mercredi 25 novembre 2020

L’ONU reconnaît officiellement l’utilité médicale du cannabis

Le cannabis et ses dérivés restent toutefois, selon la législation internationale, des substances considérées comme favorisant fortement l’abus, au même titre que la cocaïne.

La Commission des stupéfiants des Nations unies (CND), l’organe qui décide quelles substances sont considérées comme des drogues au vu du droit international, a approuvé, mercredi 2 décembre, la « reclassification » du cannabis et de sa résine dans les conventions internationales, reconnaissant de fait son utilité médicale.

Jusqu’ici, le cannabis et sa résine étaient considérés selon leur classement dans l’annexe IV de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, la catégorie la plus restrictive, où sont répertoriées les substances qui favorisent fortement l’abus et ont un très faible, voire aucun, intérêt médical. Ce n’est plus le cas après le vote très serré (27 pour, 25 contre, 1 abstention) lors de la 63e session de la CND, qui a suivi les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette dernière a demandé en 2019, études scientifiques à l’appui, d’enlever ces substances de l’annexe IV, car elles présentent « un potentiel thérapeutique ». Désormais, le cannabis pourra être utilisé dans la fabrication de médicaments, au même titre que l’opium ou la morphine, sans que son utilisation soit découragée par l’ONU, comme c’était le cas jusqu’alors.

jeudi 14 novembre 2019

Cannabis médical : la première expérimentation aura lieu dès 2020 en France

Elle doit durer deux ans, avec près de 3 000 patients souffrant de maladies graves pour qui les principes actifs, comme le THC ou le CBD, peuvent être une aide. 


L’Assemblée nationale a donné, vendredi 25 octobre, son feu vert à une expérimentation de l’usage médical du cannabis, dans le cadre de l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale, pour 2020. Les députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur La République en marche (LRM) Olivier Véran, qui autorise ce test en situation réelle, auquel l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait déjà donné son aval au mois de juillet.


« Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 », a réagi la secrétaire d’Etat Christelle Dubos. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique.

 
« Elle pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies », a expliqué M. Véran, en rappelant que « 17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical ».

« Ce n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »






Lire aussi les témoignages : Le cannabis thérapeutique, « je n’ai trouvé que ça qui me soulage vraiment »
 
 

Patients de tout le territoire éligibles


Les patients de tout le territoire seront éligibles. En revanche, comme annoncé en décembre 2018, seules cinq indications sont retenues :

– douleurs neuropathiques réfractaires ;

– certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ;

– les soins de support en oncologie dans les situations palliatives ;

– la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ;

– ou d’autres pathologies du système nerveux central.






Lire aussi Légalisé, dépénalisé, prescrit… le cannabis dans le monde en neuf graphiques

L’expérimentation sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler leurs traitements en pharmacie de ville.

Fleurs séchées, huiles ou tisanes


L’ANSM s’est prononcée en faveur de modalités d’administration assez larges. Le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d’huiles et éventuellement de tisanes. Les différentes posologies pourront intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs : le tetrahydrocannabinol (THC) aux effets psychoactifs, et le cannabidiol (CBD) qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.

La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle. « Il faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le député Les Républicains Jean-Pierre Door. « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le communiste Pierre Dharréville.

mardi 29 octobre 2019

Cannabis médical : la première expérimentation aura lieu dès 2020 en France

Elle doit durer deux ans, avec près de 3 000 patients souffrant de maladies graves pour qui les principes actifs, comme le THC ou le CBD, peuvent être une aide.


L’Assemblée nationale a donné, vendredi 25 octobre, son feu vert à une expérimentation de l’usage médical du cannabis, dans le cadre de l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale, pour 2020. Les députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur La République en marche (LRM) Olivier Véran, qui autorise ce test en situation réelle, auquel l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait déjà donné son aval au mois de juillet.

« Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 », a réagi la secrétaire d’Etat Christelle Dubos. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique.

« Elle pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies », a expliqué M. Véran, en rappelant que « 17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical ».

« Ce n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »






Lire aussi les témoignages : Le cannabis thérapeutique, « je n’ai trouvé que ça qui me soulage vraiment »
 
 


Patients de tout le territoire éligibles


Les patients de tout le territoire seront éligibles. En revanche, comme annoncé en décembre 2018, seules cinq indications sont retenues :

– douleurs neuropathiques réfractaires ;

– certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ;

– les soins de support en oncologie dans les situations palliatives ;

– la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ;

– ou d’autres pathologies du système nerveux central.





