vendredi 13 novembre 2020

Pauvreté : les jeunes «principales victimes» de la crise, selon l'Observatoire des inégalités

Une aide exceptionnelle de 150 euros doit être versée ce vendredi à 400.000 jeunes bénéficiaires des APL ou boursiers.

La crise économique engendrée par le coronavirus risque plus fortement d'aggraver la précarité des moins de 30 ans, qui représentent déjà près de la moitié des pauvres en France, selon un rapport de l'Observatoire des inégalités. «Les personnes âgées ont payé les plus lourdes conséquences du coronavirus en matière de santé, les jeunes vont subir l'essentiel de ses retombées économiques», a déclaré jeudi 26 novembre Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, lors d'une présentation de la deuxième édition du «Rapport sur la pauvreté».Difficultés de formation, d'insertion dans un marché du travail déprimé et où les entreprises sont dans l'incertitude quant à leur avenir, précarité plus importante des parents : les jeunes sont «les principales victimes de cette situation», a souligné Louis Maurin, comme l'ont déjà fait avant lui ces dernières semaines de nombreuses associations, notamment d'aide alimentaire.

Moins de 885 euros par mois pour vivre

Cet observatoire indépendant a adopté depuis plusieurs années une définition plus restrictive de la pauvreté, en la situant sous le seuil de 50% du revenu médian (contre 60% pour les organismes officiels), selon elle «plus proche de la réalité». Ainsi, selon cette définition, en 2018 - dernière année connue - on comptait 5,3 millions de pauvres vivant avec moins de 885 euros par mois, soit 8,3% de la population. Parmi eux, plus de la moitié (52%) était âgée de moins de 30 ans, dont un tiers était des enfants et des adolescents grandissant dans une famille pauvre, relève l'Observatoire. Anne Brunner, qui a dirigé ce travail, rappelle que le niveau de vie médian des jeunes «est deux fois inférieur au niveau de vie des Français».

Pour atténuer les effets de la crise, l'Observatoire plaide pour l'instauration d'un revenu minimum unique qui «garantirait la sortie de la pauvreté». Versé sous conditions de ressources et ouvert aux jeunes, il atteindrait 900 euros mensuels après versement des aides sociales. Son coût est estimé entre 7 et 10 milliards d'euros. «Cela équivaut à la moitié de la baisse de la taxe d'habitation ou à 10% du plan de relance. Ce sont des choix politiques», a fait valoir Louis Maurin.

Le premier ministre a annoncé jeudi l'extension en 2021 de la Garantie jeunes à 200.000 bénéficiaires. Une aide exceptionnelle de 150 euros doit par ailleurs être versée vendredi à quelque 400.000 jeunes bénéficiaires des APL ou boursiers.

Source : Le Figaro.fr, 27/11/2020.

vendredi 29 novembre 2019

« La population la plus touchée par la pauvreté, ce sont les jeunes »

Les étudiants sont 30 % à n’avoir aucune aide de leur famille, observe Antoine Dulin, du conseil d’orientation des politiques de jeunesse. 


Antoine Dulin est président de la commission insertion des jeunes au conseil d’orientation des politiques de jeunesse et membre du CESE (Conseil économique, social et environnemental). Pour lui, il y a une augmentation de la précarité étudiante, avec des situations « indignes de notre pays » qui risquent de renforcer « la défiance de la jeunesse envers notre pacte social ».

La précarité étudiante s’est-elle aggravée ces dernières années ?

Le terme de « précarité » est toujours compliqué à définir, il porte sur les conditions monétaires mais aussi sur les conditions de vie. On sait qu’aujourd’hui un jeune sur cinq est en dessous du seuil de pauvreté. 22 % des étudiants se disent confrontés à des difficultés financières importantes, 5 % sont en grande précarité, d’après l’Observatoire national de la vie étudiante.
Chez les étudiants comme chez les jeunes, il y a une augmentation du nombre de personnes en situation de précarité. C’est indéniable au regard de différents indices. L’augmentation des demandes d’aide d’urgence de la part des étudiants : 3,5 % il y a vingt ans, 5 % aujourd’hui. De manière mécanique, la population étudiante a fortement crû, avec 500 000 étudiants de plus cette dernière décennie, donc proportionnellement, les étudiants sont plus nombreux à être concernés. Bien sûr, la précarité étudiante a toujours existé, mais, aujourd’hui, la population la plus touchée par la pauvreté, ce sont les jeunes.

mercredi 6 novembre 2019

Les conditions de vie et de santé des plus précaires se sont dégradées en France

Dans un rapport publié mercredi, l’association Médecins du monde dresse le bilan de ses opérations menées dans l’hexagone en 2018.


L’association Médecins du monde réclame un «changement de cap» et une «inflexion des politiques régressives à l’égard des populations les plus fragiles», notamment migrants et étrangers, qui voient leurs conditions de vie et de santé se dégrader, selon un rapport publié mercredi 16 octobre, à la veille de la journée mondiale du refus de la misère.
«Les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux, voire ne sont pas une priorité du gouvernement», déplore en préambule du rapport Yannick Le Bihan, directeur des opérations France de l’ONG.
«Nous constatons que les conditions de vie de ces personnes (les plus précaires) se sont globalement dégradées depuis le début du quinquennat. Il est impératif d’opérer un changement de cap», souligne-t-il, en dénonçant notamment «la volonté de(s) dirigeants de remettre en cause l’universalité de l’accès à la santé» et des «dispositifs d’hébergement de réinsertion sociale, d’urgence, d’accueil des demandeurs d’asile (...) insuffisants».


24.000 personnes reçues

Ce rapport sur l’accès aux droits et aux soins synthétise l’activité des 62 programmes menés par Médecins du monde en 2018 sur 33 sites de France métropolitaine et Outre-mer. En 2018, 24.072 personnes ont notamment été reçues dans les centres d’accueil, de soins et d’orientation (Caso), majoritairement des jeunes (47% ont entre 18 et 34 ans) et des hommes (64,2%). Dans la quasi-totalité des cas (97,3%), ces personnes sont de nationalité étrangère, originaires essentiellement d’Afrique subsaharienne (49,8%) et du Maghreb (23,5%).
Près de 62% des personnes accueillies sont en situation irrégulière. Et plus d’un tiers des étrangers en situation régulière sont en situation administrative précaire, avec un titre de séjour de moins de six mois «et peuvent basculer rapidement dans l’irrégularité», souligne l’association.

