dimanche 8 mars 2015

Du cuivre pour lutter contre les infections à l'hôpital

L'utilisation de ce métal aux vertus antimicrobiennes dans la robinetterie, les poignées de portes et autres éléments de mobilier, pourrait permettre de limiter les infections nosocomiales. 

 
Ouvert en janvier, le centre intergénérationnel multi-accueil (Cigma) de Laval, en Mayenne, fait le choix du cuivre: 260 mètres de mains courantes et 200 paires de poignées de porte en métal précieux en lieu et place de l'inox ou du PVC traditionnels. Rien à voir avec un quelconque caprice : le gestionnaire de cet établissement d'hébergement de personnes âgées, qui fait également office de crèche, souhaite ainsi protéger ses pensionnaires contre les bactéries. L'idée lui vient d'Angleterre. En 2006, l'université de Southampton publie en effet une étude dans laquelle elle démontre les propriétés antimicrobiennes du cuivre. Plus de 99% des principales bactéries, même très résistantes aux antibiotiques, meurent en moins de deux heures sur une surface cuivrée ou en alliage de cuivre. Or une grande partie des infections contractées dans les établissements de soins, dites nosocomiales, sont liées à ces bactéries qui se transmettent par contact, d'une surface quelconque à la main puis à la bouche, aux organes sexuels ou aux plaies. En France, plus de 5% des patients sont touchés et plus de 4000 en meurent chaque année selon une estimation de l'office parlementaire d'évaluations des politiques de santé.
Lundi, quelques jours avant la journée mondiale sur la résistance bactérienne organisée le 7 avril par l'Organisation mondiale de la santé, l'université a réalisé, en partenariat avec l'Institut européen du cuivre, une expérience impressionnante diffusée en direct sur Internet. La quasi intégralité des 10 millions de staphylocoques dorés résistants à la méticilline (un antibiotique courant) déposés sur un morceau en cuivre d'un cm2 sont tués en moins de huit minutes. Sur une surface témoin en inox, les bactéries continuent au contraire à se développer. «Les ions cuivres en surface sont intégrés dans le métabolisme des microbes et conduisent à la formation de molécules qui viennent perturber leur respiration», explique au figaro.fr le microbiologiste Bill Keevil, microbiologiste à Southampton et pionnier de ce domaine de recherche.

Après les premiers travaux encourageants menés en 2006, des chercheurs mènent dès l'année suivante une expérience in situ de 18 mois à l'hôpital de Birmingham. Essai réussi : les éléments en cuivre (poignées, plaques métalliques, etc.) présentent globalement entre 90 et 100% de micro-organismes en moins par rapport aux surfaces analogues en inox à la fin de la journée (résultats publiés dans The Journal of Hospital Infection). Une étude similaire menée au Chili donne des résultats approchants. D'autres expériences sont en cours en Allemagne, en Grèce, en Afrique du Sud et au Japon.
Pour le moment, aucun résultat sur le bénéfice direct pour les patients n'a été publié. Aux Etats-Unis, où les propriétés microbicides de 282 alliages en cuivre ont été reconnues par les autorités depuis 2008, les scientifiques regardent si l'utilisation de ces matériaux dans le mobilier permet effectivement de limiter le nombre d'infections. «Nous attendons les premiers résultats en mai et en juin», confie le directeur du centre d'information sur le cuivre Olivier Tissot, très optimiste sur leur nature. D'après lui, les autorités sanitaires françaises attendent justement ces résultats pour réfléchir à d'éventuelles recommandations tout en soulignant que l'utilisation de cuivre ne remplacera jamais les mesures actuelles d'hygiène (se laver les mains entre chaque patient, etc.).
Une frilosité bien compréhensible : cette nouvelle piste de lutte contre les infections, aussi encourageante soit-elle, a un coût. Le Cigma de Laval, premier établissement en France à expérimenter le cuivre, a déboursé 35.000 euros pour ses équipements novateurs. Autant dire que remplacer tous les éléments métalliques des lits, des brancards, des portes battantes ou encore des stéthoscopes et des cuvettes de toilettes dans les hôpitaux représenterait un investissement considérable. Pas impossible toutefois que le jeu en vaille la chandelle : un rapport du Sénat sur les politiques de santé publique estimait en 2006 entre 730 millions et 1,8 milliards d'euros le surcoût lié aux infections nosocomiales.

Tristan Vey, Le Figaro, 06/04/2011.

À l'hôpital, les soignants négligent les règles d'hygiène

Une étude sur le personnel à Marseille révèle que moins d'un soignant sur cinq se lave les mains avant d'entrer en contact avec les malades.

