lundi 1 septembre 2014

Quatre régions testent la vente de médicaments à l’unité

Quatre régions ont lancé un appel aux pharmaciens pour expérimenter la vente à l'unité de certains antibiotiques avec pour objectif d'obtenir des économies pour la Sécurité sociale et lutter contre la mauvaise utilisation des médicaments.
Les agences régionales de santé (ARS) d’Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Lorraine et Limousin ont été désignées par le ministère des Affaires sociales pour recruter des volontaires. Les candidats ont jusqu’au 8 septembre pour se manifester, indiquent trois d’entre elles sur leur site internet, le délai étant fixé au 31 août pour la région Paca. L’idée avait été lancée en septembre 2013 par la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, lors de la présentation du budget de la Sécurité sociale.
« Il y a un certain nombre de pays où l’on vous donne exactement le nombre de pilules ou de cachets dont vous avez besoin », avait-elle souligné, assurant que cette pratique permettait d’éviter « qu’on se retrouve avec des armoires à pharmacie pleines de médicaments qu’on ne consomme pas » ou « mal ». Selon elle, chaque Français conserve en moyenne 1,5 kilo de médicaments chez lui.
La mesure est plutôt bien accueillie par l’opinion : 83 % des Français estiment qu’elle peut réduire le gâchis. Toutefois, certains syndicats de pharmaciens se montrent plus réservés, à l’heure où la grogne monte contre le gouvernement qui prévoit de libéraliser leur profession.
Pour ce premier test, un objectif national de 100 pharmacies a été fixé : 25 sont appelées à être « témoins », c’est-à-dire qu’elles continueront à délivrer des boîtes, et 75 dites « expérimentatrices » vendront seulement le nombre de pilules nécessaires à la durée exacte du traitement.
Jusqu’à 1.500 euros par an
Les patients devront également donner leur accord en remplissant un formulaire. Une rémunération spécifique sera versée aux officines participantes : jusqu’à 1.500 euros par an pour les « expérimentatrices » et jusqu’à 300 euros pour les « témoins ». L’ARS Ile-de-France a indiqué avoir déjà reçu « quelques réponses » de pharmaciens, sans être en mesure d’avancer un chiffre. L’expérimentation sera ensuite évaluée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), avant une possible généralisation.
« A terme, il s’agit de lutter contre la surconsommation ou la mauvaise consommation des médicaments. Si ça marche, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas élargi, mais l’expérimentation vise à vérifier la faisabilité et les impacts », souligne la Direction générale de la santé (DGS).
Philippe Besset, vice-président de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF, majoritaire), favorable à la mesure, fait valoir que la vente à l’unité existe déjà en France pour la morphine ou pour les traitements destinés aux enfants hyperactifs. « C’est un enjeu de santé publique car il s’agit de voir si cette pratique permet de lutter contre la résistance (de certains patients) aux antibiotiques », souvent liée à un mauvais usage du médicament, relève-t-il.
Entre réserve et opposition
Toutefois, son syndicat est « défavorable à une extension à tous les médicaments parce que ça va coûter plus cher » et que les erreurs seront plus difficiles à tracer. En revanche, « pourquoi ne pas l’étendre à certains patients comme les personnes âgées parfois désorientées ? », interroge-t-il.
Gilles Bonnefond, secrétaire général de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), est lui hostile à cette expérimentation qui « ne servira à rien ». La quantité des médicaments dans une boîte est « parfaitement adaptée à la durée des traitements » préconisée par les autorités sanitaires mais selon lui, certains médecins prescrivent parfois des jours en plus ou en moins.
De plus, « on sait très bien que quand il reste des médicaments dans une armoire, c’est parce que le patient a arrêté son traitement trop tôt ». « Si nous voulons lutter efficacement contre les résistances aux antibiotiques, il faut renforcer la coopération pharmaciens-médecins et communiquer auprès des patients ».

Quant à la rémunération prévue, elle est « symbolique au regard du travail que cela va représenter : découper des boîtes, retranscrire les notices, les indications sur les boîtes, en plus de la posologie, ce n’est pas notre boulot. Et c’est une façon assez décevante de concevoir notre métier de pharmacien », déplore-t-il.

