mercredi 7 juin 2017

Comment expliquer la hausse de l’obésité et du surpoids dans le monde ?

D’après une étude publiée lundi, près d’un tiers de la population mondiale est en surpoids ou obèse. Notre experte a répondu à vos questions en direct.




Ce lundi 12 juin, la revue médicale américaine New England Journal of Medicine a publié une étude alarmante : en 2015, le surpoids touchait 2,2 milliards de personnes, l’équivalent de 30 % de la population mondiale. Les Etats-Unis (79,4 millions) et la Chine (57,3 millions) avaient en 2015 le plus grand nombre d’adultes obèses, selon les résultats de cette étude menée depuis trente-cinq ans dans 195 pays et territoires. Cette épidémie, multifactorielle, est responsable d’un net accroissement des maladies cardio-vasculaires, du diabète et de certains cancers à l’origine d’une augmentation de la mortalité.
Comment expliquer les chiffres alarmants de cette étude ? Quelle est la situation de l’obésité en France ? Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d’obèses (CNAO), a répondu à vos questions en direct sur Facebook.

Le Monde, 13/06/2017.

jeudi 3 novembre 2016

Un adulte sur six est obèse en France

L’excès de poids reste un problème de santé publique, notamment pour les risques cardio-vasculaires.

Passé 30 ans, plus d’un homme sur deux est en surpoids ou obèse (56,8 %) en France. Avec deux sur cinq (40,9 %), les femmes font un peu mieux. Ces conclusions d’une étude française parue dans le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) rappellent que, malgré les vertus maintes fois célébrées de nos habitudes alimentaires, la France n’est pas exemplaire en matière de corpulence. «L’excès de poids reste une problématique de santé publique», résume l’un des auteurs, le Pr Sébastien Czernichow, chef du service de nutrition à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (Paris).

Une comparaison européenne publiée la semaine dernière par Eurostat nous plaçait d’ailleurs en 10e position pour l’obésité, derrière la Roumanie, l’Italie ou la Suède, un tout petit mieux que la moyenne continentale. Obésité et surpoids sont des concepts définis internationalement à l’aide de l’indice de masse corporelle (IMC, calculé en divisant le poids en kilos par la taille en mètre au carré). Un IMC supérieur à 25 décrit l’entrée en surpoids ; l’obésité commence au-delà de 30.
Premières conclusions tirées d’une cohorte de 30.000 Français qui sera suivie pendant des années, les résultats du BEH - 15,8 % d’obésité chez l’homme, 15,6 % chez la femme - sont délicats à replacer dans une tendance générale: les données plus anciennes disponibles pour la France (14,5 % en 2009, 15 % en 2012) portent sur une population plus jeune. «Or on sait que l’obésité augmente avec l’âge, ce qui fausse la comparaison», explique le Pr Jean-Michel Lecerf de l’institut Pasteur de Lille. Toutefois, et pour cette même raison, on était en droit d’attendre un taux d’obésité plus élevé chez les volontaires de la cohorte. «On peut donc avoir l’impression que la situation s’améliore un petit peu en France», analyse-il.

Les femmes sont davantage touchées quand elles sont jeunes

En termes de prévention, le travail publié cette semaine confirme des facteurs de risque connus. En premier lieu, l’âge: la proportion de personnes obèses double quasiment entre les trentenaires (environ 11 %) et les sexagénaires (19 %). Et si les femmes sont davantage touchées quand elles sont jeunes, elles sont rattrapées et dépassées à la cinquantaine par leurs compatriotes masculins. L’obésité se fait par ailleurs plus rare à mesure que les revenus augmentent: à moins de 1000 euros par mois, elle touche près d’un individu sur quatre. Au-delà de 4200 euros mensuels, ils sont moins d’un sur dix.
L’étude du BEH rappelle aussi que le surpoids s’accompagne en général d’un plus grand risque de maladie cardio-vasculaire (infarctus, AVC…) et de diabète. Mais le lien n’est pas systématique et une part non négligeable de personnes obèses se révèlent «métaboliquement saines». «Cela montre bien que l’IMC n’est pas un bon marqueur de risques cardio-vasculaires», explique Sébastien Czernichow. Mais attention: si ces personnes ne sont statistiquement pas surexposées au risque d’infarctus ou d’AVC, par exemple, le raisonnement ne s’étend pas aux autres pathologies liées à l’excès de poids: cancers, dépression, douleurs articulaires…