 
En cette période d'épidémie de grippe, il y a un fait qui a de quoi inquiéter les malades hospitalisés: un soignant sur cinq seulement, se lave les mains avant de les toucher. Le chiffre dévoilé il y a quelques semaines lors des États généraux des infections nosocomiales est plus que jamais d'actualité. Car, faut-il le rappeler?, le virus de la grippe et bien d'autres microbes se transmettent par les mains.

«Nous avons nous-mêmes été très étonnés par ces résultats », reconnaît le professeur Philippe Brouqui, chef du service des maladies infectieuses à l'initiative de l'expérience. Jusqu'à présent l'évaluation de l'hygiène des mains reposait soit sur une observation réalisée par des personnes étrangères au service qui suivaient les équipes, soit sur l'étude des volumes de solutions hydroalcooliques consommées. Deux méthodes qui possèdent forcément des biais.

Pour être au plus près de la réalité l'équipe du service a accepté de porter des chaussures dont les talons sont munis de puces électroniques. Plusieurs antennes destinées à repérer ces puces ont été installées aux endroits clés: sous le dispensateur de solution hydroalcoolique en dehors de la chambre, à l'entrée de la chambre et sous le dispensateur situé dans la chambre. Une dernière antenne, au niveau du lit, délimite une «zone de sécurité» où le soignant ne devrait pas pénétrer sans s'être frictionné les mains. Le verdict est sans appel: 22,6 % du personnel soignant se lave les mains avant d'entrer en contact avec les malades et 21 % le font uniquement après. Nous sommes bien loin des taux de lavage des mains de près de 70 % observés lors d'un audit national réalisé par le groupe d'évaluation des pratiques en hygiène hospitalière publié en 2011.
«Dans la vraie vie nous sommes à 20 %, alors même que nous sommes un des services qui consommons le plus de solutés hydroalcooliques… ce qui signifie que cet indicateur n'est pas pertinent », analyse Philippe Brouqui. Aujourd'hui le service des maladies infectieuses de Marseille est passé à l'étape suivante. Le personnel soignant reçoit régulièrement des SMS qui tiennent chacun au courant de sa pratique personnelle. Selon Philippe Brouqui, ce simple rappel a multiplié par deux le taux de lavage des mains. Étape suivante: une alarme se mettra à sonner à chaque fois qu'un soignant s'approchera du lit du malade sans s'être lavé les mains. Reste à savoir si cette mesure concernera tout le personnel et tous les actes.

«Au quotidien, ce n'est pas si simple de se laver les mains en permanence. Si vous avez des gants, si vous tenez un plateau, des médicaments…. Pour progresser et atteindre notre cible nous devons déterminer les gestes les plus à risques pour les patients », estime Philippe Brouqui. Car le but est d'être efficace pour parvenir à faire baisser le nombre d'infections nosocomiales, c'est-à-dire les infections contractées à l'hôpital.
En France un patient sur vingt est atteint d'une affection nosocomiale, soit plus de 15 000 personnes, selon les données de l'Institut de veille sanitaire. Un pourcentage qui n'a pas diminué entre 2006 et 2012.

Anne Prigent, Le Figaro, 04/03/2015.

jeudi 5 mars 2015

Rougeole : pourquoi s'opposer au vaccin est dangereux

Le virus est de retour à Berlin, où un enfant de 18 mois est mort. Die Zeit veut en finir avec les mythes qui entourent cette maladie, et rétablir la vérité sur la vaccination. 


La vaccination n'est-elle pas par principe dangereuse et contre-nature ? N'avons-nous pas survécu à la rougeole quand nous étions petits ? Si vous posez la question aujourd'hui dans une crèche, vous aurez peut-être l'impression que les opposants au vaccin sont devenus largement majoritaires. Mais en réalité, seule une infime minorité de parents s'oppose à la vaccination de leur progéniture. Prétendre que plus personne ne fait vacciner ses enfants contre la rougeole est aussi mensonger que lier cette maladie à l'autisme.
Personne ne devrait être contaminé par la rougeole aujourd'hui, et encore moins en mourir. Cette maladie infectieuse, dont on minimise souvent la gravité en la présentant comme une maladie infantile, aurait pu être éradiquée depuis longtemps de la surface de la Terre. Et notamment en Allemagne. Il existe des vaccins, bon marché et accessibles à tous. Ils sont sûrs, offrent une excellente protection et ne présentent que de très rares risques d'effets secondaires dangereux. La rougeole en revanche est une maladie dangereuse qui peut se transformer en infection grave et parfois mortelle.

