jeudi 31 janvier 2019

Anne-Sophie Pelletier « On sous-estime la réalité inimaginable des Ehpad »

Dépendance. L’animatrice de la grève des Opalines, Anne-Sophie Pelletier, raconte dans un livre la souffrance cachée derrière les murs des maisons de retraite. Entretien.


Aide médico-psychologique ayant rejoint la CGT, Anne-Sophie Pelletier a été porte-parole, en 2017, du plus long mouvement de grève (117 jours) jamais vécu dans un établissement d’hébergement de personnes âgées dépendantes (Ehpad). C’était aux Opalines, à Foucherans, dans le Jura. De cette expérience, celle qui s’est depuis lancée en politique en intégrant la liste de la France insoumise aux élections européennes a tiré un livre, Ehpad, une honte française (éditions Plon), paru cette semaine.
Votre livre est un témoignage très concret du travail d’accompagnement des personnes âgées dépendantes à domicile et en Ehpad. C’est un livre accusateur mais également intime. Pourquoi ce choix ?

Anne-Sophie Pelletier 

Dans une rencontre, il y a plusieurs histoires. La mienne en l’occurrence et celle des personnes à qui je dois prodiguer des soins. À travers elles, j’ai compris mon métier. Sans elles, je n’aurais pas pu écrire. Ce livre est dédié à ma grand-mère, ma « mémé ». Elle n’aurait jamais supporté d’être traitée comme le sont parfois nos aînés. D’être réduite à une carte vitale ou bancaire. Les soignants sont débordés, à bout. Ils le sont, à mon avis, pour des questions de rentabilité, de chiffres. Ce système qui, d’un côté, spolie les personnes âgées de leur patrimoine pour payer leur hébergement et, de l’autre, alimente en dividendes les actionnaires bénéficiaires d’opérations boursières qui mettent en jeu des chambres d’Ehpad, est profondément immoral.

Vous écrivez : « Comment peut-on accepter pour un petit salaire d’être maltraitant ? » Avez-vous trouvé la réponse ?


Anne-Sophie Pelletier Au début, on porte un regard neuf sur le métier. On voit bien que des choses ne vont pas, mais on imagine qu’on va changer tout cela, tout révolutionner. On sous-estime la réalité face à des situations inimaginables. Celles que je raconte. L’humain est relégué au second plan. L’acte technique domine, mais incomplet. Faute de temps, on est obligé de faire des choix dans les soins : va-t-on laver les cheveux ou les dents de la personne ? Bref, ce que nous avons dénoncé durant notre grève. Mais arrive un moment où on dit stop ! Ce qu’on me demande de faire, ce n’est plus moi. On est au-delà du « travail empêché », du « sens du travail perdu ». Cela touche à l’humanité de chacun. Les soignants qui démissionnent, les stagiaires qui arrêtent leurs études n’évoquent pas le manque de moyens, mais l’incompatibilité de ce qu’ils vivent et découvrent avec les valeurs qui fondent leur vocation. Ils culpabilisent. Me concernant, j’avoue que la grève m’a sauvée. Elle m’a permis de transcender ma colère. D’en faire quelque chose.

En écrivant votre livre, vous visez l’État, qu’en attendez-vous ?


Anne-Sophie Pelletier Je ne me fais pas d’illusions, mais j’aimerais que l’État entende que les personnes âgées, fragilisées, sont « des oubliées de la République ». Pour moi, l’État est dépositaire de la façon dont la société s’occupe de nos aînés. Les soignants, eux, font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. Et puis, j’espère convaincre mes lecteurs, d’une part, de ne pas oublier leurs parents ou grands-parents, d’aller les voir lorsqu’ils sont en établissement ; d’autre part, de se dire, quand il y a une manifestation de soignants : « On y va. On les soutient. » La santé est une cause qui nous relie tous.

Source : L'Humanité, 29/01/2019.

mercredi 19 décembre 2018

Seniors Inégaux face à la fin de vie

Le vieillissement de la population en France a d’importantes retombées en termes d’accueil des personnes âgées en institution. Trois études de la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé le démontrent.

