Les deux prochaines « expositions numériques immersives » auront pour thèmes Venise et le peintre espagnol Joaquín Sorolla. À voir du 11 février 2022 au 2 janvier 2023 dans la partie de la base sous-marine gérée par la fondation Culturespaces
La base sous-marine de Bordeaux accueille toujours les « expositions numériques immersives » consacrées à Yves Klein et àla Méditerranée, source d’inspiration pour de nombreux peintres, mais les programmes suivants sont déjà prêts. Dès le 11 février 2022 les quatre bassins centraux accueilleront en alternance « Venise, la sérénissime » et « Sorolla, promenades en bord de mer ». Deux thèmes liés à l’élément liquide, en adéquation avec ce lieu massif au bord des bassins à flot : 43 000 mètres carrés, dont 13 000 occupés par la société Culturespaces, filiale d’Engie, et 12 000 utilisés comme surfaces de projection.
Comme lors des précédentes expositions immersives, l’idée est toujours de projeter des images emblématiques, de les animer avec des systèmes de transition et de leur associer des musiques qui apportent un contrepoint à l’aspect visuel.
Dix ans après « Home », Yann Arthus- Bertrand revient avec « Legacy »,
un puissant cri du cœur.
Il y partage une vision sensible et radicale de
notre monde, qu'il a vu se dégrader le temps d'une génération, et y
dévoile une planète en souffrance, une humanité déboussolée incapable de
prendre au sérieux la menace qui pèse sur elle et sur tous les êtres
vivants.
Pour le réalisateur, il y a urgence : chacun peut et doit
accomplir des gestes forts pour la planète l'avenir de nos enfants...
Dix ans après le film Home qui a connu un succès planétaire, Yann
Arthus- Bertrand revient, avec Legacy, sur sa vie et cinquante ans
d'engagement.
C'est son film le plus personnel. Le photographe et
réalisateur raconte avec émotion l'histoire de l'homme et de la nature.
Il livre une vision sensible et radicale de notre monde qu'il a vu se
dégrader le temps d'une génération. Il dévoile une planète plus que
jamais en souffrance, une humanité déboussolée, se mentant à elle-même
depuis des décennies, incapable de prendre au sérieux la menace qui pèse
sur elle et sur tous les êtres vivants.
Aujourd'hui, nul ne peut plus
ignorer la catastrophe écologique en cours. L'Homme, en voulant
transformer, dominer et détourner l'énergie, cette source incroyable de
progrès, a déséquilibré l'ordre naturel des choses. Le déni n'est plus
une option.
C'est notre survie sur Terre qui est en jeu et nous en
sommes tous responsables. Legacy nous donne les raisons et le courage
d'affronter cette vérité. Nous devons nous réconcilier avec la nature.
Yann Arthus-Bertrand nous livre ici son héritage, notre héritage.
Derrière la beauté de ses images, c'est un puissant cri du cœur. Il
existe des solutions dans le film ; chacun peut accomplir des gestes
forts pour la planète et l'avenir de nos enfants.
A l’occasion
de la journée pour les droits des femmes, France 5 diffuse un
passionnant documentaire nourri d’images d’archives, commentées par
Cécile de France.
FRANCE 5 - DIMANCHE 8 MARS À 20 H 50 -DOCUMENTAIRE
Depuis
presque trois ans et la déferlante #metoo, il faut avouer que la
pertinence de la Journée internationale en faveur des droits des femmes,
simple date dans un calendrier qui en compte 364 autres (365 cette
année !), pose question. Cette journée n’en reste pas moins un excellent
prétexte pour la diffusion de contenus thématiques. Bonne nouvelle :
avec Tu seras mère, ma fille, France 5 nous en propose un excellent.
« Longtemps, être femme, c’était être mère. »
Prenant acte de cet état de fait, tout en reconnaissant qu’il est en
train de changer, la belle voix de la comédienne Cécile de France
accompagne des images d’archives – certaines colorisées, d’autres non –
pour nous raconter un siècle d’histoire des femmes, vue par le prisme de
la maternité. L’histoire intime des mères de France se conjugue sous
nos yeux avec la grande Histoire du pays, s’entrelace avec les
politiques familiales décidées dans les cabinets ministériels et au
Parlement, pour mieux nous faire mesurer l’immensité du chemin parcouru.
Lois natalistes
Dans les années 1920, Léontine – 19 enfants – est une mère « supérieure »,
décorée de la Légion d’honneur pour son rôle dans le repeuplement du
pays, exsangue après la première guerre mondiale. Le ventre des
Françaises, qui font moins d’enfants que leurs voisines européennes, est
devenu « une affaire d’Etat » : les lois natalistes qui
régissent ces ventres interdisent non seulement l’avortement, mais
également toute publicité pour la contraception. Elles resteront en
vigueur près de soixante ans.
BROTHERFILMS
L’histoire
de la dernière fille de Léontine, qui traverse le siècle, est l’un des
fils rouges de ce passionnant documentaire, qui nous rappelle que, dès
les années 1930, les femmes manifestent contre le travail domestique,
que la natalité n’a décollé qu’à partir du moment où les allocations
familiales ont été créées, que les « trente glorieuses » ont fait de la
mère au foyer une consommatrice, amorçant ainsi son émancipation…
L’accouchement sans douleur, le droit à l’avortement seront des étapes
supplémentaires vers l’autonomie : dans les années 1980, le combat pour
l’égalité des sexes sort du foyer pour gagner le monde du travail.
