Le cannabis et ses dérivés restent
toutefois, selon la législation internationale, des substances
considérées comme favorisant fortement l’abus, au même titre que la
cocaïne.
La Commission des
stupéfiants des Nations unies (CND), l’organe qui décide quelles
substances sont considérées comme des drogues au vu du droit
international, a approuvé,
mercredi 2 décembre, la « reclassification » du cannabis et de sa
résine dans les conventions internationales, reconnaissant de fait son
utilité médicale.
Jusqu’ici, le cannabis et sa résine étaient considérés selon leur classement dans l’annexe IV de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961,
la catégorie la plus restrictive, où sont répertoriées les substances
qui favorisent fortement l’abus et ont un très faible, voire aucun,
intérêt médical. Ce n’est plus le cas après le vote très serré (27 pour, 25 contre, 1 abstention) lors de la 63e session de la CND, qui a suivi les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette dernière a demandé en 2019, études scientifiques à l’appui, d’enlever ces substances de l’annexe IV, car elles présentent « un potentiel thérapeutique ».
Désormais, le cannabis pourra être utilisé dans la fabrication de
médicaments, au même titre que l’opium ou la morphine, sans que son
utilisation soit découragée par l’ONU, comme c’était le cas jusqu’alors.
Elle doit durer deux ans, avec près de 3 000 patients souffrant de
maladies graves pour qui les principes actifs, comme le THC ou le CBD,
peuvent être une aide.
L’Assemblée
nationale a donné, vendredi 25 octobre, son feu vert à une
expérimentation de l’usage médical du cannabis, dans le cadre de
l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale, pour 2020. Les
députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur La République
en marche (LRM) Olivier Véran, qui autorise ce test en situation réelle,
auquel l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait déjà donné son aval au mois de juillet.
« Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 »,
a réagi la secrétaire d’Etat Christelle Dubos. Elle est prévue pour
durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des
patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des
données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique.
« Elle
pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter
l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies », a expliqué M. Véran, en rappelant que « 17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical ».
« Ce
n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de
l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui
remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le
moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »
L’expérimentation
sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des
centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins
spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes
d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence
pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront
autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront
d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler
leurs traitements en pharmacie de ville.
Fleurs séchées, huiles ou tisanes
L’ANSM
s’est prononcée en faveur de modalités d’administration assez larges.
Le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d’huiles
et éventuellement de tisanes. Les différentes posologies pourront
intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs :
le tetrahydrocannabinol (THC) aux effets psychoactifs, et le cannabidiol
(CBD) qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.
La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle. « Il
faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette
proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le député Les Républicains Jean-Pierre Door. « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le communiste Pierre Dharréville.
Elle doit durer deux ans, avec près de 3 000 patients souffrant de
maladies graves pour qui les principes actifs, comme le THC ou le CBD,
peuvent être une aide.
L’Assemblée
nationale a donné, vendredi 25 octobre, son feu vert à une
expérimentation de l’usage médical du cannabis, dans le cadre de
l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale, pour 2020. Les
députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur La République
en marche (LRM) Olivier Véran, qui autorise ce test en situation réelle,
auquel l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait déjà donné son aval au mois de juillet.
« Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 »,
a réagi la secrétaire d’Etat Christelle Dubos. Elle est prévue pour
durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des
patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des
données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique.
« Elle
pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter
l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies », a expliqué M. Véran, en rappelant que « 17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical ».
« Ce
n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de
l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui
remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le
moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »
L’expérimentation
sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des
centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins
spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes
d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence
pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront
autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront
d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler
leurs traitements en pharmacie de ville.
Fleurs séchées, huiles ou tisanes
L’ANSM
s’est prononcée en faveur de modalités d’administration assez larges.
Le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d’huiles
et éventuellement de tisanes. Les différentes posologies pourront
intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs :
le tetrahydrocannabinol (THC) aux effets psychoactifs, et le cannabidiol
(CBD) qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.
La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle. « Il
faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette
proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le député Les Républicains Jean-Pierre Door. « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le communiste Pierre Dharréville.
