jeudi 14 novembre 2019

Cannabis médical : la première expérimentation aura lieu dès 2020 en France

Elle doit durer deux ans, avec près de 3 000 patients souffrant de maladies graves pour qui les principes actifs, comme le THC ou le CBD, peuvent être une aide. 


L’Assemblée nationale a donné, vendredi 25 octobre, son feu vert à une expérimentation de l’usage médical du cannabis, dans le cadre de l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale, pour 2020. Les députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur La République en marche (LRM) Olivier Véran, qui autorise ce test en situation réelle, auquel l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait déjà donné son aval au mois de juillet.


« Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 », a réagi la secrétaire d’Etat Christelle Dubos. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique.

 
« Elle pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies », a expliqué M. Véran, en rappelant que « 17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical ».

« Ce n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »






Lire aussi les témoignages : Le cannabis thérapeutique, « je n’ai trouvé que ça qui me soulage vraiment »
 
 

Patients de tout le territoire éligibles


Les patients de tout le territoire seront éligibles. En revanche, comme annoncé en décembre 2018, seules cinq indications sont retenues :

– douleurs neuropathiques réfractaires ;

– certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ;

– les soins de support en oncologie dans les situations palliatives ;

– la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ;

– ou d’autres pathologies du système nerveux central.






Lire aussi Légalisé, dépénalisé, prescrit… le cannabis dans le monde en neuf graphiques

L’expérimentation sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler leurs traitements en pharmacie de ville.

Fleurs séchées, huiles ou tisanes


L’ANSM s’est prononcée en faveur de modalités d’administration assez larges. Le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d’huiles et éventuellement de tisanes. Les différentes posologies pourront intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs : le tetrahydrocannabinol (THC) aux effets psychoactifs, et le cannabidiol (CBD) qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.

La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle. « Il faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le député Les Républicains Jean-Pierre Door. « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le communiste Pierre Dharréville.

dimanche 6 octobre 2019

Alcool, tabac, cannabis: les jeunes consomment moins, mais toujours trop

À 17 ans, ils sont désormais près de 12% à n’avoir jamais consommé d’alcool, de tabac et de cannabis. Des chiffres encourageants, mais loin d’être encore suffisants.


Toujours beaucoup d’alcool, moins de tabac, plus de cannabis. C’est ce que montre
le dernier rapport de Santé publique France et de l’Observatoire français des
drogues et des toxicomanies (OFDT) sur les consommations de substances
psychoactives chez les jeunes, publié cette semaine. Si globalement, la
consommation de ces produits baisse chez les jeunes, elle reste importante.
«Continuer les efforts de prévention et de sensibilisation est donc primordial», insiste
Viet Nguyen-Thanh, responsable de l’unité Addictions au sein de Santé publique
France.



Une consommation en légère baisse



En 2008, 5,1% des adolescents de 17 ans déclaraient n’avoir jamais consommé
d’alcool, de tabac et de cannabis. Dix ans plus tard, ils sont 11,7%. «Des chiffres
encourageants, selon Viet Nguyen-Thanh, qui viennent confirmer une tendance que
nous observions depuis quelques années dans les études». La baisse est
particulièrement encourageante chez les collégiens, qui sont moins nombreux à
déclarer avoir déjà été ivres ou à avoir déjà fumé. «Nous pensons que c’est grâce
aux différentes politiques menées depuis une dizaine d’années, comme la loi HPST
du 21 juillet 2009 qui interdit la vente d’alcool aux mineurs, et aux campagnes
d’information», indique Viet Nguyen-Thanh, qui évoque aussi les changements
d’attitude des parents: «Auparavant, il y avait parfois une culture de l’initiation à
l’alcool de la part des parents, qui est moins présente aujourd’hui. Et il est aussi
possible que l’essor des écrans grignote sur le temps de consommation des jeunes.»
La responsable de Santé publique France tempère cependant: «Certes, nous nous
réjouissons de cette baisse, mais il y a encore des efforts à faire. Dans une synthèse
parue en février dernier, l’OFDT a montré que parmi les jeunes de 17 ans interrogés
ayant bu le mois précédent, 91% ont acheté de l’alcool en magasin malgré
l’interdiction.» La consommation d’alcool reste ainsi élevée chez les jeunes: dans les
12 mois précédant l’enquête, plus de 80% des jeunes interrogés ont consommé de
l’alcool.



