samedi 2 juin 2018

1968-2018 : chômage, congés payés… ce qui a changé dans le monde du travail

Zoom sur cinquante ans d’évolution des conditions économiques et sociales des Français à l’heure où le pays célèbre le cinquantième anniversaire de Mai 68.


A l’heure où la France célèbre le cinquantième anniversaire de Mai 68, Les Décodeurs ont cherché à comprendre ce qui a changé dans le monde du travail en cinquante ans.

Des indicateurs économiques moins favorables

4,5 % de croissance en 1968, 1,9 % en 2018
L’année 1968 fait partie des « Trente Glorieuses », une période de prospérité économique qui commença dans l’immédiat après-guerre. La croissance atteint alors des niveaux élevés : 4,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 1968, et jusqu’à 7,1 % en 1969. Depuis, la France a connu trois grandes crises économiques, en 1973, en 1993 et en 2009, et même les périodes d’embellie, comme celle qui se profile en 2018, n’ont pas permis de renouer avec des taux de croissance aussi élevés.

En 1968, l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), ancêtre de Pôle emploi, vient tout juste de voir le jour, avec pour principale mission de mettre en relation main-d’œuvre et entreprises. La France compte alors moins de 500 000 chômeurs, soit environ 2,5 % de la population active. Si la méthodologie de décompte a évolué depuis, ce qui ne permet pas de comparaison stricte, on observe une hausse continue partir des années 1970, avec des pics à plus de 10 % de chômeurs à la fin des années 1990 et au début des années 2010. Malgré la volonté des gouvernements successifs, le chômage n’est jamais redescendu durablement sous 7 % de la population active, objectif du quinquennat Macron.

Le déclin du monde paysan et ouvrier

75 % d’actifs dans les services
Le ralentissement de la croissance et l’avènement du chômage de masse ne sont pas les seuls bouleversements du monde du travail en cinquante ans. La structure de l’économie a beaucoup évolué. Ainsi, l’agriculture employait-elle 15 % des actifs en 1968, contre moins de 3 % actuellement. La part de l’industrie a aussi décliné, alors que celle des services (le secteur tertiaire) représente désormais plus des trois quarts des emplois, contre moins de la moitié il y a cinquante ans.

Ces changements s’accompagnent aussi d’une évolution du type d’emplois proposés, qui sont de plus en plus qualifiés. Le nombre de cadres ou de professions intermédiaires (agents de maîtrise, techniciens, commerciaux…) a explosé, alors qu’on compte de moins en moins d’ouvriers et d’agriculteurs.

Les femmes s’imposent sur le marché du travail

Parmi les héritages revendiqués de 1968 figure l’émancipation des femmes. Depuis 1965, déjà, elles avaient obtenu le droit de travailler ou d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari.
De 45 % à 83 % de femmes actives
En cinquante ans, le taux d’activité des femmes de 25 à 54 ans est passé de 45 % à 83,5 % (en 2013, dernière donnée disponible). Alors qu’elles ne représentaient qu’un tiers de la population active en 1968, elles sont désormais presque aussi nombreuses que les hommes sur le marché du travail.



(...)

Source : Le Monde, 27/05/2018.
Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/27/1968-2018-chomage-conges-payes-secteurs-d-activite-ce-qui-a-change-dans-le-monde-du-travail_5305298_4355770.html


mercredi 30 mai 2018

"En guerre" avec Vincent Lindon : un film d’une force et d’une portée impressionnantes

Très loin de son adaptation de Maupassant, "Une vie", mais très près de "La Loi du marché", voici "En guerre", le nouveau film de Stéphane Brizé avec (comme dans "La loi du marché") le très impliqué et très puissant Vincent Lindon. Qu'ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" de cette fresque sociale ? 



