lundi 20 juin 2016

Avec 65,3 millions de déracinés fin 2015, la planète bat un nouveau record


Pour la première fois, fin 2015, le seuil des 60 millions de personnes déracinées a été franchi. Ce sont 65,3 millions qui ont quitté leur foyer, chassés par les conflits et les persécutions, s’inquiète le rapport annuel du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), rendu public lundi 20 juin. L’augmentation a été importante en un an puisque, fin 2014, ils étaient 59,5 millions. Ces 65,3 millions représentent l’intégralité de la population française, ou un être humain sur 113.

Des réfugiés dans un camp à Paris le 27 mai.


Le groupe se compose des 21,3 millions de réfugiés que compte désormais le monde, auxquels s’ajoutent 3,2 millions de demandeurs d’asile en attente de traitement de leur dossier dans les pays industrialisés, et 40,8 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays.
Ce record s’explique par la multiplication des conflits. A ceux qui durent depuis des décennies, comme en Somalie ou en Afghanistan, s’ajoute en 2015 l’impact important de situations plus récentes, comme la guerre en Syrie (qui dure depuis plus de cinq ans), ainsi que celles du Soudan, du Yémen, du Burundi, de l’Ukraine, ou de République centrafricaine. Par ailleurs, le rythme d’intégration des réfugiés et des personnes déplacées internes est en chute depuis la fin de la guerre froide, ce qui ne contribue pas à faire baisser le nombre de déracinés.

La Syrie en tête des pays les plus fuis

 

Le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s’appuie d’ailleurs sur la sortie du rapport pour faire une nouvelle fois part de ses craintes. « Davantage de personnes sont déracinées par la guerre et la persécution, c’est déjà inquiétant en soi, mais en plus, les facteurs menaçant les réfugiés se multiplient », déclare-t-il, insistant sur le fait qu’« un nombre terrifiant de réfugiés et de migrants décède en mer chaque année » et qu’« à terre, les personnes fuyant la guerre ne peuvent poursuivre leur voyage car les frontières sont fermées. Des politiques se dressent contre l’asile dans certains pays. »
Avec ses 4,9 millions de personnes chassées, la Syrie arrive en tête des pays les plus fuis. L’Afghanistan vient ensuite avec 2,7 millions, et la Somalie avec 1,1 million. A eux trois, ces pays produisent la moitié des réfugiés à travers le monde. Pour les déplacés internes, c’est la Colombie qui décroche le triste record avec 6,9 millions, suivi de la Syrie avec 6,6 millions et de l’Irak avec 4,4 millions. En 2015, c’est le Yémen qui a généré le plus grand nombre de nouveaux déplacés internes.
Alors qu’ils se pensent exclusivement terre d’accueil, les pays du Vieux Continent ont aussi produit quelque 593 000 réfugiés – originaires d’Ukraine pour la plupart, puisque les chiffres fournis par Kiev font état de 1,6 million d’Ukrainiens déplacés internes – et en ont accueilli 4,4 millions. Ce chiffre comprend le gros million de réfugiés et de migrants arrivés en 2015 dans l’Europe des 28, auxquels s’ajoutent les 2,5 millions de réfugiés installés en Turquie.

183 déracinés pour 1000 habitants au Liban

 

En effet, 86 % des déracinés trouvent asile dans des pays à faible et moyen revenu, à proximité des situations de conflit, et la Turquie arrive au premier chef en 2015, comme les années précédentes. C’est même le plus important pays hôte au monde. Si l’on calcule en pourcentage de la population autochtone, c’est en revanche le Liban qui a accueilli le plus de réfugiés avec 183 pour 1000 habitants. L’Allemagne arrive en tête pour les demandes d’asile, avec 441 900 dépôts de dossiers, loin devant les Etats-Unis et leurs 172 700 dossiers.
Compte tenu de l’état du monde, seuls 201 400 réfugiés ont pu retourner dans leur pays d’origine en 2015. Le nombre des admis à une réinstallation n’a, lui, été que de 107 100, et moins de 32 000 réfugiés ont pu être naturalisés au cours de l’année, dont une majorité au Canada. Autant de données qui gonflent le groupe des déracinés.

