mardi 25 septembre 2018

Migrants : Libre, le documentaire sur l'agriculteur de la vallée de la Roya Cédric Herrou, sort en salles ce mercredi

Le documentaire  " Libre " réalisé par Michel Toesca, suit Cédric Herrou entre 2016 et 2017, avec l'accueil des migrants chez lui, à Breil-sur-Roya, les convocations devant la justice... Un objectif : toucher un large public.


En 2017,  Cédric Herrou, agriculteur bio de la vallée de la Roya connu pour son aide aux migrants est présent  pour la première fois au festival international du film de Cannes. Un réalisateur de Saorge, Michel Toesca, est à ses côtés. Un documentaire est alors en cours d'élaboration. Il s'appelle  "À tous vents"  et retrace, images à l'appui, le combat d'un homme devenu un symbole.

Désormais, le documentaire n'a plus le même nom.  " Libre " sort dans les salles de cinéma ce mercredi. C'est accompagné de réfugiés maliens et soudanais que le trentenaire barbu aux lunettes rondes, une fois n'est pas coutume vêtu d'un smoking, avait monté les marches du Festival de Cannes en mai dernier pour la projection hors compétition de ce documentaire.


Entre temps, le Conseil Constitutionnel a consacré cet été le principe de fraternité comme un principe de droit français, ce qui n'était pas le cas auparavant.

L'aide désintéressée aux migrants n'est pas condamnable pour le Conseil constitutionnel

"Libre" suit Cédric Herrou entre 2016 et 2017. Il retrace l'organisation mise en place par l'agriculteur au fil des mois pour accueillir des migrants de plus en plus nombreux. Les actions auxquelles il a participé pour aller chercher des réfugiés en Italie ou squatter un bâtiment désaffecté pour les abriter. Ses nombreux passages devant le juge, dont il fait à chaque fois une tribune.


 Source article : Le parisien. Source vidéo : Arte.

mardi 28 août 2018

Loi Asile et immigration : les principales mesures

Les députés ont voté la loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie le 1er août 2018. La philosophie du texte s’articule autour de la volonté de réduire le temps d’instruction des demandes d’asile à six mois. La répartition territoriale des étrangers est organisée et le contrôle de la situation administrative des personnes hébergées, prévue par la circulaire Collomb, est pérennisé. Le délit de solidarité est adapté à la reconnaissance du principe de fraternité par le Conseil constitutionnel en juillet. Une proposition de loi sur les mineurs enfermés devrait être présentée d’ici à la fin de l’année. La promulgation de la loi est suspendue à l’avis du Conseil constitutionnel sur le texte.


Le gouvernement jugeait la loi actuelle relative au droit des étrangers, entrée en vigueur le 1er novembre 2016, insuffisante pour faire face aux arrivées. Aucune évaluation n’a pourtant été menée et son application n’est même pas encore totale.
Dans ce contexte, il a présenté un nouveau texte en février 2018 qui a ouvert six mois de tension et de controverses. Les débats se sont achevés, le 1er août, par l’adoption d’une version proche de celle votée le 22 avril (100 voix pour, 25 contre et 11 abstentions).
La loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie met ainsi fin au parcours mouvementé d’un texte contesté jusque dans les rangs de la majorité. Huit de ses députés se sont abstenus. En voici les principales nouvelles mesures.

Durée de détention

La durée de rétention est multipliée par deux pour être portée à une durée maximale de 90 jours avec un plancher fixé à 45 jours (art. 29).
Désormais, les personnes étrangères, à qui il sera refusé de rester en France, pourront ainsi être détenues dans un centre collectif fermé, sous surveillance et sans droit de sortie, jusqu’à trois mois le temps d’organiser leur départ.

Enfermement des enfants

Malgré six condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme pour « traitements inhumains et dégradants » et les recommandations du Défenseur des droits et de la Contrôleuse générale des lieux de privation et de liberté, les enfants étrangers pourront toujours être détenus en zone d’attente lors de leur entrée en France, seuls ou accompagnés de leurs parents. Ils pourront aussi être détenus dans les centres de rétention avec leurs parents lorsque ces derniers n’ont plus le droit de séjourner en France (art. 28).
Un groupe de travail dans la majorité devrait être installé en vue du dépôt, d’ici à la fin de l’année, d’une proposition de loi pour traiter cette question.

(...)

Source : La Gazette Santé Social, 28/08/2018.
Article intégral en ligne : http://www.gazette-sante-social.fr/47994/loi-asile-et-immigration-les-principales-mesures

dimanche 15 juillet 2018

Migrants : le Conseil constitutionnel abolit le «délit de solidarité»

Le Conseil constitutionnel a affirmé ce vendredi qu'une aide désintéressée au «séjour irrégulier» ne saurait être passible de poursuites, au nom du «principe de fraternité». 


Ce sera un jour marqué d'une pierre blanche pour tous les militants pro-immigration. 
Cédric Herrou, cet agriculteur qui est devenu le porte-drapeau des migrants dans le sud de la France, à la frontière entre l'Italie et la France, vient de remporter une victoire sans précédent. Sa question prioritaire de constitutionnalité portée par Maître Patrice Spinosi et Henri Leclerc a fait mouche. Les Sages du Conseil constitutionnel ont reconnu la fraternité comme principe constitutionnel, au nom de l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et en référence au préambule de la constitution et de son article 72-3. «Il découle de ce principe la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national», affirme le Conseil constitutionnel qui, par voie de conséquence, censure les mots «séjour irrégulier».

(...)

Article intégral en ligne : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/07/06/01016-20180706ARTFIG00112-migrants-le-conseil-constitutionnel-abolit-le-delit-de-solidarite.php
Source : Le Figaro, 06/07/2018.

lundi 9 juillet 2018

Aide aux migrants. Le Conseil constitutionnel consacre le "principe de fraternité"

Le Conseil constitutionnel a affirmé vendredi qu'une aide désintéressée au "séjour irrégulier" ne saurait être passible de poursuites, au nom du "principe de fraternité", et a censuré en conséquence des dispositions du Code de l'entrée et du séjour des étrangers.

 
Cette décision, qui promet de résonner comme un coup de tonnerre dans un contexte politique européen tendu, répond à une demande de Cédric Herrou, devenu le symbole de l'aide aux migrants à la frontière franco-italienne et qui réclamait l'abolition du "délit de solidarité". Pour la première fois, le Conseil constitutionnel consacre le "principe de fraternité", rappelant que "la devise de la République est "Liberté, Egalité, Fraternité" et que la loi fondamentale se réfère à cet "idéal commun".
 
