mercredi 5 avril 2017

Sida: vers une nouvelle piste pour éliminer le virus

Des chercheurs français ont réussi à détecter les cellules où se cache discrètement le virus latent.


Aucun médicament ne permet pour le moment d’éliminer totalement le VIH (le virus responsable du Sida) chez un malade. Car si les tri thérapies permettent de contrôler l’infection, elles n’entraînent pas l’extermination totale du virus. Celui-ci peut se cacher pendant plusieurs dizaines d’années dans des cellules de l’organisme, les cellules «réservoirs», échappant ainsi à la réponse immunitaire et aux traitements. 

Jusqu’à maintenant, il n’existait aucun moyen de repérer ces cellules, hôtes silencieuses du virus. Pour la première fois, des chercheurs français ont identifié un marqueur qui permet de les reconnaître, et qui permettra, un jour peut-être, de les éradiquer. Leur découverte, fruit de cinq années de travail, a été dévoilée mercredi dans la prestigieuse revue Nature .
«Nous savions que ces cellules réservoirs existaient et qu’il y en avait une sur un million. Ce sont des cellules du système immunitaire, les lymphocytes T CD4. Par contre, nous étions incapables de les identifier, expliquent Benjamin Descours et Gaël Petitjean, coauteurs de l’étude et chercheurs au département de virologie moléculaire, dirigé par le Pr Monsef Benkirane, au CNRS de Montpellier. Désormais, nous connaissons un marqueur, et plus précisément une protéine exprimée à la surface de ces cellules dormantes infectées, la protéine CD32.»

La découverte du marqueur

 

Tout a commencé en 2011, lorsque des chercheurs de ce même laboratoire ont montré comment infecter par le VIH les lymphocytes T CD4. «Après avoir infecté des lymphocytes, nous avons regardé quels gènes s’exprimaient par rapport à un lymphocyte sain. Nous avons sélectionné le gène qui s’exprimait le plus, c’est comme cela que nous avons découvert le gène codant le marqueur CD32», racontent les chercheurs.
Tentative de description de la révélation de CD32A comme marqueur des cellules réservoir du VIH1 / © Fabrice Hyber, pour Organoïde/Institut Pasteur

Pour confirmer leurs résultats, ils ont analysé le sang de 12 patients vivant avec le VIH et sous trithérapie. «Grâce à des anticorps, nous avons isolé les cellules du sang exprimant le marqueur», poursuit Benjamin Descours. Résultat? Un nombre infime de lymphocytes T CD4 (0,0012%) exprimait la fameuse protéine CD32. Et la quasi-totalité de ces cellules était effectivement infectée par le virus. Pas de doute: ces cellules étaient bien des cellules réservoirs. Les chercheurs estiment qu’un malade atteint du VIH doit avoir quelque 4000 cellules réservoirs parmi les 4 milliards de lymphocytes CD4 T qui circulent dans les 5 litres de sang.
Reste à savoir si ce marqueur permet de reconnaître toutes les cellules réservoirs du corps ou si d’autres existent et diffèrent selon les parties du corps. «Le sang contient 2% des lymphocytes de l’organisme et nous savons que la majorité des réservoirs se trouvent dans les tissus. Nos résultats sont une petite photographie d’une réalité mais nous ne savons pas s’ils sont représentatifs. Mais il nous est plus facile d’avoir accès au sang que de faire des biopsies de muscles ou d’organes», soulignent les chercheurs.
«À long terme, cette découverte devrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer le virus latent de l’organisme, affirme le Pr Benkirane. Mais la priorité est de comprendre comment fonctionnent ces réservoirs viraux».

Le Figaro santé, 16/03/2017.

dimanche 10 avril 2016

Sida : comment le virus a quitté son berceau près de Kinshasa

Comprendre comment le VIH est sorti de la forêt africaine dès 1920 aidera à combattre les virus émergents.
Le premier cas de sida ne date pas de 1981. «Les biologistes moléculaires sont formels, vingt ans avant le cas zéro en Occident, il y avait déjà une épidémie en Afrique centrale», explique Martine Peeters, virologue et directrice de l'Institut de recherche et développement (IRD) à Montpellier.


«Dans l'imaginaire de tout le monde, le sida est apparu au début des années 1980, or les scientifiques datent l'origine du virus du début du XXe siècle. Il y a là un mystère, un virus qui se propage et que les gens ne voient pas, une épidémie invisible», commente Hervé Guérin, responsable Sciences à France 5. Il a soutenu le documentaire Sida, sur la piste africaine, diffusé vendredi après-midi sur France 5 (rediffusion lundi 4 avril à 0 h 55), qui retrace l'incroyable histoire du virus de l'immunodéficience humaine (VIH).

511 kilomètres de rails

 