LE MONDE | 20.06.2016

vendredi 18 mars 2016

Pourquoi l’accueil des réfugiés est au point mort

Gestion au coup par coup, manque de volonté politique… En France, seuls 300 exilés ont été « relocalisés » sur les 30 000 annoncés d’ici à 2017. Le Conseil européen, qui s’ouvre aujourd’hui, devrait enterrer définitivement l’espoir suscité par cette idée de répartir 160 0000 réfugiés dans l’UE.

Accueil des premiers réfugiés syriens et irakiens, en septembre dernier, 
à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), par des bénévoles de la Croix-Rouge.
Photo : AFP

Mardi dernier, à Munich, le premier ministre Manuel Valls s’est dit « très impressionné par la capacité du peuple allemand à accueillir » et « par ce que les villes et les Länder ont fait », tout en précisant cependant que ça n’est pas « la position de la France ». Pourtant, les villes et citoyens français ont largement répondu présent lorsque, cet automne, le gouvernement a annoncé l’accueil de 30 000 réfugiés parmi les 160 000 prévus par le « mécanisme de relocalisation » adopté, à la fin de l’été, par les pays membres de l’Union européenne (UE). Des particuliers ont ouvert leur foyer et de nombreuses communes créé des places d’hébergement. Un « réseau des villes solidaires » est même né de cet élan de solidarité. Mais, aujourd’hui, ce sont à peine quelque 300 personnes à qui la France a offert son hospitalité, sur 880 dans toute l’Union.
« Quand on est volontaire et qu’on voit la situation aux frontières européennes, on se demande pourquoi ça ne va pas plus vite », interroge le maire divers gauche du Vigan (30), Éric Doulcier. Sa commune a été une des premières à annoncer son intention d’accueillir des réfugiés. « Au bout de huit mois, dix exilés, pour la plupart irakiens, sont arrivés, explique l’édile. Mais ça ne s’est pas fait dans le cadre des relocalisations. Ce sont des personnes qui arrivent de Calais. » Quant à l’aide financière de 1 000 euros par personne accueillie, annoncée par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, en septembre, il n’en a toujours pas vu la couleur.
Même son de cloche du côté de Lille. La ville dirigée par Martine Aubry s’était placée aux avant-postes « du réseau des villes solidaires ». « C’est désolant de voir toutes ces personnes obligées de s’accrocher à un bout de tente alors que nous avons les possibilités de les accueillir dignement », pointe Dalila Dendouga, ajointe aux droits de l’homme de la capitale nordiste. La commune a prévu un important dispositif d’accompagnement et ouvert une centaine de places d’hébergement. Mais, pour l’heure, seules 54 d’entre elles sont occupées. « Ce sont principalement des personnes orientées par des associations », précise l’élue municipale. Ici encore, pas de trace des réfugiés prévus par le dispositif des « relocalisations ».

Des demandeurs d’asile condamnés à habiter squats et bidonvilles

Le mécanisme sur lequel s’appuie l’exécutif pour tenter de conserver une image accueillante de la France semble complètement grippé. « On a demandé, il y a plusieurs mois, aux opérateurs qui gèrent les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) de geler des places pour ceux qui allaient arriver, explique Claire Rodier du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Personne n’est arrivé et, aujourd’hui, on leur demande de conserver ces places pour ceux qui vont sortir des centres d’accueil et d’orientation (CAO)… Tout ça est chaotique. C’est de la gestion au coup par coup. » En attendant, le nombre de places en Cada fait toujours défaut pour des centaines de demandeurs d’asile condamnés à habiter squats parisiens et autres bidonvilles du nord de la France.
(...)
Emilien Urbach
Jeudi, 17 Mars, 2016
L'Humanité


dimanche 1 novembre 2015

Jocelyne Streiff-Fenart : «La distinction entre réfugiés et migrants fait obstacle au débat démocratique»

Pour la sociologue Jocelyne Streiff-Fenart, cette bipartition arbitraire permet surtout de délimiter une frontière morale entre les « bons » et les « mauvais » migrants. 

Actuellement, une distinction juridique sépare le migrant économique du réfugié politique en Europe. En quoi, selon vous, cette distinction est-elle problématique dans la gestion des migrants ?