"Il découle du principe de fraternité la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national", selon le texte de la décision. Pour permettre au législateur de remédier à l'inconstitutionnalité constatée, le Conseil reporte au 1er décembre 2018 la date d'abrogation des dispositions contestées.
Devant le Conseil constitutionnel, Cédric Herrou et un autre militant de la vallée de la Roya, tous deux condamnés pour aide au séjour irrégulier, avaient attaqué deux articles du Code de l'entrée et du séjour des étrangers. Ils visaient l'article 622-1, qui punit l'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier de cinq ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende, et l'article 622-4, qui précise que cette aide ne peut donner lieu à des poursuites lorsqu'elle est le fait de la famille ou "de toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte".
 
Le texte précise ensuite que cette aide autorisée consiste notamment "à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux (...) ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique".
Un texte "trop vague" pour les défenseurs des militants, qui permettait de sanctionner l'aide humanitaire de la même façon que la criminalité organisée des filières de passeurs. "En réprimant toute aide apportée à la circulation de l'étranger en situation irrégulière", le Conseil constitutionnel estime que le législateur n'a pas respecté l'équilibre entre "principe de fraternité" et "sauvegarde de l'ordre public".
 
Il censure donc partiellement l'article L 622-4, sortant du champ des poursuites toute aide humanitaire au "séjour" comme à la "circulation" des migrants. En revanche, "l'aide à l'entrée irrégulière" reste sanctionnée. Concernant les conditions d'immunité listées dans ce même article, le Conseil constitutionnel émet une "réserve d'interprétation", c'est-à-dire qu'il précise le sens que l'on doit donner au texte: ainsi, l'immunité devrait s'appliquer aux situations énumérées (conseils juridiques, soins médicaux...) mais aussi "à tout autre acte d'aide apporté dans un but humanitaire".
 
Source : L'Humanité, 06/07/2018.

vendredi 20 avril 2018

Quelle différence entre regroupement et réunification familiale ?

La loi asile et immigration prévoit d’élargir la réunification, moins connue que le regroupement mais qui ne concerne que les réfugiés et non tous les migrants.


C’est un des points qui cristallise le débat politique autour du projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. La « réunification familiale » serait élargie aux mineurs, qui pourraient faire venir leurs frères et leurs sœurs.
La « réunification » est moins connue que le « regroupement » et la confusion entre les deux est souvent faite. Mais il s’agit bien de deux dispositions différentes. Explications.

Un nombre limité de personnes

Le gouvernement propose qu’un mineur qui a obtenu de la France le statut de réfugié ou la protection subsidiaire (un statut proche) puisse, en plus de ses parents, faire venir ses frères et sœurs. En 2017, 525 mineurs avaient obtenu la protection de la France au titre du droit d’asile, selon Eurostat. Ils peuvent donc d’ores et déjà demander à être rejoints par leurs parents. L’extension de la réunification familiale à leurs frères et sœurs ne devrait ainsi concerner qu’un nombre limité de personnes.
4 319 personnes concernées par la réunification familiale en 2016
Dans son ensemble, la réunification familiale, dont peuvent se prévaloir l’ensemble des réfugiés en France, qu’ils soient mineurs ou non, avait permis en 2016 à 4 319 personnes d’obtenir un titre de séjour, selon les chiffres du ministère de l’intérieur. Ce droit, essentiel pour assurer le droit à une vie privée et familiale, comme l’énonce l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, n’est soumis à aucune condition de ressources.
Le regroupement familial, quant à lui, concerne les étrangers en situation régulière. Ils peuvent faire venir leur conjoint de plus de 18 ans ainsi que leurs enfants. Toutefois, contrairement à la réunification familiale, il est soumis à des conditions financières, de logement. De plus, la famille qui rejoint l’étranger en France doit certifier connaître la langue française ainsi que les « valeurs de la République ». Le regroupement familial a permis, en 2016, à 11 005 personnes de venir en France.
Par ailleurs, la grande majorité des titres de séjour délivrés pour motif familial le sont pour la famille des Français : sur les 89 124 entrées à titre familial, 49 559 concernent la famille de personnes françaises, et surtout leurs conjoints (39 946) ou leurs parents (9 361), selon le ministère de l’intérieur.

Source : Le Monde, 18/04/2018.
Nanog / Les titres de séjour délivrés pour motif familiale

mercredi 15 février 2017

Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général

Le chercheur de l’INED Mathieu Ichou publie une enquête qui montre que les pays d’accueil sont loin de recevoir « toute la misère du monde » lorsqu’ils octroient un titre de séjour.


En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche. C’est ce que relève Mathieu Ichou, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED), dans un travail intitulé « Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine », publié, mardi 14 février, dans le dernier numéro de Population et Sociétés.
Le démographe relève que certains groupes sont plus diplômés que la population française en général. Ainsi, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, comme 43 % des Chinois, 35 % des Vietnamiens ou 32 % des Polonais, alors que « seulement » 27 % de la population générale adulte de France dispose d’un grade universitaire. Un taux d’ailleurs identique à celui des diplômés de l’université au sein de la population sénégalaise de France… Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux, comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).

« Un triple capital : économique, social et intellectuel »

« Contrairement à ce que l’on croit a priori, les migrants maliens qui arrivent [en Europe] sont souvent issus des classes moyennes ou supérieures de leur pays », précise le chercheur, qui rappelle que « pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel » et ajoute que « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France ».
Cette analyse des différentes diasporas présentes en France à laquelle Mathieu Ichou se livre est confortée par les travaux menés sur les vagues d’arrivées plus récentes observées par la démographe Anne Goujon, de l’Institut de démographie de Vienne. Cette dernière s’est penchée sur les réfugiés entrés en Autriche au début de 2015. Elle a ainsi mesuré que 27 % de Syriens arrivés dans ce pays sont diplômés du supérieur, contre 10 % de ceux qui sont restés en Syrie.
On retrouve aussi ce différentiel pour les Afghans, dont 11 % de ceux qui ont rejoint l’Autriche sont diplômés de l’université, contre un taux global de 3 % de détenteurs d’un parchemin du supérieur dans ce pays.
De quoi mesurer en creux que les pays d’accueil sont bien loin de recevoir « toute la misère du monde » lorsqu’ils octroient un titre de séjour, que celui-ci soit accordé à un réfugié ou à un migrant dit « économique ». « La plupart des discours sur les migrations ne sont pas de l’ordre du rationnel mais de l’idéologique », note à ce propos Mathieu Ichou.