Lire aussi Légalisé, dépénalisé, prescrit… le cannabis dans le monde en neuf graphiques

L’expérimentation sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler leurs traitements en pharmacie de ville.

Fleurs séchées, huiles ou tisanes


L’ANSM s’est prononcée en faveur de modalités d’administration assez larges. Le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d’huiles et éventuellement de tisanes. Les différentes posologies pourront intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs : le tetrahydrocannabinol (THC) aux effets psychoactifs, et le cannabidiol (CBD) qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.

La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle. « Il faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le député Les Républicains Jean-Pierre Door. « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le communiste Pierre Dharréville.

Source : Le Monde

jeudi 11 juillet 2019

L’expérimentation du cannabis thérapeutique officiellement autorisée en France

Une décision de l’agence française du médicament ouvre la voie à un test en situation réelle réservé aux patients en impasse thérapeutique. 


C’est une nouvelle étape vers l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France : l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a validé jeudi 11 juillet le cadre proposé fin juin par un groupe d’experts. « Le cadre global qu’ils posent est un cadre à partir duquel on peut travailler, leurs propositions nous paraissent des bonnes propositions », a précisé à l’Agence France-presse Dominique Martin, directeur général de l’ANSM.

Saluant un travail « remarquablement conduit », le dirigeant souligne que le comité a « pris le temps nécessaire d’écouter les uns et les autres », dans les différentes dimensions du dossier – médicales, économiques, associatives – et n’a « pas perdu de temps » depuis sa nomination. L’ANSM, qui avait donné fin 2018 un accord de principe au lancement d’une expérimentation du cannabis thérapeutique en France, avait alors demandé à ce comité de se pencher sur la forme à donner à cette opération. L’enjeu étant que l’ampleur de l’expérimentation et la qualité des données recueillies soient suffisantes pour, à son terme, juger de la pertinence d’une légalisation du cannabis à visée médicale.


Un plant de cannabis thérapeutique, Israël, le 24 janvier 2019.
Un plant de cannabis thérapeutique, Israël, le 24 janvier 2019. Amir Cohen / REUTERS

Pas de « joint sur ordonnance »

Pour ce test en situation réelle, le cannabis thérapeutique pourra être prescrit chez des patients en impasse thérapeutique, souffrant de certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore pour les soins palliatifs et les contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques ou d’autres pathologies du système nerveux central.
Lire aussi Le cannabis thérapeutique, « je n’ai trouvé que ça qui me soulage vraiment »
Pas question toutefois de « joint sur ordonnance » : les produits prescrits seront inhalés (huile, fleurs séchées) ou ingérées (solutions buvables, gouttes et capsules d’huile). Le comité de treize spécialistes, présidé par le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier, a aussi recommandé de réserver la « prescription initiale » de produits à base de cannabis aux médecins exerçant dans des centres de référence (centres anti-douleur, centres experts de la sclérose en plaques, etc.). Les médecins participant à l’expérimentation seront volontaires et auront obligatoirement suivi une formation en ligne, dont les modalités restent à déterminer.

Source : Le Monde, 11/07/2019.

dimanche 30 juin 2019

Santé. Feu vert (médical) pour le cannabis thérapeutique

Dans son avis définitif publié aujourd’hui, le comité scientifique consacré au cannabis médical propose une « expérimentation » pour cinq pathologies, dès 2020. Une avancée prudente, qui attend désormais le soutien du gouvernement. Pour l’heure, les malades, eux, souffrent et/ou se débrouillent. Toujours dans l’illégalité.

 

Production de cannabis thérapeutique sur le site européen du groupe canadien Tilray, à Cantan hede, au Portugal. Patricia de Melo Moreira/AFP
Production de cannabis thérapeutique sur le site européen du groupe canadien
Tilray, à Cantan hede, au Portugal. Patricia de Melo Moreira/AFP