Classique mais particulièrement soigné dans sa forme, intelligent et
captivant sur le fond, Tu seras mère, ma fille émeut et interroge. Une réussite.
La vieillesse, entre expérience vécue et représentations - émissions de France culture du 23/09/2019.
Quelles représentations de la vieillesse
cohabitent au XXème siècle, et que disent-elles de l’évolution de nos
sociétés ? Du vieillard miséreux au retraité doré, en passant par la
figure du centenaire et l’invention du « troisième âge », nous explorons
la palette des imaginaires de la vieillesse.
Emmanuelle Riva dans le film "Amour" de Michael Haneke 2012•
Crédits : Copyright Les Films du Losange
Quel effronté a osé déclarer : « La vieillesse est un
naufrage » ? C’est un manque de respect pour les anciens, pour le
troisième âge, pour les seniors, pour ceux qui pendant longtemps furent
simplement appelés « les vieux ». Cet effronté est le général de Gaulle
qui l’a écrit dans ses Mémoires de guerre, mais à destination
d’un vieux très particulier, le maréchal Pétain : « La vieillesse est un
naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal
Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France ».
En 1940, le général de Gaulle, 50 ans, était un gamin face au
maréchal Pétain, 84 ans. De Gaulle s’est inspiré d’un autre effronté :
Chateaubriand qui, au 19e siècle, avait précisé cette affirmation : « La
vieillesse est un naufrage, les vieux sont des épaves ». Faut-il être d’accord avec Chateaubriand ? Quel plaisir, lors des
mariages ou des fêtes de famille, de m’asseoir à côté d’un vieux, d’un
vieille, pour l’interroger et l’écouter raconter.
Cependant, il faut
donner raison à Chateaubriand : les vieux sont des épaves car la découverte d’une épave provoque toujours l’excitation puisqu’elle contient de fabuleux trésors !
Le jury présidé par Alejandro Gonzalez Iñarritu a remis la Palme d’or
au réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho pour « Parasite ». Retour en
vidéo sur les films primés.
C’est “Parasite” du réalisateur coréen Bong Joon-ho qui a obtenu la
récompense suprême de cette superbe 72e édition. “Atlantique” de Mati
Diop remporte pour sa part le Grand Prix. Voici le palmarès intégral.
Avant l’ouverture de la 44e cérémonie des Césars, vendredi 22 février, deux films partaient favoris, avec chacun dix nominations : Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, et Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand.
C’est
finalement le second qui est ressorti gagnant de la soirée, organisée
salle Pleyel, à Paris, en remportant quatre statuettes, dont celle du
meilleur film et de la meilleure actrice pour Léa Drucker. Le Grand Bain,
en revanche, gros succès populaire avec plus de 4 millions d’entrées,
n’a reçu qu’une récompense, celle du meilleur acteur dans un second
rôle, décernée à Philippe Katerine. Les professionnels du cinéma ont
ainsi, une fois de plus, manifesté leur peu de goût pour la comédie.
Léa Drucker lauréate du César de la meilleure actrice pour son rôle dans « Jusqu’à la garde ». GONZALO FUENTES / REUTERS
Ils l’ont prouvé aussi en ne réservant aucun trophée au film de Pierre Salvadori, En liberté,pourtant
nommé neuf fois. Films engagés, drames sociaux sur les violences faites
aux femmes ou sur l’enfance sexuellement abusée ont, à l’inverse, été
distingués. Avec notamment Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et
Eric Métayer, qui a reçu deux Césars, dont celui de la meilleure
actrice pour un second rôle remis à Karin Viard. Dilili à Paris, de Michel Ocelot, a été récompensé du César du meilleur film d’animation et Vilaine fille,d’Ayce Kartal, de celui du meilleur court-métrage d’animation.
Le western de Jacques Audiard, Les Frères Sisters,
a réalisé une belle moisson en remportant les Césars de la meilleure
réalisation, du meilleur son, du meilleur décor et de la meilleure
photographie. Le César du meilleur acteur est revenu à Alex Lutz pour le
rôle qu’il interprète dans son propre film, Guy. Les meilleurs
espoirs féminin et masculin sont allés à deux interprètes non
professionnels, Kenza Fortas et Dylan Robert, pour Shéhérazade, long-métrage de Jean-Bernard Marlin – récompensé du César du premier film. C’est au magnifique long-métrage Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda, Palme d’or à Cannes, qu’est revenu le César du meilleur film étranger.
Le
sujet de la grande précarité et des sans-abri est peu évoqué au cinéma.
Celui des femmes à la rue l’est encore moins. En effet, il
apparaît difficile d’en faire à la fois un film réaliste et grand
public. Le film Les Invisibles, qui connaît actuellement un large succès en salles, vient combler ce vide. Les Invisibles
chronique le quotidien d’un centre d’accueil de jour dans une comédie
dramatique très réussie, où des actrices confirmées côtoient des
comédiennes non-professionnelles avec une expérience de la rue. Retour
sur cette belle surprise et les enjeux qu’elle soulève.
