dimanche 17 avril 2016

Hépatite C : bientôt des tests de dépistage rapide en France

Déjà utilisés pour détecter le VIH, les nouveaux TROD vont permettre de détecter le virus de l'hépatite C en 15 minutes à partir d'une goutte de sang. 

Six ans après avoir été autorisés pour le sida, des tests rapides de dépistage vont prochainement être mis à la disposition des associations et des centres de soins pour détecter le virus de l'hépatite C chez les dizaines de milliers de personnes qui ignorent qu'elles sont infectées.
«Les tests devraient être disponibles dès le mois de mai», a indiqué mardi Jérôme André, le directeur de HF Prévention, une association qui organise depuis plusieurs années des opérations de dépistage rapide du sida dans les populations les plus à risques, lors d'une conférence de presse organisée à Paris.
Connus sous le nom de TROD (test rapide d'orientation et de diagnostic), les tests, qui seront proposés gratuitement, doivent permettre de déceler le virus de l'hépatite C (VHC) en une quinzaine de minutes à partir d'une goutte de sang prélevée au niveau du doigt.

Transmission sanguine

 

Si elle n'est pas traitée à temps, l'infection par le VHC va aboutir progressivement à des cirrhoses ou à des cancers du foie. Mais elle augmente également le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires, selon le Pr Jean-Pierre Bronowicki, hépatologue. Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), quelque 400.000 personnes ont au total été infectées par le VHC en France dont 230.000 touchées par des formes chroniques. Parmi celles-ci, quelque 75.000 ignoraient en 2014 qu'elles avaient été infectées, contre plus de 100.000 en 2004.
Le VHC reste encore largement méconnu des Français, comme le montre un sondage Ifop dont les résultats ont été rendus publics mardi: une personne sur cinq seulement s'est fait dépister dans sa vie, tandis que près de 80% ignorent que la transmission du virus se fait exclusivement par voie sanguine. La principale voie de contamination reste aujourd'hui le partage de matériels (seringues, cuillère, coton imbibé...) entre toxicomanes. Le virus peut également être transmis lors de rapports sexuels «traumatiques» sans préservatif, précise Jérôme André. 

La question du traitement

 

Il ajoute que comme dans le cas du sida, son association ira «au plus près des populations à risque» en dépêchant des unités mobiles dans les forêts, les parkings, les aires d'autoroute. Les tests VHC seront également proposés dans les centres commerciaux «selon des critères très précis» pour tenter de repérer les personnes qui ignorent qu'elles sont infectées (en grande majorité des hommes âgés de 18 à 60 ans).
Une fois le diagnostic posé, il restera la question de savoir quels patients pourront bénéficier des traitements coûteux, mais très efficaces, arrivés sur le marché ces dernières années. «Je crains que 80% des personnes nouvellement dépistées ne soient pas traitées, car souffrant de formes mineures», déplore le Dr Pascal Mélin, président de l'association de patients SOS hépatites Fédération. Les traitements innovants sont pour l'instant réservés en France aux formes les plus sévères, en dépit des protestations des associations et des médecins, qui réclament son extension à tous les patients «afin d'éradiquer la maladie».

Par figaro iconAFP agence - le 12/04/2016 

jeudi 17 septembre 2015

Dépistage du virus du sida à domicile : une « bonne nouvelle » et quelques risques

Annoncés depuis des mois, les tests de dépistage de l’infection au VIH sont en vente libre en France dans les pharmacies depuis le mardi 15 septembre. Commercialisés depuis trois ans aux Etats-Unis et depuis mai au Royaume-Uni, ils permettent, à partir d’une goutte de sang collectée sur le bout du doigt, de déterminer soi-même, en quinze à trente minutes, s’il y a ou non contamination.




Marisol Touraine présente un kit de dépistage d'infection au VIH dans une pharmacie de Paris le 14 septembre 2015.
Marisol Touraine présente un kit de dépistage d'infection auVIH
 dans une pharmacie de Paris le 14 septembre 2015. BERTRAND GUAY / AFP

L’enjeu n’est pas mince. Nombre de personnes échappent au dépistage en France. Sur les 150 000 personnes vivant avec le VIH aujourd’hui, environ 20 %, soit 30 000 personnes, ignorent leur séropositivité. Conséquence : le nombre de nouvelles contaminations atteint 7 000 à 8 000 personnes chaque année. « Il faut trouver de nouvelles manières de favoriser les dépistages », indique Marisol Touraine, la ministre de la santé, pour qui cet autotest doit servir à « aller vers les populations moins réceptives aux outils classiques de prévention ».