Cette distinction apparaît comme évidente, mais en réalité elle ne va pas de soi. Elle résulte d'une opération de catégorisation des migrants, parmi d'autres possibles, selon une logique administrative : en effet, elle permet de distinguer des ayants droit (accédant au statut de réfugié) d'autres personnes qui ne peuvent pas prétendre à de tels droits. Cette bipartition, pourtant, est difficile à appliquer dans de nombreux cas concrets. C'est pour cela que la Commission européenne a récemment décidé d'installer des « hot spots» aux frontières de l'Europe (Sicile, Lampedusa, Pirée...), afin de procéder à un tri entre ces deux types de migrants. Si des cas ambigus apparaissent, c'est parce que cette distinction ne peut être établie qu'en forçant la réalité. Sous l'étiquette de « réfugiés », on range des types de personnes très différentes.

Mais qui met-on précisément dans la catégorie « réfugiés » ?

À l'origine, la figure du réfugié est celle du militant persécuté en raison de son combat pour la liberté. C'est ainsi qu'il apparaît dans la Constitution de 1793, puis dans celle de 1946. C'est au titre d'un tel engagement qu'il obtient le droit d'asile. Mais on a mis par la suite, sous l'étiquette de « réfugié », des victimes « passives », ne manifestant aucun engagement : victimes de génocides ou apatrides chassés de leur État, comme les titulaires du « passeport Nansen » mis en place en 1922 par la Société des nations (Russes fuyant la révolution d'octobre, Arméniens fuyant le génocide, Juifs fuyant l'Allemagne nazie...), et, plus tard, les Tutsis et autres groupes humains voulant échapper aux persécutions. Enfin, on a placé dans la catégorie de réfugiés des personnes qui ne sont pas spécifiquement persécutées, mais déplacées à cause de catastrophes naturelles (réfugiés climatiques), ou de situations de guerre ou encore de chaos politique. On voit bien que le réfugié résulte de l'agrégation de différentes logiques.

Comment caractériseriez-vous cette opposition entre le réfugié et le migrant économique ?

Il me semble important de souligner que cette distinction n'est pas neutre : elle engage un ensemble de jugements politiques et moraux. L'ethnométhodologue américain Paul Jalbert avait montré comment, aux États-Unis pendant la guerre froide, une telle distinction était politiquement orientée : quelles que puissent être leurs motivations personnelles, les migrants provenant d'un pays sous régime communiste (comme Cuba) étaient automatiquement classés comme « réfugiés ». À l'inverse, des migrants venant d'Haïti étaient considérés comme des migrants économiques. Bien que dirigé par le cruel Duvallier, le pays était perçu comme autoritaire et non dictatorial, puisque non communiste, et dans la mesure où les États-Unis entretenaient de bonnes relations diplomatiques avec lui. Pour P. Jalbert, les migrants sont donc pris dans ce qu'il nomme des « paires catégorielles disjonctives » (expression qu'il emprunte à Harvey Sacks), où chaque partie de la paire implique un choix moral opposé à l'autre – ici le « bon » réfugié communiste et le « mauvais » migrant venant d'un pays libre. Un autre exemple de ce type de paires est, sous l'Occupation, la paire résistant/terroriste : le résistant s'autodésigne ainsi, mais le régime de Vichy le déclare terroriste.

Mais en quoi parler aujourd'hui de réfugiés et de migrants économiques nous amène-t-il, selon vous, sur le terrain moral ?

Pour moi, cette bipartition est encore une façon de faire le tri entre les « bons » et les « mauvais » migrants. Dans la période précédente, avant la récente crise des réfugiés syriens, les bons migrants étaient les migrants réguliers et les mauvais étaient les sans-papiers. Désormais, avec la distinction entre réfugiés et migrants économiques, on prend en compte la motivation des individus : la migration motivée par l'oppression se trouve du bon côté ; celle motivée par la pauvreté et par le choix de vouloir améliorer sa situation économique, du mauvais. En conséquence de quoi, le réfugié est jaugé à l'échelle de l'humanisme (et il a dès lors un droit inconditionnel à l'accueil), alors que le réfugié économique est jaugé à celle de l'utilitarisme. Une frontière morale est ainsi délimité, alors que toute une palette de raisons, toutes justifiables du point de vue des migrants, les poussent à quitter leur pays dans des circonstances toujours éprouvantes et dangereuses. En outre, l'arbitraire de cette distinction me semble évident. Par exemple, dans le débat public récent, les commentateurs en sont venus à évoquer l'intérêt économique d’accueillir des Syriens, présentés comme très diplômés...

Votre critique est-elle une façon de dénoncer l'absence de débat démocratique sur la question des migrants en France ?