Aggravation des conditions de vie et de santé

D’une manière générale, elle relève «une aggravation des conditions de vie et de santé des exilés avec une augmentation des espaces d’indignité dans toutes les métropoles françaises», conséquence notamment selon elle de la loi Asile immigration de 2018.
Cette loi, «loin de proposer une amélioration des conditions d’accueil (...) se concentre sur le schéma national de répartition des demandeurs d’asile et prévoit de nombreux cas de retrait des conditions matérielles d’accueil en cas de non-respect des orientations en région proposées aux demandeurs d’asile», déplore l’ONG.
«Les menaces récurrentes contre l’Aide médicale de l’État (AME) - qui garantit l’accès aux soins des personnes étrangères en situation irrégulière - sont le reflet d’une instrumentalisation des enjeux de santé au service d’autres politiques et notamment d’une politique migratoire répressive», ajoute Yannick Le Bihan.
L’ONG s’inquiète également de la part des mineurs reçus en Caso qui «a augmenté progressivement au cours des dix dernières années». Les 3564 mineurs accueillis l’an dernier, d’un âge moyen de 10,9 ans, représentent 14,8% de la file active totale de ces centres. Ils sont principalement originaires d’Afrique subsaharienne (54,5%), notamment de Guinée (17,7%) et de Côte d’Ivoire (13,7%).
La plupart d’entre eux sont «en situation d’errance et de grande précarité sans pouvoir accéder aux mesures de protection dont ils doivent bénéficier en France». Près de 40% d’entre eux vivent dans des conditions très précaires, sans domicile fixe (31%) ou vivant en squat ou bidonville (8%).

Source : Le Figaro, 16/10/2019.

samedi 2 novembre 2019

Les SDF meurent « trente ans plus tôt que la moyenne de la population »

Les 612 sans-abris morts en 2018, recensés par le collectif Les morts de la rue, avaient en moyenne moins de 50 ans. 


Les SDF, dont le décès a pu être recensé en 2018, sont en moyenne morts avant l’âge de 50 ans, a annoncé mardi 28 octobre ce collectif, qui analyse ces décès chaque année . « Ils meurent trente ans plus tôt que la moyenne de la population, en été comme en hiver », déplore la coordinatrice du collectif Les morts de la rue, Cécile Rocca « Ce n’est pas une histoire de saison, mais les conditions de vie à la rue qui sont en cause », a-t-elle ajouté.
En 2018, le collectif, qui recense les décès en s’aidant de signalements de ses partenaires et des médias, a dénombré 612 personnes mortes dans la rue, soit 15 % de plus que l’année précédente. Mais « on est très loin de l’exhaustivité », met en garde Mme Rocca. De précédentes recherches avaient ainsi estimé que le nombre réel des SDF décédés était six fois plus important que celui recensé par le collectif.

Les femmes meurent encore plus jeunes

L’analyse des conditions de ces décès montre aussi la violence de la vie dans la rue : ces SDF sont morts en moyenne à « 48,7 ans contre 82,18 ans en population générale », et 27 % des morts sont liées à « des accidents, des agressions ou des suicides », 36 % à des maladies. « Les personnes SDF décédées sont majoritairement des hommes jeunes qui ont vécu de longues années à la rue, et qui ont souffert de maladies, d’addictions et de troubles psychiatriques », selon l’étude.
Le collectif souhaite également attirer l’attention sur les femmes, souvent « invisibles » dans la rue. Elles représentent 9 % des décès recensés entre 2013 et 2018, mais ce chiffre est « très probablement sous-estimé ». Et l’analyse montre qu’elles meurent encore plus tôt que leurs homologues masculins, à 45,6 ans en moyenne, le plus souvent d’une maladie.

Face à cette réalité, Les morts de la rue réclame des mesures spécifiques : mise à l’abri prioritaire, structures d’hébergement non mixtes, accès aux soins renforcé… Le collectif recommande également de renforcer la continuité de l’accompagnement social et médical de tous, hommes comme femmes. « Certains lieux d’urgence sont devenus des locaux de stabilisation alors qu’ils ne sont pas faits pour ça », déplore Mme Rocca. « On met à l’abri pendant l’hiver car il fait froid, mais ce qui aide vraiment les personnes, c’est une prise en charge dans la continuité. »

Source : Le Monde, 29/10/2019.

mercredi 30 octobre 2019

Le taux de pauvreté a augmenté en France en 2018

14,7% de la population avait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018, selon l’Insee. Soit une augmentation de 0,6 point par rapport à 2017.


C’est une mauvaise nouvelle, alors que ce jeudi est la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Selon les estimations de l’Insee, 14,7% de la population en France (+ 0,6 point sur un an) aurait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018. Ils sont désormais 9,3 millions à déclarer un revenu disponible inférieur à 60% du niveau médian.

L’Insee l’explique par plusieurs facteurs: d’abord, par la hausse de ce revenu médian, «en lien avec des salaires relativement dynamiques et l’augmentation des revenus financiers». Les mesures sur les prélèvements, comme la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités «bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté». Et «contribueraient donc à la hausse du seuil et du taux de pauvreté», poursuit l’Insee - alors que les mesures sur les minima sociaux (revalorisation de l’allocation de solidarité aux personnes âgées et de l’allocation aux adultes handicapés) jouent au contraire pour une baisse du taux de pauvreté.

«Mais c’est la baisse des allocations logement dans le parc HLM qui aurait le plus fort effet», note l’Institut. Elle contribue à la hausse du taux de pauvreté pour 0,4 point. «Sans prendre en compte la baisse des allocations logement, la hausse du taux de pauvreté au seuil de 60 % serait plus modérée (+ 0,2 point en 2018) et 9,1 millions de personnes seraient en situation de pauvreté monétaire», souligne l’Insee. À noter que la réduction des loyers dans le parc social visant à compenser la baisse des allocations n’a en effet pas été prise en compte car elle n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie.