Soins de suite et de réadaptation

La première réalisée par Claire Charaval, Léa Mauro et Tom Seimandi concerne les établissements de soins de suite et de réadaptation : structures qui prennent en charge des patients, majoritairement âgés, en proposent une hospitalisation de jour ou de nuit. Leur activité, comptabilisée en jours de présence dans ces structures, a augmenté de 16 % entre 2008 et 2016, année où elle atteint près de 38 millions de journées d’accueil pour plus d’un million de patients.
Cela s’explique par le fait que la population vieillissante est plus nombreuse mais aussi par un taux de recours à ce type de structure qui est plus important pour les plus de 90 ans. L’augmentation de l’activité est particulièrement importante dans les cliniques privées, qui concentrent 34 % de l’activité en 2016 contre 30 % en 2008. Sur 1 828 établissements de santé prodiguant ce type de soins, la moitié (900) appartiennent au secteur public, un quart (471) au secteur privé à but lucratif et un autre quart (457) environ au secteur non-lucratif (établissements associatifs, mutualistes, fondations et congrégations). Sachant qu’entre 2008 et 2016, le nombre d’établissements publics est demeuré stable, les cliniques privées ont augmenté de 8 % (+34 établissements) et le secteur privé à but non-lucratif a perdu 23 établissements (- 5 %).
Pour faire face à l’augmentation de la demande, la capacité d’accueil (lits et places) a augmenté de 13 % en huit ans. Mais ces places sont aussi mobilisées de manière plus intensive (avec un taux d’occupation des lits qui a crû de 3 points). L’offre a surtout augmenté dans les cliniques privées (+ 32 % en huit ans), soit nettement plus que dans les hôpitaux publics (+ 8 %) et les établissements du secteur non-lucratif (+ 2 %). Ces structures ont également « développé des alternatives à l’hospitalisation complète ». Le nombre de jours en hospitalisation partielle a ainsi augmenté de 74 % en huit ans contre 11 % en hospitalisation complète.
Néanmoins, la durée moyenne de séjour passe de 30 à 31 jours en huit ans, et augmente en particulier pour les patients de 50 à 69 ans (passant de 28,5 jours en 2008 à 30,5 jours en 2016).
« Les disparités territoriales de capacités d’accueil subsistent encore, note la Drees, mais se résorbent peu à peu. » Ainsi, il existe un nombre important de structures dans le Sud de la France, en lien avec les activités traditionnelles de cures, maisons de repos et établissements de moyen séjour. Mais elles sont désormais mieux réparties sur le territoire. C’était l’un des objectifs de la réforme de 2008 qui a notamment encouragé la médicalisation de ces structures.

Financement des maisons de retraites

La deuxième étude de Malika Zakri et Xavier Besnard analyse la façon dont les seniors financent leur maison de retraite. La moitié des résidents en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépensent au moins 1 850 euros mensuels pour financer leur prise en charge. Il s’agit de la somme déboursée une fois déduites les allocations et les contributions des personnes ayant une obligation alimentaire vis-à-vis de ces personnes. Montant qui varie selon le niveau de perte d’autonomie, mais dépend essentiellement du statut de l’établissement. Cette participation est en effet bien plus élevée dans les établissements privés à but lucratif, puisqu’elle s’élève à au moins 2 420 euros pour la moitié des résidents contre 1 800 euros pour les autres types d’établissements, du secteur non-lucratif ou du secteur public hospitalier.

(...)

Source : Alternatives économiques, 17/12/2018.
Article intégral en ligne : https://www.alternatives-economiques.fr

mardi 13 novembre 2018

Enquête de santé Maisons de retraite : un système à bout de souffle ?

Près de 600 000 personnes vivent aujourd'hui en Ehpad, les Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. Mais ces maisons de retraite médicalisées traversent une crise sans précédent. Résidents maltraités ou négligés, manque de personnel, manque de temps, bas salaires : la récente grève dans ces établissements illustre une sombre réalité. Elle pose une question essentielle : comment mieux accompagner, dans la dignité, l'extrême vieillesse ? L'Ehpad de la Bresse, établissement public situé au cœur des Vosges, a accepté d'ouvrir ses portes pendant plusieurs jours.

 

Retrouvez l'Enquête de santé de France 5 qui traite des Maisons de retraite : un système à bout de souffle ? 

https://www.france.tv/france-5/enquete-de-sante/782161-maisons-de-retraite-un-systeme-a-bout-de-souffle.html

 https://www.france.tv/france-5/enquete-de-sante/782161-maisons-de-retraite-un-systeme-a-bout-de-souffle.html