La grande précarité, éternelle absente du cinéma populaire français
Le cinéma, comme la télévision, souffre de nombreux biais de
représentation. Les CSP+ urbaines y sont légion tandis que les ouvriers
et les employés y sont aussi absents qu’en politique. Il apparaît donc
logiquement que le cinéma fait quasiment fi des personnes à la rue. De
plus, même les décors cinématographiques sont généralement de grands
appartements parisiens, comme une toile de fond tristement monocorde de
chaque réalisation française. Ainsi, la grande pauvreté ne s’affiche que
très rarement à l’écran et encore moins en tant que thématique
principale d’un film populaire. On se souvient en vrac de No et Moi de Zabou, Une Époque formidable de Gérard Jugnot, Enfermés dehors de Dupontel ou encore de Le Grand Partage d’Alexandra
Leclerc. Au-delà de cette liste non-exhaustive, le SDF n’apparaît qu’en
toile de fond, en élément de décor plutôt qu’en véritable protagoniste,
en figurant caricatural plutôt qu’en personnage à part entière. Les Invisibles souhaite
remédier à cette absence de représentation, posant la question
fondamentale de l’invisibilisation symbolique des personnes sans-abri
qui se retrouvent effacées de la culture populaire et des images qu’elle
véhicule. Un procédé qui fait écho à une autre forme d’invisibilisation
cette fois-ci physique et concrète : le mobilier urbain anti-SDF et
plus généralement l’ensemble des dispositifs techniques, logistiques et
policiers qui visent à éloigner les grands précaires des centres-villes.
Donner directement la parole aux femmes à la rue
Louis-Julien Petit reprend avec Les Invisibles une méthodologie déjà testée dans son premier film Discount,
qui dénonçait les conditions de travail dans la grande distribution et
suivait la création d’une épicerie solidaire clandestine. Le réalisateur
s’appuie sur une enquête sérieuse sur le terrain pour recueillir des
témoignages, permettant d’amener de la précision factuelle, et de ne
jamais en rester aux idées reçues sur son sujet. Le casting du film
témoigne également de cette rigueur puisque des acteurs professionnels
côtoient des acteurs amateurs, dont le parcours fait directement écho
aux personnages qu’ils incarnent. Un choix qui n’a rien d’un gadget et
accorde au film toute sa légitimité, en donnant directement la parole
aux premières concernées. Aux côtés d’Audrey Lamy, Noémie Llovsky et
Corine Masiero (qui a elle-même été sans-abri), le casting s’ouvre ainsi
à Simone (Veil), Brigitte (Macron), Marie-Josée (Nat), Mimi (Mathy) et
de nombreuses autres femmes, ex sans-abri, qui apparaissent dans le film
sous des noms d’emprunt. L’ambition n’est pas uniquement
cinématographique. Ainsi, ce choix permet de mettre des visages sur ce
qui reste trop souvent des données statistiques et la parole est donnée à
des femmes qui n’ont jamais pu la prendre. L’acte est éminemment
politique, et permet par ailleurs d’illustrer la diversité des parcours
de vie, des caractères, des histoires, des réalités qui se cachent
derrière l’appellation de « sans-abri ». Le film dessine alors une
véritable fresque de la vie de ces femmes sans-abri, happant le
spectateur dans un tourbillon d’émotions. Cependant, il ne tombe pas
dans la caricature pathétique et le film alterne aussi les passages
comiques, véritables rayons d’espoir dans la noirceur dépeinte du
quotidien des femmes SDF.
Suite à une décision municipale, L'Envol, centre d'accueil pour femmes
SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses
sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s'occupent
: falsifications, pistons, mensonges... Désormais tout est permis !
Porté par un casting mêlant des actrices connues (Audrey Lamy,
Corinne Masiero…) et des femmes ayant véritablement vécu dans la rue, le
film de Louis-Julien Petit connaît un beau succès en salles depuis sa
sortie, le 9 janvier 2019.
Au bout du fil, François Lesuisse est euphorique. Cet
exploitant qui dirige le cinéma Le Grand Palace, aux Sables-d’Olonne, a
fait le calcul. « En une semaine, 2600 personnes, sur 25 000 habitants, ont vu Les Invisibles. » Il en est persuadé : «Nous avons assisté à la naissance d’un film qui va beaucoup faire parler de lui. »
Une impression ressentie dès le mois de novembre, quand le cinéma a
accueilli l’équipe du film de Louis-Julien Petit pour une avant-première
à guichets fermés. « On a même refusé du monde », se
souvient-il. Toutes les salles de son cinéma, d’une capacité de 600
places, avaient pourtant été réquisitionnées pour la projection. Depuis, le bouche-à-oreille autour de cette tragi-comédie pleine
d’espoir sur un centre d’accueil pour femmes SDF dans le nord de la
France a fait son œuvre. A tel point que Creed II, le film musclé avec Sylvester Stallone, a été déplacé dans une plus petite salle, au profit des Invisibles. François Lesuisse s’amuse : « Quatre nanas bien entraînées ont réussi à mettre Stallone KO ! »
Allusion aux quatre fantastiques Audrey, Manu, Hélène et Angélique,
incarnées par Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky et Déborah
Lukumuena, qui campent des travailleuses sociales au plus près des
laissées-pour-compte. (...) Source : Télérama.fr, 18/01/2019. Article intégral en ligne : https://www.telerama.fr
Lyes Louffok, aujourd’hui membre du Conseil national de la
protection de l’enfance et protagoniste du documentaire “Enfants placés :
les sacrifiés de la République” diffusé sur France 3 ce mercredi 16
janvier, revient pour nous sur les dysfonctionnements d’un système qui
déraille.