 
Parallèlement, les inégalités ont augmenté l’an dernier. La masse des niveaux de vie détenue par les 20% de personnes les plus aisées est désormais 4,4 fois plus importante que celle détenue par les 20 % les plus modestes - alors que ce chiffre était de 4,3 depuis 2013. La hausse des inégalités est liée à deux phénomènes: la hausse des inégalités avant redistribution (expliquée notamment par la très forte hausse de certains revenus des capitaux mobiliers, notamment des dividendes perçus par les ménages, souvent les plus favorisés financièrement) et celle liée aux mesures socio-fiscales.

Source : Le Figaro, 16/10/2019.

mercredi 23 octobre 2019

« Sorry We Missed You » : une charge appuyée contre l’ubérisation de la société

Ken Loach s’attaque une nouvelle fois aux dégâts causés par l’ordre néolibéral, chargeant le propos au risque d’en réduire la portée.


Fidèle à lui même, Ken Loach, 83 ans, continue de fustiger le démantèlement de l’état social britannique par un ordre néolibéral qui dissout les solidarités collectives et pèse sur les épaules des plus vulnérables. Après Moi, Daniel Blake (2016), qui retraçait le combat d’un accidenté aux prises avec des dispositifs d’aide sociale rendus illisibles et culpabilisants, Sorry We Missed You s’attaque cette fois au phénomène dit « d’ubérisation du travail », lié aux nouveaux outils numériques. Cette logique est bien connue pour son tour de passe-passe pernicieux, qui consiste à rhabiller le salarié en « autoentrepreneur » corvéable à merci, endossant lui-même les risques et les charges de son activité, ainsi amené à prendre part à sa propre exploitation. Afin d’en détricoter les rouages, Loach et son scénariste Paul Laverty empruntent de nouveau les chemins de la chronique documentée, assumant pleinement sa forme didactique, formule qui est devenue, en quelque sorte, leur marque de fabrique.



lundi 22 juillet 2019

Entre opacité des chiffres et indifférence des autorités, les morts au travail encore largement ignorés

C’est en cherchant dans la presse quotidienne régionale qu’on les trouve. Un court article souvent, relatant l’accident mortel. Sous la mention « faits divers », Le Populaire du Centre faisait ainsi part, mardi 9 juillet, de la mort d’un ouvrier agricole de 18 ans, écrasé sous son tracteur à Saint-Jean-Ligoure (Haute-Vienne).


Le même jour, L’Ardennais relatait celle, sur un chantier, d’un ouvrier de 45 ans percuté par la chute du contrepoids d’une grue, à Herpy-l’Arlésienne (Ardennes).
La veille, Le Parisien informait du décès d’un mécanicien de 43 ans mort à Beautheil-Saints (Seine-et-Marne), coincé dans une arracheuse de lin.
On pourrait encore évoquer, depuis début juillet, ce manutentionnaire tombé d’un engin de levage en Seine-Maritime, cet ouvrier écrasé par une machine alors qu’il refaisait la chaussée de l’A7, dans les Bouches-du-Rhône, ou cet ascensoriste tué en Haute-Savoie.


Un « drame » ici, une « terrible tragédie » là. Une somme d’histoires individuelles. Mais que diraient ces accidents mortels de la réalité du monde du travail en France en 2019 si l’on les examinait dans leur ensemble ?


Un chiffre existe : celui des accidents du travail des salariés du secteur privé, recensés par l’Assurance-maladie. Il nous apprend qu’au moins 530 personnes sont mortes sur leur lieu de travail en 2017. Et cela sans compter les 264 qui se sont tuées sur leur trajet, ou les cas de suicide, qui nécessitent souvent un passage par le tribunal pour être reconnus comme des accidents du travail. Plus de dix personnes meurent donc au travail chaque semaine en France. A bas bruit.



lundi 24 juin 2019

Micro-travail Ouvriers du clic : extension du domaine de la machine

Le numérique et l’intelligence artificielle ont fait naître une nouvelle forme de travail précaire et invisible : les micro-tâches. État des lieux.


Derrière le robot, cherchez le travailleur. C’est l’un des enseignements d’une étude menée par des universitaires, coordonnée par le sociologue Antonio Casilli, qui se sont penchés sur l’ampleur du micro-travail en France. Cette « nouvelle catégorie de travailleurs » est le pendant social, peu vertueux, d’une technologie en pleine expansion : l’intelligence artificielle (IA). « Derrière un assistant vocal capable de “faire quelque chose pour vous” se cache une foule de femmes et d’hommes qui effectuent un travail colossal pour lui apprendre à interpréter des commandes simples », résument les auteurs. Or, ces travailleurs payés à la micro-tâche, qui s’exécute parfois en quelques secondes seulement, ne dépendent pas du salariat. Ces ouvriers du clic disposent de très peu de protection sociale, évoluent dans une absence totale de collectif de travail…
Mais de quoi s’agit-il concrètement ? Le micro-travail rassemble des tâches « simplifiées à l’extrême de façon à ce qu’elles puissent être effectuées par des prestataires “non professionnels” ». Ainsi des particuliers se connectent à des plates-formes et monétisent leur temps libre. Ces micro-activités peuvent consister à classer un produit (livre, DVD, électroménager, etc.) dans la bonne catégorie sur un site d’e-commerce, répondre à des sondages ou questionnaires, enregistrer des phrases pour que les logiciels d’assistance conversationnelle les assimilent, préparer la numérisation de documents, analyser des émotions exprimées sur des visages… La liste est longue est variée, et nombre de ces tâches ne rapportent que quelques centimes d’euros.

Des tâches demandant peu de compétences

Si la notion de micro-travail peut sembler proche de celle des travailleurs ubérisés qui opèrent eux aussi sur une plate-forme, elle s’en différencie car ces tâches ne demandent pas un niveau de qualification élevé. Contrairement aux missions du livreur Delivroo ou du chauffeur Uber, elles sont moins complexes et plus courtes. Le micro-travail n’est pas un métier en soi et « toute personne dotée d’un smartphone ou d’un ordinateur portable et d’une connexion peut souscrire à une micro-tâche rémunérée ». Ces micro-travailleurs n’ont en outre pas de réel statut, alors qu’un travailleur ubérisé est dans la plupart des cas auto-entrepreneur.
L’étude menée par le projet DiPLab (Digital Platform Labor), rassemblant des chercheurs de Télécom ParisTech et du CNRS, donne une première estimation du nombre de micro-travailleurs en France : plus 260 000 personnes. Qu’il s’agisse d’utilisateurs très actifs (15 000 personnes), se connectant au moins une fois par semaine à une plate-forme de micro-travail, ou une fois par mois (50 000 personnes), ou alors plus occasionnels. La grande majorité de cette population fait partie de cette dernière catégorie, et ne micro-travaille pas forcément tous les mois, mais constitue un large réservoir de micro-main-d’œuvre.