Il me semble important de noter l'unanimité avec laquelle la distinction problématique entre réfugiés et migrants économiques a été reçue, à la fin de l'été, par la classe politique. La gauche et la droite l'ont toutes deux acceptée, et ont simplement débattu sur le fait de savoir s'il y avait, dans l'afflux massif de migrants cet été, plus de réfugiés ou plus de migrants économiques. Il serait préférable de faire émerger, sur ces questions, un débat démocratique érigé sur des bases rationnelles. Mais cela s'avère très difficile, parce que nous sommes dans un déni public permanent vis-à-vis des questions travaillées par les chercheurs. Leurs interrogations pourtant sont dépourvues de l'aspect émotionnel et passionnel mis en avant par les grands médias : quels sont les dangers de l'immigration ? La liberté de circulation est-elle possible ? À quelles conditions ? À l'inverse, l'opposition fictive entre réfugiés et migrants économiques ne nous aide pas à y voir plus clair, puisqu'elle ne fait que « moraliser » le débat. Pourtant, les migrants subsahariens venant chercher du travail en Europe ne sont ni plus ni moins moraux que ceux qui fuient la Syrie.

Sociologue, directrice de recherches émérite au CNRS, membre de l'Unité de recherche Migrations et société (Urmis).

14/10/2015, Propos recueillis par Régis Meyran, Sciences Humaines.

mardi 27 octobre 2015

Comprendre les réfugiés dans l’Europe de 2015

1/ Qui sont les réfugiés dans le monde ?

Parmi plus de 200 millions de migrants dans le monde, les réfugiés étaient comptabilisés ainsi, en 2014 :
• 3 900 000 Syriens,
• 2 600 000 Afghans,
• 1 110 000 Somaliens,
• 666 000 Soudanais,
• 616 000 Sud-Soudanais.
Soit à peu près 9 M (4,2 % des migrants).

2/ Qui sont les réfugiés qui arrivent en Europe ?

Ils étaient 280 000 migrants à arriver aux portes de l’Europe en 2014, année durant laquelle les Syriens furent 79 000 personnes (28 % des entrées dans l’Union européenne), les Érythréens 34 500 (12 %), les Afghans 22 000 et les Kosovars 22 000 (8 % pour chacun d’eux). Ce chiffre a presque doublé en 2015. Ils sont depuis le 1er janvier 2015 au moins 500 000, dont 156 000 migrants qui sont arrivés sur le sol européen en août (88 000 en Grèce – des Syriens surtout – , 52 000 en Hongrie – venant essentiellement de Serbie –, 13 000 en Italie, provenant d’Érythrée ou d’Afrique subsaharienne). Cette augmentation très forte s’explique avant tout par la guerre en Syrie.


3/ Quels quotas de répartition des réfugiés en Europe ?

En septembre, la Commission européenne décidait de quotas de répartitions des 160 000 réfugiés comptabilisés à ce moment : l’Allemagne accueillerait 31 443 réfugiés, la France 24 031, l’Espagne 14 931. Pour autant, ces quotas n’ont pas été appliqués, car les dissensions sont grandes à l’intérieur de l’Europe : d’un côté, les pays européens de l’Est ferment leurs frontières (Roumanie, Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) ; de l’autre, l’Allemagne, dans un geste d’ouverture sans précédent aux migrants, a déjà accueilli bien plus que le quota qui lui a été attribué – ce pays pourrait avoir reçu, selon les estimations, quelque 800 000 réfugiés pour toute l’année 2015. Enfin, un plan d’action est conclu le 15 octobre entre la Commission européenne et la Turquie, pays par où transite la majeure partie des réfugiés. Trois milliards d’euros seront versés à ce pays qui s’engage en contrepartie à maintenir les quelques 2 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Les quatre principaux pays d’origine des réfugiés