Le gouvernement a sèchement fermé la porte, la semaine dernière, à une légalisation du cannabis récréatif. En sera-t-il autrement pour sa version thérapeutique, seule à même, semble-t-il, de soulager des dizaines, voire des centaines de milliers de patients victimes de douleurs chroniques insupportables ? Le comité d’experts mis en place par l’Agence du médicament (ANSM) y est favorable, lui qui a été chargé, à l’automne dernier, d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Alors qu’une dernière réunion était organisée mercredi avec les associations de patients et les professionnels de santé, la structure pilotée par le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier doit rendre aujourd’hui son avis définitif. Son issue ne fait guère de doute. Le comité a déjà validé, en décembre, la « pertinence » de la démarche. Et a livré ses « préconisations », le 19 juin, sur la façon dont devrait se dérouler la « mise à disposition » de ce produit sensible, déjà utilisé clandestinement par de nombreux malades. En France, on estime qu’il y a 1,4 million d’usagers réguliers du cannabis, et 700 000 usagers quotidiens, dont un tiers pour des raisons thérapeutiques.

D’après le plan du comité Authier, une expérimentation serait menée « en situation réelle », pour cinq pathologies spécifiques : les douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, les épilepsies résistantes aux traitements, les effets secondaires des chimiothérapies, les soins palliatifs ainsi que les contractions musculaires incontrôlées (spasticités) de la sclérose en plaques. « Des pathologies choisies en fonction des données scientifiques disponibles et qui sont en tête des prescriptions de cannabis dans le monde, là où cela a été légalisé », précise Nicolas Authier. Différents dosages des deux principes actifs majeurs du cannabis (le THC et le CBD) seraient proposés, prescrits par les seuls médecins spécialistes des indications choisies, s’ils sont « volontaires » pour participer et se former. Exit le fameux joint – la combustion étant nocive pour la santé –, les experts recommandent d’utiliser deux formes principales de cannabis : celles à « effet immédiat » (huile et fleurs séchées pour inhalation) et celles à « effet prolongé » (solutions buvables et capsules d’huile).

« Nous avions la crainte que les fleurs ne soient pas autorisées. Aujourd’hui, le comité les promeut, c’est une bonne nouvelle », a réagi Bertrand Lebeau, médecin addictologue qui soutient le collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique (ACT). Coprésident du collectif, Bertrand Rambaud, séropositif depuis trente-cinq ans et utilisateur de cannabis depuis quinze, regrette, lui, le cadre trop contraint de cette expérimentation. « Cinq pathologies retenues, c’est bien peu quand l’Association internationale pour le cannabis médical (IACM) en recense 41 pour lesquelles il est efficace. De même, limiter la prescription aux seuls médecins spécialistes risque de tuer dans l’œuf cette expérimentation. Ces médecins sont déjà surbookés, ils ne prendront pas le temps de se former. » Conscient du risque, Nicolas Authier défend ce qu’il présente comme une « mesure de précaution ». « Beaucoup de médecins, et notamment les généralistes, restent dubitatifs sur l’utilité du cannabis, pollués sans doute par l’image négative qu’il conserve. L’expérimentation permettra de voir si ce cadre est trop restrictif. »

Source : L'Humanite.fr, 27/06/2019.


mercredi 19 juin 2019

Le cadre de l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France dévoilé

Le comité d’experts mandaté par l’Agence nationale de sécurité du médicament a publié mercredi son projet de cadre pour cette phase expérimentale. 


Les modalités de l’expérimentation du cannabis à visée thérapeutique sont désormais connues. Six mois après le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le comité d’experts (CSST) mandaté par l’agence a publié, mercredi 19 juin, son projet de cadre pour cette phase expérimentale. « C’est une proposition raisonnable, qui respecte l’exercice médical et le patient, et qui ne fait pas croire qu’on peut prescrire le cannabis thérapeutique de manière plus souple qu’on ne le ferait avec un médicament traditionnel », explique le professeur Nicolas Authier, le président du CSST.
Quelques ajustements restent toutefois encore possibles, l’avis n’étant formellement adopté par le CSST que le 26 juin. Pour être appliqué, le texte devra ensuite être avalisé par le directeur de l’ANSM puis obtenir le feu vert de la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de signaux de la part du gouvernement, qu’ils soient inquiétants ou rassurants », constate M. Authier, qui rappelle qu’« à ce stade, on n’est pas dans une phase de légalisation du cannabis thérapeutique, mais d’expérimentation. La légalisation ne viendra – ou pas – que dans un second temps. »