Des flux migratoires diversifiés

Dans ses travaux, le démographe s’est toutefois attardé sur un autre groupe de migrants : celui des « très peu diplômés », qui existe aussi, même s’il est sans doute en train de s’estomper, eu égard aux difficultés croissantes de la migration.
Le chercheur montre qu’au sein des diasporas présentes en France, un groupe d’exilés comprenant des populations qui n’ont pas terminé leur enseignement primaire a réussi le voyage vers l’Europe.
Au sein de la population générale française, ce groupe existe à peine, représentant 1 % des Français dans leur ensemble, mais il s’élève à 19 % chez les immigrés marocains, à 17 % chez les Sénégalais et 15 % chez les Turcs.
La jonction des surdiplômés et des sous-diplômés montre, comme le rappelle Mathieu Ichou, que « les flux migratoires se sont largement diversifiés au fil des décennies ». Ce qui permet certainement d’expliquer que le rêve « politique » d’une immigration choisie soit un des seuls points communs entre les différentes approches du sujet par les candidats à l’élection présidentielle.

Le Monde, 15/02/2017.
 

vendredi 9 septembre 2016

28 millions d’enfants déplacés de force

Près de 50 millions d'enfants à travers le monde vivent "déracinés" a dénoncé ce mercredi l’Unicef. 28 millions d’entre eux ont fui des violences et des persécutions.

Entre 2005 et 2015, le nombre d’enfants réfugiés relevant du mandat du HCR a plus que doublé. Pendant la même période, le nombre total d’enfants migrants a augmenté de 21 %. Fin 2015, environ 31 millions d'entre eux étaient des réfugiés et 17 millions étaient déplacés à l'intérieur de leur pays.
Sur les quelque 50 millions d'enfants déracinés dans le monde --une évaluation "prudente", selon l'Unicef-- 28 millions ont été chassés de chez eux par des conflits, et déplacés à l'intérieur comme à l'extérieur de leurs frontières. Ils ont urgemment besoin d'assistance humanitaire et d'un accès à des services vitaux.  Par ailleurs, environ 20 millions d'enfants ont quitté leur foyer pour diverses raisons dont l'extrême pauvreté et les violences perpétrées par des gangs.  En 2015, environ 45% des enfants réfugiés placés sous la protection de l'ONU étaient originaires de Syrie et d'Afghanistan. 
Le rapport souligne très justement que la population de réfugiés est beaucoup plus jeune que la population de migrants. Si la vaste majorité des migrants sont des adultes (1 migrant sur 8 est enfant), la moitié des réfugiés sont des mineurs. "Beaucoup risquent particulièrement d'être maltraités ou détenus, étant donné qu'ils ne possèdent pas de papiers, ne disposent pas d'un statut juridique précis et ne font l'objet d'aucun suivi systématique de santé", s’alarme l'Unicef. 

(...)

Article intégral en ligne : http://www.humanite.fr/28-millions-denfants-deplaces-de-force-615287

AFP

mercredi 13 juillet 2016

Il est possible d’« intégrer les personnes réfugiées par l’emploi »

Intégrer les personnes réfugiées par l’emploi ou l’activité, afin qu’elles puissent participer à la création de valeurs dans nos économies ? Soit. Mais… qu’elles ne nous prennent pas nos emplois ou nos activités ! L’idée, qui semble d’abord de bon sens, tourne vite à l’imbroglio, dans un contexte économique, social et politique très tendu. Et nos responsables quels qu’ils soient, de manquer soudainement de courage, pour reprendre à leur compte des thèses pourtant étayées par de solides rapports, celui du Fonds monétaire international notamment et faire œuvre de pédagogie.


Rappelons d’abord que l’économie et le marché du travail ne sont pas des « jeux à somme nulle », ou des « jeux au nombre de places limité ». Ce que l’un prend (emploi, activité, opportunité de marché…) contribue à créer de la place pour le suivant.

Un rapport de l’ONG américaine Tent paru en mai (« Refugees Work : A Humanitarian Investment that Yields Economic Dividends ») montre qu’un euro investi dans l’accueil des réfugiés peut en rapporter deux dans les cinq ans. Des travaux de la Banque mondiale sur l’impact du conflit syrien sur les économies limitrophes, l’économie libanaise en particulier, montrent une corrélation positive entre afflux de réfugiés et taux de croissance du produit intérieur brut (+2,5 % en termes réels en 2015 au Liban, le meilleur taux depuis 2010).


Considérons maintenant le scénario consistant à ne rien faire. Que deviennent les personnes réfugiées, une fois obtenu leur statut et donc reconnu leur droit à travailler, à l’égal de tout autre citoyen français ? Puisqu’il leur faut coûte que coûte travailler, la plupart des réfugiés doivent faire fi de leurs compétences et expériences professionnelles (sans parler de leurs projets et envies) et accepter n’importe quel emploi ou activité.
Voies communautaires

La première caractéristique de ces activités est qu’elles sont déqualifiées. Qu’une personne diplômée du supérieur, ayant exercé pendant quinze années comme comptable, se trouve à faire des ménages, c’est une énorme destruction de valeurs pour elle et pour notre économie. C’est aussi prendre le risque de fragiliser des travailleurs déjà précaires, en les mettant en concurrence avec ces nouveaux arrivés.

Il y aurait lieu de « ventiler » l’arrivée des personnes réfugiées sur l’ensemble de nos activités, à proportion de ce qu’elles peuvent nous apporter… une connaissance fine de contextes locaux par exemple, déterminante pour gagner de nouveaux marchés aujourd’hui et demain ? Le rapport Tent rappelle que les réfugiés vietnamiens (les fameux « boat people » des années 1970-1980) ont joué un rôle considérable dans le développement ultérieur du commerce international et des investissements au Vietnam.

(...)

Le Monde, 20/06/2016.

Article intégral en ligne : http://www.lemonde.fr

lundi 27 juin 2016

Le nombre de réfugiés dans le monde équivaut à l’ensemble de la population française

Un seuil historique a été franchi. Selon le rapport statistique annuel du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), le nombre de personnes déracinées dans le monde en 2015 a dépassé les 60 millions, atteignant le seuil historique de 65,3 millions de personnes. Soit l’équivalent de l’intégralité de la population française (ou italienne), ou encore un être humain sur 113.

 

Ce chiffre prend en compte les réfugiés et demandeurs d’asiles, soit des personnes déplacées hors de leur propre pays, mais aussi les déplacés internes – au sein des frontières de leur propre pays.



Les réfugiés dans le monde depuis 1996.

Le Monde, 23/06/2016.
Article global en ligne : http://www.lemonde.fr

mercredi 22 juin 2016

L’Unicef dénonce l’exploitation des migrants mineurs dans les « jungles » françaises

Violés, contraints de se prostituer, de voler, d’accomplir des corvées quotidiennes dans les camps ou d’aider à faire monter des migrants dans les camions… Les mineurs non accompagnés qui campent à Calais (Pas-de-Calais), Grande-Synthe (Nord) et dans cinq petites « jungles » voisines sont la proie des passeurs. Signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant, la France leur doit pourtant assistance et protection.