«Une odyssée tragique qui a commencé il y a longtemps, très longtemps, aux confins du Cameroun», explique Rémi Lainé, auteur de ce documentaire. Mais, pendant plus de cinquante ans, personne n'a rien vu. Car mourir de cachexie (dénutrition majeure) ou d'infections diverses n'a rien d'exceptionnel en Afrique. Et d'ailleurs, que voir? Avec les moyens de la médecine coloniale du début du siècle, un jeune médecin français en poste au Moyen Congo français en 1931, le Dr Léon Pales, a bien multiplié les autopsies pour comprendre de quoi mouraient en nombre (17.000 morts entre 1921 et 1934) les ouvriers du chemin de fer en construction pour relier Brazzaville au port de Pointe-Noire, 511 km à travers les forêts hostiles du Mayombe. Il n'avait rien trouvé, du moins aucun des pathogènes habituels.
«Récemment, le fils d'un médecin qui avait été en poste au Congo belge m'a offert les fiches de patients rédigées par son père. La description colle avec le sida», explique Éric Delaporte, médecin et chercheur à l'IRD de Montpellier. Mais surtout, la médecine coloniale a laissé un trésor dans les frigos des différents centres. «On a retrouvé à Kinshasa des biopsies datant de l'époque coloniale et on a pu mettre en évidence par des techniques moléculaires la présence du VIH1, explique Martine Peeters. Vingt ans avant le cas zéro en Occident, il y avait déjà une épidémie en Afrique centrale.»
Les chercheurs ont donc pu remonter le temps et suivre à la trace la dissémination du virus grâce à la biologie moléculaire. Deux prélèvements oubliés, l'un fait à Brazzaville en 1959, l'autre à Kinshasa en 1960 (les deux villes ne sont séparées que par le tumultueux fleuve Congo), vont se révéler positifs au VIH1 groupe M, précisément la souche qui s'est répandue dans le monde entier. Deux échantillons: assez pour déterminer qu'un ancêtre commun à ces deux souches devait exister autour de 1920. C'est à cette époque qu'un virus simien, similaire au VIH mais baptisé SIVcpz, serait donc passé du chimpanzé à l'homme. Martine Peeters, qui a découvert les descendants de ce SIVcpz à la fin des années 1980 au Gabon, a ensuite réussi à en traquer la source jusqu'à l'extrême sud-est du Cameron, «dans une zone d'environ 200 km2».




Escale en Haïti

 

Selon toute vraisemblance, la chasse et la consommation des chimpanzés porteurs du SIVcpz dans ces régions isolées n'ont pas permis la diffusion du virus lors de la première moitié du XXe siècle. Mais l'urbanisation intense de Léopoldville (Kinshasa), puis l'amélioration des moyens de transport, dont la ligne de chemin de fer Congo-Brazzaville, ont constitué les conditions idéales pour que démarre l'épidémie en Afrique. À partir de Kinshasa. La grande diversité des souches présentes à Pointe-Noire, Kinshasa et plus largement au Congo confirme qu'il s'agit bien du berceau de l'épidémie de sida. Mais pour que l'Occident soit à son tour touché, il va falloir un élément supplémentaire: Haïti.
Rétrospectivement, on sait que l'épidémie aurait pu commencer plus tôt en Europe. Notamment à partir d'un marin norvégien sans doute contaminé en 1961-1962 lors d'une escale à Pointe-Noire, et mort en Norvège, du sida, en 1976. D'autres cas isolés méconnus ont sans doute aussi existé en Occident à partir de l'Afrique, mais ce n'est pas la route principale qu'ont découverte les biologistes moléculaires. En réalité, le VIH est passé par Haïti avant de gagner l'Amérique et l'Europe.
Car des milliers d'enseignants haïtiens, venus en renfort au Congo lors de l'indépendance du pays, dans le cadre d'un programme de l'Unesco, ont ensuite rapporté le virus à Haïti. C'est là que de nombreux homosexuels américains, qui s'y rendaient dans les années 1970 à partir de New York et San Francisco, ont été contaminés. À cette époque, les États-Unis importaient aussi des milliers de litres de sang, chaque mois, à partir de donneurs haïtiens. Du sang contaminé.

Le Figaro santé, Damien Mascret, 01/04/2016.

samedi 26 mars 2016

Comprendre l’épidémie de virus Zika

Commencée il y a moins d’un an au Brésil, l’épidémie de virus Zika inquiète, notamment en raison du risque de microcéphalie qu’elle fait peser sur les bébés si leur mère a été infectée au début de sa grossesse. Comme l’explique, dans cette vidéo proposée par Universcience, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, en l’absence de traitement et de vaccin, le seul moyen de lutter contre cette épidémie est de s’en prendre à ses vecteurs, les moustiques du genre Aedes, dont certains vivent dans le sud de la France.

 

http://www.lemonde.fr/sciences/video/2016/03/26/comprendre-l-epidemie-de-virus-zika_4890623_1650684.html

 


lundi 14 mars 2016

Sanofi se lance dans la quête d’un vaccin contre le virus Zika

Sanofi compte bien être le premier laboratoire à lancer un vaccin contre le virus Zika. Fort de son expérience dans les maladies tropicales, le groupe tricolore a constitué une véritable « task force » pour développer un cocktail d’antigènes efficace contre cette infection. Une équipe de 80 scientifiques travaille sur son développement. Les essais précliniques sur l’animal pourraient démarrer dès le printemps et les essais cliniques chez l’homme dans un an. Mardi 8 mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit réunir un nouveau « comité d’urgence » à Genève pour évaluer les recommandations prises contre Zika.


Transmis par les moustiques Aedes, ce virus s’est répandu comme une traînée de poudre en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’infection qu’il provoque est, la plupart du temps, bénigne, mais elle peut entraîner, chez un petit nombre de personnes, des atteintes neurologiques, comme le syndrome de Guillain-Barré – une maladie du système nerveux se manifestant, notamment, par des paralysies.
Elle est aussi liée à une importante augmentation du nombre de cas de microcéphalie (périmètre crânien inférieur aux normes avec des atteintes cérébrales) chez les nouveau-nés après ­infection de la mère au cours de la grossesse.

Plusieurs labos sur les rangs

« Nous avons à la fois l’expertise et les capacités de production, ce qui nous permet d’avancer très rapidement », explique Nicholas Jackson, directeur de la recherche de Sanofi Pasteur, la division vaccins du groupe. Le laboratoire a reçu, fin 2015, le feu vert de plusieurs pays, dont le Brésil, pour commercialiser Dengvaxia, le premier vaccin au monde contre la dengue, qui est transmise, comme Zika, par le moustique Aedes. « Ces deux virus partagent environ 60 % de leur patrimoine génétique et ils provoquent les mêmes symptômes », précise le scientifique. Ils ressemblent à ceux de la grippe – fièvre modérée, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires – et disparaissent généralement dans un délai de deux à sept jours, selon l’OMS.

