mercredi 19 juin 2019

Le cadre de l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France dévoilé

Le comité d’experts mandaté par l’Agence nationale de sécurité du médicament a publié mercredi son projet de cadre pour cette phase expérimentale. 


Les modalités de l’expérimentation du cannabis à visée thérapeutique sont désormais connues. Six mois après le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le comité d’experts (CSST) mandaté par l’agence a publié, mercredi 19 juin, son projet de cadre pour cette phase expérimentale. « C’est une proposition raisonnable, qui respecte l’exercice médical et le patient, et qui ne fait pas croire qu’on peut prescrire le cannabis thérapeutique de manière plus souple qu’on ne le ferait avec un médicament traditionnel », explique le professeur Nicolas Authier, le président du CSST.
Quelques ajustements restent toutefois encore possibles, l’avis n’étant formellement adopté par le CSST que le 26 juin. Pour être appliqué, le texte devra ensuite être avalisé par le directeur de l’ANSM puis obtenir le feu vert de la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de signaux de la part du gouvernement, qu’ils soient inquiétants ou rassurants », constate M. Authier, qui rappelle qu’« à ce stade, on n’est pas dans une phase de légalisation du cannabis thérapeutique, mais d’expérimentation. La légalisation ne viendra – ou pas – que dans un second temps. »

  • Quand débutera l’expérimentation ?
L’expérimentation devrait démarrer début 2020. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par le comité scientifique. Un « registre national électronique exhaustif » sera mis en place afin de recueillir les données cliniques.
  • Qui sera autorisé à prescrire ?
Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Le médecin traitant est autorisé à prendre le relais « une fois le traitement du patient stabilisé ». « Il ne faut pas que ce soit un dispositif purement hospitalier si on veut que tous les patients puissent y avoir accès de manière équitable », précise M. Authier.
Pour Nathalie Richard, directrice adjointe des antalgiques et des stupéfiants à l’ANSM, « l’essentiel est que les choses soient bien cadrées dès le début de l’expérimentation. A l’étranger, quand le cadre d’usage du cannabis thérapeutique était un peu flou, ou qu’il n’y avait pas de cadre du tout, il y a eu une mauvaise adhésion des médecins car ils se retrouvaient sans repères. Il faut donc au maximum que les médecins qui en prescriront soient hyperformés et volontaires pour le faire ».

jeudi 13 décembre 2018

Cinq questions sur le cannabis thérapeutique, en voie d’autorisation en France

À quels malades pourrait-il être prescrit ? Sous quelle forme ? Quels seraient les risques ? On fait le point sur le cannabis à usage médical.


Le cannabis thérapeutique, qui vient d’obtenir un premier feu vert d’experts réunis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), permet de soulager des patients en souffrance, notamment pour la sclérose en plaques. 

 

1. Le cannabis thérapeutique, c’est quoi?

 

Le cannabis est utilisé pour ses qualités antalgiques, antispasmodiques, anti-inflammatoires depuis plusieurs milliers d’années en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Il doit ses effets à des molécules appelées cannabinoïdes, dont le THC (tétrahydrocannabinol), un agent psychoactif (qui modifie la perception), et le CBD (cannabidiol) à l’action relaxante.
Le THC synthétique (dronabinol) est commercialisé sous le nom de Marinol en France, mais sa prescription est soumise à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative, une procédure qui en restreint considérablement l’utilisation (quelques centaines de patients en une vingtaine d’années).
Le CBD, utile pour traiter les convulsions, l’anxiété et les nausées, est présent à côté du THC dans le Sativex, un spray destiné à soulager des malades atteints de sclérose en plaques qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en France en 2014 mais qui n’a pas été commercialisé faute d’accord sur le prix. 


2. Quelles sont les indications du cannabis thérapeutique?

 

Le cannabis permet de soulager des patients dont les douleurs ne cèdent pas avec des antalgiques traditionnels, notamment dans la sclérose en plaques (contractions musculaires réflexes), les algies de la face, les troubles du sommeil, les nausées dues aux traitements par chimiothérapie...
Des études ont suggéré une efficacité possible pour les maladies neurodégénératives comme Alzheimer mais demandent à être confirmées. Un rapport de l’agence sur les drogues de l’Union européenne notait «des lacunes importantes dans les données scientifiques». Les malades qui pourraient en bénéficier sont estimés entre 300.000 - estimation la plus courante - et 1 million.