Trois sociologues ont passé quatre mois sur le littoral de la Manche et dans le Calaisis, explorant les campements jusqu’à Cherbourg (Manche). Ils y ont réalisé des entretiens approfondis avec 61 jeunes venus seuls d’Afghanistan, d’Afrique subsaharienne, d’Egypte, de Syrie ou du Kurdistan.
Commandé par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), leur travail permet de comprendre qui sont ces quelque cinq cents enfants et adolescents (dont douze ont moins de 14 ans et trois moins de 12 ans), comment ils sont arrivés et dans quelles conditions ils survivent.
Sur le littoral du nord de la France, la situation est extrêmement difficile. « Pour trouver une place à Norrent-Fontes [Pas-de-Calais] ou à Steenvoorde dans le département du Nord [deux des petits campements plus “humains” que Calais], le “droit d’entrée” est de 500 euros », dit Alexandre Le Clève, un des auteurs de l’enquête. A Calais, certains jeunes Afghans paieraient aussi 100 euros comme droit d’entrée pour obtenir une place et la protection d’un passeur.

(...)
Le Monde, 16/06/2016.
Article en ligne : http://www.lemonde.fr

lundi 20 juin 2016

Avec 65,3 millions de déracinés fin 2015, la planète bat un nouveau record


Pour la première fois, fin 2015, le seuil des 60 millions de personnes déracinées a été franchi. Ce sont 65,3 millions qui ont quitté leur foyer, chassés par les conflits et les persécutions, s’inquiète le rapport annuel du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), rendu public lundi 20 juin. L’augmentation a été importante en un an puisque, fin 2014, ils étaient 59,5 millions. Ces 65,3 millions représentent l’intégralité de la population française, ou un être humain sur 113.

Des réfugiés dans un camp à Paris le 27 mai.


Le groupe se compose des 21,3 millions de réfugiés que compte désormais le monde, auxquels s’ajoutent 3,2 millions de demandeurs d’asile en attente de traitement de leur dossier dans les pays industrialisés, et 40,8 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays.
Ce record s’explique par la multiplication des conflits. A ceux qui durent depuis des décennies, comme en Somalie ou en Afghanistan, s’ajoute en 2015 l’impact important de situations plus récentes, comme la guerre en Syrie (qui dure depuis plus de cinq ans), ainsi que celles du Soudan, du Yémen, du Burundi, de l’Ukraine, ou de République centrafricaine. Par ailleurs, le rythme d’intégration des réfugiés et des personnes déplacées internes est en chute depuis la fin de la guerre froide, ce qui ne contribue pas à faire baisser le nombre de déracinés.

La Syrie en tête des pays les plus fuis

 

Le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s’appuie d’ailleurs sur la sortie du rapport pour faire une nouvelle fois part de ses craintes. « Davantage de personnes sont déracinées par la guerre et la persécution, c’est déjà inquiétant en soi, mais en plus, les facteurs menaçant les réfugiés se multiplient », déclare-t-il, insistant sur le fait qu’« un nombre terrifiant de réfugiés et de migrants décède en mer chaque année » et qu’« à terre, les personnes fuyant la guerre ne peuvent poursuivre leur voyage car les frontières sont fermées. Des politiques se dressent contre l’asile dans certains pays. »
Avec ses 4,9 millions de personnes chassées, la Syrie arrive en tête des pays les plus fuis. L’Afghanistan vient ensuite avec 2,7 millions, et la Somalie avec 1,1 million. A eux trois, ces pays produisent la moitié des réfugiés à travers le monde. Pour les déplacés internes, c’est la Colombie qui décroche le triste record avec 6,9 millions, suivi de la Syrie avec 6,6 millions et de l’Irak avec 4,4 millions. En 2015, c’est le Yémen qui a généré le plus grand nombre de nouveaux déplacés internes.
Alors qu’ils se pensent exclusivement terre d’accueil, les pays du Vieux Continent ont aussi produit quelque 593 000 réfugiés – originaires d’Ukraine pour la plupart, puisque les chiffres fournis par Kiev font état de 1,6 million d’Ukrainiens déplacés internes – et en ont accueilli 4,4 millions. Ce chiffre comprend le gros million de réfugiés et de migrants arrivés en 2015 dans l’Europe des 28, auxquels s’ajoutent les 2,5 millions de réfugiés installés en Turquie.

183 déracinés pour 1000 habitants au Liban

 

En effet, 86 % des déracinés trouvent asile dans des pays à faible et moyen revenu, à proximité des situations de conflit, et la Turquie arrive au premier chef en 2015, comme les années précédentes. C’est même le plus important pays hôte au monde. Si l’on calcule en pourcentage de la population autochtone, c’est en revanche le Liban qui a accueilli le plus de réfugiés avec 183 pour 1000 habitants. L’Allemagne arrive en tête pour les demandes d’asile, avec 441 900 dépôts de dossiers, loin devant les Etats-Unis et leurs 172 700 dossiers.
Compte tenu de l’état du monde, seuls 201 400 réfugiés ont pu retourner dans leur pays d’origine en 2015. Le nombre des admis à une réinstallation n’a, lui, été que de 107 100, et moins de 32 000 réfugiés ont pu être naturalisés au cours de l’année, dont une majorité au Canada. Autant de données qui gonflent le groupe des déracinés.

LE MONDE | 20.06.2016

vendredi 17 juin 2016

Un rapport alarme sur la détresse des migrants mineurs isolés en France


L'Unicef publie une étude préoccupante sur le sort des migrants mineurs non accompagnés, qui seraient au moins 500 dans le Nord de la France. Viols, persécutions, exploitations : ils subissent de nombreux sévices.


Un enfant devant un dessin de Banksy dans le camp de Calais.


«Ni sains, ni saufs»: tel est le titre du rapport alarmant de l'Unicef (agence de l'ONU dévolue à la protection de l'enfance) sur la situation des mineurs non accompagnés présents dans le flux de migrants sur le sol français. Vivant dans la précarité, l'angoisse et la solitude, ils sont des proies faciles pour les passeurs qui les exploitent, et sont insuffisamment protégés par les autorités. Cette enquête, menée de janvier à avril 2016, estime à 500 le nombre de mineurs non accompagnés (MNA) sur les sept sites étudiés en Nord-Pas-de-Calais et Normandie, dont Calais et Grande-Synthe, et s'appuie sur une soixantaine de témoignages. «Parmi les enfants et les jeunes rencontrés, trois enfants étaient âgés de 11 à 12 ans, neuf de 13 à 14 ans et 49 jeunes de 15 à 17 ans, de nationalité afghane, égyptienne, syrienne, kurde (d'Iran et d'Irak), soudanaise, érythréenne, éthiopienne, koweitienne, guinéenne et vietnamienne», précisent les auteurs.
Les lieux ont se trouvent les mineurs isolés. (source: rapport Unicef)
Lieux où se trouvent les mineurs isolés

