La commission européenne a livré
mercredi 15 juin sa définition des perturbateurs endocriniens, premier
pas vers une réglementation plus rigoureuse.
Les explications de
Rémy Slama, épidémiologiste à l’Inserm et président du comité
scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs
endocriniens.
Où trouve-t-on des perturbateurs endocriniens ?
Rémy Slama :
On trouve dans de nombreuses familles de produits ces substances qui
interagissent avec le système hormonal et entraînent un effet délétère
pour la santé. Des métaux lourds comme le mercure ont été identifiés
comme des perturbateurs endocriniens.
Certains médicaments, comme
le tristement célèbre Distilbène aussi. Prescrit aux femmes enceintes
dans les années 1970, le Distilbène a entraîné une augmentation du
risque de survenue de cancers gynécologiques chez leurs enfants.
Le
DDT, qui est un pesticide organochloré, désormais interdit mais qui
persiste dans l’environnement est un perturbateur endocrinien. Le
bisphénol A aussi, qui a été introduit dans des contenants alimentaires.
Il existe aussi des perturbateurs endocriniens d’origine naturelle :
certains champignons qui se développent sur les céréales génèrent des
toxines qui sont des perturbateurs endocriniens…
Quels sont les risques sanitaires redoutés ?
R.S. :
Le système endocrinien joue un rôle crucial dans le développement de
l’organisme. Une perturbation du système endocrinien pendant le
développement – entre la conception et les premiers mois de la vie –
peut de ce fait entraîner des malformations congénitales ou des
altérations du développement du cerveau.
Il joue aussi un rôle sur
la régulation de la fonction cardiaque, de la fertilité, du
comportement…. Les tissus adipeux étant sensibles aux messages
hormonaux, des perturbateurs endocriniens peuvent aussi augmenter le
risque d’obésité ou des troubles métaboliques comme le diabète. Ou avoir
des incidences sur la survenue de certains cancers, comme le cancer du
sein, et bien sûr sur la fertilité qui est sous contrôle hormonal.
(...)
La Croix, 15/06/2016.
Article global en ligne : http://www.la-croix.com