« Il nous a fallu vingt ans pour développer Dengvaxia. Cela nous a permis d’acquérir des connaissances précieuses sur cette famille de virus – les flavivirus – et nous pensons possible d’adapter à Zika le vaccin contre la dengue », ajoute M. Jackson. L’architecture de ce vaccin avait aussi été utilisée avec succès pour en produire un contre l’encéphalite japonaise. Plus de 1,7 million de doses ont déjà été injectées depuis son lancement, il y a trois ans. Pour mieux cerner Zika, le groupe compte sur son expérience dans la fièvre jaune, un autre virus proche, pour lequel le groupe a aussi lancé un vaccin. Plus de 415 millions de doses ont été injectées depuis son autorisation, en 1986.


Transmis par les moustiques Aedes, le virus Zika s’est répandu comme une traînée de poudre en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Transmis par les moustiques Aedes, le virus Zika s’est répandu comme une traînée de poudre en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ricardo Mazalan / AP

 
Zika est dans la ligne de mire de Sanofi-Pasteur depuis plusieurs mois déjà. « Dans le cadre du développement de Dengvaxia, nous avons été amenés à le surveiller », souligne Nicholas Jackson. « Nous étudions ainsi en permanence différents virus, afin de repérer d’éventuelles opportunités. » Le groupe tricolore n’est pas seul sur les rangs : le groupe indien Bharat Biotech a déclaré en février qu’il commencerait de façon imminente ses essais précliniques sur des animaux. Aux Etats-Unis, un des National Institutes for Health travaille de son côté sur un vaccin à ADN, et annonce des premiers tests chez l’homme dès cette année.

Faire oublier une série de mauvaises nouvelles

Le 8 février, le président américain, Barack Obama, a promis de débloquer 1,8 milliard de dollars (1,64 milliard d’euros) pour la prévention et la recherche sur Zika, tandis que l’Agence européenne des médicaments va créer un comité d’experts pour accélérer l’étude du virus. « Nous comptons beaucoup sur la collaboration de l’Europe et des Etats-Unis », car des essais cliniques sur Zika « peuvent être très coûteux » en impliquant, nécessairement, plusieurs milliers de patients, expliquait Elias Zerhouni, le président de la recherche-développement du groupe Sanofi, lors de la présentation des résultats annuels de l’entreprise le 9 février. Dans l’immédiat, Sanofi-Pasteur va mettre « plusieurs millions d’euros » sur la table pour la phase de recherche préclinique sur Zika, avait-il précisé. (...)

Lire l’article complet sur le site internet du journal Le Monde : http://lemonde.fr/economie/article/2016/03/07/sanofi-se-lance-dans-la-quete-d-un-vaccin-contre-le-virus-zika_4877988_3234.html 

mercredi 2 mars 2016

Zika : tout savoir pour mieux informer

Alors que l'épidémie due au virus Zika ne cesse de faire parler d'elle avec tous les jours son lot de publications et de nouvelles informations, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) en lien avec l'Institut national de veille sanitaire (InVs), le ministère de la santé et le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) met à disposition des professionnels de santé des documents et liens actualisés afin de répondre aux interrogations des patients et les orienter au mieux si nécessaire.


moustique virus Zika 

Rappelons que l’Inpes publiait en décembre dernier un premier « Repère pour votre pratique » synthétisant les informations essentielles connues alors sur cette infection. Il était ainsi rappelé que l'infection à virus Zika est une maladie due à un virus (arbovirus) transmis par les moustiques. Ce virus a été isolé pour la première fois chez l’homme en Ouganda en 1952. Il s’agit d’un virus ré-émergent, peu connu. Les symptômes se caractérisent par une éruption cutanée avec ou sans fièvre même modérée mais également par des conjonctivites, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires et articulaires, ainsi que des douleurs rétro-orbitaires. La transmission se fait par des moustiques de type Aedes (aegypti et albopictus en ce qui concerne le territoire français métropolitain et/ou ultramarin). Le moustique Aedes aegypti est implanté dans les départements français d’Amérique (DFA) et à Mayotte. Aedes albopictus est implanté sur l’ile de la Réunion ainsi que dans certains départements métropolitains. Depuis la fin de l’année 2015, une épidémie à virus Zika s’étend en zone caraïbe (Guyane, Martinique, Guadeloupe), en Amérique centrale et du sud. Début février, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait à son tour un premier aide-mémoire à propos de la Maladie à virus Zika.