Une décision de l’agence française du médicament ouvre la voie à un test
en situation réelle réservé aux patients en impasse thérapeutique.
C’est
une nouvelle étape vers l’expérimentation du cannabis thérapeutique en
France : l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de
santé (ANSM) a validé jeudi 11 juillet le cadre proposé fin juin par un groupe d’experts. « Le
cadre global qu’ils posent est un cadre à partir duquel on peut
travailler, leurs propositions nous paraissent des bonnes propositions », a précisé à l’Agence France-presse Dominique Martin, directeur général de l’ANSM.
Saluant un travail « remarquablement conduit », le dirigeant souligne que le comité a « pris le temps nécessaire d’écouter les uns et les autres », dans les différentes dimensions du dossier – médicales, économiques, associatives – et n’a « pas perdu de temps »
depuis sa nomination. L’ANSM, qui avait donné fin 2018 un accord de
principe au lancement d’une expérimentation du cannabis thérapeutique en
France, avait alors demandé à ce comité de se pencher sur la forme à
donner à cette opération. L’enjeu étant que l’ampleur de
l’expérimentation et la qualité des données recueillies soient
suffisantes pour, à son terme, juger de la pertinence d’une légalisation
du cannabis à visée médicale.
Un plant de cannabis thérapeutique, Israël, le 24 janvier 2019. Amir Cohen / REUTERS
Pas de « joint sur ordonnance »
Pour
ce test en situation réelle, le cannabis thérapeutique pourra être
prescrit chez des patients en impasse thérapeutique, souffrant de
certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs
neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par
d’autres thérapies, d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore
pour les soins palliatifs et les contractions musculaires incontrôlées
de la sclérose en plaques ou d’autres pathologies du système nerveux
central.
Pas question toutefois de « joint sur ordonnance » :
les produits prescrits seront inhalés (huile, fleurs séchées) ou
ingérées (solutions buvables, gouttes et capsules d’huile). Le comité de
treize spécialistes, présidé par le psychiatre et pharmacologue Nicolas
Authier, a aussi recommandé de réserver la « prescription initiale » de
produits à base de cannabis aux médecins exerçant dans des centres de
référence (centres anti-douleur, centres experts de la sclérose en
plaques, etc.). Les médecins participant à l’expérimentation seront
volontaires et auront obligatoirement suivi une formation en ligne, dont
les modalités restent à déterminer.
Dans
son avis définitif publié aujourd’hui, le comité scientifique consacré
au cannabis médical propose une « expérimentation » pour cinq
pathologies, dès 2020. Une avancée prudente, qui attend désormais le
soutien du gouvernement. Pour l’heure, les malades, eux, souffrent et/ou
se débrouillent. Toujours dans l’illégalité.
Production de cannabis thérapeutique sur le site européen du groupe
canadien Tilray, à Cantan hede, au Portugal. Patricia de Melo
Moreira/AFP
Le
gouvernement a sèchement fermé la porte, la semaine dernière, à une
légalisation du cannabis récréatif. En sera-t-il autrement pour sa
version thérapeutique, seule à même, semble-t-il, de soulager des
dizaines, voire des centaines de milliers de patients victimes de
douleurs chroniques insupportables ? Le comité d’experts mis en place
par l’Agence du médicament (ANSM) y est favorable, lui qui a été chargé,
à l’automne dernier, d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la
mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Alors qu’une
dernière réunion était organisée mercredi avec les associations de
patients et les professionnels de santé, la structure pilotée par le
psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier doit rendre aujourd’hui son
avis définitif. Son issue ne fait guère de doute. Le comité a déjà
validé, en décembre, la « pertinence » de la démarche. Et a livré ses
« préconisations », le 19 juin, sur la façon dont devrait se dérouler la
« mise à disposition » de ce produit sensible, déjà utilisé
clandestinement par de nombreux malades. En France, on estime qu’il y a
1,4 million d’usagers réguliers du cannabis, et 700 000 usagers
quotidiens, dont un tiers pour des raisons thérapeutiques.