L'épidémie fait rage à Berlin

C'est ce qui s'est passé récemment à Berlin avec la mort d'un bébé de 18 mois. Depuis, l'épidémie fait rage dans la capitale : plus de 570 cas ont été répertoriés. Ce bébé n'aurait jamais dû contracter la maladie. Les médecins recommandent une première injection de vaccin entre 11 et 14 mois chez l'enfant. Même s'il n'était pas vacciné, l'enfant n'aurait pas dû tomber malade. Cela ne se serait pas produit si les gens autour de lui avaient été suffisamment protégés contre la rougeole. Dans un groupe très largement immunisé contre une maladie, même ceux qui ne sont pas vaccinés sont en réalité protégés.
Le taux de vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole reste très élevé en Allemagne. Il varie peu entre les régions et se situe en moyenne autour de 90 %. Mais, pour prémunir la totalité des habitants, il devrait atteindre au moins 95 % dans toutes les classes d'âge.
Les gens qui refusent délibérément la vaccination créent une dangereuse faille. Ils ne sont pas nombreux : seul 1 % des parents interrogés par l'agence fédérale pour l'éducation à la santé (BZgA) se disent fermement opposés à la vaccination de leur enfant. Ajoutés au nombre d'adultes non vaccinés, cela suffit toutefois à mettre en danger des centaines de personnes aujourd'hui à Berlin.

La vaccination : l'un des plus grands progrès de la médecine 

Pourquoi la rougeole est-elle réapparue en Allemagne ? L'infection se propage dans la capitale depuis octobre 2014. Les premiers cas étaient essentiellement des demandeurs d'asile venus de Bosnie-Herzégovine ou de Serbie. L'épidémie sévissait déjà depuis plusieurs mois dans ces pays où la population est nettement moins vaccinée qu'en Allemagne. Mais de nouveaux cas sont apparus depuis et touchent toute la population de la ville.
Les vaccins ont trop de réussites à leur actif pour les nommer toutes. Ils constituent l'un des plus grands progrès de la médecine depuis deux mille ans et il est proprement stupéfiant de voir que certains rejettent encore leur usage. Seul l'accès à des sources d'eau propre a permis un plus grand recul des infections dans le monde que les campagnes de vaccination.
Les vaccins ont permis d'éradiquer des maladies comme la variole, qui jusque dans les années 1960 tuait 2 millions de personnes par an dans le monde. Grâce aux vaccins contre la varicelle, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l'hépatite, la poliomyélite, la rougeole, la tuberculose et d'autres infections bactériennes liées à Haemophilus influenzae B (Hib), près de 6 millions de morts sont évitées chaque année.

Vaccin et autisme : un mensonge éculé

Pour faire vacciner ses enfants, il faut avoir confiance en la médecine. Cette confiance finit parfois par vaciller et de nombreux parents s'inquiètent de possibles effets secondaires. Il est de plus en plus fréquent d'entendre que la vaccination peut provoquer des formes d'autisme. D'après une récente étude, 20 % des jeunes adultes américains sont convaincus de l'existence d'une telle corrélation.
Cette peur vient des travaux d'un homme : Andrew Wakefield. Ce médecin est l'auteur d'une étude publiée dans la célèbre revue The Lancet. Une étude que les opposants au vaccin citent encore aujourd'hui. En 1998, Andrew Wakefield fait état d'un possible lien entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) et l'autisme. Son étude sera toutefois retirée en 2010, après la révélation que le chercheur comptait en fait commercialiser un test de dépistage de cette forme d'autisme imaginaire.
La peur du vaccin progresse au détriment de notre santé

Depuis l'étude frauduleuse de Wakefield, aucun chercheur n'a réussi à démontrer l'existence d'un lien entre le vaccin ROR et l'autisme. "Le vaccin contre la rougeole est utilisé depuis plus de quarante ans dans le monde, il est considéré comme parfaitement sûr", rappelle Dorothea Matysiak-Klose, de l'Institut Robert Koch.
La peur du vaccin progresse au détriment de notre sécurité. Une diminution des vaccinations permet aux maladies de survivre. Oui, il arrive que des enfants contractent une maladie rare après avoir été vaccinés. Mais si trop de parents se laissent gagner par la peur, c'est la santé de tous qui est menacée. On peut comprendre que les parents cèdent à l'inquiétude. La répétition continue d'informations fragmentaires et anxiogènes finit par les alarmer. Certains se disent que "tant que les enfants des autres sont vaccinés, le mien ne risque rien". Mais c'est un raisonnement à courte vue.

—Alina Schadwinkel et Sven Stockrahm
Publié le 23 février 2015 dans Die Zeit (extraits) Hambourg


Courrier international, 23 février 2015.

Rougeole : vaccination mode d’emploi

L’Europe voulait éradiquer la rougeole au plus tard en 2015. Mais, pour y parvenir, il aurait fallu que la population continue à se faire vacciner.