D’Amazon Mechanical Turk à Foule Factory

Plusieurs dizaines de plates-formes de micro-travail proposent des tâches en France. Parmi les plus connues figurent Foule Factory ou MobEye. Les géants du numérique ont également développé les leurs, que ce soit Universal Human Relevance System (UHRS) de Microsoft, EWOQ de Google et Amazon Mechanical Turk. Cette dernière est d’ailleurs l’une des plus grandes plates-formes du secteur au niveau mondial et l’une des plus anciennes (2005). Le libraire en ligne était confronté à des doublons dans son vaste catalogue et ne parvenait pas à les résoudre avec ses logiciels. Il a donc eu recours à « un système d’externalisation : recruter un grand nombre de personnes payées à la pièce avec pour mission d’analyser quelques pages et de signaler les répétitions ». Voici comment sont apparus les premiers micro-travailleurs.  
Les données de l’étude de DiPLab montrent que les profils de micro-travailleurs français sont relativement variés, mais caractérisés par un point commun : la précarité. La moitié d’entre eux appartient aux 30 % de la population la plus pauvre, et 22 % vivent même sous le seuil de pauvreté, contre 8 % dans la population française. Un tiers des micro-travailleurs sont par ailleurs inactifs, c’est-à-dire ni en emploi ni au chômage. Ces micros-tâches peuvent cependant être réalisées en complément d’un emploi, pour constituer un supplément de revenu. Le besoin d’argent est d’ailleurs la principale motivation de ces micro-travailleurs, indique l’étude. Autre signe de précarité, inhérente à cette activité de micro-travail : une très faible protection sociale, aucune sécurité dans l’activité car la plate-forme peut rompre la relation à tout moment.

(...)

Source : alternatives-economiques.fr
Article intégral en ligne : https://www.alternatives-economiques.fr

jeudi 18 avril 2019

Inégalités. Les pauvres, otages du sous-emploi

Rendu public hier, le rapport de l’Insee sur « La France dans l’Union européenne » affine ses données sur la pauvreté, avec les notions de privation et de sous-emploi.


Après plus d’un an de travail, l’Insee a dévoilé hier les principaux indicateurs économiques et sociaux de la France au sein de l’Union européenne. Avec un focus spécifique sur les profils de la pauvreté. En pleine crise des gilets jaunes, de nouveaux critères permettent d’affiner le regard sur les différentes formes et ressentis de pauvreté en France et dans les autres pays de l’Union européenne. « Nous avons analysé la pauvreté monétaire et la privation matérielle et sociale, qui sont deux approches différentes de la pauvreté, explique Julien Blasco, économiste et spécialiste des inégalités. La première se fonde sur le revenu des ménages, la seconde sur les conditions de vie. » Ce nouvel indicateur de privation matérielle et sociale, établi en 2017, dresse une série de treize éléments de la vie courante considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (ne pas avoir d’impayés, pouvoir se payer une semaine de vacances, une voiture, changer les meubles hors d’usage ou se payer des vêtements neufs…).

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale. Hamilton/REA

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale, contre 50 % des populations bulgare et roumaine, touchées par au moins une forme de pauvreté. Par conséquent, la France a le sixième taux le plus bas de pauvreté monétaire de l’Union européenne (13,6 %) et un taux de privation matérielle et sociale médian (12,7 %).
En revanche, avec 9,4 % de sa population sans emploi en 2017, elle se situe parmi les six pays les plus touchés par le chômage, après la Grèce, l’Espagne, la Croatie, l’Italie et Chypre. Côté ressenti, l’insatisfaction y atteint 19 %, soit un taux proche de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne, et supérieur à celui des autres pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest. « Ce taux élevé peut être corrélé aux 12,7 % de Français touchés par la privation matérielle et sociale », analyse Julien Blasco. En Europe, la Bulgarie et la Roumanie atteignent le taux le plus élevé de privation matérielle et sociale avec 47 %.

Les ravages de l’emploi subi, à l’échelle européen

Qu’en est-il des personnes pauvres en France ? 90 % de celles vivant en situation de privation matérielle et sociale sont des familles monoparentales au chômage. Ces données se reflètent au niveau européen : ces familles sont trois fois plus touchées que les couples sans enfants par la pauvreté et les chômeurs sont quatre fois plus touchés que les personnes en emploi par la pauvreté. Enfin, le rapport met en lumière une catégorie dites « main-d’œuvre sous-utilisée ». Ce sont les personnes sans emploi qui souhaiteraient travailler davantage, c’est-à-dire soit trouver un emploi, soit sortir du temps partiel subi. Elles sont 17,7 % (3 millions) en France, qui fait ainsi partie des sept pays les plus affectés par le phénomène. A contrario, la République tchèque est le pays qui affiche le taux le plus faible (4,2 %). Sans surprise, les difficultés d’accès à un emploi pérenne sont plus fréquentes chez les femmes. Leur part en recherche d’emploi stable était, en 2017, de 4,6 points supérieure à celle des hommes pour l’ensemble des pays de l’UE. La France est l’un de ceux où cet écart est le plus élevé (5,5 points). Et le rapport constate que « quel que soit le niveau de diplôme, là encore, les femmes sont plus souvent affectées par la sous-utilisation de la main-d’œuvre ».

Source : L'Humanité.fr, 17/04/2019.

jeudi 4 avril 2019

Précarité. L’Europe compte plus de 700 000 sans-abri

Le nombre de personnes vivant à la rue a crû de 70 % depuis 2009. Les pays privilégient une gestion à courte vue et délaissent trop la prévention, dénoncent les associations.


