-je, s’apitoie : mes pauvres dames, les écrivaines ne courent pas les rues ! Ben oui, mon bon monsieur, pendant des siècles, les femmes étaient bonnes à faire le ménage en attendant le prince charmant, pas question pour elles de mettre le bout de leur pantoufle de vair dans une école ! Pour mémoire, il a fallu attendre 1861 pour qu’une femme obtienne le droit de passer son bac. Mais tout ce qui est rare n’est-il pas cher ? Plutôt que de jeter aux oubliettes de la littérature les courageuses qui ont osé prendre la plume plutôt qu’un balai, ne faudrait-il pas les mettre en avant pour respecter, au moins, la parité ? Mais alors, on va devoir mettre au programme « des écrivains de second ordre », se désole le même professeur de lettres dont on taira le nom par charité. Et comme on est décidément très charitable, on lui a préparé une liste (non exhaustive) : Christine de Pisan, Madame de La Fayette, Olympe de Gouges, Madame de Staël, George Sand, Colette, Elsa Triolet, Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Annie Ernaux. Une liste de premier ordre, parole de parent d’élève, pardon, en novlangue, parole de génitrice d’apprenant.

jeudi 9 avril 2015

Foire - Salon : L'Escale du livre 2015 de Bordeaux


La 13ème éditionde l'Escale du Livre de Bordeaux se tient du vendredi 10 au dimanche 12 avril 2015, quartier Sainte Croix / Tnba / Conservatoire, autour de l'église Sainte Croix à Bordeau.



Pendant 3 jours, 150 auteurs, des débats, lectures, rencontres, expositions, ateliers, performances et spectacles se dérouleront dans un véritable "village" dédié aux livres.

Plus de soixante éditeurs et libraires seront réunis pour faire découvrir la richesse de la production éditoriale nationale et régionale.

Au programme : la venue de Milena Agus, des rencontres avec des auteurs majeurs comme Jérôme Garcin, Laurent Gaudé, Mona Ozouf, un cycle d'événements consacrés à Edmond Baudoin, maître de la bande dessinée contemporaine, la création d'une lecture dessinée autour de la bande dessinée Prévert, inventeur des auteurs et illustrateurs bordelais Hervé Bourhis et Christian Cailleaux…

Remise du prix des lecteurs

Dimanche 12 avril 2015, au Studio de création, venez rencontrer le lauréat à l'occasion de la remise du Prix et retrouvez les cinq auteurs sélectionnés pour des rencontres et débats pendant le week-end : Jean-Marie Blas de Roblès, Simonetta Greggio, Laurent Mauvignier, Minh Tran Huy et François Vallejo. 
web-visuel-escale-du-livre-2015-mention-MCOMM-Pierre-Wetzel  

Renseignements :
Escale du livre
11 rue Auguin3
33000 Bordeaux
Tél. :
05 56 10 10 10
Courriel :
contact@escaledulivre.com
www.escaledulivre.com 

 Plus d'infos :
http://www.bordeaux.fr/e90484#xtor=ES-2
http://www.escaledulivre.com/
https://www.facebook.com/escale.dulivre