Le 8 février 2016, l'Inpes proposait également un autre document « L’infection à virus Zika chez la femme enceinte » et la conduite à tenir pour prévenir des anomalies du développement cérébral intra-utérin (microcéphalies et malformations neurologiques fœtales) déclarées par le Brésil et la Polynésie française au cours de leur épidémie de Zika. En effet, même en l’absence de preuve formelle entre l’infection à virus Zika et la survenue de microcéphalies, le suivi médical et la prise en charge doivent être renforcés. Dans le même temps le ministère de la santé diffusait un avis allant dans le même sens explicitant une vigilance particulière pour toutes les femmes enceintes ou susceptibles de l’être qui résident ou désirent se rendre dans une zone de transmission du virus Zika. En cas de suspicion d’infection au virus Zika, la patiente doit être adressée rapidement en consultation obstétricale ou consulter rapidement un gynécologue de ville pour un bilan étiologique complet. En fonction des résultats, la surveillance échographique sera adaptée.
Compte tenu de l’évolution permanentes des données, il est important de consulter régulièrement le site du ministère de la Santé, du Haut Conseil de la santé publique, de l’InVS et de l’Inpes pour prendre connaissances des actualités relatives à l’infection à virus Zika compte tenu de l’évolution permanentes des données.
Le 19 février 2016, de nouvelles recommandations face à une possible transmission sexuelle du virus Zika ont été rendues publiques par le Haut conseil de santé publique (HCSP). En effet, si la transmission par voie sexuelle du virus Zika est probablement négligeable par rapport à la transmission par le moustique du genre Aedes, le HCSP, sur la base des données scientifiques disponibles, a estimé que celle-ci était probable, même si à ce jour, ces données sont trop peu nombreuses pour évaluer son importance réelle dans la transmission du virus Zika. Le message reste ciblé sur les femmes enceintes : par précaution, il leur est recommandé de différer leur voyage dans les zones épidémiques et d’éviter tout rapport sexuel non protégé avec un homme ayant pu être infecté par le virus Zika pendant le voyage et au retour pendant toute la durée de la grossesse.
L’ensemble des mesures de protection individuelles et collectives doivent également être soigneusement appliquées dans le cadre de la lutte anti vectorielle.  
L’épidémie du virus Zika, qui s’étend en Amérique latine, « pourrait empirer avant de s’améliorer », a averti le 24 février 2016 à Rio de Janeiro la directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Margaret Chan.
Enfin, alors qu'il ne s'agissait que d'un soupçon, c'est désormais scientifiquement prouvé : le virus Zika peut déclencher un trouble neurologique grave, le syndrome de Guillain-Barré. Des chercheurs de l'Institut Pasteur, à Paris, le démontrent dans une étude publiée mardi 1er mars par la revue médicale The Lancet.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.com - 01/03/2016. bernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

jeudi 25 février 2016

Au Brésil, le virus Zika suscite peur et défiance

Voilà trois semaines que Mariana Cassandra a accouché d’une petite fille. En bonne santé. Après des mois d’angoisse, la peur du virus Zika, pourtant, ne l’a pas quittée. « Je tente de contrôler mes nerfs », explique-t-elle. Calfeutrée dans son appartement de Sao Paulo, au Brésil, l’entrepreneuse trentenaire ne sort que rarement et jamais sans l’une de ses cinq bombes anti-moustiques dans le sac. « J’habite près d’un parc », dit-elle en guise d’explication. Son mari n’est guère plus serein. « Il a toujours une tapette à la main pour tuer les moustiques sur son chemin », rit-elle.


Elégante bourgeoise, résidente du quartier chic de Jardim Paulista, Mme Cassandra était enceinte de plus de cinq mois quand le Brésil a commencé à s’effrayer de l’explosion du nombre de microcéphalies (trop petite taille du cerveau et du périmètre crânien) chez les nourrissons dans le Nordeste du pays. Une malformation congénitale suspectée d’être liée à une contamination par le virus Zika durant la grossesse. Le mal, transmis par la piqûre du moustique Aedes aegypti, également responsable de la dengue et du chikungunya, s’attaquerait au système nerveux central. Sans conséquence chez la plupart des adultes, il est toutefois soupçonné de provoquer, plus rarement, le syndrome de Guillain-Barré, entraînant des paralysies pouvant conduire à la mort.
Assez pour que Mariana Cassandra s’affole des possibles conséquences d’une infection pour le développement de son nouveau-né et de son autre enfant de 3 ans. « On sait tellement peu de chose sur cette maladie, il vaut mieux faire attention », explique-t-elle.
« Le virus Zika est devenu un monstre médiatique, avec son lot de désinformations », souffle le docteur Ariel Levy, pédiatre et immunologue à Sao Paulo. Chaque jour, le spécialiste reçoit entre huit et dix messages de mères inquiètes, comme Mme Cassandra, des conséquences du virus sur les enfants de moins de 7 ans. Il explique que la probabilité d’une infection grave est faible mais qu’il faut se méfier de Zika comme de la dengue et du chikungunya.

Congélation d’ovules

Dans la mégalopole brésilienne, comme dans le reste du Brésil, règnent la peur et la défiance. Nombre de femmes retardent leur projet de grossesse. « Celles qui le peuvent, congèlent ovules ou embryons dans l’attente d’un vaccin », rapporte Alfonso Araujo Massaguer, gynécologue obstétricien dans la clinique d’aide à la procréation Engravida, à Sao Paulo.
Les autres, en dépit d’une chaleur écrasante, revêtent pantalons et tenues à manches longues, parfois même des bas. A défaut de climatisation, les ventilateurs fonctionnent sans interruption dans les bureaux ou les maisons. Les femmes enceintes ne sont pas les seules à se ronger les sangs. « Tout le monde est inquiet », observe Sergio Bocalini, biologiste et porte-parole de l’Aprag, l’association des entreprises de contrôle de parasites. En témoigne le bond des interventions de l’Aprag contre les moustiques en janvier. Loin de s’en réjouir, M. Bocalini redoute que les Brésiliens ne cèdent à la panique, aspergeant leurs résidences de produits chimiques toxiques en faisant appel à des sociétés peu sérieuses.
En quelques mois, la maladie s’est propagée dans le pays à une vitesse terrifiante, envahissant, aussi, les esprits. Le virus Zika a affecté plus d’un million et demi de Brésiliens depuis 2015. Et selon les données divulguées mardi 23 février par le ministère de la santé, 4 107 cas de microcéphalies suspectes ont été recensés dans le pays entre le 22 octobre 2015 et le 20 février 2016 auxquels s’ajoutent 583 cas où une contamination par Zika a été confirmée.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/02/25/le-bresil-au-temps-du-zika_4871147_3222.html


