vendredi 18 septembre 2015

Des experts de la petite enfance alertent sur l'usage intensif des tablettes numériques

Lundi dernier dans le journal Le Monde , un collectif de psychologues, orthophonistes, médecins et enseignants ont alerté sur les effets de l'usage précoce et abusif de la tablette numérique. 

Numéro un des ventes de jouets l'an passé, la tablette tactile a déjà séduit de nombreux parents et provoque dans le même temps l'inquiétude de certains experts. C'est le cas de six professionnels de l'enfance (une psychologue, deux enseignants, une orthophoniste, un pédopsychiatre et un pédiatre*) qui, dans une tribune publiée lundi sur le site internet du journal Le Monde, ont alerté sur les troubles sérieux constatés chez de jeunes «accros» à la tablette et ont appelé à la mise en place de recommandations d'usage.
Ce pamphlet critique en partie l'avis rendu en janvier 2013 par l'Académie française des Sciences, intitulé «L'enfant et les écrans», bien plus enthousiaste vis-à-vis de «ces extraordinaires outils d'apprentissage et d'échange d'information». Dans cet avis, l'Académie des Sciences prend notamment position en faveur d'un usage précoce des tablettes numériques, à condition qu'il soit accompagné.

Conséquences néfastes

 

Dans leur tribune, les auteurs dressent un constat des conséquences délétères de l'usage excessif de la tablette chez les tout-petits. Ils font d'abord état de troubles de l'attention. En se concentrant sur les images et les sons attrayants de l'écran, l'enfant mobilise moins d'énergie pour ce qui importe vraiment, comme le développement du langage. Les six spécialistes dénoncent également des «programmes prétendument «interactifs», qui ne permettent pas l'échange propre à la communication humaine». Selon eux, l'excès de tablette serait l'une des causes de la hausse des consultations pour des retards de langage.
En séparant l'enfant de son environnement, le monde virtuel met en péril le développement de sa logique et de ses repères: «Le ballon roule si je donne un coup de pied dedans. Cette expérimentation est impossible via l'écran et peut même être biaisée: le carré peut rouler, l'œuf tomber sans se casser…». Quant au remplacement du duo papier-crayon par la tablette, les auteurs affirment que cela altère les capacités graphiques de l'enfant.
La liste des dommages dont font état les auteurs ne s'arrête pas là. Ils concluent ironiquement en rappelant qu'en 2010, le fondateur d'Apple Steve Jobs a déclaré au New-York Times avoir choisi de limiter l'utilisation des nouvelles technologiques par ses enfants, et appellent à la mise en place de recommandations claires de limitation pour tous les enfants.

Le Figaro santé, Cécile Thibert - le 16/09/2015  

mercredi 17 septembre 2014

Pas easy

Une commission se réunit tous les deux mois pour traduire les mots du Net. Et c'est beau comme un accident de chemin de fer. " Cette comparaison, que l'on doit à un article de Slate.fr publié en janvier 2010, n'aurait pas convaincu Albert Camus, dont la citation : " Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde " figure en tête du site de la Commission spécialisée de terminologie et de néologie de l'informatique et des composants électroniques (ensmp.net/cstic/).

Cette entité, créée par arrêté du 5 août 1997, a notamment pour mission d'" établir l'inventaire des cas dans lesquels il est souhaitable de compléter le vocabulaire français, compte tenu des besoins exprimés ", constituant un " firewall " , oups… un " pare-feu " !, à l'intrusion galopante des anglicismes et du jargon informatique dans nos quotidiens numériques (lemde.fr/1qaGxG2).
Les archives de Legifrance.gouv.fr, qui conserve les fac-similés du Journal officiel, permettent de consulter les avis rendus par les commissions de terminologie, jusqu'à cet ancestral arrêté du 22 décembre 1981 relatif à l'enrichissement du vocabulaire de l'informatique par lequel les termes " off line " ou " serial access " avaient trouvé leurs équivalents français " autonome " et " accès séquentiel " (lemde.fr/1tYh9Lp).
Plus récemment, les termes " hashtag ", " pure player ", " big data " et " crowdsourcing " ont obtenu la naturalisation française, pour devenir " mot-dièse ", " tout en ligne ", " mégadonnées " et " production participative " (culture.fr/franceterme).
Jargonnage ambiant
Dix-huit nouvelles recommandations ont été adoptées depuis le 16 septembre : " cyberconférence " tire un trait sur " e-conference ", " fureteur " sur " lurker " – personne qui, dans un forum ou un blog (ou blogue), suit les discussions sans apporter de contribution – ou encore " guichet " pour éradiquer tout " front office ", interface permettant d'accéder aux services en ligne d'une entreprise ou d'une organisation (lemde.fr/1tYifXi).
Ces préconisations auront-elles le dernier mot sur le jargonnage ambiant ? Comprenne qui veut le " Vise un peu les thumbnails… Le back office est down, troubleshooting asap ! ", entendu à l'instant sur mon " plateau ouvert " (exit " open space "). Attendez voir que je dégaine mes " imagettes ", " arrière-guichet " et " traitement des incidents " !
Par Marlène Duretz,duretz@lemonde.fr
Journal Le Monde du 18 septembre 2014