D’après le plan du comité Authier, une expérimentation
serait menée « en situation réelle », pour cinq pathologies
spécifiques : les douleurs neuropathiques (résultant de lésions
nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, les épilepsies
résistantes aux traitements, les effets secondaires des chimiothérapies,
les soins palliatifs ainsi que les contractions musculaires
incontrôlées (spasticités) de la sclérose en plaques. « Des pathologies
choisies en fonction des données scientifiques disponibles et qui sont
en tête des prescriptions de cannabis dans le monde, là où cela a été
légalisé », précise Nicolas Authier. Différents dosages des deux
principes actifs majeurs du cannabis (le THC et le CBD) seraient
proposés, prescrits par les seuls médecins spécialistes des indications
choisies, s’ils sont « volontaires » pour participer et se former. Exit
le fameux joint – la combustion étant nocive pour la santé –, les
experts recommandent d’utiliser deux formes principales de cannabis :
celles à « effet immédiat » (huile et fleurs séchées pour inhalation) et
celles à « effet prolongé » (solutions buvables et capsules d’huile).
« Nous avions la crainte que les fleurs ne soient pas
autorisées. Aujourd’hui, le comité les promeut, c’est une bonne
nouvelle », a réagi Bertrand Lebeau, médecin addictologue qui soutient
le collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique (ACT).
Coprésident du collectif, Bertrand Rambaud, séropositif depuis
trente-cinq ans et utilisateur de cannabis depuis quinze, regrette, lui,
le cadre trop contraint de cette expérimentation. « Cinq pathologies
retenues, c’est bien peu quand l’Association internationale pour le
cannabis médical (IACM) en recense 41 pour lesquelles il est efficace.
De même, limiter la prescription aux seuls médecins spécialistes risque
de tuer dans l’œuf cette expérimentation. Ces médecins sont déjà
surbookés, ils ne prendront pas le temps de se former. » Conscient du
risque, Nicolas Authier défend ce qu’il présente comme une « mesure de
précaution ». « Beaucoup de médecins, et notamment les généralistes,
restent dubitatifs sur l’utilité du cannabis, pollués sans doute par
l’image négative qu’il conserve. L’expérimentation permettra de voir si
ce cadre est trop restrictif. »
Le comité d’experts mandaté par l’Agence
nationale de sécurité du médicament a publié mercredi son projet de
cadre pour cette phase expérimentale.
Les
modalités de l’expérimentation du cannabis à visée thérapeutique sont
désormais connues. Six mois après le feu vert de l’Agence nationale de
sécurité du médicament (ANSM), le comité d’experts (CSST) mandaté par
l’agence a publié, mercredi 19 juin, son projet de cadre pour cette phase expérimentale. « C’est
une proposition raisonnable, qui respecte l’exercice médical et le
patient, et qui ne fait pas croire qu’on peut prescrire le cannabis
thérapeutique de manière plus souple qu’on ne le ferait avec un
médicament traditionnel », explique le professeur Nicolas Authier, le président du CSST.
Quelques
ajustements restent toutefois encore possibles, l’avis n’étant
formellement adopté par le CSST que le 26 juin. Pour être appliqué, le
texte devra ensuite être avalisé par le directeur de l’ANSM puis obtenir
le feu vert de la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de signaux de la part du gouvernement, qu’ils soient inquiétants ou rassurants », constate M. Authier, qui rappelle qu’« à
ce stade, on n’est pas dans une phase de légalisation du cannabis
thérapeutique, mais d’expérimentation. La légalisation ne viendra – ou
pas – que dans un second temps. »
Quand débutera l’expérimentation ?
L’expérimentation
devrait démarrer début 2020. Elle est prévue pour durer deux ans : six
mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de
suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un
rapport définitif par le comité scientifique. Un « registre national électronique exhaustif » sera mis en place afin de recueillir les données cliniques.
Qui sera autorisé à prescrire ?
Seuls
les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des
plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de
référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…)
– seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Le médecin
traitant est autorisé à prendre le relais « une fois le traitement du patient stabilisé ».
« Il ne faut pas que ce soit un dispositif purement hospitalier si on
veut que tous les patients puissent y avoir accès de manière équitable », précise M. Authier.