La politique d’accueil des personnes à la rue par les pays de l’Union européenne (UE) est inhumaine, coûteuse et court-termiste. C’est le constat sans appel dressé hier par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) dans son 4 e rapport consacré à l’hébergement d’urgence. Jusqu’à présent, l’UE ne s’est pas dotée d’outils spécifiques pour chiffrer et analyser précisément ce phénomène de grande exclusion. Seule certitude : il est en extension partout, à l’exception notable de la Finlande et de la Norvège.

Le nombre de sans-abri en Europe a crû de 70 % depuis dix ans. Il dépasse désormais les 700 000 personnes, contre 410 000 en 2009. Avec certaines progressions spectaculaires, comme en Irlande (+160%), en Allemagne (+150%) ou en encore au Royaume-Uni (+71%). « Les chiffres européens se rapprochent de ceux aux États Unis », alerte Freek Spinnewijn, le directeur de la Feantsa. Malgré l’émergence timide de la thématique du logement dans le débat des élections européennes, cette situation reste largement ignorée des politiques. À Bruxelles, la Feantsa n’a reçu que deux réponses positives à son appel aux députés pour participer à des débats sur la question.
La mise à l’abri dite « inconditionnelle » n’est appliquée nulle part. 

(...)

Source : L'Humanité.fr, 04/04/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 14 mars 2019

L’inégalité, ce fléau qui rend chacun de nous malheureux

Anxiété, obésité, toxicomanie, violence... Les signes de mal-être dans les sociétés « riches » sont légion. Dans « Pour vivre heureux, vivons égaux ! », les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett montrent que les inégalités sociales ont un impact délétère sur chaque individu. Entretien.

« Je ne sais pas comment je n’ai pas réalisé avant que tous les problèmes que je voyais étaient aggravés dans une société inégalitaire. » Pendant des années, Richard Wilkinson a compilé des données, dans son laboratoire. Et un jour, au milieu des années 1980, il a identifié le mal : les inégalités de revenus. Parce qu’elles entraînent des rapports plus violents entre les individus. Dans son premier best-seller, écrit avec Kate Pickett, « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il décortiquait la manière dont les sociétés inégalitaires aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux : violence, addictions, consumérisme… Dans ce deuxième opus, les deux chercheurs s’intéressent à l’individu.

Dans ce livre, vous changez de focale : de la société vers l’individu. Comment l’inégalité change-t-elle les rapports entre les individus, et produit de l’anxiété sociale ?

L’inégalité renforce l’importance donnée à la position sociale et aux classes sociales. Plus une société est hiérarchisée, plus l’idée que nous sommes classés en fonction de notre mérite intrinsèque est profondément ancrée, et plus chacun en vient à douter de sa valeur. Cela exacerbe la menace d’évaluation sociale et l’angoisse du statut. La timidité, la phobie sociale ou le doute sont beaucoup plus fréquents dans les sociétés inégalitaires.
Par exemple, aux États-Unis ou en Angleterre, on assiste à « une épidémie d’anxiété sociale ». Elle a des répercussions sur la santé. Entretenir des relations agréables et participer à des activités collectives sont aussi déterminants sur la santé que le fait de ne pas fumer. Des études expérimentales le montrent : des volontaires ont accepté de se voir infliger une blessure sur le bras. La lésion guérit moins rapidement chez ceux qui ont moins d’amis. On a aussi inoculé le virus du rhume par des gouttes nasales à d’autres volontaires. Ceux qui déclaraient avoir moins d’amis avaient quatre fois plus de chances de développer un rhume…

Vous dites qu’il y a un lien entre inégalités et de moindres relations amicales… En quoi ?

Dans les sociétés où règnent de très grands écarts de revenus, la vie locale est indigente. À l’inverse, les sociétés avec de faibles écarts sont beaucoup plus soudées. Leurs habitants ont plus de chance d’être impliqués dans des groupes de quartier ou des associations.

(...)

Source : L'Humanité, 07/03/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 21 février 2019

Les Invisibles : mettre en lumière la cause des femmes sans-abri

Le sujet de la grande précarité et des sans-abri est peu évoqué au cinéma. Celui des femmes à la rue l’est encore moins. En effet, il apparaît difficile d’en faire à la fois un film réaliste et grand public. Le film Les Invisibles, qui connaît actuellement un large succès en salles, vient combler ce vide. Les Invisibles chronique le quotidien d’un centre d’accueil de jour dans une comédie dramatique très réussie, où des actrices confirmées côtoient des comédiennes non-professionnelles avec une expérience de la rue. Retour sur cette belle surprise et les enjeux qu’elle soulève. 

La grande précarité, éternelle absente du cinéma populaire français

Le cinéma, comme la télévision, souffre de nombreux biais de représentation. Les CSP+ urbaines y sont légion tandis que les ouvriers et les employés y sont aussi absents qu’en politique. Il apparaît donc logiquement que le cinéma fait quasiment fi des personnes à la rue. De plus, même les décors cinématographiques sont généralement de grands appartements parisiens, comme une toile de fond tristement monocorde de chaque réalisation française. Ainsi, la grande pauvreté ne s’affiche que très rarement à l’écran et encore moins en tant que thématique principale d’un film populaire. On se souvient en vrac de No et Moi de Zabou, Une Époque formidable de Gérard Jugnot, Enfermés dehors de Dupontel ou encore de Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc. Au-delà de cette liste non-exhaustive, le SDF n’apparaît qu’en toile de fond, en élément de décor plutôt qu’en véritable protagoniste, en figurant caricatural plutôt qu’en personnage à part entière. Les Invisibles souhaite remédier à cette absence de représentation, posant la question fondamentale de l’invisibilisation symbolique des personnes sans-abri qui se retrouvent effacées de la culture populaire et des images qu’elle véhicule. Un procédé qui fait écho à une autre forme d’invisibilisation cette fois-ci physique et concrète : le mobilier urbain anti-SDF et plus généralement l’ensemble des dispositifs techniques, logistiques et policiers qui visent à éloigner les grands précaires des centres-villes.

