dimanche 5 novembre 2017

Mesdames, depuis 11h44 aujourd'hui, vous travaillez bénévolement

Les femmes gagnent 15,8% de moins que les hommes. Elles devraient donc logiquement travailler 15,8% de temps de moins.

Si vous êtes une femme, sachez qu'à compter d'aujourd'hui, 11h44, vous travaillez "bénévolement" jusqu'à la fin de l'année. Ou tout comme.
En prenant en compte les différences salariales entre les hommes et les femmes, la lettre d'information "les Glorieuses", qui milite notamment pour l'égalité professionnelle, conclut que "s'il y avait une égalité des salaires en France, les femmes pourraient s'arrêter de travailler le vendredi 3 novembre à 11h44", pour gagner la même somme qu'actuellement.

 

 

"Les Glorieuses" expliquent : 


"L'organisme [européen de statistiques Eurostat] vient de publier les chiffres en se basant sur l'année 2015 : les femmes gagnent 15,8% de moins que les hommes. Nous avons adapté ce rapport au nombre de jours ouvrés en 2017 (253), ce qui nous a donnés 39,658 jours ouvrés [de différence entre les hommes et les femmes, NDLR]. Cette méthode nous a ainsi permis d'arriver à la date du 3 novembre 2017 à 11h44 et 9,7 secondes." Cette différence de 15,8% tient compte du salaire horaire de l'ensemble des hommes et des femmes employés dans les secteurs de l'industrie, de la construction et des services (à l'exception de l'administration publique). Mais il ne prend pas en compte les différences de temps de travail (temps complet ou temps partiel), ainsi que les tranches d'âges, les types de contrat, les postes occupés...

En intégrant ces facteurs, et donc en observant les inégalités salariales entre les hommes et les femmes "toutes choses égales par ailleurs" (selon la formule consacrée), environ 10,5% d'écart de salaire demeure inexpliqué, selon des données de 2012 du ministère du Travail.

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L'Obs, 03/11/2017. 
Article intégral en ligne : https://tempsreel.nouvelobs.com

samedi 4 novembre 2017

Pour les futurs soignants, l’éthique n’est plus une option

Longtemps tenue loin des bancs de l’université, l’éthique médicale a désormais sa place dans les formations des futurs soignants, en particulier des médecins.



L’éthique médicale doit-elle s’enseigner à l’université ? C’est une question presque aussi vieille que le monde. Au Ve siècle avant notre ère, Socrate se la posait déjà : la vertu peut-elle s’enseigner ? Peut-on transmettre la morale ou relève-t-elle du cheminement intime et des valeurs de chacun ? Les facultés de médecine et autres écoles de professionnels de la santé ont longtemps penché, en France, pour la deuxième option. L’éthique ne pouvait s’apprendre que sur le terrain, en particulier durant les stages.
Mais depuis le début des années 2000, cette idée est de plus en plus battue en brèche. En atteste cet avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), publié en 2004, qui interpelle les pouvoirs publics sur la nécessité de privilégier chez les futurs professionnels de santé la réflexion et le recul critique plutôt que l’accumulation de concepts : « Former à l’éthique, n’est-ce pas “allumer des feux” plutôt que de “remplir des vases”, pour paraphraser Montaigne ? »

Le choc du sida


L’équipe de rapporteurs, dirigée à l’époque par le philosophe Pierre Le Coz plaide avec force pour « une plage de cours centrés sur l’éveil des dispositions au questionnement devant les cas particuliers à la lumière de la pluralité des situations, des contextes ». Une option déjà défendue quelques mois plus tôt par Alain Cordier, ancien directeur de l’AP-HP et alors président du directoire de Bayard (éditeur de La Croix) dans un rapport qui a fait date : « Éthique et professions de santé ».

Les raisons de ce basculement ? « Il y a d’abord eu l’énorme choc auquel nous avons été confrontés dans les années 1990, avec le sida, répond Nadine Le Forestier, neurologue au centre SLA de la Pitié-Salpêtrière et membre de l’espace éthique de la région Île-de-France. Cela a modifié notre rapport au monde : les médecins se sont retrouvés face à des patients qui ont très vite exigé qu’on les considère et qu’on fasse très vite avancer la recherche. » D’où la mise à mal, selon cette neurologue enseignant l’éthique dans plusieurs facultés parisiennes, du rapport paternaliste qui régnait alors en maître entre les médecins et leurs patients.


Le besoin d’information des malades a aussi été renforcé, ces dernières années, par la complexification des soins et des techniques médicales. « Les patients ont besoin de savoir, ils se renseignent par eux-mêmes, exigent d’être très vite informés. Aujourd’hui, lorsqu’ils arrivent chez leur médecin pour une première consultation, ils ont deux dossiers sous le bras : le premier avec des informations tirées d’Internet, et un second avec des éléments donnés par des associations. »


« On a fait intervenir des juristes, des cliniciens et des patients »



Désormais, même si chaque université garde la maîtrise des détails de son propre cursus, la tendance est générale : longtemps optionnels, ces enseignements sont devenus obligatoires dans la plupart des facultés de médecine. En première année d’études, par laquelle passent désormais tous les apprentis médecins, mais aussi les futurs pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes et kinésithérapeutes.

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La Croix, 06/11/2017.
Article intégral en ligne : https://www.la-croix.com



vendredi 3 novembre 2017

Démographie médicale : les disparités se creusent en France

Alors que la France n'a jamais compté autant de médecins, l'accès aux soins se détériore dans un grand nombre de régions et de départements. 

A la veille de la présentation du plan gouvernemental de lutte contre les déserts médicaux, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) dresse un sombre tableau de la situation dans son nouvel atlas de la démographie. Alors que la France n’a jamais compté autant de médecins – 290 974 praticiens sont inscrits à l’Ordre –, l’accès aux soins se détériore, et en particulier dans les régions déjà en difficulté.
« Depuis 1979, le nombre de médecins a quasiment doublé. Mais cette progression a ralenti au cours de la dernière décennie, a décrit le Dr Jean-Marcel Mourgues, président de la section santé publique et démographie au CNOM, lors de la présentation de l’atlas ce jeudi. La part des médecins en activité stagne alors que celle des retraités augmente. »
Source : Évolution du nombre depuis médecins actifs et retraités depuis 1979, CNOM.

6 % de retraités actifs

De fait, entre 2007 et 2017, la proportion de médecins actifs a reculé de 10 points. Aujourd’hui, plus de deux tiers des médecins inscrits à l’Ordre travaillent dans leur cabinet, à l’hôpital ou les deux. Dans le même temps, la part des retraités est passée de 14 à 20 %. Sur les 75 000 médecins retraités, 6 % ont renfilé leurs blouses en 2017. Ils sont 6 fois plus nombreux à avoir fait ce choix par rapport à 2007.
Ces nombreux départs en retraite et l’arrivée de sang frais favorisent la féminisation de la profession. A en croire l’atlas 2017, quasiment un médecin sur deux en France est une femme. « Si la tendance se poursuit, on atteindra la parité parfaite en 2020 », a précisé le Dr Jean-Marcel Mourgues. Les médecins actuellement en activité sont aussi plus jeunes : 20 % ont moins de 40 ans en 2017 contre 14 % dix ans plus tôt.