Le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon est dans les salles depuis le 16 mai 2018



Le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon est 
dans les salles depuis le 16 mai 2018 © © Nord Ouest Films



Vincent Lindon est ici Laurent Amédéo, il prend la tête d’un mouvement de grève à Agen, dans une usine de sous-traitance automobile (l’usine Perrin) qui appartient au groupe allemand Dimke. La direction a décidé de fermer l'usine alors qu’elle faisait des bénéfices et qu’un accord d’entreprise avait été signé, deux ans plus tôt, avec les 1100 salariés, qui avaient accepté une baisse de leurs salaires. 
Pendant 1h50, caméra à l’épaule, Stéphane Brizé filme les moments forts de la grève, les manifs à Agen, le voyage à Paris pour discuter avec le conseiller social de l’Elysée, l’occupation du siège du Medef, le combat mené pour rencontrer et faire vaciller Martin Hauser, l’intraitable patron allemand, l’espoir de trouver un repreneur et, au sein des grévistes, les dissensions syndicales qui vont être fatales au mouvement. Une course contre la montre, contre la mort, jusqu’à un épilogue terrible qu’on ne racontera pas.
Tout cela tourné en 23 jours avec beaucoup d’acteurs non-professionnels...
Je trouve ça bouleversant. Ça n'est pas une caméra embarquée, comme pendant la guerre, c'est une caméra immergée, c'est-à-dire qu'on est avec eux, au milieu de ces gens-là. 
Vincent Lindon, acteur connu quand même (!), est avec eux, il est en colère comme eux et je trouve que là, il n'est pas excellent, il n'est pas bon - il est vrai. 
J'ai été totalement bouleversée par ces non-professionnels qui sont dans leurs propres rôles : trois de ces syndicalistes non-professionnels et acteurs dans le film ont été conseillers au scénario, dont Olivier Lemaire qui a été ouvrier, syndicaliste militant et qui maintenant est expert en juridiction du travail et qui s'occupe de faire les plans sociaux. Et c'est dans le film : Brizé donne aussi la parole à la partie adverse. 

Sophie Avon : "C'est un film militant, politique, mais ce n'est pas un film dogmatique parce que chacun a ses raisons..."



Stéphane Brizé a fait tourner 600 personnes de l'usine (la véritable usine est à Fumel).
Ce qui me gênait dans La loi du marché, c'était sa sécheresse, je trouvais qu'il manquait un peu de transcendance malgré ses qualités... alors que là, ce qui m'a bluffée, ce qui fait que le film passe en force, c'est la façon épique que Stéphane Brizé a de raconter ça. C'est une épopée ! Il y a un moment où on a l'impression qu'il dresse une armée. C'est la guerre mais vraiment ! De cette lutte des classes, Stéphane Brizé fait quelque chose avec une ampleur, une dimension, une vraie puissance - et c'est effectivement d'autant plus fort que le scénario est, je crois, très documenté, très écrit. 
Après j'ai une simple réserve : est-ce que ce n'est pas un film un peu franco-français, notamment à cause de la fin : ce n'est pas forcément universel même si malheureusement la lutte des classes est internationale... 

Sophie Avon : "Stéphane Brizé a fait tourner 600 personnes de l'usine (la véritable usine est à Fumel)."
Sophie Avon : "Stéphane Brizé a fait tourner 600 personnes de l'usine
(la véritable usine est à Fumel)." / © Nord Ouest Films



Jean-Marc Lalanne : "il y a une capacité à construire un suspense uniquement sur une joute verbale assez impressionnante"

Moi aussi, je trouve le film supérieur à La loi du marché, moins uniformément gris et moins dans un processus d'accablement du personnage. Ce qui est beau là, c'est que le film essaie vraiment de constituer un working class heros. 
Le film est fort aussi sur la manière de construire de très longues scènes de paroles, il y a quelque chose qui rappelle un peu le film de Campillo là-dessus. On sent que c'est quand même très dramatisé et qu'il y a un sens de la rhétorique et une capacité à construire un suspense uniquement sur une joute verbale assez impressionnante. 

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Source : France inter, 30/05/2018.
Article intégral en ligne : https://www.franceinter.fr/cinema/en-guerre-de-stephane-brize-et-avec-vincent-lindon