dimanche 30 juin 2019

Santé. Feu vert (médical) pour le cannabis thérapeutique

Dans son avis définitif publié aujourd’hui, le comité scientifique consacré au cannabis médical propose une « expérimentation » pour cinq pathologies, dès 2020. Une avancée prudente, qui attend désormais le soutien du gouvernement. Pour l’heure, les malades, eux, souffrent et/ou se débrouillent. Toujours dans l’illégalité.

 

Production de cannabis thérapeutique sur le site européen du groupe canadien Tilray, à Cantan hede, au Portugal. Patricia de Melo Moreira/AFP
Production de cannabis thérapeutique sur le site européen du groupe canadien
Tilray, à Cantan hede, au Portugal. Patricia de Melo Moreira/AFP

Le gouvernement a sèchement fermé la porte, la semaine dernière, à une légalisation du cannabis récréatif. En sera-t-il autrement pour sa version thérapeutique, seule à même, semble-t-il, de soulager des dizaines, voire des centaines de milliers de patients victimes de douleurs chroniques insupportables ? Le comité d’experts mis en place par l’Agence du médicament (ANSM) y est favorable, lui qui a été chargé, à l’automne dernier, d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Alors qu’une dernière réunion était organisée mercredi avec les associations de patients et les professionnels de santé, la structure pilotée par le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier doit rendre aujourd’hui son avis définitif. Son issue ne fait guère de doute. Le comité a déjà validé, en décembre, la « pertinence » de la démarche. Et a livré ses « préconisations », le 19 juin, sur la façon dont devrait se dérouler la « mise à disposition » de ce produit sensible, déjà utilisé clandestinement par de nombreux malades. En France, on estime qu’il y a 1,4 million d’usagers réguliers du cannabis, et 700 000 usagers quotidiens, dont un tiers pour des raisons thérapeutiques.

D’après le plan du comité Authier, une expérimentation serait menée « en situation réelle », pour cinq pathologies spécifiques : les douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, les épilepsies résistantes aux traitements, les effets secondaires des chimiothérapies, les soins palliatifs ainsi que les contractions musculaires incontrôlées (spasticités) de la sclérose en plaques. « Des pathologies choisies en fonction des données scientifiques disponibles et qui sont en tête des prescriptions de cannabis dans le monde, là où cela a été légalisé », précise Nicolas Authier. Différents dosages des deux principes actifs majeurs du cannabis (le THC et le CBD) seraient proposés, prescrits par les seuls médecins spécialistes des indications choisies, s’ils sont « volontaires » pour participer et se former. Exit le fameux joint – la combustion étant nocive pour la santé –, les experts recommandent d’utiliser deux formes principales de cannabis : celles à « effet immédiat » (huile et fleurs séchées pour inhalation) et celles à « effet prolongé » (solutions buvables et capsules d’huile).

« Nous avions la crainte que les fleurs ne soient pas autorisées. Aujourd’hui, le comité les promeut, c’est une bonne nouvelle », a réagi Bertrand Lebeau, médecin addictologue qui soutient le collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique (ACT). Coprésident du collectif, Bertrand Rambaud, séropositif depuis trente-cinq ans et utilisateur de cannabis depuis quinze, regrette, lui, le cadre trop contraint de cette expérimentation. « Cinq pathologies retenues, c’est bien peu quand l’Association internationale pour le cannabis médical (IACM) en recense 41 pour lesquelles il est efficace. De même, limiter la prescription aux seuls médecins spécialistes risque de tuer dans l’œuf cette expérimentation. Ces médecins sont déjà surbookés, ils ne prendront pas le temps de se former. » Conscient du risque, Nicolas Authier défend ce qu’il présente comme une « mesure de précaution ». « Beaucoup de médecins, et notamment les généralistes, restent dubitatifs sur l’utilité du cannabis, pollués sans doute par l’image négative qu’il conserve. L’expérimentation permettra de voir si ce cadre est trop restrictif. »

Source : L'Humanite.fr, 27/06/2019.


mercredi 19 juin 2019

Le cadre de l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France dévoilé

Le comité d’experts mandaté par l’Agence nationale de sécurité du médicament a publié mercredi son projet de cadre pour cette phase expérimentale. 