Négligence du gouvernement

Les équipes médicales travaillent pour prouver scientifiquement et indubitablement le lien entre ces malformations et le virus. Mais pour l’heure, le Brésil vit dans une angoisse mêlée de doutes, sans savoir si le maudit moustique est le seul vecteur de la maladie : le virus a été détecté dans de la salive et les autorités sanitaires américaines s’interrogent sur une possible transmission par voie sexuelle. Un climat propice aux rumeurs et théories du complot. « Le virus Zika est un mystère. Nous essayons toujours d’obtenir des réponses », a reconnu mercredi Margaret Chan, directrice de l’Organisation mondiale de la santé, en visite à Recife, l’une des villes les plus touchées par les microcéphalies dans le pays, saluant le travail des équipes brésiliennes.
Dans le pays, le moustique est devenu l’ennemi public numéro un. Les maires, les gouverneurs et Brasilia rivalisent d’efforts pour exterminer l’Aedes aegypti, mobilisant l’armée pour fouiller les taudis des favelas comme les résidences des quartiers huppés à la recherche de larves nichées dans les récipients gorgés d’eau stagnante. « 85 % des foyers de moustiques se trouvent dans les habitations particulières », explique-t-on à la mairie de Sao Paulo. Dans la mégalopole, ravagée par la dengue qui a fait 25 morts en 2015 (863 dans tout le pays), les autorités tentent d’informer sans alarmer. « En insistant trop sur Zika, les gens pourraient relâcher leur attention contre la dengue », explique l’attachée de presse de la mairie. En dépit du battage médiatique sur le virus, « beaucoup ne savent pas que le même moustique transmet la dengue et le virus Zika », explique-t-elle.
La communication des autorités brésiliennes est ainsi depuis le début de l’épidémie souvent hésitante, parfois maladroite. Après avoir déclaré l’état d’urgence sanitaire nationale, en décembre, le ministre de la santé, Marcelo Castro, a multiplié les faux pas de communication. La méthode de comptabilisation des cas de microcéphalies suspectes a varié, compliquant la vision de l’évolution du problème. Enfin, la cohérence des données récoltées par les différents Etats brésiliens n’a pas été assurée. « Un festival d’incompétences », peste Artur Timerman, président de la Société brésilienne de dengue et d’arbovirus. « Le Brésil vit dans une inquiétude qui n’a rien de disproportionnée par rapport à la gravité du problème, dit-il, mais la négligence du gouvernement n’a fait qu’ajouter à l’angoisse ambiante. »

Le Monde, 25/02/2016.

vendredi 29 janvier 2016

Tout ce que vous avez demandé à savoir sur le virus Zika


Vous nous avez posé de nombreuses questions sur le virus Zika, nous avons consulté des experts pour vous répondre. 

• Nadia Mamitahina: Depuis combien de temps le virus Zika existe-t-il?

Le virus a été identifié pour la première fois en 1947 sur un macaque dans une forêt ougandaise qui lui a donné son nom. Les premiers cas humains connus remontent à 1952 dans le même pays et en Tanzanie. Des cas ont depuis été observés en Afrique (Sénégal, Ouganda, Nigeria, Côte d'Ivoire, Gabon, Tanzanie, Égypte, République centrafricaine, Sierra Leone…) mais n'ont pas donné lieu à de grandes épidémies.
Un autre lignage de Zika (avec quelques différences génétiques de son cousin africain) circule aussi en Asie (Cambodge, Inde, Indonésie, Malaisie, Pakistan, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam). C'est celui-ci qui est à l'origine des épidémies en Micronésie dans le Pacifique en 2007, puis en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie en 2013-2014, et aujourd'hui, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes.

• Anis Solaire: Bonjour, quels seraient les traitements?

Il n'existe pas de traitement spécifique de l'infection à virus Zika. Le traitement proposé vise à réduire les symptômes. Il repose sur l'hydratation, le paracétamol jusqu'à 4g/j si fièvre ou douleurs et des antihistaminiques en cas de démangeaisons.

mardi 31 mars 2015

Ebola, un virus qui fait trembler le monde depuis un an

En mars 2014, le monde découvrait une épidémie de fièvre à virus Ebola qui, pour la première fois, ne restait pas cantonnée à des populations isolées mais prenait d'assaut des villes surpeuplées. Récit d'un an de lutte.


• Le premier mort
En décembre 2013, un enfant de deux ans meurt soudainement dans son village de Meliandou (sud-est de la Guinée). A la mi-mars, le ministre de la santé Guinéen annonce qu'au moins 23 personnes sont mortes dans le sud d'une «maladie non encore identifiée» et une mission est envoyée sur place.
L'enfant de Meliandou sera identifié comme le «patient index», premier malade connu de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, selon l'équipe française qui a identifié le virus. Une autre équipe lui préfère, dans une étude publiée dans «Science», une guérisseuse traditionnelle enterrée dans une village de Sierra Leone, près de la frontière avec la Guinée. 

• Ebola démasqué
Le virus Ebola, découvert en 1976, appartient à la famille des filovirus. Le virus Ebola, découvert en 1976, appartient à la famille des filovirus. 
 
Le 21 mars 2014, l'Institut Pasteur confirme qu'Ebola est présent en Guinée: la souche responsable de la première épidémie d'Ebola connue en 1976 au Zaïre, est identifiée par les équipes du laboratoire P4 de Lyon. «L'émergence de cette souche à 2 000 kilomètres de son apparition est assez mystérieuse», confie au Figaro Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales. L'Afrique de l'Ouest fait face à un virus redoutables qui tuera 70% de ses victimes.

• Une capitale contaminée
Les autorités guinéennes confirment, le 24 mars, la découverte de quatre cas à Conakry, où vivent plus de deux millions de personnes. L'arrivée du virus dans une zone densément peuplée marque un tournant dans la propagation de cette maladie qui jusqu'à présent était toujours restée cantonnée à des petites communautés isolées.