3. Sous quelle forme serait-il prescrit?

 

La «voie fumée», notamment le joint, «ne peut être conseillée», selon le professeur Nicolas Authier, président du Comité scientifique mis en place en septembre dernier pour se prononcer sur l’accès au cannabis thérapeutique. En effet, la fumée inhalée est tout aussi dangereuse - et cancérigène - que celle du tabac.
De surcroît, l’effet est rapide et peu durable s’il est fumé. La vaporisation permet de mieux maîtriser les doses. On peut envisager une administration sous forme de spray, d’inhalation, de gélules, de suppositoires, de gouttes sous la langue, d’huiles ou de patchs.

4. Quels pourraient être les risques liés à l’usage du cannabis thérapeutique?

 

Comme pour toute substance, il y a des risques: baisse de vigilance (sécurité routière), risques cardiaques, risque de décompensation (bouffées délirantes, déstructuration) chez les psychotiques. «Il faut un encadrement, avec des contre-indications, une standardisation des produits et un suivi médical», souligne le Dr Authier. Le rapport européen note que les «effets indésirables graves sont rares».

(...)

Source : Le Figaro, 13/12/2018.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr

jeudi 21 juin 2018

Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France

Il faut bien discerner l'usage thérapeutique de l'usage récréatif.

Le cannabis, ou des extraits de cannabis, pourraient soulager les patients dans certaines maladies chroniques. Ces effets restent à prouver, mais de nombreuses études cliniques en cours dans le monde visent à les tester. Elles portent sur son utilisation dans la douleur, la sclérose en plaque, l’épilepsie, les nausées induites par les chimiothérapies dans le cancer, les troubles du sommeil, la cachexie (dénutrition très importante), le glaucome et certains troubles psychiques comme l’anxiété chronique.
La France réfléchit actuellement aux modalités d’une expérimentation nationale de l’utilisation à visée thérapeutique du cannabis, voire de certains cannabinoïdes – les substances extraites du cannabis. Des auditions d’experts cliniciens, patients et autorités sanitaires se sont tenues à ce sujet le 12 avril à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député et médecin neurologue Olivier Veran. Le Comité ethique et cancer, dispositif consultatif collégial qui émet des avis publics, examinera aussi cette question après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. En avril, l’agglomération de Guéret dans la Creuse s’est proposée, avec des motivations d’abord économiques, pour tester la culture du cannabis à visée thérapeutique sur son territoire.
Le principe d’une expérimentation nationale fait débat, avec parmi ses contradicteurs les académies de médecine et de pharmacie. Elle pourrait pourtant permettre de mieux accompagner des patients qui utilisent actuellement le cannabis sans contrôle médical, et d’évaluer les bénéfices et les risques de cet usage.

Un médicament autorisé dans la sclérose en plaques

Des médicaments cannabinoïdes sont déjà disponibles en France. Un seul possède une autorisation de mise sur le marché en France. Il s’agit du Sativex, autorisé depuis 2014. Il est composé de delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD). Il est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires, appelées spasticité, de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Néanmoins, ce médicament n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique.
D’autres médicaments sont accessibles, mais seulement avec une autorisation temporaire nominative (ATU). Il s’agit d’une procédure permettant de mettre à disposition de certains patients un médicament n’ayant pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) et ne faisant pas l’objet d’un essai clinique dans cette indication. C’est le cas du dronabinol ou THC synthétique (Marinol) pour des patients atteints de douleurs neuropathiques réfractaires aux traitements classiques, et du cannabidiol (CBD) dans les épilepsies réfractaires. Pour ce dernier médicament, une autorisation européenne est en cours d’évaluation.
Enfin, un médicament à base de nabilone, cannabinoïde synthétique indiqué dans les nausées et vomissements induites par la chimiothérapie chez les patients cancéreux adultes, fait l’objet d’une demande récente d’autorisation de mise sur le marché.

(...)

Source : L'Observateur, 21/05/2018.
Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com/sante/20180518.OBS6868/pourquoi-nous-devrions-experimenter-le-cannabis-therapeutique-en-france.html