L'étude «met en évidence une série de violations de la Convention relative aux droits de l'enfant ratifiée par la France», écrivent les auteurs, qui dénoncent «une mise en danger permanente».Les mineurs non accompagnés disent tous souffrir du froid, de la fatigue due au manque de sommeil et aux tentatives répétées de passer en Grande-Bretagne. En outre, «les mineurs, pourtant plus fragiles, s'installent dans les abris les moins bien isolés, ont du mal à accéder aux distributions de repas et n'ont aucune priorité aux douches».


vendredi 18 mars 2016

Pourquoi l’accueil des réfugiés est au point mort

Gestion au coup par coup, manque de volonté politique… En France, seuls 300 exilés ont été « relocalisés » sur les 30 000 annoncés d’ici à 2017. Le Conseil européen, qui s’ouvre aujourd’hui, devrait enterrer définitivement l’espoir suscité par cette idée de répartir 160 0000 réfugiés dans l’UE.

Accueil des premiers réfugiés syriens et irakiens, en septembre dernier, 
à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), par des bénévoles de la Croix-Rouge.
Photo : AFP

Mardi dernier, à Munich, le premier ministre Manuel Valls s’est dit « très impressionné par la capacité du peuple allemand à accueillir » et « par ce que les villes et les Länder ont fait », tout en précisant cependant que ça n’est pas « la position de la France ». Pourtant, les villes et citoyens français ont largement répondu présent lorsque, cet automne, le gouvernement a annoncé l’accueil de 30 000 réfugiés parmi les 160 000 prévus par le « mécanisme de relocalisation » adopté, à la fin de l’été, par les pays membres de l’Union européenne (UE). Des particuliers ont ouvert leur foyer et de nombreuses communes créé des places d’hébergement. Un « réseau des villes solidaires » est même né de cet élan de solidarité. Mais, aujourd’hui, ce sont à peine quelque 300 personnes à qui la France a offert son hospitalité, sur 880 dans toute l’Union.
« Quand on est volontaire et qu’on voit la situation aux frontières européennes, on se demande pourquoi ça ne va pas plus vite », interroge le maire divers gauche du Vigan (30), Éric Doulcier. Sa commune a été une des premières à annoncer son intention d’accueillir des réfugiés. « Au bout de huit mois, dix exilés, pour la plupart irakiens, sont arrivés, explique l’édile. Mais ça ne s’est pas fait dans le cadre des relocalisations. Ce sont des personnes qui arrivent de Calais. » Quant à l’aide financière de 1 000 euros par personne accueillie, annoncée par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, en septembre, il n’en a toujours pas vu la couleur.
Même son de cloche du côté de Lille. La ville dirigée par Martine Aubry s’était placée aux avant-postes « du réseau des villes solidaires ». « C’est désolant de voir toutes ces personnes obligées de s’accrocher à un bout de tente alors que nous avons les possibilités de les accueillir dignement », pointe Dalila Dendouga, ajointe aux droits de l’homme de la capitale nordiste. La commune a prévu un important dispositif d’accompagnement et ouvert une centaine de places d’hébergement. Mais, pour l’heure, seules 54 d’entre elles sont occupées. « Ce sont principalement des personnes orientées par des associations », précise l’élue municipale. Ici encore, pas de trace des réfugiés prévus par le dispositif des « relocalisations ».

Des demandeurs d’asile condamnés à habiter squats et bidonvilles

Le mécanisme sur lequel s’appuie l’exécutif pour tenter de conserver une image accueillante de la France semble complètement grippé. « On a demandé, il y a plusieurs mois, aux opérateurs qui gèrent les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) de geler des places pour ceux qui allaient arriver, explique Claire Rodier du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Personne n’est arrivé et, aujourd’hui, on leur demande de conserver ces places pour ceux qui vont sortir des centres d’accueil et d’orientation (CAO)… Tout ça est chaotique. C’est de la gestion au coup par coup. » En attendant, le nombre de places en Cada fait toujours défaut pour des centaines de demandeurs d’asile condamnés à habiter squats parisiens et autres bidonvilles du nord de la France.
(...)
Emilien Urbach
Jeudi, 17 Mars, 2016
L'Humanité


jeudi 12 novembre 2015

Europe. Immigration : qui va où ?

Combien de migrants arrivent chaque mois en Europe ? L’agence finlandaise Lucify propose une infographie interactive qui donne l’ampleur de la “crise migratoire”.


Comment donner une exacte mesure de la crise migratoire européenne ? Prétendre répondre à la question est probablement illusoire. Le recours aux données permet toutefois de tenter de relever cette gageure. En guise de réponse, l’agence finlandaise de production de contenus interactifs Lucify propose ici une datavisualisation qui livre “l’ampleur de la crise migratoire” en détaillant le “flux des demandeurs d’asile vers chaque pays européens”.

Les concepteurs Juho Ojala et Ville Saarinen expliquent la méthode qu’ils ont privilégiée sur la plateforme de blog Medium. Ils sont partis d’un “jeu de données” fiable et cohérent : celui fourni par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui donne tous les mois le nombre de nouveaux demandeurs d’asile (ainsi que le pays d’origine et le pays de destination), information collectée via les agences compétentes dans chacun de ces pays.

 “Chaque point blanc représente un groupe de 25 à 50 migrants. Les données concernent le nombre de demandeurs d’asile comptabilisés au cours d’un mois donné.”

Les auteurs précisent qu’ils ont évalué pour chaque réfugié une vitesse moyenne de déplacement comprise entre 4 et 6 km/h, moyenne qui prend en compte les différents moyens de transports utilisés (bateau, bus, train, etc.) et qui s’appuie sur les témoignages de migrants relatant des durées de déplacement pouvant s’étendre sur des semaines ou des mois.

En passant le curseur de la souris sur un pays, on obtient le nombre de demandeurs d’asile accueillis en temps réel, les pays vers lesquels ils se dirigent (en vert) ainsi que les pays de provenance (en violet).
 

Une datavisualisation centrée sur l’Europe


La visualisation de Lucify est européo-centrée. Les concepteurs s’en expliquent. “Cette visualisation ne contient qu’une part de l’histoire. Ainsi, les millions de Syriens réfugiés en Turquie ne sont pas comptés comme des demandeurs d’asile mais comme des réfugiés. Limités par les données cohérentes [du Haut Commissariat des Nations unies] que nous avons à disposition, nous avons choisi de nous focaliser sur la dimension européenne de la crise et de ne montrer que les demandeurs d’asile qui arrivaient en Europe”.
 

Vers quels pays fuient les réfugiés syriens ?