https://www.unifrance.org/film/45181/les-invisibles#&gid=2&pid=1

Donner directement la parole aux femmes à la rue

Louis-Julien Petit reprend avec Les Invisibles une méthodologie déjà testée dans son premier film Discount, qui dénonçait les conditions de travail dans la grande distribution et suivait la création d’une épicerie solidaire clandestine. Le réalisateur s’appuie sur une enquête sérieuse sur le terrain pour recueillir des témoignages, permettant d’amener de la précision factuelle, et de ne jamais en rester aux idées reçues sur son sujet. Le casting du film témoigne également de cette rigueur puisque  des acteurs professionnels côtoient des acteurs amateurs, dont le parcours fait directement écho aux personnages qu’ils incarnent. Un choix qui n’a rien d’un gadget et accorde au film toute sa légitimité, en donnant directement la parole aux premières concernées. Aux côtés d’Audrey Lamy, Noémie Llovsky et Corine Masiero (qui a elle-même été sans-abri), le casting s’ouvre ainsi à Simone (Veil), Brigitte (Macron), Marie-Josée (Nat), Mimi (Mathy) et de nombreuses autres femmes, ex sans-abri, qui apparaissent dans le film sous des noms d’emprunt. L’ambition n’est pas uniquement cinématographique. Ainsi, ce choix permet de mettre des visages sur ce qui reste trop souvent des données statistiques et la parole est donnée à des femmes qui n’ont jamais pu la prendre. L’acte est éminemment politique, et permet par ailleurs d’illustrer la diversité des parcours de vie, des caractères, des histoires, des réalités qui se cachent derrière l’appellation de « sans-abri ». Le film dessine alors une véritable fresque de la vie de ces femmes sans-abri, happant le spectateur dans un tourbillon d’émotions. Cependant, il ne tombe pas dans la caricature pathétique et le film alterne aussi les passages comiques, véritables rayons d’espoir dans la noirceur dépeinte du quotidien des femmes SDF.


lundi 18 février 2019

Un chômage en baisse dans le monde, mais des conditions de travail précaires

L'Organisation internationale du travail (OIT) alerte sur l'insécurité économique et les inégalités des chances entre les hommes et les femmes. L'OIT estime à 172 millions le nombre de chômeurs dans le monde en 2018.


Constat amer. Pour revenir au niveau de chômage de 5% d'avant la sévère crise de 2008, il aura fallu pas moins de neuf ans, constate l'Organisation internationale du travail (OIT) dans son rapport annuel sur l'emploi publié mercredi. Alors qu'en une seule année, le taux avait grimpé de 5 à 5,6%. Les perspectives actuelles sont très incertaines, alerte l'OIT, liées à une conjoncture mondiale moins favorable. Dans l'hypothèse d'une situation économique stable, le nombre de chômeurs - estimé pour le monde à 172 millions en 2018 - devrait continuer à baisser dans de nombreux pays. Ce nombre devrait cependant augmenter d'un million par an en raison de la croissance démographique, même si le taux de chômage mondial devrait rester stable en 2019 et 2020.

20% de jeunes non scolarisés, sans emploi ni formation

Au-delà des chiffres, l'OIT tire la sonnette d'alarme sur la mauvaise qualité du travail. Les données recueillies pour le rapport montrent que la majorité des 3,3 milliards de personnes qui occupaient un emploi en 2018 déplorent l'absence de sécurité économique, de bien-être matériel et d'égalité des chances. «Avoir un emploi ne garantit pas toujours un mode de vie décent», déclare Damian Grimshaw, directeur de la recherche à l'OIT. Avançant ce chiffre: 700 millions de personnes vivent dans une situation d'extrême pauvreté ou de pauvreté modérée, bien qu'elles aient un emploi.
Beaucoup de travailleurs sont contraints d'accepter des emplois peu attrayants, généralement informels, peu rémunérés, souvent sans accès à une protection sociale. Au total, note l'OIT, plus de 60% de la main-d'œuvre mondiale - soit 2 milliards de personnes - occupent un emploi informel, donc sans filets de sécurité sociaux. L'organisation s'inquiète de la proportion très importante - 20% - des jeunes âgés de moins de 25 ans sortis de la scolarité, sans emploi, ni formation, ce qui compromet leur future vie professionnelle.

vendredi 18 janvier 2019

Les invisibles

Suite à une décision municipale, L'Envol, centre d'accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s'occupent : falsifications, pistons, mensonges... Désormais tout est permis !



Porté par un casting mêlant des actrices connues (Audrey Lamy, Corinne Masiero…) et des femmes ayant véritablement vécu dans la rue, le film de Louis-Julien Petit connaît un beau succès en salles depuis sa sortie, le 9 janvier 2019.


Au bout du fil, François Lesuisse est euphorique. Cet exploitant qui dirige le cinéma Le Grand Palace, aux Sables-d’Olonne, a fait le calcul. « En une semaine, 2600 personnes, sur 25 000 habitants, ont vu Les Invisibles. » Il en est persuadé : « Nous avons assisté à la naissance d’un film qui va beaucoup faire parler de lui. » Une impression ressentie dès le mois de novembre, quand le cinéma a accueilli l’équipe du film de Louis-Julien Petit pour une avant-première à guichets fermés. « On a même refusé du monde », se souvient-il. Toutes les salles de son cinéma, d’une capacité de 600 places, avaient pourtant été réquisitionnées pour la projection.
Depuis, le bouche-à-oreille autour de cette tragi-comédie pleine d’espoir sur un centre d’accueil pour femmes SDF dans le nord de la France a fait son œuvre. A tel point que Creed II, le film musclé avec Sylvester Stallone, a été déplacé dans une plus petite salle, au profit des Invisibles. François Lesuisse s’amuse : « Quatre nanas bien entraînées ont réussi à mettre Stallone KO ! »  Allusion aux quatre fantastiques Audrey, Manu, Hélène et Angélique, incarnées par Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky et Déborah Lukumuena, qui campent des travailleuses sociales au plus près des laissées-pour-compte.

(...)

Source : Télérama.fr, 18/01/2019.
Article intégral en ligne : https://www.telerama.fr

jeudi 17 janvier 2019

L'alerte du Défenseur des droits sur la dématérialisation des services publics

Jacques Toubon rappelle que le passage progressif au tout-numérique se traduit pour beaucoup "par un véritable recul de l'accès" aux droits.