Le Monde, 15/09/2015, Pascale Santi

lundi 1 septembre 2014

Quatre régions testent la vente de médicaments à l’unité

Quatre régions ont lancé un appel aux pharmaciens pour expérimenter la vente à l'unité de certains antibiotiques avec pour objectif d'obtenir des économies pour la Sécurité sociale et lutter contre la mauvaise utilisation des médicaments.
Les agences régionales de santé (ARS) d’Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Lorraine et Limousin ont été désignées par le ministère des Affaires sociales pour recruter des volontaires. Les candidats ont jusqu’au 8 septembre pour se manifester, indiquent trois d’entre elles sur leur site internet, le délai étant fixé au 31 août pour la région Paca. L’idée avait été lancée en septembre 2013 par la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, lors de la présentation du budget de la Sécurité sociale.
« Il y a un certain nombre de pays où l’on vous donne exactement le nombre de pilules ou de cachets dont vous avez besoin », avait-elle souligné, assurant que cette pratique permettait d’éviter « qu’on se retrouve avec des armoires à pharmacie pleines de médicaments qu’on ne consomme pas » ou « mal ». Selon elle, chaque Français conserve en moyenne 1,5 kilo de médicaments chez lui.
La mesure est plutôt bien accueillie par l’opinion : 83 % des Français estiment qu’elle peut réduire le gâchis. Toutefois, certains syndicats de pharmaciens se montrent plus réservés, à l’heure où la grogne monte contre le gouvernement qui prévoit de libéraliser leur profession.
Pour ce premier test, un objectif national de 100 pharmacies a été fixé : 25 sont appelées à être « témoins », c’est-à-dire qu’elles continueront à délivrer des boîtes, et 75 dites « expérimentatrices » vendront seulement le nombre de pilules nécessaires à la durée exacte du traitement.
Jusqu’à 1.500 euros par an
Les patients devront également donner leur accord en remplissant un formulaire. Une rémunération spécifique sera versée aux officines participantes : jusqu’à 1.500 euros par an pour les « expérimentatrices » et jusqu’à 300 euros pour les « témoins ». L’ARS Ile-de-France a indiqué avoir déjà reçu « quelques réponses » de pharmaciens, sans être en mesure d’avancer un chiffre. L’expérimentation sera ensuite évaluée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), avant une possible généralisation.
« A terme, il s’agit de lutter contre la surconsommation ou la mauvaise consommation des médicaments. Si ça marche, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas élargi, mais l’expérimentation vise à vérifier la faisabilité et les impacts », souligne la Direction générale de la santé (DGS).
Philippe Besset, vice-président de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF, majoritaire), favorable à la mesure, fait valoir que la vente à l’unité existe déjà en France pour la morphine ou pour les traitements destinés aux enfants hyperactifs. « C’est un enjeu de santé publique car il s’agit de voir si cette pratique permet de lutter contre la résistance (de certains patients) aux antibiotiques », souvent liée à un mauvais usage du médicament, relève-t-il.
Entre réserve et opposition
Toutefois, son syndicat est « défavorable à une extension à tous les médicaments parce que ça va coûter plus cher » et que les erreurs seront plus difficiles à tracer. En revanche, « pourquoi ne pas l’étendre à certains patients comme les personnes âgées parfois désorientées ? », interroge-t-il.
Gilles Bonnefond, secrétaire général de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), est lui hostile à cette expérimentation qui « ne servira à rien ». La quantité des médicaments dans une boîte est « parfaitement adaptée à la durée des traitements » préconisée par les autorités sanitaires mais selon lui, certains médecins prescrivent parfois des jours en plus ou en moins.
De plus, « on sait très bien que quand il reste des médicaments dans une armoire, c’est parce que le patient a arrêté son traitement trop tôt ». « Si nous voulons lutter efficacement contre les résistances aux antibiotiques, il faut renforcer la coopération pharmaciens-médecins et communiquer auprès des patients ».

Quant à la rémunération prévue, elle est « symbolique au regard du travail que cela va représenter : découper des boîtes, retranscrire les notices, les indications sur les boîtes, en plus de la posologie, ce n’est pas notre boulot. Et c’est une façon assez décevante de concevoir notre métier de pharmacien », déplore-t-il.