A/ L’exode syrien

La Syrie est une dictature militaire sinistrée par plusieurs guerres. Lors du conflit initial (2011), le chef de l’État Bachar et-Assad a massacré sans état d'âme ses opposants (appuyés par les États-Unis et le Qatar), avec l’aide du Hezbollah libanais et de milices chiites irakiennes, de la Russie et de l’Iran. Un autre conflit a ensuite opposé les rebelles à Daesh, lequel s’est par la suite aussi affronté à l’État syrien. Enfin, un conflit a lieu entre les Kurdes de la frontière syrienne et Daesh. La situation se complique avec le jeu des alliances ou oppositions entre la branche syrienne d’Al-Qaida et Daesh. Cet imbroglio guerrier pousse de nombreux Syriens à l’exil. Quelque quatre millions se sont d’abord réfugiés au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Irak. Toutefois, parmi eux, plus de 300 000 ont choisi l’Europe pour destination : d’abord parce que leur premier lieu d’accueil les rejette ou ne les intègre pas et les maintient dans des camps, ensuite parce qu’ils espèrent trouver en Europe soins de santé, aide alimentaire, accès au marché du travail et accès à l’éducation. En août 2015, ils étaient précisément 4,41 millions de réfugiés, répartis dans le monde de la façon suivante : 1,9 million en Turquie ; 1,1 million au Liban ; 629 000 en Jordanie ; 348 000 en Europe ; 249 000 en Irak ; 132 000 en Égypte ; 53 000 dans les autres pays. À souligner toutefois que, depuis peu, de nombreux réfugiés Syriens préfèrent revenir dans leur pays dévasté plutôt que de continuer à affronter les difficultés de l’exil : précarité, absence de nourritures ou d’aides financières, etc.

B/ Réfugiés d’Érythrée

L’Érythrée est l’une des pires dictatures du continent africain. Depuis l’indépendance du pays (1993), le pays est dirigé par le dictateur Issayas Afeworki, ancien héros de la guerre contre l’Éthiopie. Ce pays de 5 millions d’habitants, très pauvre, qui bénéficie d’appuis financiers provenant du Qatar, n’a ni constitution, ni presse libre, ni opposition politique ; il est dirigé par un parti unique, le Front populaire pour la démocratie et la justice. La nation est décrite par de nombreux commentateurs comme une « prison-caserne » : on estime que 10 000 prisonniers politiques sont détenus en prison dans des conditions inhumaines, sans chef d’inculpation, sans jugement, sans contact avec leurs familles. Au cours de rafles, l’armée enrôle de force les hommes de 15 à 50 ans. On comprend que de nombreux Érythréens viennent chercher asile en Europe ou ailleurs.

C/ Réfugiés d’Afghanistan

À la suite des attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain, l'administration de Georges Bush Jr. déclara la guerre contre le terrorisme et envahit l’Afghanistan. Ayant chassé les Talibans du pouvoir, les troupes américaines pensent avoir libéré le pays, et rentrent progressivement au bercail. Pourtant, en réalité, dans un contexte d’instabilité politique grandissant après le départ d’Hamid Karzai (lequel fut placé temporairement au pouvoir par les Américains), les Talibans ont assis leur contrôle dans certaines régions du Sud et depuis peu elles mènent des raids dans le Nord, prenant temporairement la ville de Kunduz. Pour rajouter aux malheurs des Afghans, Daesh a lancé une offensive en Afghanistan contre les Talibans. Pour toutes ces raisons, de nombreux Afghans choisissent la route de l’exil.

D/ Réfugiés du Kosovo

Depuis quelques années, de plus en plus de familles, même si elles ont une situation économique correcte, quittent le Kosovo pour la Hongrie, l’Allemagne ou l’Autriche. Ce pays, indépendant depuis 2008, garde une souveraineté limitée et se trouve partiellement dirigé, en matière de police et de justice, par l’Otan et l’Union européenne. Mais le clientélisme, la corruption, la faillite du système judiciaire et le crime organisé contribuent grandement à déstabiliser le pays, qui se vide de plus en plus de ses habitants.

Sciences Humaines, 20/10/2015.Régis Meyran.

jeudi 17 septembre 2015

Réfugiés, le droit au minimum vital


Photo AFP Phanie Burger

Les mauvaises langues affirment que les réfugiés ont droit aux allocations familiales, à la sécurité sociale, l’hébergement et à la scolarité gratuite. Mise au point.

Premièrement, les demandeurs d’asile sont des êtres humains qui demandent protection à un état. Cela a toujours été. Rappelons aux mémoires courtes ou sélectives que 500 000 réfugiés espagnols ont demandé l’asile en France pendant la guerre d’Espagne. A l’inverse, l’Espagne a accueilli de nombreux français fuyant l’occupation allemande en 1939-45.
Cette protection de l’état français peut prendre plusieurs formes :

- le statut de réfugié, accordé en principe à tout étranger craignant d’être persécuté dans son pays pour fait de race, religion, nationalité, appartenance à un groupe social, d’opinion politique. Il s’agit d’asile conventionnel ou politique.
- également le statut de réfugié accordé à tout étranger persécuté dans son pays pour des actions en faveur de la liberté (militants syndicalistes, politiques, artistes, intellectuels). Il s’agit d’asile constitutionnel.
- et enfin le statut de réfugié accordé à tout étranger sous mandat de protection du HCR (haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés).