• L'alerte de Médecins sans frontières
Médecins sans frontières, dont l'expertise sur Ebola est reconnue et qui s'est impliquée dans toutes les épidémies recensées jusqu'à aujourd‘hui, s'inquiète le 31 mars d'une épidémie «sans précédent» mais peine à être entendu. En première ligne sur le terrain tout au long de l'épidémie, MSF devra faire face à des défis logistiques considérables.
Début avril, les pays frontaliers de la Guinée commencent à mettre en place des plans de protection (surveillance des aéroports, suspension de l'octroi de visas...). En France, plusieurs dispositifs de surveillance sont mis en place mais la ministre de la Santé Marisol Touraine estime qu'il n'y a «pas de raison de s'inquiéter».

• La Guinée crie victoire… un peu trop tôt
Un véhicule d'urgence victime d'un jet de pierre à Lola (Guinée) en février 2015. Un véhicule d'urgence victime d'un jet de pierre à Lola (Guinée) en février 2015.
 
L'épidémie est désormais «sous contrôle» en Guinée, clame le ministre des Affaires étrangères le 14 mars 2014. La suite lui donnera tort, et un nouveau pic épidémique sera annoncé à la mi-juin par l'OMS. Plusieurs facteurs compliquent le contrôle de l'épidémie: elle a été repérée tardivement, les modes de contamination sont mal connus de la population qui est réticente à adopter les règles d'hygiène recommandées et à se faire soigner, les rites funéraires locaux sont une source importante de contamination et les systèmes de santé, sinistrés, ne peuvent pas faire face. L'épidémie s'étend rapidement en Sierra Leone et au Liberia, voisins de la Guinée.

(...)
Soline Roy et Anne-laure Frémont, Le Figaro.fr, 23/03/2015.


dimanche 22 février 2015

Leurrer le VIH, une nouvelle approche pour le bloquer ?

Il ne s’agit encore que d’un travail expérimental sur la souris, modèle animal pour l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), l’agent du sida, complété par des tests adaptés au virus équivalent chez le singe. Mais il fait apparaître une nouvelle piste de recherches alors que la mise au point de vaccins demeure encore éloignée. Pour autant, des questions essentielles comme celles de la transposition à l’homme et de la toxicité possible restent entièrement en suspens.


Depuis les débuts de la pandémie, mettre au point un vaccin contre le VIH a été l’objectif des chercheurs. Il permettrait d’éduquer préventivement le système immunitaire à reconnaître le VIH et à produire des anticorps afin de l’éliminer et d’empêcher l’infection de se développer. Malheureusement, cette perspective n’est pas près de se concrétiser. Certains scientifiques ont donc envisagé d’autres approches de protection. Parmi celles-ci figurent l’utilisation des médicaments antirétroviraux, comme dans l’essai Ipergay, ou bien ce que l’on appelle l’immunothérapie passive, consistant à apporter au patient les anticorps à même de neutraliser les différentes souches de VIH, technique explorée par l’équipe du Prix Nobel David Baltimore.

Bloquer la clé d’entrée du VIH

 

L’équipe américaine d’une trentaine de chercheurs placés sous la direction de Michael Farzan (Scripps Research Institute, Jupiter, Floride) a choisi une autre approche, celles de leurres, dont les résultats expérimentaux sont présentés dans un article mis en ligne, mercredi 18 février sur le site de la revue Nature. Le point de départ a été la manière dont le VIH pénètre dans les cellules du système immunitaire pour s’y multiplier puis les détruire.
Le VIH possède à sa surface une protéine d’enveloppe qui se lie à un récepteur, une protéine appelée « CD4 », présente sur la plupart des cellules immunitaires (lymphocytes T, macrophages). Cette liaison modifie la protéine d’enveloppe du VIH, qui peut alors se lier à d’autres récepteurs présents sur les cellules humaines, notamment le corécepteur CCR5. La première liaison permet en quelque sorte au virus de fabriquer la « clé » adaptée à la serrure des cellules de l’hôte. Des travaux antérieurs avaient tenté de neutraliser le virus en administrant des immunoglobulines couplées à la protéine CD4. Le but de cette technique était d’offrir au VIH des cibles le détournant des cellules immunitaires qu’il infecte habituellement. Malheureusement, ces premières approches n’ont pas été efficaces.

Un leurre pour neutraliser le virus

 

Michael Farzan et ses collègues ont procédé autrement pour fabriquer un leurre destiné à neutraliser le VIH. Ils ont fabriqué une protéine artificielle, baptisée « CD4-Ig », fusionnant la protéine réceptrice CD4 et l’extrémité du corécepteur CCR5. Après avoir constaté qu’il neutralisait très bien le VIH in vitro, ils l’ont testé avec succès chez des souris utilisées comme modèle animal de l’infection humaine, puis sous une forme adaptée chez quatre macaques.
Cette protéine artificielle a été administrée au moyen d’un vecteur viral utilisé en thérapie génique à quatre singes, quatre autres macaques servant de contrôles. Le vecteur viral – un « vecteur adéno-associé » (AAV) exprimait le gène codant pour la protéine CD4-Ig. Comme il s’intègre dans le génome, il permet une production indéfinie de la protéine artificielle. Les singes ainsi traités ont été exposés par voie veineuse au virus de l’immunodéficience simien (SIV, équivalent pour le singe du VIH). Les quatre animaux ont présenté une protection à pendant au moins trente-quatre semaines après l’exposition au virus.