Les modalités de l’expérimentation du cannabis à visée thérapeutique sont désormais connues. Six mois après le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le comité d’experts (CSST) mandaté par l’agence a publié, mercredi 19 juin, son projet de cadre pour cette phase expérimentale. « C’est une proposition raisonnable, qui respecte l’exercice médical et le patient, et qui ne fait pas croire qu’on peut prescrire le cannabis thérapeutique de manière plus souple qu’on ne le ferait avec un médicament traditionnel », explique le professeur Nicolas Authier, le président du CSST.
Quelques ajustements restent toutefois encore possibles, l’avis n’étant formellement adopté par le CSST que le 26 juin. Pour être appliqué, le texte devra ensuite être avalisé par le directeur de l’ANSM puis obtenir le feu vert de la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de signaux de la part du gouvernement, qu’ils soient inquiétants ou rassurants », constate M. Authier, qui rappelle qu’« à ce stade, on n’est pas dans une phase de légalisation du cannabis thérapeutique, mais d’expérimentation. La légalisation ne viendra – ou pas – que dans un second temps. »

  • Quand débutera l’expérimentation ?
L’expérimentation devrait démarrer début 2020. Elle est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par le comité scientifique. Un « registre national électronique exhaustif » sera mis en place afin de recueillir les données cliniques.
  • Qui sera autorisé à prescrire ?
Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Le médecin traitant est autorisé à prendre le relais « une fois le traitement du patient stabilisé ». « Il ne faut pas que ce soit un dispositif purement hospitalier si on veut que tous les patients puissent y avoir accès de manière équitable », précise M. Authier.
Pour Nathalie Richard, directrice adjointe des antalgiques et des stupéfiants à l’ANSM, « l’essentiel est que les choses soient bien cadrées dès le début de l’expérimentation. A l’étranger, quand le cadre d’usage du cannabis thérapeutique était un peu flou, ou qu’il n’y avait pas de cadre du tout, il y a eu une mauvaise adhésion des médecins car ils se retrouvaient sans repères. Il faut donc au maximum que les médecins qui en prescriront soient hyperformés et volontaires pour le faire ».

dimanche 4 novembre 2018

Le Canada légalise le cannabis

Il devient le deuxième pays, après l’Uruguay, à autoriser la vente libre de marijuana, avec l’objectif avoué de faire disparaître le marché noir.


Après quasiment un siècle de prohibition, le Canada est devenu mercredi 17 octobre le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif, une réforme historique attendue à travers le pays tant par les consommateurs de cette drogue douce que par les marchés boursiers.
Dès minuit (heure locale ; 4 h 30 à Paris mercredi) à Saint-Jean-de-Terre-Neuve (Est), des dizaines de personnes ayant bravé le froid pendant plusieurs heures ont acheté les premiers grammes de cannabis « légal » dans une boutique de l’enseigne Tweed, brièvement ouverte dès minuit pour marquer l’occasion.

Autant de recettes que de provinces

Trois ans après son élection, le gouvernement libéral de Justin Trudeau réalise l’un de ses engagements de campagne les plus symboliques : le Canada est seulement le deuxième Etat de la planète à autoriser la marijuana récréative, après l’Uruguay en 2013. La mise en œuvre de cette mesure sera donc scrutée et disséquée tant par les Canadiens, appelés aux urnes dans un an pour des législatives incertaines, que par les pays alliés d’Ottawa, dont certains ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique.
Au Québec, les boutiques d’Etat de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ouvriront leurs portes à 10 heures (16 heures à Paris). La SQDC démarre avec douze magasins mais en vise jusqu’à cent cinquante d’ici à trois ans. A l’inverse, le Manitoba (Centre) et l’Alberta (Ouest) ont décidé de libéraliser cette industrie et une poignée de points de vente privés seront inaugurés mercredi.
Le gouvernement a voulu permettre à chaque province d’organiser le commerce de l’herbe, et de Montréal à Vancouver en passant par Toronto et Winnipeg, chaque région a retenu sa propre recette pour organiser ce marché juteux, évalué à environ 6 milliards de dollars canadiens (4 milliards d’euros) par an.


