Ken Loach s’attaque une nouvelle fois aux dégâts causés par l’ordre néolibéral, chargeant le propos au risque d’en réduire la portée.
Fidèle
à lui même, Ken Loach, 83 ans, continue de fustiger le démantèlement de
l’état social britannique par un ordre néolibéral qui dissout les
solidarités collectives et pèse sur les épaules des plus vulnérables.
Après Moi, Daniel Blake (2016), qui retraçait le combat d’un
accidenté aux prises avec des dispositifs d’aide sociale rendus
illisibles et culpabilisants, Sorry We Missed You s’attaque
cette fois au phénomène dit « d’ubérisation du travail », lié aux
nouveaux outils numériques. Cette logique est bien connue pour son tour
de passe-passe pernicieux, qui consiste à rhabiller le salarié en
« autoentrepreneur » corvéable à merci, endossant lui-même les risques
et les charges de son activité, ainsi amené à prendre part à sa propre
exploitation. Afin d’en détricoter les rouages, Loach et son scénariste
Paul Laverty empruntent de nouveau les chemins de la chronique
documentée, assumant pleinement sa forme didactique, formule qui est
devenue, en quelque sorte, leur marque de fabrique.