Questions en suspens

 

Ces résultats sont « intéressants », estime le Pr Jean-Daniel Lelièvre, du Vaccine Research Institute (hôpital Henri-Mondor, Créteil) car ils apportent du crédit au concept de neutralisation par des leurres. Ils constituent une « piste complémentaire à celle du vaccin ». Néanmoins, le chercheur souligne plusieurs limites. Le faible effectif – quatre singes traités – ne permet pas les conclusions hâtives, d’autant que l’exposition expérimentale au virus s’est faite par voie intraveineuse, ce qui ne correspond pas aux conditions les plus fréquentes de contamination pour les humains, où la voie muqueuse (vaginale ou rectale) prédomine.
Ensuite, la question de la tolérance à un tel procédé reste à explorer. Les résultats chez l’animal ne sont pas nécessairement transposables à l’homme. Surtout, « si l’intégration du vecteur dans le génome présente l’avantage d’une production perpétuelle de la protéine artificielle, elle pourrait se retourner en inconvénient majeur si un problème devait apparaître avec cette dernière ».
Enfin, si elle se révélait utilisable chez l’homme, cette approche serait « avant tout destinée à des personnes à très haut risque de contamination et non à la protection à grande échelle d’une population », estime le Pr Lelièvre.

Le Monde, Paul Benkimoun, 19/02/2015.

mercredi 29 octobre 2014

MALADIES : L’origine des pandémies

Ebola a ravivé le fantasme d’un virus qui ravagerait la surface du globe, surgi de la jungle comme une vengeance de la nature contre l’homme. Pourtant, les épidémies les plus redoutables naissent au cœur des cités surpeuplées, des camps de réfugiés et des bidonvilles, ces immenses réservoirs à maladies.



Hebdo n°1251 Courrier International

jeudi 16 octobre 2014

Tests Ebola : une course contre la montre

Les autorités sanitaires ont mis en place une procédure afin d’évaluer l’éventualité d’une infection par le virus Ebola chez une personne vue par un professionnel de santé ou ayant été signalée aux services de santé. Responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques, à l’Institut Pasteur de Lyon, Sylvain Baize en détaille les différentes étapes, jusqu’à l’obtention des résultats d’analyse.


La possibilité d’une infection par le virus Ebola est envisagée devant un patient ayant voyagé dans un pays considéré comme à risque au cours des 21 jours précédents et présentant une température supérieure ou égale à 38 °C. Elle l’est également pour tout individu n’ayant pas voyagé en zone à risque mais ayant été en contact étroit avec une personne infectée. Cette personne est alors considérée comme cas « suspect ».


ALERTE DU CENTRE 15


Dès lors, la personne suspecte ne doit pas entrer en contact avec d’autres individus. La procédure prévoit que le professionnel de santé, qui le premier a vu le patient, revête des équipements de protection individuelle et alerte l’Institut de veille sanitaire (InVS) et le centre 15. Si l’InVS estime qu’il s’agit bien d’un cas possible, le SAMU, en lien direct avec l’agence régionale de santé (ARS) évacue le patient suspect vers l’établissement de santé de référence (ERS) le plus proche.

L’InVS et l’ARS soumettent le patient à un questionnaire plus poussé, notamment pour préciser l’existence de facteurs de suspicion supplémentaires : contact avec un malade, soins à une personne infectée, participation à des funérailles dans un pays affecté, signes hémorragiques évocateurs, consommation de viande de brousse… Le cas sera également considéré comme possible si la personne n’est pas en état de répondre ou s’il existe des doutes sur les dates de séjour en zone à risque.

Une fois arrivé à l’ESR, le cas suspect sera isolé en chambre à dépression et les personnels de santé s’équipent afin d’éviter tout contact avec le patient présentant des symptômes compatibles, mais également en cas de doute si la personne n’est pas en état de répondre ou s’il existe des interrogations sur les dates de séjour en zone à risque.
 

Par Paul Benkimoun.
Article publié par Le Monde du 16 octobre 2014. 

mardi 23 septembre 2014

Ebola : l'OMS prévoit jusqu'à 20 000 cas d'ici à novembre

Les prévisions sur l'épidémie de fièvre Ebola s'assombrissent. Le virus a déjà touché 5 843 personnes, dont 2 803 mortellement, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, selon le bilan publié lundi 22 septembre par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). " L'épidémie s'accroît à une vitesse exponentielle dans les trois pays ", constate Christopher Dye, directeur de la stratégie à l'OMS. Si rien ne vient freiner sa progression, elle pourrait atteindre 20 000 cas dès le 2 novembre, et non fin décembre comme prévu initialement.


Une tendance que met en évidence une étude publiée mardi dans le New England Journal of Medicine. Les auteurs, experts de l'OMS et de l'Imperial College de Londres, analysent les neuf premiers mois de l'épidémie et présentent des projections pour les prochaines semaines.
Sur la base des meilleures données disponibles (les 4 500 cas recensés au 14 septembre), il apparaît qu'une personne infectée en contamine directement deux autres. Ce taux est légèrement inférieur en Guinée et au Liberia à ce qu'il est en Sierra Leone.
Des chiffres minorés.
Le temps moyen d'incubation est de 11,4 jours, et il ne varie pas entre les trois pays. Le virus Ebola touche de manière équivalente les hommes et les femmes dans les trois pays les plus affectés. Mais les soignants paient un lourd tribut : plus de 150 d'entre eux ont été infectés et au moins 80 en sont morts. Le taux de décès atteint 80 % parmi les soignants infectés au Liberia.
Puis les experts ont tenté d'établir des projections pour les semaines à venir, sachant qu'au-delà les prévisions n'ont plus beaucoup de sens. " Nous estimons que, au rythme actuel d'augmentation, dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de changement dans les efforts de contrôle de l'infection, le nombre cumulatif de cas confirmés et probables atteindrait le 2 novembre (à la fin de la 44e semaine de l'épidémie) 5 925 en Guinée, 9 939 au Liberia et 5 063 en Sierra Leone, soit plus de 20 000 cas ", selon les auteurs.
Leurs chiffres seraient similaires à ceux que s'apprêtent à publier cette semaine les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, qui ont analysé les données du Liberia et de la Sierra Leone. " Les CDC estiment que les deux pays compteront 8 000 cas fin septembre, quand notre estimation est de 7 000 cas à cette date ", commente Christopher Dye.
Les CDC ont tenté d'évaluer la sous-déclaration des cas, et ils estiment qu'il faut multiplier par 2,5 les chiffres officiels actuels. Selon l'agence Bloomberg, qui s'est procuré des éléments du rapport, dans le scénario le plus pessimiste, celui où la réponse à Ebola resterait en l'état, l'épidémie pourrait au total affecter 550 000 personnes.
" Nous sommes dans la troisième vague d'accroissement de l'épidémie, pointe M. Dye. Nous n'avons pas d'indication rassurante sur la hausse exponentielle des infections. Si nous ne parvenons pas à la ralentir, ce ne seront plus des centaines de cas par semaine, mais des milliers que nous aurons, qui entraîneront des milliers de morts. "
Pour M. Dye, l'actuelle épidémie est exceptionnelle, mais les moyens sont connus pour l'arrêter. La réponse repose sur les mesures de contrôle et de prévention de l'infection, la protection précoce des malades et des soignants, la détection des personnes en contact avec quelqu'un d'infecté. Au Nigeria, l'épidémie a été contenue à 20 cas. " Si nous parvenions à diviser par deux la transmission, nous pourrions inverser la tendance. Mais, ici, il faut le faire à grande échelle. Cette épidémie est comme une série d'incendies qu'il faudra éteindre un par un ", souligne Christopher Dye. Nul doute que ceux des bidonvilles de Monrovia, la capitale du Liberia, seront parmi les plus difficiles à maîtriser.
Paul Benkimoun.
Article publié dans le journal Le Monde du 24 septembre 2014.