Invitée, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, ne
participera pas au débat qui suivra ce 16 janvier la diffusion de cette
enquête choc de Pièces à conviction sur France 3. Regrettable, tant il y a matière à échanger. En effet, le document Enfants placés : les sacrifiés de la République
dresse un panorama alarmant de la situation des enfants placés en
foyers ou familles d’accueil. Détresse psychologique, agressions
sexuelles, violences en tous genres… : les témoignages graves et
édifiants dépeignent un système « qui déraille », pour ne pas dire dysfonctionne totalement. L’un des protagonistes, Lyes Louffok, 24 ans, auteur deDans l’enfer des foyers (1),
futur éducateur spécialisé et membre du Conseil national de la
protection de l’enfance, revient pour nous sur ce sujet hautement
sensible.
Ruptures traumatisantes, changement de structures d’accueil… :
l’enquête évoque votre parcours, ainsi que celui de nombreux enfants
ballotés, malmenés, détruits.
Certains enfants cumulent treize ans, quinze ans, dix-huit ans… de
placement au sein des services d’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ce type
de placement « longue durée » ne devrait pas exister. Pourtant ce fut
mon cas. Quel projet de vie propose-t-on à ces enfants-là ? Si on
résolvait un peu cette problématique dès le départ, en retirant
l’autorité parentale à un parent absent ou délaissant, ou en proposant
ces enfants à une adoption simple, on aurait moins de placements longs.
Durant ces années, tout peut survenir : un changement de situation dans
la famille d’accueil, un déménagement, des conflits dans le couple, ou
une relation difficile interpersonnelle avec les enfants biologiques de
la famille d’accueil… Quand on change l'enfant de lieu de placement, au
lieu de réfléchir à un projet de réorientation totalement adaptée, on
replace les enfants ailleurs, à la va-vite…
« … comme des paquets », dites-vous dans le documentaire.
Exactement. C’est le problème. Comme on est dans une situation
d’urgence, on va mettre l’enfant là ou il y a de la place, dans des
dispositifs pas toujours adaptés. Qui vont potentiellement conduire le
jeune à vivre une nouvelle rupture… Enfin, les ruptures s’expliquent
aussi par la maltraitance. Beaucoup d’enfants ont très bien compris le
système : ils se disent « puisque je me sens très très mal dans cet
endroit, c’est moi qui vais provoquer la rupture par des fugues, en
poussant l’adulte à bout, etc » dans l’espoir de changer de lieu de placement.
Retour avec Gérard Noiriel sur le rôle et la perception de
l'histoire dans la société française à l'occasion de la parution de son
livre "Une histoire populaire de la France". Un entretien sur l'histoire
populaire plutôt que communautaire.
Gérard Noiriel est l'auteur, en 2018, d'Une histoire populaire de la France, une histoire "de la domination, entendue comme l'ensemble des relations de pouvoir qui lient les hommes entre eux". L'historien français, directeur d'étude à l'EHESS (l'École des Hautes Études en Sciences Sociales), croit en "l'émancipation par la connaissance". Son ouvrage a été écrit pour "aider
les lecteurs, non seulement à penser par eux-mêmes, mais à se rendre
étrangers à eux-mêmes, car c'est le seul moyen de ne pas se laisser
enfermer dans les logiques identitaires". Un tel discours, une telle ambition, abordés avec une sérénité
certaine, une volonté d'honnêteté intellectuelle indéniable nous ont
fait éprouver le besoin d'aller à la rencontre de cet universitaire. Il
s'est fait une règle de consacrer une partie de son travail à faire le
pont entre le monde de la recherche universitaire et du grand public. Il est l'auteur de Chocolat, clown nègre, qui fut adapté au cinéma par Roschdy Zem avec Omar Sy dans le rôle titre. L'homme, qui se revendique de ce qu'il appelle les "transfuges sociaux" - il vient d'un milieu modeste - se soucie de ses lecteurs et de "la fonction sociale de l'histoire", quitte à, parfois, se faire violence, pour être entendu dans l'espace public.
(...)
Source : Les Inrocks, 15/10/2018 Article intégral en ligne : https://www.lesinrocks.com Présentation de l'ouvrage de Gérard Noiriel - Une histoire populaire de la France : https://agone.org
Cette fiction sensible et documentée suit le processus de
l’adoption, de la mère biologique à la future maman, en passant par
l’aide sociale.
Théo, né sous X, est confié à l’adoption par sa mère biologique
le jour de sa naissance. Alice, 41 ans, attend depuis dix ans, et
nombre de démarches, de devenir mère adoptante. Pupille est
l’histoire de leurs trajets respectifs vers leur rencontre, acmé
bouleversante permise par une chaîne de travailleurs sociaux dévoués :
trois mois de suspense psychologique, tendu. A partir d’un long travail
de documentation, et grâce à une savante construction scénaristique,
Jeanne Herry (Elle l’adore) tisse un thriller affectif, où chaque regard devient vital pour Théo, et où chaque mot soutient Alice dans sa démarche.