Des pharmaciens de quatre régions vont tester la vente d'antibiotiques à l'unité

L'objectif vise à réduire les dépenses de santé et à lutter contre le gaspillage des médicament

L'appel est lancé. Dans quatre régions (PACA, Ile-de-France, Lorraine et Limousin), les pharmaciens peuvent désormais déposer leur candidature auprès de leur agence régionale de santé (ARS) pour expérimenter la vente de médicaments à l'unité.
Le projet, annoncé par la ministre de la santé, Marisol Touraine, en septembre 2013, dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, devrait permettre de réduire les dépenses de santé et de lutter contre le gaspillage des médicaments. L'expérimentation porte sur les antibiotiques. Quatre régions ont été sélectionnées. En PACA, les officines avaient jusqu'au dimanche 31 août pour se porter candidates. Les trois autres ont jusqu'au 8 septembre.
A Paris, la pharmacie Maison-Blanche (13e arrondissement) a d'ores et déjà déposé sa candidature. Pour Anne Aubijoux, pharmacienne associée de l'officine, " c'est une mission de santé publique. L'occasion d'agir face à des problèmes nouveaux qui se posent, tels la résistance aux antibiotiques, la pollution environnementale ou l'intoxication d'enfants à cause d'antibiotiques oubliés dans les placards ".
Les officines participantes seront chargées de veiller à l'acceptabilité par les patients de la délivrance des antibiotiques à l'unité, insiste l'ARS, et à la quantification d'une éventuelle diminution de la quantité d'antibiotiques stockée par les patients. Une mission d'écoute qui viendra compléter un aspect purement économique en évaluant le temps de travail supplémentaire et la modification des volumes d'antibiotiques délivrés.
Quelles économies d'échelle peut-on espérer avec ce dispositif ? " Il ne faut pas faire d'amalgame entre le problème économique et celui de santé publique ", souligne Anne Aubijoux. Pour elle, la priorité reste l'efficacité du système : " La délivrance à l'unité existe déjà pour les stupéfiants comme les dérivés de la morphine ", explique-t-elle. Sur chaque blister – l'opercule qui protège et ferme le médicament –, toutes les informations obligatoires sont mentionnées : date limite de consommation, numéro de lot, nom de la molécule et dosage. Une praticité actuellement absente des boîtes d'antibiotiques.
" L'ARS est restée floue sur les méthodes à employer pour distribuer les notices et le mode de conditionnement qui sera utilisé pour la vente à l'unité des antibiotiques ",regrette ainsi la pharmacienne. Mais cette difficulté ne semble pas la freiner : " Je ne suis ni pour ni contre ce projet ; je vois une action, un cadre, alors je fonce. " Une attitude qui n'est pas légion dans la profession.
Au total, le ministère de la santé espère rassembler une centaine d'officines. Lundi 1er septembre, au lendemain de la fin de l'appel à candidature en PACA, l'ARS se disait satisfaite, sans révéler de chiffres. Vendredi 29 août, celle d'Ile-de-France constatait de son côté que les candidats étaient " très peu nombreux ". Un succès mitigé, qui s'explique, selon Philippe Besset, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), par " un ras-le-bol de la profession ". " Depuis huit ans, le contexte général est morose, confie-t-il. La profession fait face à des réformes permanentes, dans un contexte de baisse de prix. Alors les pharmaciens sont plutôt défavorables à l'expérimentation ".
Pour beaucoup, les manipulations supplémentaires nécessaires posent problème. Mélanie Goudard, 27 ans, pharmacienne salariée dans une officine du 6e arrondissement de Paris, en est certaine : " Cela va nous prendre un temps fou, car les conditionnements sont inadaptés. " Une contrainte de temps pourtant envisagée par la FSPF, consultée par le ministère de la santé : " Nous avons estimé un surcoût d'un euro par jour et par patient ", relativise Philippe Besset.
L'expérimentation, d'une durée de douze mois, prévoit " une rémunération spécifique ", explique l'ARS. Les pharmacies expérimentatrices bénéficieront de 1 500 euros par an en un seul versement ; 300 euros pour les pharmacies dites " témoins ", chargées de recenser le volume d'antibiotiques nécessaires en comparaison avec le nombre distribué avec des boîtes de médicaments.
Car l'objectif premier du dispositif est bel est bien de réduire le nombre de délivrances d'antibiotiques. L'Inserm sera chargé de dresser le bilan de l'expérimentation, pour en déterminer, ou non, la généralisation. En moyenne, chaque Français disposerait dans ses placards d'environ 1,5 kg de médicaments. Une situation jugée dangereuse par les professionnels de la santé, car propice à l'automédication, dans un contexte de résistance aux antibiotiques.
Céline Revel-Dumas
© Le Monde 2/09/2014