DIE ZEIT. L’hebdomadaire de Hambourg publie chaque semaine dans sa rubrique “Wissen in Bildern” (Le savoir en images) une infographie originale. Celle-ci, parue le 19 décembre, montre le fonctionnement du vaccin contre la rougeole. Cette maladie est en recrudescence en Allemagne comme dans toute l’Europe et les Etats-Unis. La raison ? Les gens font de moins en moins vacciner leurs enfants, par inconscience ou parce qu’ils sont persuadés que les vaccins sont nocifs (lire page précédente). Ce choix, qui semble relever de la sphère personnelle, est en réalité un véritable enjeu de santé publique. L’OMS estime que la vaccination antirougeoleuse a évité 15,6 millions de décès dans le monde entre 2000 et 2013. L’organisation onusienne a demandé le 25 février que l’Europe intensifie la vaccination contre cette maladie.

Courrier international, 5 mars 2015 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/03/05/rougeole-vaccination-mode-d-emploi

http://www.courrierinternational.com/files/2015/Hebdo/1270/1270-infographie.jpg

Femmes du monde arabe en lutte pour l’émancipation


France 3 diffuse ce jeudi soir, malheureusement à une heure tardive, un documentaire qui retrace toute l’histoire du féminisme arabe, en remontant jusqu’à 1899.

La Révolution des femmes, 
Un siècle de féminisme arabe. France 3, Jeudi 5 mars 2015 à minuit.

La révolution des femmes - Un siècle de féminisme arabe

Lors des soulèvements de Tunisie et d’Égypte, en 2011, les femmes étaient en première ligne. Mais la lutte pour l’égalité des sexes dans le monde arabe a déjà une longue histoire, que nous propose de redécouvrir ce passionnant documentaire de Feriel Ben Mahmoud. Sait-on qu’un certain Kassem Amin, dès 1899, osait s’attaquer, en Égypte, au symbole du voile ? « Imposer le voile à la femme est la plus dure et la plus horrible forme d’esclavage », affirmait-il sans ambages. Quelques décennies plus tard, en Tunisie, la figure de proue du féminisme est encore un homme, Tahar Haddad. Comme son aîné égyptien, il s’en prend à l’obligation de porter le voile. Comme lui également, il ne s’oppose pas à l’islam mais à ses interprétations traditionalistes. Haddad se prononce, de surcroît, pour l’abolition de la polygamie et de la possibilité qu’ont les maris de répudier leurs femmes. Des revendications qui seront traduites en actes en 1956 par Habib Bourguiba, le père de l’indépendance tunisienne. La Révolution des femmes revient aussi, bien évidemment, sur la « première féministe arabe », Hoda Charaoui. Un jour de 1923, celle-ci ôte son voile en public, à la gare du Caire, sous les applaudissements de nombreuses femmes. Elle fondera l’Union féministe égyptienne, luttant pour l’indépendance matérielle des femmes, l’égalité politique et sociale avec les hommes et la coopération entre féministes arabes et européennes. S’il analyse bien les avancées de l’émancipation des femmes au moment des indépendances, le documentaire n’omet pas non plus ses limites. Il montre, en particulier, comment le colonialisme occidental, en instrumentalisant la cause des femmes, a fait le jeu des conservateurs (un phénomène particulièrement patent en Algérie). Au total, Feriel Ben Mahmoud parvient à embrasser une diversité de situations et de pays (il est aussi beaucoup question du Maroc et de l’Arabie saoudite) sans jamais perdre son fil conducteur : l’égalité. Un petit voyage très éclairant, à quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes.

dimanche 22 février 2015

Césars : tout pour «Timbuktu»

Le film d'Abderrahmane Sissako a raflé sept récompenses lors d'une cérémonie interminable, ne laissant que des miettes aux autres favoris.

 

Abderrahmane Sissako avec les sept césars de «Timbuktu», vendredi soir.
Abderrahmane Sissako avec les sept césars de «Timbuktu»,
vendredi soir. (Photo Bertrand Guay. aFP)