- la protection subsidiaire attribuée à tout étranger qui ne remplit pas les conditions pour bénéficier du statut de réfugié mais qui prouve qu’il est exposé dans son pays à la peine de mort ou à la torture, une menace grave pour sa vie et celle de sa famille en raison d’un conflit armé.

- la protection temporaire (celle qui prévaut actuellement avec l’accueil de Syriens et de Chrétiens d’orient) qui est un dispositif décidé au niveau européen en cas d’afflux massif de personne déplacées. Rappelons que ce fut le cas en 1999 des Albanais du Kosovo).
Pour obtenir l’une de ces protections, il faut obtenir en préfecture ou en zone d’attente à la frontière,  un formulaire de demande d’asile et l’adresser à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) https://www.ofpra.gouv.fr/asile/les-differents-types-de-protection/l-asile

Daniel Roucous, L'Humanité
Mardi, 15 Septembre, 2015

samedi 5 septembre 2015

Migrants : la crise européenne expliquée en cartes

Depuis le début de l’année, plus de 350 000 personnes ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, ce qui représente la plus importante vague de réfugiés qu’a connue le Vieux Continent depuis la seconde guerre mondiale. Remise en cause de l’espace Schengen, divisions autour des quotas… face à ces arrivées massives et à la crise humanitaire qu’elles représentent, l’Europe se crispe et se voit ébranlée dans ses fondements.



Le Monde.fr,

Cartes sur table : comprendre l’évolution des routes migratoires

Pourquoi la route des Balkans est-elle fortement empruntée par les migrants depuis quelques mois alors que celle qui passait par les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla est aujourd’hui délaissée ? Comment expliquer l’évolution des routes migratoires au fil des années ? Réponses en cartes avec Francesca Fattori, journaliste au Monde et doctorante sur les questions migratoires à l’Institut français de géopolitique.



Le Monde.fr, Par

samedi 6 septembre 2014

Paroles de réfugiés : Arte donne carte blanche à des artistes pour évoquer le sort des populations déplacées


Ils sont  réfugiés  et n'ont jamais été aussi nombreux. Selon les chiffres fournis par l'ONU, plus de 51  millions  d'êtres humains sont contraints de vivre sur une terre qui n'est pas la leur. 

Parqués dans des camps à travers le monde, certains survivent  sous des tentes ou  dans des baraques en tôle, d'autres sont hébergés  dans des centres collectifs bien établis.  Plus de la moitié sont localisés  en Asie et près de 29  % en Afrique pendant des années.
Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils arrivés là ? Quel est leur avenir ? C'est pour répondre à ces différentes questions et raconter leur(s) histoire(s) que  les équipes d'Arte Reportage, en partenariat avec  l'UNHCR, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, sont parties à leur  rencontre  au -Népal, en  Irak, au  Liban et au  Tchad. Dans la foulée, seize artistes (réali-sateurs, écrivains, photographes et auteurs de bandes dessinées) se sont installés trois  semaines dans ces camps et ont  rapporté des  récits très personnels de leur expérience.
Deux films très personnels......................

Lire la suite sur le journal Le Monde du 06/09/2014.
Et à regarder sur Arte,
à 18h35 sur Arte.tv.

mercredi 27 août 2014

A Lyon, interrogations autour de l’afflux de « réfugiés médicaux »



Un sujet sensible agite les milieux de l’asile et les cercles médicaux de Lyon, l’une des portes d’entrée de l’immigration en France : l’arrivée croissante de demandeurs d’asile dont les motivations réelles ne sont pas les persécutions qu’ils subiraient dans leur pays mais leurs besoins en soins médicaux pour des pathologies lourdes – insuffisance rénale ou handicap notamment. « Ce sont en quelque sorte des réfugiés médicaux », estime le professeur Emmanuel Morelon, chef du service transplantation de l’hôpital Edouard-Herriot.



lire la suite dans le journal Le Monde du LE MONDE | 











A lire également : la réforme en vue du droit des étrangers malades
http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2014/08/04/reforme-en-vue-du-droit-des-etrangers-malades_4466522_3224.html