Le Défenseur des droits a mis en garde, jeudi 17 janvier, contre une dématérialisation à "marche forcée" des services publics et certaines "dérives" dans le passage progressif au tout-numérique, qui se traduit "pour beaucoup d'usagers par un véritable recul de l'accès" aux droits.
Si ce "processus inéluctable et fondamentalement positif" constitue un "progrès", il ne doit "laisser personne de côté", surtout pas les plus vulnérables, personnes âgées et détenus en tête, juge dans son rapport "Dématérialisation et inégalités d'accès aux services publics" le Défenseur des droits Jacques Toubon, autorité indépendante notamment chargée de veiller au respect des droits et libertés par l'administration.

"Distances et obstacles"

La numérisation a prévenu Jacques Toubon, lors d'une présentation à la presse jeudi, "crée des distances et des obstacles" pour certaines personnes.
Il s'appuie sur les milliers de réclamations reçues de la part des usagers pour étayer, de façon très détaillée, les insuffisances parfois "inacceptables" des administrations en ligne et le retard dans la mise en œuvre du plan gouvernemental qui prévoit le passage de l'intégralité des services publics sur internet à l'horizon 2022.
Cet "objectif ne sera pas atteint si l'ambition [...] se résume à pallier la disparition des services publics sur certains territoires et à privilégier une approche budgétaire", tacle ainsi Jacques Toubon. A fortiori, souligne-t-il, si la transformation "est mise en place 'à marche forcée', sans tenir compte des difficultés bien réelles d'une partie de la population".

"Rupture d'égalité"

Il évoque par exemple la "fracture numérique", particulièrement évidente dans les 541 communes classées en "zone blanche", donc dépourvues de toute connexion à internet, ce qui entraîne une "rupture d'égalité" et une "entrave à l'accès aux services publics" dans des zones par ailleurs enclavées.

(...)

Source : L'Observateur, 17/01/2019.
Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

jeudi 27 décembre 2018

Toujours plus de travailleuses pauvres

Selon le dernier rapport d’Oxfam, le phénomène de la pauvreté au travail touche particulièrement les femmes.


Ecarts de salaires, emplois précaires, instabilité des temps de travail, pénibilité des tâches, ségrégation professionnelle, permanence des stéréotypes qui nourrissent les discriminations… Le dernier rapport d’Oxfam, « Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne », pointe une aggravation de la situation des travailleuses pauvres en France, et l’insuffisance des mesures pour y remédier. Non seulement leur nombre est en nette augmentation puisque, selon Eurostat, la part de femmes en activité professionnelle et pauvres est passée de 5,6 % en 2006 à 7,3 % en 2017, mais les « discriminations tenaces » dont elles sont l’objet les enferment dans un « cercle vicieux de précarité ».
Globalement, les femmes représentaient, en 2017, 55 % des bas salaires et occupaient 63 % des emplois non qualifiés, ainsi que 78 % des emplois à temps partiel et 70 % des contrats à durée déterminée (CDD) et des emplois intérimaires. Les mères de famille monoparentale sont particulièrement touchées par la pauvreté et la précarité : parmi celles qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre, soit un million de femmes. 


Ségrégation professionnelle

 

Si les inégalités de salaire entre les sexes tendent à diminuer, les hommes gagnent toujours 22,2 % de plus que les femmes. Certaines de ces inégalités salariales s‘expliquent par un phénomène de ségrégation professionnelle dite « horizontale » : les femmes ont tendance à être concentrées dans les métiers et secteurs où la rémunération est basse. Elles sont également touchées par la « ségrégation verticale » : elles sont moins représentées dans les emplois les mieux rémunérés ou les plus qualifiés (et ce alors même que les femmes ont en général un niveau d’éducation relativement plus élevé). Mais pas seulement.
Pour l’Organisation non gouvernementale (ONG), les causes de ces inégalités sont donc plus profondes. Les femmes subissent de multiples discriminations, liées à des facteurs sociaux et culturels qui viennent augmenter le risque de tomber dans la pauvreté au travail : « Les femmes sont victimes de normes sociales, de comportements et de croyances qui dévaluent leurs statut et compétences, servant de justification aux violences et à la discrimination à leur encontre et influencent fortement les emplois qu’elles peuvent et ne peuvent pas occuper. »

(...)

Source : Alternatives économiques, 19/12/2018.
Article intégral en ligne : https://www.alternatives-economiques.fr

mercredi 19 décembre 2018

Accès aux soins pour tous, que faire en cas de refus ?

Encore une fois le Défenseur des Droits alerte sur le refus de soins aux titulaires de la CMU-C, l’ACS et l’AME et de façon générale aux pauvres. C’est illégal et discriminatoire. Voici ce qu’il faut faire quand ça arrive.


Le refus de soigner les bénéficiaires de la CMU-C, de l’ACS et de l’AME pour les personnes étrangères en situation irrégulière est une réalité que dénonce une nouvelle fois le Défenseur des Droits Pourquoi ? 

Parce que c’est illégal et discriminatoire.  

En effet, la loi dit bien que :

- aucune personne ne peut faire l’objet de discrimination dans l’accès aux soins. Un professionnel de santé ne peut pas refuser de soigner une personne au motif qu’elle est bénéficiaire de la CMU-C ou de l’AME (aide médicale de l’Etat) - article L1110-3 du code de la santé publique 
- c’est d’ailleurs sanctionné par les articles 225-1 à 225-4 du code pénal
- toute personne doit bénéficier des soins les plus adaptés à son état de santé – article L1110-5 du code de la santé publique
- Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs moeurs et leur situation de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard. Il doit leur apporter son concours en toutes circonstances. Il ne doit jamais se départir d'une attitude correcte et attentive envers la personne examinée - article R4127-7 du code de la santé publique qui figure article 7 du code de déontologie médicale.
Ces obligations légales et déontologiques, ce n’est pas la première fois que le Défenseur des Droits les rappelle. Deux exemples :
-  etude-des-pratiques-medicales-et-dentaires-entre-differenciation-et-discrimination - avril 2017
- rapport au Premier ministre - 2014

Pourquoi la loi n’est pas respectée ?

Parce que les praticiens (médecins, dentistes, ophtalmos etc.) qui refusent les soins aux « pauvres » ne sont pas sanctionnés ni par la sécu ni par la loi et n’ont que faire de la déontologie. Quelques exemples :
- refus verbal de recevoir un patient CMU-C, ACS ou AME
- renvoi du patient vers un ou une autre médecin, un hôpital ou un centre de santé,
- refus d’établir un devis quand c’est obligatoire
- comportement discriminatoire (proposer un rendez-vous en fin de journée après les autres patients ou prise en charge différente…)
- dépassements d'honoraires alors que c’est interdit  pour ce type de patients.