Le suspense, au contraire de la cérémonie, n’aura pas duré. En s’arrogeant dès la première demi-heure de la remise des prix un applaudimètre au top et les premières distinctions pour lesquelles il concourrait dans les catégories techniques, Timbuktu s’est imposé presque aussitôt comme l’aspirateur à récompenses de ces césars 2015. Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleur photo, meilleur scénario original, meilleur son, meilleure musique… Avec sept bibelots dorés glanés sur huit possibles, le film d’Abderrahmane Sissako n’a laissé à ses principaux concurrents que les trophées pour lesquels on n’avait pas songé à le nommer (celui du meilleur film d’animation). Porté sans doute autant par son vif succès en salles (plus de 730 000 entrées en France, avant probable ressortie massive dès mercredi prochain) qu’un climat post-attentats forcément présent à l’esprit des votants, Timbuktu dépeint sur un mode calme et douloureux la dévastation humaine et culturelle d’une communauté par l’irruption de l’ordre jihadiste, lors de la guerre de l’Azawad démarrée, en 2012, au Mali.
Le communiqué officiel de Frédérique Bredin, présidente du CNC, envoyé quelques minutes après la fin de la cérémonie, saluait ainsi, quitte à tout mélanger, «un chant de lutte contre la barbarie et chant d’espoir humaniste, qui manifeste de façon éblouissante la force et l’importance du cinéma, dans ces temps dramatiques, pour faire vivre la liberté d’expression et de création et pour faire dialoguer les cultures». Le cinéaste mauritanien, éligible aux césars du fait de sa production française (les Films du Worso de Sylvie Pialat) et oublié du palmarès cannois en mai dernier malgré déjà un accueil euphorique, se trouve ainsi érigé en emblème d’humanisme universaliste. En attendant les oscars de dimanche soir, où il concourt dans la catégorie meilleur film étranger. Dans son long discours, Abderrahmane Sissako a notamment affirmé «qu’il n’y a pas de choc des civilisations, mais bien une rencontre des civilisations». 
Pour le reste, les votants, dans une sorte de crise aiguë de jeunisme ont semblé dire un grand ouste à tous les croulants qui, trentenaires ou plus, prétendaient à quelque récompense que ce soit. Ainsi des principaux prix d’interprétation, revenus à Adèle Haenel (meilleure actrice pour les Combattants, 26 ans), Pierre Niney (meilleur acteur pour Yves Saint Laurent, 25 ans) ou à la teen-idol de passage Kristen Stewart (meilleure second rôle pour Sils Maria, 24 ans). Mais aussi du récipiendaire du prix du meilleur film étranger, Xavier Dolan (25 ans), inexplicablement absent alors que, à notre connaissance, nulle nomination aux oscars n’interdisait sa présence. La razzia Timbuktu n’aura permis à Saint Laurent de Bertrand Bonello (meilleurs costumes), Sils Maria d’Olivier Assayas (le prix alloué à Kristen Stewart), Yves Saint Laurent de Jalil Lespert (Pierre Niney, meilleur acteur masculin), la Famille Bélier d’Eric Lartigau (meilleur espoir féminin à Louane Emera) et Hippocrate (meilleur second rôle masculin pour Reda Kateb) que de se partager presque équitablement les miettes.
Dans l’ombre de Sissako, les Combattants, l'enthousiasmant premier film de Thomas Cailley, s’affirme en revanche discrètement en dauphin, avec tout de même trois prix, et pas des moindres (meilleur premier film, meilleure actrice et meilleur espoir), tandis que Bande de filles de Céline Sciamma et Eastern Boys de Robin Campillo repartent bredouille. A part cela, l’info majeure de la soirée s’est révélée que Kévin Azaïs, couronné meilleur espoir masculin dans les Combattants, n’est autre que le petit frère de l’acteur Vincent Rottiers (lui-même meilleur espoir masculin en 2010).
Comme chaque année, la cérémonie a offert en outre un spectacle éclaboussant de laisser-aller latin et d’incapacité chronique à contrôler quoi que ce soit, sous le regard fatigué de Sean Penn, au-delà de l’overdose d’UV, et d’un Edouard Baer au bout du rouleau - et nous avec. A la suite d’un dérapage de plusieurs fuseaux horaires (trois heures cinquante-quatre !), on soupçonne l’Académie de convoquer dès demain un conseil de surveillance extraordinaire, avec pour principal ordre du jour : «Discours sans fin, plus jamais ça.» Et pourtant cette année : pas l’ombre d’un intermittent vindicatif, rien sur la convention collective, tout juste un vibrant éloge par le président de la cérémonie, Dany Boon, de la richesse du cinéma français, juste avant d’affréter son jet pour Los Angeles.

Libération, 21/02/2015.

Le palmarès complet des césars 2015

«Timbuktu» remporte sept prix dont le meilleur film et la meilleure réalisation. Il est suivi par «les Combattants», avec trois récompenses.