Il y a d’abord cette « recueillante », si douce et pédagogue, qui
aide la mère biologique dans sa décision, puis chaque maillon des
services de l’aide sociale à l’enfance et de l’adoption, attentif à ce
qu’un lien, neuf, naisse. Jeanne Herry rend un bel hommage à ces
fonctionnaires qui négligent leur propre vie, l’une cachant sa grossesse
(Olivia Côte, magnifique) pour ne pas blesser ses interlocuteurs privés
d’enfants, l’autre se gavant de bonbons pour continuer de croire à la
douceur des choses (Sandrine Kiberlain, délicate). Le romanesque
s’engouffre partout : dans une chambre d’hôpital, un bureau
d’administration, jusqu’à la maison de cet accueillant qui veille sur ce
bébé en attendant qu’il trouve une nouvelle maman. Dans ce rôle-là,
Gilles Lellouche, tout en humanité, apporte une chaleur tendre et
inquiète quand, soudain, le petit Théo semble souffrir d’un trouble de
l’attachement. Et puis il y a Elodie Bouchez, dont la voix claire, puis
tremblante de dépit ou de bonheur, restitue, à elle seule, le difficile
et lumineux chemin d’une adoption. Pupille offre, entre autres, cette émotion-là : la renaissance d’une grande actrice.
Très loin de son adaptation de Maupassant, "Une vie", mais
très près de "La Loi du marché", voici "En guerre", le nouveau film de
Stéphane Brizé avec (comme dans "La loi du marché") le très impliqué et
très puissant Vincent Lindon. Qu'ont pensé les critiques du "Masque
& la Plume" de cette fresque sociale ?
Vincent Lindon est ici
Laurent Amédéo, il prend la tête d’un mouvement de grève à Agen, dans
une usine de sous-traitance automobile (l’usine Perrin) qui appartient
au groupe allemand Dimke. La direction a décidé de fermer l'usine alors
qu’elle faisait des bénéfices et qu’un accord d’entreprise avait été
signé, deux ans plus tôt, avec les 1100 salariés, qui avaient accepté
une baisse de leurs salaires. Pendant 1h50, caméra à l’épaule, Stéphane Brizé filme les moments
forts de la grève, les manifs à Agen, le voyage à Paris pour discuter
avec le conseiller social de l’Elysée, l’occupation du siège du Medef,
le combat mené pour rencontrer et faire vaciller Martin Hauser,
l’intraitable patron allemand, l’espoir de trouver un repreneur et, au
sein des grévistes, les dissensions syndicales qui vont être fatales au
mouvement. Une course contre la montre, contre la mort, jusqu’à un
épilogue terrible qu’on ne racontera pas. Tout cela tourné en 23 jours avec beaucoup d’acteurs non-professionnels... Je trouve ça bouleversant. Ça n'est pas une caméra
embarquée, comme pendant la guerre, c'est une caméra immergée,
c'est-à-dire qu'on est avec eux, au milieu de ces gens-là. Vincent Lindon, acteur connu quand même (!), est avec eux, il est en
colère comme eux et je trouve que là, il n'est pas excellent, il n'est
pas bon - il est vrai. J'ai été totalement bouleversée par ces non-professionnels qui sont
dans leurs propres rôles : trois de ces syndicalistes non-professionnels
et acteurs dans le film ont été conseillers au scénario, dont Olivier
Lemaire qui a été ouvrier, syndicaliste militant et qui maintenant est
expert en juridiction du travail et qui s'occupe de faire les plans
sociaux. Et c'est dans le film : Brizé donne aussi la parole à la partie adverse.
Sophie Avon : "C'est un film militant, politique, mais ce n'est pas un film dogmatique parce que chacun a ses raisons..."
Stéphane Brizé a fait tourner 600 personnes de l'usine (la véritable usine est à Fumel). Ce qui me gênait dans La loi du marché, c'était sa
sécheresse, je trouvais qu'il manquait un peu de transcendance malgré
ses qualités... alors que là, ce qui m'a bluffée, ce qui fait que le
film passe en force, c'est la façon épique que Stéphane Brizé a de
raconter ça. C'est une épopée ! Il y a un moment où on a
l'impression qu'il dresse une armée. C'est la guerre mais vraiment ! De
cette lutte des classes, Stéphane Brizé fait quelque chose avec une
ampleur, une dimension, une vraie puissance - et c'est effectivement
d'autant plus fort que le scénario est, je crois, très documenté, très
écrit. Après j'ai une simple réserve : est-ce que ce n'est pas un film un
peu franco-français, notamment à cause de la fin : ce n'est pas
forcément universel même si malheureusement la lutte des classes est
internationale...