«Une maladie complexe»

À l’inverse, l’étude explore un facteur de risque cardio-vasculaire peu connu du grand public, mais fiable pour les experts: le tour de taille. Et le tableau n’est pas brillant: 41 % des hommes et 48,5 % des femmes dépassent le maximum recommandé (respectivement 94 et 80 cm). «Il est important de continuer à faire de la prévention contre l’obésité, mais il est aussi temps de ne plus mettre tout le monde dans le même sac, résume Jean-Michel Lecerf. Le discours habituel tend à rendre les personnes obèses responsables de leur santé. Or c’est une maladie complexe qui n’est pas due à la seule alimentation. Elle relève aussi de la génétique, de l’épigénétique, du stress ou encore des troubles du sommeil.»

Le Figaro santé, 25/10/2016.

  

lundi 18 juillet 2016

L'obésité réduit l'espérance de vie de 3 à 10 ans

Les kilos s'accumulent et les années de vie se réduisent proportionnellement. Les personnes en surpoids ou obèses peuvent espérer vivre 1 à 10 ans de moins que les autres.

L'obésité réduit l'espérance de vie de 3 à 10 ans
olly18/epictura
 

Surpoids et obésité réduisent l’espérance de vie. L’impact d’un excès de poids est désormais bien connu : diabète, hypertension artérielle, maladies hépatiques… Une équipe internationale vient de chiffrer ses conséquences sur la survie dans The Lancet. Les hommes sont les plus touchés : le risque de mourir avant 70 ans est trois fois plus élevé que chez les femmes.
L’étude livrée par le groupe Global BMI Mortality Collaboration est d’une ampleur inédite dans ce domaine : 3,9 millions d’adultes ont été suivis pendant 13 ans en moyenne. Âgés de 20 à 90 ans à leur entrée, ils ne fumaient pas et ne souffraient pas de maladie chronique lorsque leur IMC a été mesuré.

Jusqu'à dix ans de vie en moins

Comme constaté auparavant, les maladies coronariennes, l’AVC, les maladies respiratoires et le cancer surviennent plus souvent chez des personnes en surpoids ou obèses. Un IMC trop élevé augmente aussi le risque de mourir prématurément, c’est-à-dire avant l’âge de 70 ans. « En moyenne, les personnes en surpoids perdent une année d’espérance de vie et les personnes modérément obèses en perdent trois », illustre le Dr Emanuele Di Angelantonio, co-auteur de l’étude. Les formes les plus sévères d'obésité font quant à elles perdre jusqu'à 10 ans de vie.
Ce sont les hommes obèses qui paient le plus lourd tribut en la matière, loin devant les femmes d’IMC similaire. Ce risque triplé s’expliquerait par leur plus forte résistance à l’insuline, une plus grande accumulation de mauvaises graisses dans le foie, et donc une plus forte prévalence du diabète.




Un effet dose-dépendant

A l’heure où 20 % de la population européenne souffrent d’obésité, ces conclusions sont loin d’être rassurantes. Car comme le rappelle le Pr Sir Richard Peto, co-auteur de l’étude, « l’obésité est la deuxième cause de mortalité prématurée en Europe et en Amérique du Nord après le tabac. » Sur le Vieux continent, un décès prématuré sur sept est dû à l’excès de poids. Outre-Atlantique, c’est un décès sur cinq. Mais les personnes qui pèsent trop peu sont également exposées : la privation a aussi de lourdes conséquences sur l’organisme.



Dans un commentaire associé à l’étude, trois membres des Instituts américains pour la santé (NIH) relativisent toutefois la portée de ces travaux. La mesure de l’IMC est de plus en plus contestée pour évaluer le surpoids et l’obésité. En effet, cette donnée ne tient pas compte de l’impact des comorbidités. L’autre problématique soulevée par de telles publications concerne leur utilisation. Les limites « ne seront probablement pas résolues par des ensembles de données toujours plus large sans développement supplémentaire dans la conception de l’étude », estiment les Dr David Berrigan, Richard Troiano et Barry Graubard.