Ce vendredi soir, le Théâtre du Châtelet a accueilli la 40e nuit des césars, raout annuel récompensant (théoriquement) le meilleur du cinéma français. La cérémonie, qui avait consacré l’an dernier Les garçons et Guillaume, à table !, était présidée par Dany Boon et animée par Edouard Baer. En voici le palmarès (en gras, les lauréats), qui consacre Timbuktu, sept fois récompensé:
Meilleur film :Timbuktu. (étaient nommés : Les combattants, Eastern Boys, La famille Bélier, Hippocrate, Saint Laurent, Sils Maria)

Meilleure réalisation :Abderrahmane Sissako (Timbuktu), Céline Sciamma (Bande de filles), Thomas Cailley (Les Combattants), Thomas Lilti (Hippocrate), Bertrand Bonello (Saint Laurent), Olivier Assayas (Sils Maria),  Robin Campillo (Eastern Boys)

Meilleur acteur :Pierre Niney (Yves Saint Laurent), Guillaume Canet (La prochaine fois je viserai le c œur), Niels Arestrup (Diplomatie),  Gaspar Ulliel (Saint Laurent), François Damiens (La famille Bélier), Romain Duris (Une nouvelle amie), Vincent Lacoste (Hippocrate)

Meilleure actrice :Adèle Haenel (Les combattants), Juliette Binoche (Sils Maria), Marion Cotillard (Deux jours, une nuit), Catherine Deneuve (Dans la cour), Emilie Dequenne (Pas son genre), Sandrine Kiberlain (Elle l’adore), Karin Viard (La famille Bélier)

Meilleur film d’animation :Minuscule - la vallée des fourmis perdues, Le chant de la mer,  Jack et la mécanique du coeur

Meilleur court-métrage d’animation : Les petits cailloux,  Bang bang !, La bûche de Noël, La petite casserole d’Anatole

Meilleur espoir féminin :Louane Emera (La famille Bélier), Lou de Laâge (Respire), Joséphine Japy (Respire), Karidja Touré (Bande de filles), Ariane Labed (Fidelio).

Meilleur espoir masculin :Kevin Azaïs (Les combattants), Ahmed Dramé (Les héritiers), Kirill Emelyanov (Eastern Boys), Pierre Rochefort (Un beau dimanche), Marc Zinga (Qu’Allah bénisse la France)

Meilleur premier film :Les combattants, Qu’Allah bénisse la France, Elle l’adore, Fidelio, Party Girl.

Meilleur second rôle masculin :Reda Kateb (Hippocrate), Eric Elmosnino (La famille Bélier), Guillaume Gallienne (Yves Saint Laurent), Louis Garrel (Saint Laurent),  Jérémie Rénier (Saint Laurent)

Meilleur second rôle féminin :Kristen Stewart (Sils Maria), Marianne Denicourt (Hippocrate), Claude Gensac (Lulu femme nue), Izia Higelin (Samba), Charlotte Le Bon (Yves Saint Laurent)

Meilleur scénario/adaptation :Diplomatie, La chambre bleue, Pas son genre, Lulu femme nue, La prochaine fois, je viserai le coeur

Meilleur scénario original :Timbuktu, Les combattants, La famille Bélier, Hippocrate, Sils Maria, 
Meilleur film étranger :Mommy de Xavier Dolan, Twelve Years a Slave de Steve McQueen, Boyhood de Richard Linklater, Deux jours, une nuit de Luc et Jean-Pierre Dardenne, Ida de Pawel Pawlikowski,  The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan

Meilleure musique :Timbuktu, Bande de filles, Bird People, Les combattants,  Yves Saint Laurent

Meilleur documentaire :Le sel de la terre, Caricaturistes, fantassins de la démocratie, Les chèvres de ma mère, La cour de Babel, National Gallery, 

Meilleure photo :Timbuktu, La belle et la bête, Saint Laurent, Sils Maria,  Yves Saint Laurent

Meilleur décor :La belle et la bête, La French, Saint Laurent, Timbuktu, Yves Saint-Laurent

Meilleur montage :Timbuktu, Les Combattants, Hippocrate, Party Girl, Saint Laurent, 

Meilleurs costumes :Saint Laurent, La belle et la bête, La French, Une nouvelle amie, Yves Saint Laurent

Meilleur son : Timbuktu, Bande de filles, Bird People, Les Combattants, Saint Laurent, 

Meilleur film de court métrage :La femme de Rio de Emma Luchini et Nicolas Rey, Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne,  Inupiluk de Sébastien Betbeder, Les jours d'avant de Karim Moussaoui, Où je mets ma pudeur de Sébastien Bailly, La virée à Paname de Carine May et Hakim Zouhani

César d'honneur : Sean Penn

Leurrer le VIH, une nouvelle approche pour le bloquer ?

Il ne s’agit encore que d’un travail expérimental sur la souris, modèle animal pour l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), l’agent du sida, complété par des tests adaptés au virus équivalent chez le singe. Mais il fait apparaître une nouvelle piste de recherches alors que la mise au point de vaccins demeure encore éloignée. Pour autant, des questions essentielles comme celles de la transposition à l’homme et de la toxicité possible restent entièrement en suspens.