Pour Nathalie Richard, directrice adjointe des antalgiques et des stupéfiants à l’ANSM, « l’essentiel
est que les choses soient bien cadrées dès le début de
l’expérimentation. A l’étranger, quand le cadre d’usage du cannabis
thérapeutique était un peu flou, ou qu’il n’y avait pas de cadre du
tout, il y a eu une mauvaise adhésion des médecins car ils se
retrouvaient sans repères. Il faut donc au maximum que les médecins qui
en prescriront soient hyperformés et volontaires pour le faire ».
Plusieurs pays
optent pour la légalisation du cannabis. Cette forme de
régulation tient-elle ses promesses ? Une enquête ambitieuse sur les
expérimentations menées à travers le monde et les enjeux d'un marché en
plein essor.
Après
plus de cinquante ans de politique répressive dictée par les traités
internationaux, sans guère d’effets sur la production et la
consommation, nombre de pays sont de plus en plus nombreux à dépénaliser
la marijuana. Si une quarantaine d’États autorisent l’usage du
cannabidiol (CBD), la molécule à usage thérapeutique de la plante,
d’autres vont plus loin en légalisant la consommation récréative du
cannabis. En intervenant directement sur le marché de la drogue, ils
espèrent priver les cartels de l'une de leurs sources de revenus. Pour
endiguer une criminalité galopante liée au trafic, l’Uruguay a été le
premier pays en 2013 à autoriser la production et la consommation du
cannabis. Après une longue bataille entre partisans et pourfendeurs de
la légalisation, dix États américains, puis le Canada, ont suivi cet
exemple. En Amérique du Nord, le cannabis est devenu un business comme
les autres, avec ses cultivateurs, ses gestionnaires, ses cabinets
d’avocats et ses lobbyistes. Mais face à la reprise en main du secteur,
les mafias ne restent pas inactives. Si la marijuana légale rapporte
chaque année près de 250 millions de dollars de taxes au Colorado, la
filière illicite n’a pas disparu pour autant. Dans le Michigan, des
dealers se réorganisent pour vendre de l’héroïne ou de la cocaïne. En
Uruguay, le marché noir reste attractif en raison d’une offre légale
insuffisante.
Juteux business
Au terme d’une investigation mondiale, les réalisateurs dressent un
vaste panorama des différents modèles d’expérimentation de la
légalisation du cannabis. Chiffres, témoignages des acteurs du secteur
ou avis d'experts à l’appui, ce film révèle aussi comment la
légalisation de la marijuana a fait émerger un juteux business aux mains
de quelques grands groupes. De la ferme clandestine d’un cartel au
Mexique, aux serres ultramodernes d’une exploitation géante au Canada,
en passant par l'une des rares plantations légales de cannabis médical
en Suisse, un éclairage rigoureux sur les enjeux politiques et
économiques colossaux des deux filières de la drogue qui coexistent
aujourd’hui.
Réunis
par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), des
spécialistes estiment que le cannabis doit pouvoir être mis à
disposition de certains patients mal pris en charge par les traitements
conventionnels.
La France fait un pas vers l’autorisation du cannabis médical. Le
comité d’experts réuni en septembre dernier par l’Agence nationale de
sécurité du médicament (ANSM) pour étudier la question a rendu jeudi un avis favorable
à sa mise à disposition à certains patients. Les spécialistes estiment
ainsi qu’il est «pertinent d’autoriser l’usage du cannabis thérapeutique
dans certaines situations cliniques, en cas de soulagement insuffisant
ou d’une mauvaise tolérance des traitements accessibles». Plusieurs
indications sont retenues: douleurs réfractaires, certaines formes
d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, soins de support en
oncologie, situations palliatives, spasticité douloureuse de la sclérose
en plaques.