samedi 6 septembre 2014

Epidémies, la menace invisible

Le Documentaire enquête d'Arte, diffusé mardi 9 septembre 2014 : Ebola, H7N9, SRAS... enquête sur les virus les plus inquiétants




Ébouillanté, grillé, puis cuit avec une herbe qui en atténue fortement le goût, le rat noir de Chine donne un bol de viande assez fine, paraît-il. Encore faut-il ne pas -lésiner sur la durée de séjour du rongeur dans la marmite, tant il est porteur  de virus. Et des virus qui, comme les scientifiques commencent à s'en apercevoir, évoluent, changent et mutent au fil du temps, lorsque, fuyant la déforestation, leur hôte -arrive en ville.
Du rat à la puce  ou à l'acarien, voire  à la tique, avant une éventuelle transmission à l'homme, les virus -démarrent alors leur  transhumance, apportant de  nouvelles maladies chez les citadins.
Flambée d'Ebola en AfriqueUn mécanisme similaire est à l'œuvre avec  la chauve-souris en Guinée et au Gabon, selon des chercheurs qui travaillent en ce moment même sur la flambée d'Ebola en Afrique : l'extension de l'agriculture et la déforestation qui en découle entraînent  une migration des chauves-souris vers les villes, d'où un stress les amenant à excréter plus d'agents -pathogènes que dans leur milieu premier. Or  les chauves-souris, à l'origine de l'épidémie d'Ebola, représentent un cinquième des mammifères du globe. Un immense réservoir de virus.
Dommage que ce documentaire long et didactique, coécrit par Anne Poiret et Raphaël Hitier, fasse trop peu état du mouvement One Health, instigateur du lien entre bouleversements environnementaux pour les animaux et santé humaine, entre nouvelles pratiques sociales et maladies émergentes. Le film  sera fort heureusement suivi d'un débat pour faire état de la recherche sur ces "  menaces invisibles  ".
Martine Delahaye

Documentaire d'Anne Poiret (France, 2014, 122 min).
Bande annonce : http://www.arte.tv/guide/fr/050590-000/epidemies-la-menace-invisible

mercredi 27 août 2014

L’OMS autorise l’usage de traitements expérimentaux contre le virus Ebola



C'est un feu vert. Mardi 12 août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a avalisé le recours à des traitements et vaccins expérimentaux non encore évalués chez l'homme. Pour l'agence des Nations unies, il s'agit de faire face à « l'épidémie de fièvre à virus Ebola la plus vaste, la plus sévère et la plus complexe de l'histoire » à laquelle l'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui confrontée. Cette décision fait suite aux conclusions unanimes d'un panel de douze experts en éthique médicale réunis la veille.


Dès mercredi, le Canada annonçait ainsi faire don de 800 à 1 000 doses de vaccins expérimentaux contre le virus qu'il a développés dans ses laboratoires publics.


lire la suite sur Le Monde du 27/08/2014

mercredi 2 avril 2014

Sida / Les découvertes de séropositivité ne diminuent pas en France

Le nombre de personnes découvrant leur contamination par le virus du sida, le VIH, ne faiblit pas en France, selon une étude qui chiffre à près de 6.400 les "découvertes de séropositivité" en 2012, avec une "forte augmentation" chez les homosexuels. Après avoir "diminué significativement entre 2004 et 2008", le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité s'est stabilisé autour des 6.200 par an ces dernières années, relève l'étude de l'Institut national de veille sanitaire (InVS) publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).



Extrait de lyonne.fr
Article consultable en ligne: www.lyonne.fr

Virus Ebola / L'épidémie jugée sans précédent par MSF

L'épidémie de fièvre Ebola qui aurait déjà fait 78 morts en Guinée est sans précédent, estime Médecins sans frontières (MSF). Le Maroc renforce son dispositif sanitaire. Le virus Ebola, qui a fait sa réapparition en février, pourrait avoir tué jusqu'à 78 personnes en Guinée sur 122 cas suspects, selon les autorités de Conakry. Le pays cherche à contenir l'apparition de nouveaux cas, alors que le nombre de foyer semble se multiplier.




Extrait de ouest-france.fr
Article consultable en ligne: www.ouest-france.fr