Depuis les débuts de la pandémie, mettre au point un vaccin contre le VIH a été l’objectif des chercheurs. Il permettrait d’éduquer préventivement le système immunitaire à reconnaître le VIH et à produire des anticorps afin de l’éliminer et d’empêcher l’infection de se développer. Malheureusement, cette perspective n’est pas près de se concrétiser. Certains scientifiques ont donc envisagé d’autres approches de protection. Parmi celles-ci figurent l’utilisation des médicaments antirétroviraux, comme dans l’essai Ipergay, ou bien ce que l’on appelle l’immunothérapie passive, consistant à apporter au patient les anticorps à même de neutraliser les différentes souches de VIH, technique explorée par l’équipe du Prix Nobel David Baltimore.

Bloquer la clé d’entrée du VIH

 

L’équipe américaine d’une trentaine de chercheurs placés sous la direction de Michael Farzan (Scripps Research Institute, Jupiter, Floride) a choisi une autre approche, celles de leurres, dont les résultats expérimentaux sont présentés dans un article mis en ligne, mercredi 18 février sur le site de la revue Nature. Le point de départ a été la manière dont le VIH pénètre dans les cellules du système immunitaire pour s’y multiplier puis les détruire.
Le VIH possède à sa surface une protéine d’enveloppe qui se lie à un récepteur, une protéine appelée « CD4 », présente sur la plupart des cellules immunitaires (lymphocytes T, macrophages). Cette liaison modifie la protéine d’enveloppe du VIH, qui peut alors se lier à d’autres récepteurs présents sur les cellules humaines, notamment le corécepteur CCR5. La première liaison permet en quelque sorte au virus de fabriquer la « clé » adaptée à la serrure des cellules de l’hôte. Des travaux antérieurs avaient tenté de neutraliser le virus en administrant des immunoglobulines couplées à la protéine CD4. Le but de cette technique était d’offrir au VIH des cibles le détournant des cellules immunitaires qu’il infecte habituellement. Malheureusement, ces premières approches n’ont pas été efficaces.

Un leurre pour neutraliser le virus

 

Michael Farzan et ses collègues ont procédé autrement pour fabriquer un leurre destiné à neutraliser le VIH. Ils ont fabriqué une protéine artificielle, baptisée « CD4-Ig », fusionnant la protéine réceptrice CD4 et l’extrémité du corécepteur CCR5. Après avoir constaté qu’il neutralisait très bien le VIH in vitro, ils l’ont testé avec succès chez des souris utilisées comme modèle animal de l’infection humaine, puis sous une forme adaptée chez quatre macaques.
Cette protéine artificielle a été administrée au moyen d’un vecteur viral utilisé en thérapie génique à quatre singes, quatre autres macaques servant de contrôles. Le vecteur viral – un « vecteur adéno-associé » (AAV) exprimait le gène codant pour la protéine CD4-Ig. Comme il s’intègre dans le génome, il permet une production indéfinie de la protéine artificielle. Les singes ainsi traités ont été exposés par voie veineuse au virus de l’immunodéficience simien (SIV, équivalent pour le singe du VIH). Les quatre animaux ont présenté une protection à pendant au moins trente-quatre semaines après l’exposition au virus.

Questions en suspens

 

Ces résultats sont « intéressants », estime le Pr Jean-Daniel Lelièvre, du Vaccine Research Institute (hôpital Henri-Mondor, Créteil) car ils apportent du crédit au concept de neutralisation par des leurres. Ils constituent une « piste complémentaire à celle du vaccin ». Néanmoins, le chercheur souligne plusieurs limites. Le faible effectif – quatre singes traités – ne permet pas les conclusions hâtives, d’autant que l’exposition expérimentale au virus s’est faite par voie intraveineuse, ce qui ne correspond pas aux conditions les plus fréquentes de contamination pour les humains, où la voie muqueuse (vaginale ou rectale) prédomine.
Ensuite, la question de la tolérance à un tel procédé reste à explorer. Les résultats chez l’animal ne sont pas nécessairement transposables à l’homme. Surtout, « si l’intégration du vecteur dans le génome présente l’avantage d’une production perpétuelle de la protéine artificielle, elle pourrait se retourner en inconvénient majeur si un problème devait apparaître avec cette dernière ».
Enfin, si elle se révélait utilisable chez l’homme, cette approche serait « avant tout destinée à des personnes à très haut risque de contamination et non à la protection à grande échelle d’une population », estime le Pr Lelièvre.

Le Monde, Paul Benkimoun, 19/02/2015.

Qu'est-ce que le plan Orsan, mis en place pour lutter contre l'épidémie de grippe ?

Pour répondre à la vaste épidémie de grippe qui touche le pays, la ministre de la santé, Marisol Touraine, a activé, jeudi 19 février le plan Orsan.