  • Quand débutera l’expérimentation ?
L’expérimentation devrait démarrer début 2020. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par le comité scientifique. Un « registre national électronique exhaustif » sera mis en place afin de recueillir les données cliniques.
  • Qui sera autorisé à prescrire ?
Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Le médecin traitant est autorisé à prendre le relais « une fois le traitement du patient stabilisé ». « Il ne faut pas que ce soit un dispositif purement hospitalier si on veut que tous les patients puissent y avoir accès de manière équitable », précise M. Authier.
Pour Nathalie Richard, directrice adjointe des antalgiques et des stupéfiants à l’ANSM, « l’essentiel est que les choses soient bien cadrées dès le début de l’expérimentation. A l’étranger, quand le cadre d’usage du cannabis thérapeutique était un peu flou, ou qu’il n’y avait pas de cadre du tout, il y a eu une mauvaise adhésion des médecins car ils se retrouvaient sans repères. Il faut donc au maximum que les médecins qui en prescriront soient hyperformés et volontaires pour le faire ».

vendredi 12 avril 2019

Cannabis : quand le deal est légal



Plusieurs pays optent pour la légalisation du cannabis. Cette forme de régulation tient-elle ses promesses ? Une enquête ambitieuse sur les expérimentations menées à travers le monde et les enjeux d'un marché en plein essor.

Après plus de cinquante ans de politique répressive dictée par les traités internationaux, sans guère d’effets sur la production et la consommation, nombre de pays sont de plus en plus nombreux à dépénaliser la marijuana. Si une quarantaine d’États autorisent l’usage du cannabidiol (CBD), la molécule à usage thérapeutique de la plante, d’autres vont plus loin en légalisant la consommation récréative du cannabis. En intervenant directement sur le marché de la drogue, ils espèrent priver les cartels de l'une de leurs sources de revenus. Pour endiguer une criminalité galopante liée au trafic, l’Uruguay a été le premier pays en 2013 à autoriser la production et la consommation du cannabis. Après une longue bataille entre partisans et pourfendeurs de la légalisation, dix États américains, puis le Canada, ont suivi cet exemple. En Amérique du Nord, le cannabis est devenu un business comme les autres, avec ses cultivateurs, ses gestionnaires, ses cabinets d’avocats et ses lobbyistes. Mais face à la reprise en main du secteur, les mafias ne restent pas inactives. Si la marijuana légale rapporte chaque année près de 250 millions de dollars de taxes au Colorado, la filière illicite n’a pas disparu pour autant. Dans le Michigan, des dealers se réorganisent pour vendre de l’héroïne ou de la cocaïne. En Uruguay, le marché noir reste attractif en raison d’une offre légale insuffisante.





Juteux business

 
Au terme d’une investigation mondiale, les réalisateurs dressent un vaste panorama des différents modèles d’expérimentation de la légalisation du cannabis. Chiffres, témoignages des acteurs du secteur ou avis d'experts à l’appui, ce film révèle aussi comment la légalisation de la marijuana a fait émerger un juteux business aux mains de quelques grands groupes. De la ferme clandestine d’un cartel au Mexique, aux serres ultramodernes d’une exploitation géante au Canada, en passant par l'une des rares plantations légales de cannabis médical en Suisse, un éclairage rigoureux sur les enjeux politiques et économiques colossaux des deux filières de la drogue qui coexistent aujourd’hui.


dimanche 23 décembre 2018

Cannabis médical: un comité d’experts juge son autorisation «pertinente»

Réunis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), des spécialistes estiment que le cannabis doit pouvoir être mis à disposition de certains patients mal pris en charge par les traitements conventionnels.


La France fait un pas vers l’autorisation du cannabis médical. Le comité d’experts réuni en septembre dernier par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour étudier la question a rendu jeudi un avis favorable à sa mise à disposition à certains patients. Les spécialistes estiment ainsi qu’il est «pertinent d’autoriser l’usage du cannabis thérapeutique dans certaines situations cliniques, en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des traitements accessibles». Plusieurs indications sont retenues: douleurs réfractaires, certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, soins de support en oncologie, situations palliatives, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

Si l’ANSM retient les conclusions du comité d’experts, une deuxième phase du travail démarrera. Le comité se penchera alors sur les modes d’administration de la plante (inhalation, vaporisation ou voie orale par exemple), mais aussi son circuit de distribution. Consommer le cannabis en le fumant est cependant d’ores et déjà exclu par les experts, «en raison des risques pour la santé». L’avis définitif du comité est attendu d’ici septembre 2019.
Actuellement, deux médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés en France. Le premier, le Marinol, est prescrit à titre exceptionnel et au cas par cas pour des douleurs neuropathiques réfractaires. Mais 400 patients à peine en ont bénéficié depuis 2015. L’autre médicament est le Sativex, un spray autorisé depuis 2014 pour les patients souffrant de sclérose en plaques. Or, faute d’accord sur son prix entre le laboratoire et les autorités de santé, il n’est toujours pas vendu en pharmacie. Deux autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation au niveau européen.