Les enjeux migratoires, souligne Lucify, sont, d’un point de vue purement quantitatif, beaucoup plus importants au Moyen-Orient qu’en Europe. Sous la carte, les auteurs proposent deux autres visualisations (dont un diagramme de Sankey), qui permettent de saisir d’un coup d’œil cette disproportion entre la crise migratoire européenne et celle que connaissent les pays limitrophes de la Syrie.

Les Nations unies estiment que 1 demi-million de réfugiés syriens ont trouvé asile en Europe entre avril 2011 et septembre 2015. Debout, serrés les uns contre les autres, ils rempliraient tout juste 8 terrains de football. Ils sont 4 millions en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Iraq et en Afrique du Nord, de quoi remplir 59 terrains de football.


Lucie Geffroy, Courrier International, 6/11/2015.

Retrouvez l'artilce dans sa globalité avec l'infographie : http://www.courrierinternational.com/grand-format/europe-immigration-qui-va-ou

dimanche 1 novembre 2015

Jocelyne Streiff-Fenart : «La distinction entre réfugiés et migrants fait obstacle au débat démocratique»

Pour la sociologue Jocelyne Streiff-Fenart, cette bipartition arbitraire permet surtout de délimiter une frontière morale entre les « bons » et les « mauvais » migrants. 

Actuellement, une distinction juridique sépare le migrant économique du réfugié politique en Europe. En quoi, selon vous, cette distinction est-elle problématique dans la gestion des migrants ?

Cette distinction apparaît comme évidente, mais en réalité elle ne va pas de soi. Elle résulte d'une opération de catégorisation des migrants, parmi d'autres possibles, selon une logique administrative : en effet, elle permet de distinguer des ayants droit (accédant au statut de réfugié) d'autres personnes qui ne peuvent pas prétendre à de tels droits. Cette bipartition, pourtant, est difficile à appliquer dans de nombreux cas concrets. C'est pour cela que la Commission européenne a récemment décidé d'installer des « hot spots» aux frontières de l'Europe (Sicile, Lampedusa, Pirée...), afin de procéder à un tri entre ces deux types de migrants. Si des cas ambigus apparaissent, c'est parce que cette distinction ne peut être établie qu'en forçant la réalité. Sous l'étiquette de « réfugiés », on range des types de personnes très différentes.

Mais qui met-on précisément dans la catégorie « réfugiés » ?

À l'origine, la figure du réfugié est celle du militant persécuté en raison de son combat pour la liberté. C'est ainsi qu'il apparaît dans la Constitution de 1793, puis dans celle de 1946. C'est au titre d'un tel engagement qu'il obtient le droit d'asile. Mais on a mis par la suite, sous l'étiquette de « réfugié », des victimes « passives », ne manifestant aucun engagement : victimes de génocides ou apatrides chassés de leur État, comme les titulaires du « passeport Nansen » mis en place en 1922 par la Société des nations (Russes fuyant la révolution d'octobre, Arméniens fuyant le génocide, Juifs fuyant l'Allemagne nazie...), et, plus tard, les Tutsis et autres groupes humains voulant échapper aux persécutions. Enfin, on a placé dans la catégorie de réfugiés des personnes qui ne sont pas spécifiquement persécutées, mais déplacées à cause de catastrophes naturelles (réfugiés climatiques), ou de situations de guerre ou encore de chaos politique. On voit bien que le réfugié résulte de l'agrégation de différentes logiques.

Comment caractériseriez-vous cette opposition entre le réfugié et le migrant économique ?

Il me semble important de souligner que cette distinction n'est pas neutre : elle engage un ensemble de jugements politiques et moraux. L'ethnométhodologue américain Paul Jalbert avait montré comment, aux États-Unis pendant la guerre froide, une telle distinction était politiquement orientée : quelles que puissent être leurs motivations personnelles, les migrants provenant d'un pays sous régime communiste (comme Cuba) étaient automatiquement classés comme « réfugiés ». À l'inverse, des migrants venant d'Haïti étaient considérés comme des migrants économiques. Bien que dirigé par le cruel Duvallier, le pays était perçu comme autoritaire et non dictatorial, puisque non communiste, et dans la mesure où les États-Unis entretenaient de bonnes relations diplomatiques avec lui. Pour P. Jalbert, les migrants sont donc pris dans ce qu'il nomme des « paires catégorielles disjonctives » (expression qu'il emprunte à Harvey Sacks), où chaque partie de la paire implique un choix moral opposé à l'autre – ici le « bon » réfugié communiste et le « mauvais » migrant venant d'un pays libre. Un autre exemple de ce type de paires est, sous l'Occupation, la paire résistant/terroriste : le résistant s'autodésigne ainsi, mais le régime de Vichy le déclare terroriste.

Mais en quoi parler aujourd'hui de réfugiés et de migrants économiques nous amène-t-il, selon vous, sur le terrain moral ?

Pour moi, cette bipartition est encore une façon de faire le tri entre les « bons » et les « mauvais » migrants. Dans la période précédente, avant la récente crise des réfugiés syriens, les bons migrants étaient les migrants réguliers et les mauvais étaient les sans-papiers. Désormais, avec la distinction entre réfugiés et migrants économiques, on prend en compte la motivation des individus : la migration motivée par l'oppression se trouve du bon côté ; celle motivée par la pauvreté et par le choix de vouloir améliorer sa situation économique, du mauvais. En conséquence de quoi, le réfugié est jaugé à l'échelle de l'humanisme (et il a dès lors un droit inconditionnel à l'accueil), alors que le réfugié économique est jaugé à celle de l'utilitarisme. Une frontière morale est ainsi délimité, alors que toute une palette de raisons, toutes justifiables du point de vue des migrants, les poussent à quitter leur pays dans des circonstances toujours éprouvantes et dangereuses. En outre, l'arbitraire de cette distinction me semble évident. Par exemple, dans le débat public récent, les commentateurs en sont venus à évoquer l'intérêt économique d’accueillir des Syriens, présentés comme très diplômés...

Votre critique est-elle une façon de dénoncer l'absence de débat démocratique sur la question des migrants en France ?

Il me semble important de noter l'unanimité avec laquelle la distinction problématique entre réfugiés et migrants économiques a été reçue, à la fin de l'été, par la classe politique. La gauche et la droite l'ont toutes deux acceptée, et ont simplement débattu sur le fait de savoir s'il y avait, dans l'afflux massif de migrants cet été, plus de réfugiés ou plus de migrants économiques. Il serait préférable de faire émerger, sur ces questions, un débat démocratique érigé sur des bases rationnelles. Mais cela s'avère très difficile, parce que nous sommes dans un déni public permanent vis-à-vis des questions travaillées par les chercheurs. Leurs interrogations pourtant sont dépourvues de l'aspect émotionnel et passionnel mis en avant par les grands médias : quels sont les dangers de l'immigration ? La liberté de circulation est-elle possible ? À quelles conditions ? À l'inverse, l'opposition fictive entre réfugiés et migrants économiques ne nous aide pas à y voir plus clair, puisqu'elle ne fait que « moraliser » le débat. Pourtant, les migrants subsahariens venant chercher du travail en Europe ne sont ni plus ni moins moraux que ceux qui fuient la Syrie.