  • Qu'est-ce que le plan Orsan ?
Le plan Orsan – « organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles » – a été créé en 2014. Il existe cinq types de plan Orsan. Il peut être activé notamment en cas de catastrophe naturelle, d'accident nucléaire ou biologique ou d'épidémie, comme c'est le cas aujourd'hui.
Il a déjà été activé partiellement à l'été 2014, pour anticiper la prise en charge de patients atteints du virus Ebola.
  • Pourquoi active-t-on le plan Orsan ?
L'épidémie de grippe qui touche le pays est d'une ampleur exceptionnelle : plus de deux millions de personnes ont été infectées et depuis le 1er novembre, 728 cas graves ont été répertoriés (dont 72 ont abouti à des décès).
Jeudi, les urgentistes avaient dénoncé la « situation sanitaire critique » dans les hôpitaux surchargés. La « sur-saturation des services d'urgence est comparable à celle de l'été 2003 », durant lequel la canicule avait fait 15 000 morts, a estimé auprès de l'AFP le président du SAMU-Urgences de France, François Braun.
Cette surcharge s'explique notamment parce que le vaccin ne correspond pas au virus qui sévit actuellement. La composition de l’actuel vaccin pour l’hémisphère Nord a été arrêtée début 2014, soit quelques mois avant l’apparition d’une souche de type A (H3N2) devenue majoritaire, qui ne peut donc être enrayée par la vaccination

  • Que prévoit exactement le plan Orsan ?
Il permet aux ARS – agences régionales de santé – de dégager des moyens pour gérer l'afflux de malades et de «  prendre toutes les mesures nécessaires pour [qu'ils] puissent bénéficier des soins appropriés », précise le ministère. Ce plan vient compléter des instructions déjà adressées aux ARS et aux établissements en janvier et février, a également rappelé ce dernier.
Concrètement, l'activation de ce plan va principalement porter sur trois points. La prise en charge ambulatoire est renforcée, l'hospitalisation devant intervenir uniquement « pour les situations d'urgence ». Certaines interventions seront repoussées pour libérer de la place dans les hôpitaux, « lorsqu'il n'y a pas de conséquence néfaste pour la santé du patient » selon Christophe Prudhomme, président de l'AMUF, sur BFM-TV.
Tous les établissements, privés compris, devront également repousser certaines interventions « non indispensables », ouvrir des lits supplémentaires et renforcer leurs effectifs, notamment en redéployant certains de leurs personnels. La prise en charge des personnes âgées dans les Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) est également rencorcée.
  • Le plan Orsan sera-t-il efficace ?
Certains professionnels ont critiqué l'annonce de ce plan, qu'ils jugent tardive, à l'instar du professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou (et par ailleurs eurodéputé UMP), interviewé par France 2. Il estime que la réaction a trop tardé :
« [Jusqu'à maintenant] les directions se sont ponctuellement organisées mais pas de signal du ministère de la santé. Aujourd'hui la ministre sort de son trou, déploie son plan ; on est très content, c'est trop tardif. »
Jean-Marc Devauchelle, secrétaire général du syndicat SUD santé AP-HP, interrogé par 20 Minutes, critique le flou qui entoure ce nouveau dispositif :
« La ministre répond aux doléances des urgentistes mais, nous, on attend les directives, et notamment de Martin Hirsch [le directeur de l'AP-HP, qui gère les hôpitaux parisiens] pour la mise en place concrète de moyens et la mise à disposition de lits supplémentaires. [Ce plan] est avant tout du cosmétique, un effet d’annonce. »
Le Monde, 21/02/2015.

Grippe : l'épidémie la plus importante de ces cinq dernières années

La France connaît en ce début d'année 2015 une épidémie de grippe exceptionnelle, qui avait déjà touché le 18 février plus de deux millions de personnes.
Comme le souligne l'Institut de veille sanitaire (INVS) dans ses bulletins, le nombre d'hospitalisations est en constante augmentation. Ainsi, entre le 11 et le 18 février, plus de 415 personnes ont été admises à l'hôpital.



En moyenne, au cours de la semaine dernière, près de 940 personnes en France sur 100 000 ont consulté pour syndrôme grippal. Si le nombre de consultations continue d'augmenter, l'INVS annonce que le pic épidémiologique devrait être proche.



Selon les données de SOS Médecins pour la septième semaine de 2015, la grippe touche toute la France métropolitaine : dans chaque région — à l'exception de la Lorraine —, plus de 15 % des diagnostics concernent la grippe, ce qui correspond à une activité « très forte ».
En revanche, la tendance est à la baisse par rapport à la semaine précédente, puisque seules trois régions sur vingt-deux ont vu une augmentation de l'activité grippale entre les deux dernières semaines.

Jérémie Baruch, Le Monde, 20/02/2015.