vendredi 13 novembre 2020

Pauvreté : les jeunes «principales victimes» de la crise, selon l'Observatoire des inégalités

Une aide exceptionnelle de 150 euros doit être versée ce vendredi à 400.000 jeunes bénéficiaires des APL ou boursiers.

La crise économique engendrée par le coronavirus risque plus fortement d'aggraver la précarité des moins de 30 ans, qui représentent déjà près de la moitié des pauvres en France, selon un rapport de l'Observatoire des inégalités. «Les personnes âgées ont payé les plus lourdes conséquences du coronavirus en matière de santé, les jeunes vont subir l'essentiel de ses retombées économiques», a déclaré jeudi 26 novembre Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, lors d'une présentation de la deuxième édition du «Rapport sur la pauvreté».Difficultés de formation, d'insertion dans un marché du travail déprimé et où les entreprises sont dans l'incertitude quant à leur avenir, précarité plus importante des parents : les jeunes sont «les principales victimes de cette situation», a souligné Louis Maurin, comme l'ont déjà fait avant lui ces dernières semaines de nombreuses associations, notamment d'aide alimentaire.

Moins de 885 euros par mois pour vivre

Cet observatoire indépendant a adopté depuis plusieurs années une définition plus restrictive de la pauvreté, en la situant sous le seuil de 50% du revenu médian (contre 60% pour les organismes officiels), selon elle «plus proche de la réalité». Ainsi, selon cette définition, en 2018 - dernière année connue - on comptait 5,3 millions de pauvres vivant avec moins de 885 euros par mois, soit 8,3% de la population. Parmi eux, plus de la moitié (52%) était âgée de moins de 30 ans, dont un tiers était des enfants et des adolescents grandissant dans une famille pauvre, relève l'Observatoire. Anne Brunner, qui a dirigé ce travail, rappelle que le niveau de vie médian des jeunes «est deux fois inférieur au niveau de vie des Français».

Pour atténuer les effets de la crise, l'Observatoire plaide pour l'instauration d'un revenu minimum unique qui «garantirait la sortie de la pauvreté». Versé sous conditions de ressources et ouvert aux jeunes, il atteindrait 900 euros mensuels après versement des aides sociales. Son coût est estimé entre 7 et 10 milliards d'euros. «Cela équivaut à la moitié de la baisse de la taxe d'habitation ou à 10% du plan de relance. Ce sont des choix politiques», a fait valoir Louis Maurin.

Le premier ministre a annoncé jeudi l'extension en 2021 de la Garantie jeunes à 200.000 bénéficiaires. Une aide exceptionnelle de 150 euros doit par ailleurs être versée vendredi à quelque 400.000 jeunes bénéficiaires des APL ou boursiers.

Source : Le Figaro.fr, 27/11/2020.

vendredi 29 novembre 2019

« La population la plus touchée par la pauvreté, ce sont les jeunes »

Les étudiants sont 30 % à n’avoir aucune aide de leur famille, observe Antoine Dulin, du conseil d’orientation des politiques de jeunesse. 


Antoine Dulin est président de la commission insertion des jeunes au conseil d’orientation des politiques de jeunesse et membre du CESE (Conseil économique, social et environnemental). Pour lui, il y a une augmentation de la précarité étudiante, avec des situations « indignes de notre pays » qui risquent de renforcer « la défiance de la jeunesse envers notre pacte social ».

La précarité étudiante s’est-elle aggravée ces dernières années ?

Le terme de « précarité » est toujours compliqué à définir, il porte sur les conditions monétaires mais aussi sur les conditions de vie. On sait qu’aujourd’hui un jeune sur cinq est en dessous du seuil de pauvreté. 22 % des étudiants se disent confrontés à des difficultés financières importantes, 5 % sont en grande précarité, d’après l’Observatoire national de la vie étudiante.
Chez les étudiants comme chez les jeunes, il y a une augmentation du nombre de personnes en situation de précarité. C’est indéniable au regard de différents indices. L’augmentation des demandes d’aide d’urgence de la part des étudiants : 3,5 % il y a vingt ans, 5 % aujourd’hui. De manière mécanique, la population étudiante a fortement crû, avec 500 000 étudiants de plus cette dernière décennie, donc proportionnellement, les étudiants sont plus nombreux à être concernés. Bien sûr, la précarité étudiante a toujours existé, mais, aujourd’hui, la population la plus touchée par la pauvreté, ce sont les jeunes.

samedi 2 novembre 2019

Les SDF meurent « trente ans plus tôt que la moyenne de la population »

Les 612 sans-abris morts en 2018, recensés par le collectif Les morts de la rue, avaient en moyenne moins de 50 ans. 


Les SDF, dont le décès a pu être recensé en 2018, sont en moyenne morts avant l’âge de 50 ans, a annoncé mardi 28 octobre ce collectif, qui analyse ces décès chaque année . « Ils meurent trente ans plus tôt que la moyenne de la population, en été comme en hiver », déplore la coordinatrice du collectif Les morts de la rue, Cécile Rocca « Ce n’est pas une histoire de saison, mais les conditions de vie à la rue qui sont en cause », a-t-elle ajouté.
En 2018, le collectif, qui recense les décès en s’aidant de signalements de ses partenaires et des médias, a dénombré 612 personnes mortes dans la rue, soit 15 % de plus que l’année précédente. Mais « on est très loin de l’exhaustivité », met en garde Mme Rocca. De précédentes recherches avaient ainsi estimé que le nombre réel des SDF décédés était six fois plus important que celui recensé par le collectif.