Comment réagir ?

Le dépliant du Défenseur des Droits explique comment Agir contre les refus de soins
Certes ce type de patients ni ne savent ni n’osent porter plainte. Ils peuvent toutefois en parler autour d’eux et doivent savoir qu’ils ont la possibilité (en toute discrétion) de :
- appeler le service de leur assurance maladie Santé Info vos droits au 0 810 004 333 ou 01 53 62 40 30 OU contacter leur caisse d’assurance maladie ou de MSA,
- écrire au directeur de l’assurance maladie à l’adresse de leur caisse de sécurité sociale ou de MSA. L’article L1110-3 du code de la santé publique confirme que « toute personne qui est victime d’un refus de soins illégitime peut saisir le directeur de l’organisme local d’assurance maladie ».

Possibilité de se faire aider par une assistante sociale, un service social communal, une association comme :
- France Assos Santé
- Médecins du Monde 62 rue Marcadet - 75018 Paris Tél : 01 44 92 15 15 
- Fédération des acteurs de la solidarité
- recourir au conseil territorialement compétent de l’ordre professionnel concerné (www.conseil-national.medecin.fr  www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr  www.ordre.pharmacien.fr…)
- contacter le Défenseur des Droits ou ses délégués sur https://www.defenseurdesdroits.fr/nous-contacter

Source : L'Humanité, 19/12/2018.

dimanche 11 novembre 2018

Le Secours catholique tire la sonnette d'alarme sur l'état de la pauvreté en France

Le rapport 2018 sur l'état de la pauvreté en France du Secours catholique-Caritas France donne une image relativement sombre de la situation de l'Hexagone. Les lignes de front de l'opus publié ce jeudi matin? Plus de femmes et de seniors accueillis, des taux d'impayés et de non-recours des prestations en hausse.

 
Comme chaque année, le Secours catholique-Caritas France publie (ce jeudi) son rapport statistique sur l'état de la pauvreté, basé sur les 86.275 fiches renseignées en 2017 lors des rencontres avec les personnes que l'association accueille tout au long de l'année. Un rapport qui «permet de prendre la mesure des facteurs de pauvreté touchant les personnes précaires et de voir les évolutions des situations en France», explique l'association qui a célébré ses 70 ans en 2016. La situation ne s'améliore pas, la preuve en 7 chiffres clés dont chacun fait froid dans le dos. 


● 56,1% de femmes
En 2017, les femmes sont majoritaires au sein des accueils du Secours catholique et représentent 56,1% des adultes rencontrés. Une proportion supérieure à la moyenne dans la population générale «traduisant une plus grande fragilité relative des femmes par rapport aux hommes», indique le Secours catholique. 40% sont des mères isolées et 30% sont seules, vivant pour la plupart sous le seuil de pauvreté.

●  Un tiers de seniors
La part des adultes de plus de 50 ans progresse qui représentent désormais un tiers des hommes et des femmes rencontrés, contre un peu plus d'un quart en 2010. Pis, la seule part des plus de 60 ans a grimpé de 5 points depuis le début de la décennie pour dépasser désormais les 10%. Pour le secours catholique, cette réalité «traduit une précarisation progressive des personnes âgées isolées dont les enfants ont quitté le foyer» (le cas de 80% d'entre eux).


vendredi 9 novembre 2018

Pauvreté. Femmes et seniors, précarité en hausse

Dans son rapport annuel, le Secours catholique pointe une recrudescence de la pauvreté chez les femmes, mais aussi chez les personnes âgées et les étrangers sans papiers.


Le constat est sans appel. En 2017, les 70 000 bénévoles du Secours catholique ont accueilli près de 1,4 million de personnes. Ces personnes avaient un revenu médian de 540 euros par mois, soit moins que le montant du RSA. Après avoir payé le loyer et les charges, il leur reste entre 2 et 5 euros par jour pour vivre. « Comment notre pays peut-il accepter de laisser des familles, dont 640 700 enfants, dans une telle situation de détresse ? » s’emporte Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, guère satisfaite par les annonces d’Emmanuel Macron sur la pauvreté.

Les plus fragiles : des femmes seules ou des mères isolées

Le rapport fait un focus particulièrement alarmant sur la situation des femmes, qui représentent 56,1 % des adultes rencontrés au sein d’une permanence. Lorsqu’elles sont jeunes, entre 20 et 45 ans, la part de ces femmes constitue même les deux tiers des personnes aidées par l’association. Pour celles de nationalité française, le rapport constate que 40 % sont des mères isolées, tandis que 30 % sont des femmes seules, en moyenne plus âgées, et la plupart d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.



mercredi 7 novembre 2018

Médecins du monde dénonce des difficultés croissantes d’accès aux soins pour les plus démunis

Seuls 13,3 % des patients accueillis par l’association bénéficient d’une couverture maladie en France.


De plus en plus de mineurs sont accueillis dans les centres de soins de Médecins du monde, s’inquiète l’association dans son rapport annuel publié mardi 16 octobre, qui dénonce les difficultés rencontrées par les personnes les plus démunies pour se faire soigner.
En 2017, l’association a soigné 24 338 personnes dans ses quinze centres et est allé à la rencontre de 12 000 personnes à la rue. Plus de 98 % des personnes accueillies vivent en dessous du seuil de pauvreté et 47,6 % ne disposent d’aucune ressource. Ce sont en majorité de jeunes hommes, âgés en moyenne de 32,7 ans, dont une forte majorité d’étrangers (41,3 % en situation irrégulière ou titulaires d’un titre de séjour souvent très temporaire), précise Médecins du monde dans le 18e rapport de son Observatoire de l’accès aux soins.
Les équipes de Médecins du monde déplorent la présence accrue de mineurs (14,3 %, contre 12,8 % en 2016), dont la moitié non accompagnés, en situation d’errance et de très grande précarité : 13 % de ces jeunes vivent en squat ou en campement. Leur âge moyen s’élève à 10,2 ans et un quart de ces mineurs ont moins de 5 ans.