Si l’ANSM retient les conclusions du comité d’experts, une deuxième
phase du travail démarrera. Le comité se penchera alors sur les modes
d’administration de la plante (inhalation, vaporisation ou voie orale
par exemple), mais aussi son circuit de distribution. Consommer le
cannabis en le fumant est cependant d’ores et déjà exclu par les
experts, «en raison des risques pour la santé». L’avis définitif du
comité est attendu d’ici septembre 2019. Actuellement, deux médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés
en France. Le premier, le Marinol, est prescrit à titre exceptionnel et
au cas par cas pour des douleurs neuropathiques réfractaires. Mais 400
patients à peine en ont bénéficié depuis 2015. L’autre médicament est le
Sativex, un spray autorisé depuis 2014 pour les patients souffrant de
sclérose en plaques. Or, faute d’accord sur son prix entre le laboratoire et les autorités de santé, il n’est toujours pas vendu en pharmacie. Deux autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation au niveau européen.
Autorisé dans 15 pays européens
Pour rendre sa décision, le Comité spécialisé scientifique temporaire
(CSST) a étudié la littérature scientifique, entendu médecins,
pharmaciens et associations de patients. Des exemples étrangers lui ont
été présentés. De nombreux pays ont en effet franchi le pas depuis une
quinzaine d’années. En Europe, le cannabis médical est autorisé (sous
forme de gélules, ou de feuilles à utiliser en inhalation ou à ingérer
dans des gâteaux) dans 15 pays dont les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse ou
l’Allemagne - pays qui s’apprête aussi à en légaliser la culture. La
plante est également proposée au Canada depuis 2001, dans 29 États
américains, en Australie et en Israël.
Le cannabis est utilisé pour ses qualités antalgiques,
antispasmodiques, anti-inflammatoires depuis plusieurs milliers d’années
en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Il doit ses effets à des
molécules appelées cannabinoïdes, dont le THC (tétrahydrocannabinol), un
agent psychoactif (qui modifie la perception), et le CBD (cannabidiol) à
l’action relaxante.
Le THC synthétique (dronabinol) est
commercialisé sous le nom de Marinol en France, mais sa prescription est
soumise à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative,
une procédure qui en restreint considérablement l’utilisation (quelques
centaines de patients en une vingtaine d’années). Le CBD, utile pour traiter les convulsions, l’anxiété et les nausées,
est présent à côté du THC dans le Sativex, un spray destiné à soulager
des malades atteints de sclérose en plaques qui a obtenu son
autorisation de mise sur le marché (AMM) en France en 2014 mais qui n’a
pas été commercialisé faute d’accord sur le prix.
2. Quelles sont les indications du cannabis thérapeutique?
Le cannabis permet de soulager des patients dont les douleurs ne
cèdent pas avec des antalgiques traditionnels, notamment dans la
sclérose en plaques (contractions musculaires réflexes), les algies de
la face, les troubles du sommeil, les nausées dues aux traitements par
chimiothérapie... Des études ont suggéré une efficacité possible pour les maladies
neurodégénératives comme Alzheimer mais demandent à être confirmées. Un
rapport de l’agence sur les drogues de l’Union européenne notait «des
lacunes importantes dans les données scientifiques». Les malades qui
pourraient en bénéficier sont estimés entre 300.000 - estimation la plus
courante - et 1 million.
3. Sous quelle forme serait-il prescrit?
La «voie fumée», notamment le joint, «ne peut être conseillée», selon
le professeur Nicolas Authier, président du Comité scientifique mis en
place en septembre dernier pour se prononcer sur l’accès au cannabis
thérapeutique. En effet, la fumée inhalée est tout aussi dangereuse - et
cancérigène - que celle du tabac. De surcroît, l’effet est rapide et peu durable s’il est fumé. La vaporisation permet de mieux maîtriser les doses.
On peut envisager une administration sous forme de spray, d’inhalation,
de gélules, de suppositoires, de gouttes sous la langue, d’huiles ou de
patchs.
4. Quels pourraient être les risques liés à l’usage du cannabis thérapeutique?
Comme pour toute substance, il y a des risques: baisse de vigilance
(sécurité routière), risques cardiaques, risque de décompensation
(bouffées délirantes, déstructuration) chez les psychotiques. «Il faut
un encadrement, avec des contre-indications, une standardisation des
produits et un suivi médical», souligne le Dr Authier. Le rapport
européen note que les «effets indésirables graves sont rares».