vendredi 2 novembre 2018

Le Canada devient le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis

Depuis le 17 octobre, il est possible d’acheter du cannabis en toute légalité au Canada. Trois ans après son élection, le gouvernement libéral de Justin Trudeau réalise l’un de ses engagements de campagne les plus symboliques. 


Le Canada est seulement le deuxième Etat de la planète à autoriser la marijuana récréative, après l’Uruguay en 2013. Une réforme historique saluée par de longues files d’attente de consommateurs levés aux aurores pour être parmi les premiers servis. D’autres pays ont fait un pas dans ce sens. Aux Etats-Unis, la consommation récréative de cannabis a été légalisée dans huit Etats. Parallèlement, nombre de pays comme les Pays-Bas ou l’Espagne ont dépénalisé la marijuana ou légalisé le cannabis thérapeutique.

Source : Le Monde, 18/10/2018.

dimanche 13 août 2017

Drogues en Europe : les jeunes Français en tête du peloton

D’après le rapport européen sur les drogues de 2017, la France se situe en tête à la fois de la consommation de cannabis et de la consommation des plus jeunes.

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) a publié en juin son rapport sur les drogues de 2017. Ce rapport évalue la consommation, le trafic et la dangerosité des drogues en Europe, en Turquie et en Norvège. Ce rapport reprend aussi les données de l’ESPAD, une étude menée tous les 4 ans sur les usages de drogue chez les 15-16 ans.

Le cannabis toujours en tête

En Europe, le cannabis reste la drogue illicite la plus susceptible d’être consommée. Le nombre d’adultes ayant déjà consommé du cannabis est estimé à 87,7 millions. Il est cinq fois plus courant que les autres: la cocaïne (17,5 millions), la MDMA (le principe actif de l’ecstasy, 14 millions) ou les amphétamines (12,5 millions).


Prévalence de la consommation de cannabis au cours de l’année écoulée chez les jeunes adultes (15-34 ans).
En France, le cannabis est donc en tête, avec 22,1% des jeunes adultes qui en ont consommé dans l’année passée (le pourcentage le plus élevé des 30 pays étudiés). En comparaison, la cocaïne est à 2,4%, la MDMA 2,3% et les amphétamines 0,7% (données de 2014). Une consommation de cannabis qui est en augmentation depuis 2010.
Jusqu’à récemment, l’usage de MDMA était plutôt en baisse, mais cette tendance semble s’inverser pour plusieurs pays. Concernant la consommation par an des jeunes adultes (15-34 ans), la France et la Finlande signalaient ainsi de fortes augmentations en 2014, d’après les dernières données. La consommation de cocaïne a également cessé de baisser pour se stabiliser, voire augmenter, comme en France. L’usage de Kétamine (un anesthésiant) , de GHB et d’hallucinogènes demeure limité, comme celui d’amphétamines. L’héroïne et les autres opiacés (morphine, etc...) sont peu consommés, mais leur usage entraîne plus de risques, de par leur mode de consommation par injection. Cependant, la pratique de l’injection continue de reculer.

 Le Figaro santé, 10/08/2017


dimanche 24 avril 2016

Faire la guerre à la drogue « ne protège absolument pas »

Du 19 au 21 avril, l’ONU tient une session extraordinaire consacrée aux drogues. Le projet de résolution entérine l’échec du tout-répressif qui a prévalu ces dernières décennies. Quelles ont été les conséquences de cette guerre contre la drogue ? Que peut-on vraiment attendre de la résolution non contraignante qui sera votée à l’issue de cette session de l’ONU ? Que répondre à ceux que la dépénalisation, du cannabis notamment, inquiète ? Réponses du psychologue Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction.