Sociologue, directrice de recherches émérite au CNRS, membre de l'Unité de recherche Migrations et société (Urmis).

14/10/2015, Propos recueillis par Régis Meyran, Sciences Humaines.

mardi 27 octobre 2015

Comprendre les réfugiés dans l’Europe de 2015

1/ Qui sont les réfugiés dans le monde ?

Parmi plus de 200 millions de migrants dans le monde, les réfugiés étaient comptabilisés ainsi, en 2014 :
• 3 900 000 Syriens,
• 2 600 000 Afghans,
• 1 110 000 Somaliens,
• 666 000 Soudanais,
• 616 000 Sud-Soudanais.
Soit à peu près 9 M (4,2 % des migrants).

2/ Qui sont les réfugiés qui arrivent en Europe ?

Ils étaient 280 000 migrants à arriver aux portes de l’Europe en 2014, année durant laquelle les Syriens furent 79 000 personnes (28 % des entrées dans l’Union européenne), les Érythréens 34 500 (12 %), les Afghans 22 000 et les Kosovars 22 000 (8 % pour chacun d’eux). Ce chiffre a presque doublé en 2015. Ils sont depuis le 1er janvier 2015 au moins 500 000, dont 156 000 migrants qui sont arrivés sur le sol européen en août (88 000 en Grèce – des Syriens surtout – , 52 000 en Hongrie – venant essentiellement de Serbie –, 13 000 en Italie, provenant d’Érythrée ou d’Afrique subsaharienne). Cette augmentation très forte s’explique avant tout par la guerre en Syrie.


3/ Quels quotas de répartition des réfugiés en Europe ?

En septembre, la Commission européenne décidait de quotas de répartitions des 160 000 réfugiés comptabilisés à ce moment : l’Allemagne accueillerait 31 443 réfugiés, la France 24 031, l’Espagne 14 931. Pour autant, ces quotas n’ont pas été appliqués, car les dissensions sont grandes à l’intérieur de l’Europe : d’un côté, les pays européens de l’Est ferment leurs frontières (Roumanie, Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) ; de l’autre, l’Allemagne, dans un geste d’ouverture sans précédent aux migrants, a déjà accueilli bien plus que le quota qui lui a été attribué – ce pays pourrait avoir reçu, selon les estimations, quelque 800 000 réfugiés pour toute l’année 2015. Enfin, un plan d’action est conclu le 15 octobre entre la Commission européenne et la Turquie, pays par où transite la majeure partie des réfugiés. Trois milliards d’euros seront versés à ce pays qui s’engage en contrepartie à maintenir les quelques 2 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Les quatre principaux pays d’origine des réfugiés

A/ L’exode syrien

La Syrie est une dictature militaire sinistrée par plusieurs guerres. Lors du conflit initial (2011), le chef de l’État Bachar et-Assad a massacré sans état d'âme ses opposants (appuyés par les États-Unis et le Qatar), avec l’aide du Hezbollah libanais et de milices chiites irakiennes, de la Russie et de l’Iran. Un autre conflit a ensuite opposé les rebelles à Daesh, lequel s’est par la suite aussi affronté à l’État syrien. Enfin, un conflit a lieu entre les Kurdes de la frontière syrienne et Daesh. La situation se complique avec le jeu des alliances ou oppositions entre la branche syrienne d’Al-Qaida et Daesh. Cet imbroglio guerrier pousse de nombreux Syriens à l’exil. Quelque quatre millions se sont d’abord réfugiés au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Irak. Toutefois, parmi eux, plus de 300 000 ont choisi l’Europe pour destination : d’abord parce que leur premier lieu d’accueil les rejette ou ne les intègre pas et les maintient dans des camps, ensuite parce qu’ils espèrent trouver en Europe soins de santé, aide alimentaire, accès au marché du travail et accès à l’éducation. En août 2015, ils étaient précisément 4,41 millions de réfugiés, répartis dans le monde de la façon suivante : 1,9 million en Turquie ; 1,1 million au Liban ; 629 000 en Jordanie ; 348 000 en Europe ; 249 000 en Irak ; 132 000 en Égypte ; 53 000 dans les autres pays. À souligner toutefois que, depuis peu, de nombreux réfugiés Syriens préfèrent revenir dans leur pays dévasté plutôt que de continuer à affronter les difficultés de l’exil : précarité, absence de nourritures ou d’aides financières, etc.

B/ Réfugiés d’Érythrée

L’Érythrée est l’une des pires dictatures du continent africain. Depuis l’indépendance du pays (1993), le pays est dirigé par le dictateur Issayas Afeworki, ancien héros de la guerre contre l’Éthiopie. Ce pays de 5 millions d’habitants, très pauvre, qui bénéficie d’appuis financiers provenant du Qatar, n’a ni constitution, ni presse libre, ni opposition politique ; il est dirigé par un parti unique, le Front populaire pour la démocratie et la justice. La nation est décrite par de nombreux commentateurs comme une « prison-caserne » : on estime que 10 000 prisonniers politiques sont détenus en prison dans des conditions inhumaines, sans chef d’inculpation, sans jugement, sans contact avec leurs familles. Au cours de rafles, l’armée enrôle de force les hommes de 15 à 50 ans. On comprend que de nombreux Érythréens viennent chercher asile en Europe ou ailleurs.

C/ Réfugiés d’Afghanistan

À la suite des attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain, l'administration de Georges Bush Jr. déclara la guerre contre le terrorisme et envahit l’Afghanistan. Ayant chassé les Talibans du pouvoir, les troupes américaines pensent avoir libéré le pays, et rentrent progressivement au bercail. Pourtant, en réalité, dans un contexte d’instabilité politique grandissant après le départ d’Hamid Karzai (lequel fut placé temporairement au pouvoir par les Américains), les Talibans ont assis leur contrôle dans certaines régions du Sud et depuis peu elles mènent des raids dans le Nord, prenant temporairement la ville de Kunduz. Pour rajouter aux malheurs des Afghans, Daesh a lancé une offensive en Afghanistan contre les Talibans. Pour toutes ces raisons, de nombreux Afghans choisissent la route de l’exil.

D/ Réfugiés du Kosovo

Depuis quelques années, de plus en plus de familles, même si elles ont une situation économique correcte, quittent le Kosovo pour la Hongrie, l’Allemagne ou l’Autriche. Ce pays, indépendant depuis 2008, garde une souveraineté limitée et se trouve partiellement dirigé, en matière de police et de justice, par l’Otan et l’Union européenne. Mais le clientélisme, la corruption, la faillite du système judiciaire et le crime organisé contribuent grandement à déstabiliser le pays, qui se vide de plus en plus de ses habitants.

Sciences Humaines, 20/10/2015.Régis Meyran.

jeudi 17 septembre 2015

Réfugiés, le droit au minimum vital


Photo AFP Phanie Burger

Les mauvaises langues affirment que les réfugiés ont droit aux allocations familiales, à la sécurité sociale, l’hébergement et à la scolarité gratuite. Mise au point.

Premièrement, les demandeurs d’asile sont des êtres humains qui demandent protection à un état. Cela a toujours été. Rappelons aux mémoires courtes ou sélectives que 500 000 réfugiés espagnols ont demandé l’asile en France pendant la guerre d’Espagne. A l’inverse, l’Espagne a accueilli de nombreux français fuyant l’occupation allemande en 1939-45.
Cette protection de l’état français peut prendre plusieurs formes :

- le statut de réfugié, accordé en principe à tout étranger craignant d’être persécuté dans son pays pour fait de race, religion, nationalité, appartenance à un groupe social, d’opinion politique. Il s’agit d’asile conventionnel ou politique.
- également le statut de réfugié accordé à tout étranger persécuté dans son pays pour des actions en faveur de la liberté (militants syndicalistes, politiques, artistes, intellectuels). Il s’agit d’asile constitutionnel.
- et enfin le statut de réfugié accordé à tout étranger sous mandat de protection du HCR (haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés).

- la protection subsidiaire attribuée à tout étranger qui ne remplit pas les conditions pour bénéficier du statut de réfugié mais qui prouve qu’il est exposé dans son pays à la peine de mort ou à la torture, une menace grave pour sa vie et celle de sa famille en raison d’un conflit armé.

- la protection temporaire (celle qui prévaut actuellement avec l’accueil de Syriens et de Chrétiens d’orient) qui est un dispositif décidé au niveau européen en cas d’afflux massif de personne déplacées. Rappelons que ce fut le cas en 1999 des Albanais du Kosovo).
Pour obtenir l’une de ces protections, il faut obtenir en préfecture ou en zone d’attente à la frontière,  un formulaire de demande d’asile et l’adresser à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) https://www.ofpra.gouv.fr/asile/les-differents-types-de-protection/l-asile

Daniel Roucous, L'Humanité
Mardi, 15 Septembre, 2015

samedi 5 septembre 2015

Migrants : la crise européenne expliquée en cartes

Depuis le début de l’année, plus de 350 000 personnes ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, ce qui représente la plus importante vague de réfugiés qu’a connue le Vieux Continent depuis la seconde guerre mondiale. Remise en cause de l’espace Schengen, divisions autour des quotas… face à ces arrivées massives et à la crise humanitaire qu’elles représentent, l’Europe se crispe et se voit ébranlée dans ses fondements.



Le Monde.fr,

Cartes sur table : comprendre l’évolution des routes migratoires

Pourquoi la route des Balkans est-elle fortement empruntée par les migrants depuis quelques mois alors que celle qui passait par les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla est aujourd’hui délaissée ? Comment expliquer l’évolution des routes migratoires au fil des années ? Réponses en cartes avec Francesca Fattori, journaliste au Monde et doctorante sur les questions migratoires à l’Institut français de géopolitique.



Le Monde.fr, Par

lundi 22 septembre 2014

Migrants à Calais : Londres cède aux pressions françaises

Au terme d'intenses négociations, le Royaume-Uni apportera 15 millions d'euros sur trois ans.

Un pas important dans la gestion des questions migratoires à Calais (Pas-de-Calais) a été franchi, samedi 20 septembre, avec la signature d'un accord inédit entre le Royaume-Uni et la France. Alors que depuis plus de quinze ans, les Britanniques faisaient la sourde oreille aux demandes d'aide des Français, un compromis a finalement été trouvé. " C'est une avancée très importante ", s'est félicité le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve.
Principal élément de l'accord : le versement par les Britanniques de cinq millions d'euros par an pendant trois ans dans un " fonds commun ". Cet argent doit essentiellement servir à financer un " plan de sécurisation " du port de Calais, soutenu par la chambre de commerce et d'industrie de la Côte d'Opale, gestionnaire du port.
Ce plan prévoit notamment la pose de clôtures de 4 mètres de haut sur la rocade d'accès à la zone d'embarquement. C'est de là que beaucoup de migrants tentent aujourd'hui de sauter sur les camions. Des assauts de plus en plus massifs. Le 17 septembre, 250 migrants ont tenté, en pleine journée, de se hisser au même moment sur des poids lourds. La troisième tentative du genre en quelques semaines.
Les 15 millions d'euros versés sur trois ans doivent aussi permettre de " fluidifier " le trafic. Les mesures de contrôle ralentissent aujourd'hui fortement le débit de véhicules, au point d'avoir un impact négatif sur la rentabilité du port. Le nombre d'aubettes – postes de contrôle – de l'immigration britannique devrait donc être augmenté. Un parking sécurisé pour les camions en attente est aussi prévu.
Une partie du fonds commun devrait également financer, en partie, la prise en charge des " personnes vulnérables " et le centre d'accueil de jour qui doit être ouvert dans les prochaines semaines, à Calais. Le 2 septembre, douze ans après la fermeture du centre de Sangatte, M. Cazeneuve a en effet donné son feu vert à la réouverture d'un lieu pour la mise à l'abri des migrants durant la journée.
Echanges de fonctionnaires
L'accord prévoit enfin une amélioration de la coopération policière entre les deux pays. Alors que l'entente n'a jamais vraiment été très cordiale entre agents britanniques et français, des échanges de fonctionnaires devraient être développés.
Au cabinet du ministre de l'intérieur, où on a travaillé d'arrache-pied ces dernières semaines pour signer l'accord, on souligne l'effort " d'information commune " qui sera fait auprès des migrants pour les dissuader de rejoindre le Royaume-Uni. " Quand nous, les Français, disons seuls que la traversée est dangereuse, les migrants nous croient moins ", explique-t-on.
La conclusion de cet accord franco-britannique tient beaucoup à l'aggravation du contexte international. Alors que les flux ont été multipliés par deux, en Méditerranée, entre 2013 et 2014, le nombre de migrants à Calais a immédiatement augmenté. Ils seraient aujourd'hui environ 1500, en permanence, à vouloir tenter leur chance, contre 300 à 500 ces dernières années.
Elise Vincent, Le Monde du 23 septembre 2014.