Autorisé dans 15 pays européens

 

Pour rendre sa décision, le Comité spécialisé scientifique temporaire (CSST) a étudié la littérature scientifique, entendu médecins, pharmaciens et associations de patients. Des exemples étrangers lui ont été présentés. De nombreux pays ont en effet franchi le pas depuis une quinzaine d’années. En Europe, le cannabis médical est autorisé (sous forme de gélules, ou de feuilles à utiliser en inhalation ou à ingérer dans des gâteaux) dans 15 pays dont les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne - pays qui s’apprête aussi à en légaliser la culture. La plante est également proposée au Canada depuis 2001, dans 29 États américains, en Australie et en Israël.

(...)

Source : Le Figaro, 13/12/2018.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr

jeudi 13 décembre 2018

Cinq questions sur le cannabis thérapeutique, en voie d’autorisation en France

À quels malades pourrait-il être prescrit ? Sous quelle forme ? Quels seraient les risques ? On fait le point sur le cannabis à usage médical.


Le cannabis thérapeutique, qui vient d’obtenir un premier feu vert d’experts réunis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), permet de soulager des patients en souffrance, notamment pour la sclérose en plaques. 

 

1. Le cannabis thérapeutique, c’est quoi?

 

Le cannabis est utilisé pour ses qualités antalgiques, antispasmodiques, anti-inflammatoires depuis plusieurs milliers d’années en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Il doit ses effets à des molécules appelées cannabinoïdes, dont le THC (tétrahydrocannabinol), un agent psychoactif (qui modifie la perception), et le CBD (cannabidiol) à l’action relaxante.
Le THC synthétique (dronabinol) est commercialisé sous le nom de Marinol en France, mais sa prescription est soumise à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative, une procédure qui en restreint considérablement l’utilisation (quelques centaines de patients en une vingtaine d’années).
Le CBD, utile pour traiter les convulsions, l’anxiété et les nausées, est présent à côté du THC dans le Sativex, un spray destiné à soulager des malades atteints de sclérose en plaques qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en France en 2014 mais qui n’a pas été commercialisé faute d’accord sur le prix. 


2. Quelles sont les indications du cannabis thérapeutique?

 

Le cannabis permet de soulager des patients dont les douleurs ne cèdent pas avec des antalgiques traditionnels, notamment dans la sclérose en plaques (contractions musculaires réflexes), les algies de la face, les troubles du sommeil, les nausées dues aux traitements par chimiothérapie...
Des études ont suggéré une efficacité possible pour les maladies neurodégénératives comme Alzheimer mais demandent à être confirmées. Un rapport de l’agence sur les drogues de l’Union européenne notait «des lacunes importantes dans les données scientifiques». Les malades qui pourraient en bénéficier sont estimés entre 300.000 - estimation la plus courante - et 1 million.


3. Sous quelle forme serait-il prescrit?

 

La «voie fumée», notamment le joint, «ne peut être conseillée», selon le professeur Nicolas Authier, président du Comité scientifique mis en place en septembre dernier pour se prononcer sur l’accès au cannabis thérapeutique. En effet, la fumée inhalée est tout aussi dangereuse - et cancérigène - que celle du tabac.
De surcroît, l’effet est rapide et peu durable s’il est fumé. La vaporisation permet de mieux maîtriser les doses. On peut envisager une administration sous forme de spray, d’inhalation, de gélules, de suppositoires, de gouttes sous la langue, d’huiles ou de patchs.

4. Quels pourraient être les risques liés à l’usage du cannabis thérapeutique?

 

Comme pour toute substance, il y a des risques: baisse de vigilance (sécurité routière), risques cardiaques, risque de décompensation (bouffées délirantes, déstructuration) chez les psychotiques. «Il faut un encadrement, avec des contre-indications, une standardisation des produits et un suivi médical», souligne le Dr Authier. Le rapport européen note que les «effets indésirables graves sont rares».

(...)

Source : Le Figaro, 13/12/2018.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr