mardi 16 juillet 2019

La faim s’étend dans le monde pour la troisième année consécutive alerte l’ONU

Après des décennies de baisse, il s’agit de la troisième année consécutive de hausse de la sous-alimentation.

La faim dans le monde continue d’affecter de plus en plus de personnes à cause des conflits et des dérèglements climatiques. En 2018, elles étaient 821,6 millions à en souffrir, contre 811 millions l’année précédente, selon un rapport annuel de l’ONU publié lundi 15 juillet.
« C’est une mauvaise tendance », a résumé lundi lors d’une conférence de presse au siège des Nations unies le patron du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley. Et d’avertir : « Sans sécurité alimentaire, nous n’aurons jamais de paix et de stabilité ! » Partout où des groupes extrémistes ont de l’influence, la faim est utilisée par eux comme une arme pour diviser ou recruter, a précisé le responsable onusien, en évoquant en exemple le Sahel.

2 milliards de personnes touchées

Après des décennies de baisse, il s’agit en outre de la troisième année consécutive de hausse de la sous-alimentation, appelée aussi insécurité alimentaire.
En ajoutant les populations souffrant de famine aux personnes touchées par l’insécurité alimentaire, l’ONU estime dans son rapport annuel que plus de deux milliards de personnes n’ont pas régulièrement accès à des aliments sains, nutritifs et en quantité suffisante. Parmi elles, 8 % vivent en Amérique du Nord et en Europe.

Le document souligne que les chiffres de 2018 font de l’objectif d’un monde sans aucune personne en état de sous-alimentation un « immense défi ». Ce but faisant partie des 17 Objectifs de développement durable établis par l’ONU pour être atteints en 2030 est hors de portée, a asséné David Beasley, en déplorant qu’on parle davantage dans les médias de Donald Trump ou de Brexit que des enfants qui continuent de mourir de faim dans le monde.
Le rapport a été rédigé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec le concours du Fonds international pour le développement de l’agriculture, de l’Unicef, du PAM et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« Il est essentiel de mettre en place des politiques économiques et sociales pour contrecarrer à tout prix les effets des cycles économiques défavorables, tout en évitant de réduire les services essentiels tels que les soins de santé et l’éducation », affirme le document.

 

lundi 26 février 2018

Nutella: un laboratoire du malaise social

Certains faits anodins possèdent une valeur - ou, vu le contexte, une saveur - qui excède leur caractère anodin. Sans importance, ces faits ne nécessitent en principe aucun traitement urgent, un traitement d'appoint suffit, Dans la presse quotidienne, les faits anodins ne méritent pas d'être rapportés publiquement, ils intéressent peu et se distinguent des faits divers, par leur absence d'affect. Précisons l'étymologie du mot "anodin", il signifie "contre la douleur". 


Les faits anodins, les histoires anodines possèdent donc une vertu comparable à celle d'une analgésie, ils ne blessent pas, ils apaisent, ce qui explique qu'ils trouvent rarement leur place dans des rubriques journalistiques à sensation. Mais qu'est-ce qui est anodin et qu'est-ce qui ne l'est pas? Venons-en au fait et à son contenu. Qu'y à-t-il d'anodin dans le fait de se battre aujourd'hui dans des supermarchés de France pour se procurer des pots de Nutella en promotion? Rien. Si le produit en lui-même est anodin, n'importe quelle pâte à tartiner l'est, ne serait-ce que dans le geste répétitif qui garde quelque chose de l'enfance, entre la caresse et l'application d'une crème apaisante. Quant à sa composition, cette pâte ne l'est pas, anodine, se composant d'huile de palme. Outre cet aspect sanitaire ou écologique (la production d'huile de palme provoquant une forte déforestation), l'enjeu de ces rixes qui se sont multipliées relève d'un ailleurs sans exotisme, s'agissant de l'ici-et-maintenant de la pauvreté qui sévit dans les régions françaises et dans Paris. Il y a dans la future ville mondiale des jeux olympiques des scènes de violence qui datent d'un contexte historique d'un autre âge... Quiconque juge anodines ou anecdotiques ces scènes de violence, ou s'en amuse, frôle la monstruosité d'une forme de snobisme moral. Paris recèle de ces faisans dorés.

Photo : Damien Meyer/AFP
Photo : Damien Meyer/AFP

Les pauvres se tapent dessus et les ultra-riches gloussent en paix

Derrière ces faits de violence, il y a une vérité "en marche"! Une vérité qui se loge dans des faits apparemment mineurs, l'objet de la révolte étant lui-même mineur, tendance Pop art italien, si on s'évertue à l'accréditer de quelque vertu critique. De la pâte à tartiner! L'image porte à son comble l'étrangeté de la situation, son triste ridicule: un entartrage brutal qui ne s'effectue pas dans la tradition la plus burlesque, celle du peuple en direction de son prince, génialité de l'irrévérence française envers le puissant, mais un entartrage du peuple en direction du peuple! Les pauvres se tapent dessus et les ultra-riches gloussent en paix, ils ont compris que la plus haute autorité de France les aimait plus qu'il n'aimait ses propres ouailles de Versailles. Oui, les ultra-riches n'ont plus rien à craindre des frondeurs du poulailler, ces derniers ont développé le goût pour des pratiques de combats endogames qui raffolent les curieux.
Une économie de 3,09€ non négligeable pour de plus en plus de personnes qui ne vivent pas forcément sous le seuil de pauvreté
Source : L'Humanité, 15/02/2018.


mercredi 27 mai 2015

Malgré de nets progrès, 795 millions d'humains souffrent encore de la faim

 LA faim décline dans le monde, mais 10  % de la population de la planète, 795  millions de personnes, continuent de souffrir de sous-alimentation. Selon le rapport 2015 de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), présenté à Rome mercredi 27  mai, sur " l'état de l'insécurité alimentaire dans le monde ", le nombre de personnes en situation de sous-alimentation – qui ne mangent pas assez pour mener une vie active et en bonne santé – a diminué de 167  millions sur la dernière décennie, et de 216  millions depuis les années 1990-1992. " En dépit de la croissance démographique rapide, la proportion de la population mondiale de personnes sous-alimentées a été ramenée de 18,6  % en  1990-1992 à 10,9  % en  2014-2016 ", écrivent les auteurs du rapport.
Malgré cette amélioration globale,57 pays sur les 129 suivis par la FAO n'ont pas atteint l'Objectif du millénaire pour le développement (OMD) numéro un, de réduire de moitié la pauvreté et la proportion de personnes souffrant de la faim. A six mois de l'échéance de ces OMD définis en  1990, la FAO se félicite des progrès enregistrés, notamment en Afrique de l'Ouest, où le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de près de 25  % en vingt-cinq ans. L'Asie centrale, de l'Est et du Sud-Est et l'Amérique latine sont aussi citées au rang des bons élèves. Mais la situation en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud reste préoccupante. Ces deux régions concentrent le plus grand nombre d'habitants -confrontés à la faim.
Insécurité alimentaire
Les obstacles sont connus : la volatilité " excessive " du prix des aliments, les guerres, l'instabilité politique, les troubles civils, les catastrophes naturelles ou encore les chocs climatiques et leurs cortèges de populations déplacées. Mardi, le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) a appelé à cesser les combats en Syrie afin que les agriculteurs puissent moissonner et acheminer les récoltes dans l'ensemble du pays. " Dans un contexte d'insécurité alimentaire et de déplacements massifs, il est essentiel que les récoltes ne soient pas perdues et que la nourriture reste à l'intérieur du pays ", a affirmé la directrice exécutive du PAM, Ertharin Cousin.
D'autres raisons poussent à tempérer l'optimisme. Le calcul de la sous-alimentation repose sur des moyennes réalisées sur l'année, n'intégrant pas la sous-alimentation à court terme. Il ne prend pas en compte les inégalités dans la répartition de la nourriture au sein des populations et des familles. De plus, indiquait en janvier  2014 Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies dans son rapport à l'assemblée générale du Conseil des droits de l'homme sur le droit à l'alimentation, " les calculs sont basés sur un seuil peu élevé de besoins énergétiques quotidiens qui suppose un mode de vie sédentaire, alors que beaucoup de personnes pauvres ont des activités qui exigent des efforts physiques importants ". L'apport alimentaire peut être suffisant, en quantité, mais les régimes peuvent être inadaptés, entraînant des carences en micronutriments, par exemple en iode, en fer ou en vitamine A, avec de graves conséquences pour la croissance des enfants.
Le changement climatique pourrait mettre à mal les efforts réalisés au cours de la dernière décennie. Mardi 26  mai, 24 ONG ont signé un appel pour demander à la communauté internationale d'intégrer dans les négociations climatiques la question de la sécurité alimentaire. Ainsi, 70  % des cultures pourraient être affectées par le changement climatique. Si rien n'est fait, 600  millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim d'ici à 2080.

Rémi Barroux
© Le Monde 28/05/2015