Jean-Marc Lalanne : "il y a une capacité à construire un suspense uniquement sur une joute verbale assez impressionnante"
Moi aussi, je trouve le film supérieur à La loi du marché,
moins uniformément gris et moins dans un processus d'accablement du
personnage. Ce qui est beau là, c'est que le film essaie vraiment de
constituer un working class heros. Le film est fort aussi sur la manière de construire de très longues
scènes de paroles, il y a quelque chose qui rappelle un peu le film de
Campillo là-dessus. On sent que c'est quand même très dramatisé et qu'il
y a un sens de la rhétorique et une capacité à construire un suspense
uniquement sur une joute verbale assez impressionnante. (...) Source : France inter, 30/05/2018. Article intégral en ligne : https://www.franceinter.fr/cinema/en-guerre-de-stephane-brize-et-avec-vincent-lindon
Film EN GUERRE - Réalisé par Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon
Sélection officielle au Festival de Cannes 2018.
Sortie le 16 mai au cinéma.
Synopsis :
Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un
bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin
Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué,
promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur
porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont
tout tenter pour sauver leur emploi.
La 43e cérémonie des Césars se déroule ce
vendredi soir, salle Pleyel, à Paris. Les films de Robin Campillo et
Albert Dupontel comptabilisent chacun treize nominations.
C’est la grand-messe du septième art français. La 43e cérémonie des Césars se tient vendredi 2 mars à 21 heures à la salle Pleyel, à Paris.
Elle sera dédiée à Jeanne Moreau (morte en juillet 2017), animée par
l’acteur Manu Payet et présidée par l’actrice et chanteuse Vanessa
Paradis.
« 120 battements par minute », de Robin Campillo
120 battements par minute, grande fresque réalisée par Robin Campillo sur les années sida en France
à travers le combat de l’association Act Up, comptabilise 13
nominations, en particulier dans les catégories meilleur film, meilleure
réalisation et meilleur scénario original. Ses acteurs ont aussi été
distingués par l’Académie des Césars pour le meilleur espoir masculin
(l’Argentin Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois), le meilleur acteur
dans un second rôle (Antoine Reinartz), la meilleure actrice dans un
second rôle (Adèle Haenel), mais n’apparaissent pas dans les
prestigieuses catégories du meilleur acteur et de la meilleure actrice.
« Au-revoir là-haut », d’Albert Dupontel
Avec 13 nominations également, Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel, fait jeu égal avec 120 battements par minutes.
L’adaptation du roman de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, est
notamment en lice pour le meilleur film, le meilleur acteur (Albert
Dupontel) et la meilleure réalisation.
Le film est un exercice de style
ambitieux dans le Paris des années 1920. Deux amis, qui se sont sauvés
mutuellement la vie dans les tranchées, sortent laminés de la boucherie
qu’a été la première guerre mondiale. Albert (Albert Dupontel), outre
ses illusions, a perdu son métier et sa femme. A Edouard (Nahuel Pérez
Biscayart), tempérament d’artiste qui se fabrique des masques
magnifiques, il manque le bas du visage. Autant dire que ça ne va pas fort. Le premier végète en faisant l’homme-sandwich. Le second ne veut plus entendre parler de sa famille – son père, Marcel Péricourt (Niels Arestrup), est un industriel impitoyable – et songe à en finir. L’amitié va les sauver. Les deux hommes remontent la pente, songeant d’une part à retrouver
un jour le lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte), sombre sadique qui
les a envoyés au casse-pipe après l’armistice, d’autre part à tirer revanche de l’Etat-Moloch et des ploutocrates qui le servent.
« Le Sens de la fête », d’Olivier Nakache et Eric Toledano
La comédie d’Olivier Nakache et Eric
Toledano suit les deux grands favoris avec dix nominations. Le film, qui
a rassemblé 3 millions de spectateurs en France en 2017, pourrait remporter
le César du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur
acteur (Jean-Pierre Bacri), du meilleur acteur dans un second rôle
(Gilles Lellouche ou Vincent Macaigne) ou encore du meilleur espoir
féminin (Eye Haïdara). En 2012, le duo avait été nommé dix fois pour son
film phénomène Intouchables, mais seul Omar Sy était finalement reparti avec une récompense, celle du meilleur acteur.
Entre les murs d’une demeure aristocratique des environs de Paris,
Max (Jean-Pierre Bacri), organisateur de festivités nuptiales, doit donner
à ses clients, un fat et une évaporée, l’illusion que cette journée est
la plus belle de leur vie. Les mariés sont incarnés par Benjamin
Lavernhe, de la Comédie-Française, et Judith Chemla, qui passa aussi par
cette illustre maison. Hélène Vincent, qui joue la mère du marié,
bourgeoise à la libido incontrôlable, est aussi une grande comédienne de
théâtre.
« Barbara », de Mathieu Amalric
Déjà lauréat des prix Jean-Vigo et
Louis-Delluc en 2017, le biopic ensorcelant de Mathieu Amalric sur la
chanteuse Barbara, jouée par Jeanne Balibar, a aussi retenu
l’attention des votants avec neuf nominations, en particulier pour le
meilleur film, la meilleure actrice et la meilleure réalisation.
Le premier plan de Barbara montre le reflet d’un visage de
femme sur le couvercle d’un piano. Un peu flou mais immédiatement
reconnaissable. Ce jeu d’images ouvre les portes d’un palais des miroirs
que Mathieu Amalric et Jeanne Balibar ont construit autour de la figure
de la chanteuse, morte en 1997. Le réalisateur et l’interprète font
mine de se perdre
entre la fiction d’une biographie filmée et la réalité du tournage de
celle-ci, alors qu’en réalité, ils conduisent d’une main très sûre le
spectateur à travers la vie et l’art de la « dame en noir ».
