mercredi 23 octobre 2019

« Sorry We Missed You » : une charge appuyée contre l’ubérisation de la société

Ken Loach s’attaque une nouvelle fois aux dégâts causés par l’ordre néolibéral, chargeant le propos au risque d’en réduire la portée.


Fidèle à lui même, Ken Loach, 83 ans, continue de fustiger le démantèlement de l’état social britannique par un ordre néolibéral qui dissout les solidarités collectives et pèse sur les épaules des plus vulnérables. Après Moi, Daniel Blake (2016), qui retraçait le combat d’un accidenté aux prises avec des dispositifs d’aide sociale rendus illisibles et culpabilisants, Sorry We Missed You s’attaque cette fois au phénomène dit « d’ubérisation du travail », lié aux nouveaux outils numériques. Cette logique est bien connue pour son tour de passe-passe pernicieux, qui consiste à rhabiller le salarié en « autoentrepreneur » corvéable à merci, endossant lui-même les risques et les charges de son activité, ainsi amené à prendre part à sa propre exploitation. Afin d’en détricoter les rouages, Loach et son scénariste Paul Laverty empruntent de nouveau les chemins de la chronique documentée, assumant pleinement sa forme didactique, formule qui est devenue, en quelque sorte, leur marque de fabrique.



jeudi 15 novembre 2018

Des ambulanciers mobilisés contre l’« ubérisation » de leur profession

Abdel Nouri l’assure : il n’a jamais été quelqu’un de « haineux ». Mais depuis l’entrée en vigueur de la réforme du financement des transports sanitaires, le 1er octobre, cet ambulancier de 42 ans commence à « avoir la haine ». 

 Haine des politiques qui ont décidé cette réforme, haine des médias « qui nous occultent »… « Personne ne nous entend », déplore-t-il, mardi 6 novembre, aux côtés d’une cinquantaine d’ambulanciers réunis devant l’hôpital européen Georges-Pompidou, dans le 15e arrondissement. Quelques heures plus tôt le blocage du périphérique parisien par des centaines d’ambulanciers en colère a pris fin, se soldant par quatorze interpellations.

Si Abdel Nouri est venu à Paris depuis Nice, où il travaille, c’est pour se « battre » pour sa « survie ». Depuis qu’hôpitaux et cliniques se substituent à l’Assurance-maladie pour payer les transports en ambulance entre établissements de santé, les petites sociétés d’ambulances de moins de dix véhicules assurent moins travailler que les gros groupes, accusés de casser les prix pour remporter des marchés. Depuis un mois, Abdel Nouri n’a ainsi plus fait un seul déplacement interhospitalier, alors même que ce poste représentait jusqu’à près d’un tiers du chiffre d’affaires de sa micro-entreprise d’un seul véhicule. Achetée 350 000 euros il y a quelques années, il craint qu’elle ne vaille beaucoup moins aujourd’hui.
Autour de lui, également vêtus de bleu, d’autres ambulanciers font état des mêmes inquiétudes causées par l’entrée en vigueur de l’article 80 du budget de la Sécurité sociale 2017. « Entre l’essence qui augmente, les charges en hausse de 20 % depuis trois ans, les tarifs Sécu qui n’ont pas été revalorisés depuis 2013, on ne peut pas se permettre de s’aligner sur les rabais de 20 % à 40 % proposés par les gros groupes sur les appels d’offres des hôpitaux », explique Mathieu Sicurani, gérant d’une société de trois ambulances à Nice. « En six mois, on va être obligé de revendre, et les gros groupes réaugmenteront leurs prix derrière », assure-t-on à l’Association pour la défense des transporteurs sanitaires, la structure qui a mobilisé les ambulanciers, en dehors des grosses fédérations du secteur.

Pendant la manifestation des ambulanciers, devant l'Hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, le 6 novembre.

« Le patient va devenir colis »

Devant l’hôpital Georges-Pompidou, Stéphane Baude, 48 ans, gérant d’une société de six ambulances à Paris, décrit des grosses sociétés qui « n’arrivent pas à gérer » ces dernières semaines car « elles ont trop de travail » après avoir remporté les appels d’offres.