Le Monde, 19/04/2016.


http://www.lemonde.fr/addictions/video/2016/04/19/faire-la-guerre-a-la-drogue-ne-protege-absolument-pas_4905101_1655173.html



mardi 19 avril 2016

En France, l’alcool et le tabac sont les drogues les plus meurtrières

L’ONU tient sa session extraordinaire consacrée au problème mondial de la drogue à partir du mardi 19 avril. Ce rendez-vous pourrait marquer un tournant dans l’approche de la politique sur les stupéfiants, alors que le bilan du plan d’action 2009-2019, qui fait la part belle au tout-répressif, est l’objet de critiques.

L’assemblée pourrait suivre l’orientation prise par l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui plaide pour « réexaminer les politiques et les pratiques » en matière de lutte contre la consommation de drogue.

Par la voix de son président, Werner Sipp, l’OICS invite à mettre « la santé physique et morale au cœur d’une politique équilibrée en matière de drogues », mais sans pour autant « choisir entre une action antidrogue militarisée et la légalisation de l’usage ».
L’OICS va un peu moins loin que la Commission globale sur la politique des drogues, regroupant d’anciens chefs d’Etats, qui a carrément parlé d’« échec » de quarante ans de répression.

Le tabac et l’alcool, de loin les plus mortelles

 

Au centre des débats, il y a – en dehors de l’inefficacité de la répression puisque la production d’héroïne, de cocaïne et de cannabis a cru depuis le début du XIXe siècle – la dangerosité des drogues.
Selon les chiffres de l’Insee sur les morts liées à l’alcool et au tabac, et ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ex-Afssaps), ce sont les drogues légales qui tuent le plus en France. Le tabac est responsable de 78 000 décès chaque année, l’alcool 49 000. Les opioïdes légaux – hors traitements de substitution – ont tué 43 personnes.

Les morts liées à la drogue en France, selon les chiffres de 2010. 
 
Des chiffres toutefois à mettre en relief par le fait que les drogues illicites sont consommées dans des proportions bien plus faibles. Selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le tabac a été « expérimenté dans l’année » plus de trois fois plus que le cannabis en 2014 (l’OFDT ne dispose pas de chiffres pour l’héroïne).

Lecture : 16 millions de Français ont consommé du tabac au moins une fois pendant l'année 2014.
Ces drogues interdites tuent logiquement moins, ainsi en 2010, 53 morts ont été provoquées par des surdoses d’héroïne selon l’enquête « Drames » de l’ANSM. La cocaïne, elle, a tué 30 personnes, et le cannabis… personne.

Le Monde, Pierre Breteau, 19/04/2016.

mardi 12 avril 2016

6 graphiques qui montrent les limites de la répression des drogues en France

« La prohibition du cannabis en France mérite d’être discutée ». Jean-Marie Le Guen a pris position lundi 11 avril sur BFM TV contre la politique actuelle de lutte contre la drogue qui « n’amène pas la diminution de la consommation ».

 

Jeudi 7 avril, justement, une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) montrait les limites de l’action de l’État. En vingt ans, le nombre d’affaires liées aux stupéfiants a explosé, mais ce sont surtout les simples consommateurs, plus que les trafiquants, qui sont visés. Tour d’horizon en chiffres.


1. L’explosion des affaires d’« usage simple » de drogue

L’un des intérêts de cette étude est qu’elle distingue des catégories d’affaires : « usage simple », « usage revente », « trafic local », « trafic international »… Un degré de précision qui va au-delà de la loi, qui ne distingue que l’usage et le trafic de drogue. Principal enseignement : le nombre d’affaires liées à un « usage simple » a été multiplié par sept en vingt ans quand les autres types d’affaires ont doublé ou triplé.

 

2. Seules 10 % des affaires concernent un revendeur ou un trafiquant

 

Ces chiffres montrent la « mobilisation des services de police et des unités de gendarmerie » mais interroge sur les résultats d’autant d’efforts. En vingt ans, dans un contexte de forte hausse globale, ce sont surtout les affaires concernant les simples consommateurs qui ont augmenté, passant d’environ 7 cas sur 10 à de 9 cas sur 10, au détriment des affaires impliquant un revendeur ou un trafiquant.


 (...) Le Monde, 12/04/2016.