Depuis les temps immémoriaux, l’art et la santé sont intimement liés.
Apollon, dieu grec de la musique et des neuf muses, n’était-il pas aussi
guérisseur, seul capable de soigner la peste que ses flèches sèment ?
Cependant, si aujourd’hui il s’est durablement installé dans les
structures sanitaires, c’est le résultat d’un long combat.
« La démarche ne va pas de soi, et c’est normal, car l’hôpital est
d’abord un lieu de soins », avoue Patrick Vandenbergh, directeur
Stratégie et parcours à l’agence régionale de santé (ARS)
d’Auvergne-Rhône-Alpes, pourtant défenseur farouche des politiques
culturelles à l’hôpital. Dans les années 1990, des associations culturelles franchissent les murs de l’hôpital, telle « Rire médecin », qui envoie ses clowns dans les services d’oncologie pédiatrique, ou « Tournesol »
qui dépêche des musiciens auprès des malades de services de
cancérologie ou de gériatrie. C’est l’époque des formes « au chevet ». En 1999, la première convention interministérielle « Culture à
l’hôpital » (qui deviendra « Culture et santé » en 2010) donne un cadre
institutionnel, agrémenté de financements, aux partenariats entre
acteurs culturels et établissements sanitaires. Elle sera déclinée au
niveau national, par des conventions signées entre les directions
régionales des affaires culturelles (Drac) et les agences régionales de
l’hospitalisation (ARH, transformées en ARS en 2009). Cependant, la
déclinaison régionale du dispositif s’avère inégale. Les régions
Rhône-Alpes, Ile-de-France ou Aquitaine sont à la pointe du mouvement,
alors que l’Auvergne ou le Poitou-Charentes, par exemple, prennent du
retard.
Le documentaire «la
Sociale» de Gilles Perret souligne le rôle du ministre de Travail de
1945 à 1947 dans la mise en place, conjointement avec Pierre Laroque, de
l'assurance maladie.
Ambroise Croizat, qui connaît encore ce nom ? Ces dernières semaines,
on a vaguement entendu parler d’une association qui s’appelle Ambroise
Croizat, tenue par la CGT et qui gère entre autres la maternité des
Bluets à Paris. Mais autrement, ce patronyme a peu à peu disparu de
notre histoire sociale. Et ce n’est pas le moindre des mérites de ce
documentaire, baptisée la Sociale, qui sort ce mercredi dans
les salles de cinéma, que de redonner vie à ce personnage, militant
historique du Parti communiste et de la CGT, et qui a eu un rôle
essentiel dans la création de la Sécurité sociale en 1945. L’histoire est injuste. Lorsqu’on parle de la naissance de l’assurance maladie, on évoque aussitôt le général de Gaulle, et Pierre Laroque, haut fonctionnaire qui mit en forme l’architecture de notre système de couverture maladie.
Et ce dernier n’est pas passé dans le trou de l’histoire ; un peu
partout, comme au ministère de la Santé, il y a des salles Laroque, des
séminaires et autres conférences à son nom. Mais pour Ambroise Croizat,
c’est donc le trou noir. Et même à l’Ecole nationale supérieure de la
Sécurité sociale, qui forme les futurs dirigeants, rares sont ceux qui
le connaissent.
Et pourtant, quelle belle histoire ! «Vivre sans l’angoisse du
lendemain, de la maladie ou de l’accident de travail, en cotisant selon
ses moyens et en recevant selon ses besoins.» Tels étaient les
principes qui allaient forger la Sécu. Dans un documentaire engagé, le
réalisateur, Gilles Perret, redonne vie à ces principes avec en fil
rouge le témoignage d’un des derniers «poilus» de l’époque, Jolfred
Fregonara (décédé en août). «Je voulais faire un film positif.
Aujourd’hui on grogne sans cesse, on dit que tout va mal, mais le film
montre que quand on se met tous ensemble, on arrive à créer de la
solidarité et un rapport de forces», défend le réalisateur. Après les affres de la guerre, un projet pour «une société juste et
solidaire» est en effet inscrit dans le programme du Conseil national de
la Résistance, le CNR, qui rassemble communistes,
chrétiens-démocrates, gaullistes, socialistes. En quelques mois, toute
l’architecture va se mettre en place, avec un pouvoir réel donné aux
salariés. On ne parle pas encore d’usagers de la santé, mais il y a un
enthousiasme peu banal, et une solidarité qui s’impose à tous. Le regard
malicieux, Jolfred Fregonara, ex-ouvrier métallurgiste, raconte
comment, en 1946, il a reçu les consignes du ministre du Travail,
Ambroise Croizat, pour mettre en œuvre la caisse de Haute-Savoie.
Logique financière
A voir ce documentaire, ce fut un combat joyeux dans lequel Ambroise
Croizat est central. On l’a oublié, mais à sa mort en 1951, à 50 ans, «il a eu un enterrement à la Victor Hugo», raconte le sociologue Bernard Friot. On découvre le parcours de Croizat, ouvrier métallurgiste cégétiste qui proclame que «la retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie». Reprenant le flambeau de son père, organisateur, au début du XXe siècle,
de la première grande grève pour la protection sociale, Ambroise
Croizat est élu député communiste de Paris pendant le Front populaire,
avant d’être incarcéré et envoyé pendant deux ans au bagne d’Alger au
début de la guerre. Au lendemain de la guerre, nommé ministre du
Travail, il va construire avec Pierre Laroque la Sécu.
Il y a une chose que je n’avais pas anticipée, avec la sortie du film La fille de Brest.
C’est que, un peu partout en France, des étudiants en médecine allaient
me demander de venir débattre avec eux des leçons à tirer du Mediator.
Des « carabins » qui étaient encore des gamins de 13 ou 14 ans en 2009,
lorsque le scandale a éclaté.
Dans son long métrage, la réalisatrice, Emmanuelle Bercot, raconte
avec une grande fidélité aux faits – notamment scientifiques et médicaux
– le combat que j’ai mené comme médecin au CHU de Brest pour dénoncer
ce médicament coupe-faim, responsable de la destruction des valves du
cœur des patients.
"Moi, Daniel Blake" est le dernier film de Ken
Loach, récompensé d'une Palme d'or lors du dernier festival de Cannes.
Daniel a une cinquantaine d'années, il vient de survivre à une crise
cardiaque et son médecin lui explique que son état de santé ne lui
permet plus de travailler. Seulement, l'agence pour l'emploi britannique
n'est pas de cet avis.
Voilà cinquante ans que le cinéaste
britannique Ken Loach radiographie la société anglaise avec sa caméra,
avec le prisme des classes populaires et pauvres. Ses films sont des
témoignages forts sur la vie d’une population souvent laissée pour
compte, condamnée à la débrouille. C’est toute l’histoire politique et
sociétale d’un pays qui défile dans le viseur d’un réalisateur engagé et
passionné.
Régulièrement nommé à Cannes, il entre avec
"Moi, Daniel Blake" dans le cercle restreint et remarquable des doubles
palmés. Récompensé par une seconde palme d’or cette année (après celle
obtenue pour "Le vent se lève" en 2006), le cinéaste de 80 ans fait
toujours preuve d’une vitalité admirative et son dernier film en est un
exemple frappant.
La vie après une crise cardiaque
"Moi, Daniel Blake" résonne comme
l’affirmation existentielle et revendicatrice d’un homme qui perd sa
place sur le marché de l’emploi et que le système essaye de broyer. Ce
simple citoyen a décidé de se battre pour faire respecter ses droits.
Telle est l’histoire émouvante de Daniel, homme d’une cinquantaine
d'années, rescapé d’une crise cardiaque et déclaré inapte au travail par
ses médecins… mais pas par l’agence pour l’emploi.
Recalé après avoir rempli un questionnaire
absurde, sa pension d'invalidité lui est refusée. Commence alors un
combat éprouvant, parfois drôle, souvent pathétique, pour continuer à
vivre sans céder à l’abattement. Personnage généreux, il prend également
sous son aile Katie, une jeune mère de famille en difficulté. Ensemble,
ils vont tenter d’avancer tant bien que mal dans une société qui ne
fait pas de l’humain sa priorité… On est toujours saisi par cette
capacité qu’à Ken Loach à nous intéresser à des sujets difficiles du
quotidien, à captiver les spectateurs par les aventures ordinaires de
gens en déshérence. Le parcours de Daniel nous laisse aussi admiratif
que pensif et le film nous étreint comme un électrochoc, véritable appel
à la conscience collective.
Réalité kafkaïenne
L’entretien de Daniel (Dave Johns) avec une
conseillère chargée d’évaluer son degré d’invalidité se déroule pendant
le générique d’ouverture, sur fond noir et en voix off. Une façon
formelle pour Ken Loach d’introduire ce mur administratif auquel va se
heurter le protagoniste : l’image est superflue, Daniel aussi, au regard
de son interlocutrice, qui le somme de répondre uniquement par oui ou
par non à des questions d'ordre médical, qui nient son individualité.
Cette opacité inaugurale est la première
étape d’un engrenage dans lequel Daniel est malgré lui entraîné : ce
menuisier veuf et travailleur n’est pas un profiteur, il ne demande qu’à
exercer sa profession mais sa santé le lui interdit. Le film nous
immerge dans la réalité kafkaïenne des dédales bureaucratiques qu’un
documentaire comme "Pôle emploi, ne quittez pas !" avait déjà pointée
chez nous.
Deux visions se heurtent : d’un côté, des
agents appliquant des règles qu'ils n'ont pas édictées eux-mêmes et qui
doivent rendre des comptes à leur hiérarchie. De l’autre, des usagers
embourbés dans leurs problèmes, qui ne comprennent pas la rigueur qu’ils
subissent et qui souffrent de ne pas être aidés comme ils le
voudraient.
Tout un système qui ne fonctionne pas
Le personnage de la conseillère qui fait
preuve d’empathie à l’égard de Daniel est éloquent. Hors de ses
prérogatives, elle prend quelques secondes pour aider Daniel à remplir
un formulaire sur ordinateur. On comprend qu'elle n'a pas le droit de le
faire quand sa supérieure la convoque instantanément dans son bureau.