Les femmes meurent encore plus jeunes

L’analyse des conditions de ces décès montre aussi la violence de la vie dans la rue : ces SDF sont morts en moyenne à « 48,7 ans contre 82,18 ans en population générale », et 27 % des morts sont liées à « des accidents, des agressions ou des suicides », 36 % à des maladies. « Les personnes SDF décédées sont majoritairement des hommes jeunes qui ont vécu de longues années à la rue, et qui ont souffert de maladies, d’addictions et de troubles psychiatriques », selon l’étude.
Le collectif souhaite également attirer l’attention sur les femmes, souvent « invisibles » dans la rue. Elles représentent 9 % des décès recensés entre 2013 et 2018, mais ce chiffre est « très probablement sous-estimé ». Et l’analyse montre qu’elles meurent encore plus tôt que leurs homologues masculins, à 45,6 ans en moyenne, le plus souvent d’une maladie.

Face à cette réalité, Les morts de la rue réclame des mesures spécifiques : mise à l’abri prioritaire, structures d’hébergement non mixtes, accès aux soins renforcé… Le collectif recommande également de renforcer la continuité de l’accompagnement social et médical de tous, hommes comme femmes. « Certains lieux d’urgence sont devenus des locaux de stabilisation alors qu’ils ne sont pas faits pour ça », déplore Mme Rocca. « On met à l’abri pendant l’hiver car il fait froid, mais ce qui aide vraiment les personnes, c’est une prise en charge dans la continuité. »

Source : Le Monde, 29/10/2019.

mercredi 30 octobre 2019

Le taux de pauvreté a augmenté en France en 2018

14,7% de la population avait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018, selon l’Insee. Soit une augmentation de 0,6 point par rapport à 2017.


C’est une mauvaise nouvelle, alors que ce jeudi est la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Selon les estimations de l’Insee, 14,7% de la population en France (+ 0,6 point sur un an) aurait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018. Ils sont désormais 9,3 millions à déclarer un revenu disponible inférieur à 60% du niveau médian.

L’Insee l’explique par plusieurs facteurs: d’abord, par la hausse de ce revenu médian, «en lien avec des salaires relativement dynamiques et l’augmentation des revenus financiers». Les mesures sur les prélèvements, comme la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités «bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté». Et «contribueraient donc à la hausse du seuil et du taux de pauvreté», poursuit l’Insee - alors que les mesures sur les minima sociaux (revalorisation de l’allocation de solidarité aux personnes âgées et de l’allocation aux adultes handicapés) jouent au contraire pour une baisse du taux de pauvreté.

«Mais c’est la baisse des allocations logement dans le parc HLM qui aurait le plus fort effet», note l’Institut. Elle contribue à la hausse du taux de pauvreté pour 0,4 point. «Sans prendre en compte la baisse des allocations logement, la hausse du taux de pauvreté au seuil de 60 % serait plus modérée (+ 0,2 point en 2018) et 9,1 millions de personnes seraient en situation de pauvreté monétaire», souligne l’Insee. À noter que la réduction des loyers dans le parc social visant à compenser la baisse des allocations n’a en effet pas été prise en compte car elle n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie.

 
Parallèlement, les inégalités ont augmenté l’an dernier. La masse des niveaux de vie détenue par les 20% de personnes les plus aisées est désormais 4,4 fois plus importante que celle détenue par les 20 % les plus modestes - alors que ce chiffre était de 4,3 depuis 2013. La hausse des inégalités est liée à deux phénomènes: la hausse des inégalités avant redistribution (expliquée notamment par la très forte hausse de certains revenus des capitaux mobiliers, notamment des dividendes perçus par les ménages, souvent les plus favorisés financièrement) et celle liée aux mesures socio-fiscales.

Source : Le Figaro, 16/10/2019.

jeudi 18 avril 2019

Inégalités. Les pauvres, otages du sous-emploi

Rendu public hier, le rapport de l’Insee sur « La France dans l’Union européenne » affine ses données sur la pauvreté, avec les notions de privation et de sous-emploi.


Après plus d’un an de travail, l’Insee a dévoilé hier les principaux indicateurs économiques et sociaux de la France au sein de l’Union européenne. Avec un focus spécifique sur les profils de la pauvreté. En pleine crise des gilets jaunes, de nouveaux critères permettent d’affiner le regard sur les différentes formes et ressentis de pauvreté en France et dans les autres pays de l’Union européenne. « Nous avons analysé la pauvreté monétaire et la privation matérielle et sociale, qui sont deux approches différentes de la pauvreté, explique Julien Blasco, économiste et spécialiste des inégalités. La première se fonde sur le revenu des ménages, la seconde sur les conditions de vie. » Ce nouvel indicateur de privation matérielle et sociale, établi en 2017, dresse une série de treize éléments de la vie courante considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (ne pas avoir d’impayés, pouvoir se payer une semaine de vacances, une voiture, changer les meubles hors d’usage ou se payer des vêtements neufs…).

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale. Hamilton/REA

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale, contre 50 % des populations bulgare et roumaine, touchées par au moins une forme de pauvreté. Par conséquent, la France a le sixième taux le plus bas de pauvreté monétaire de l’Union européenne (13,6 %) et un taux de privation matérielle et sociale médian (12,7 %).
En revanche, avec 9,4 % de sa population sans emploi en 2017, elle se situe parmi les six pays les plus touchés par le chômage, après la Grèce, l’Espagne, la Croatie, l’Italie et Chypre. Côté ressenti, l’insatisfaction y atteint 19 %, soit un taux proche de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne, et supérieur à celui des autres pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest. « Ce taux élevé peut être corrélé aux 12,7 % de Français touchés par la privation matérielle et sociale », analyse Julien Blasco. En Europe, la Bulgarie et la Roumanie atteignent le taux le plus élevé de privation matérielle et sociale avec 47 %.

Les ravages de l’emploi subi, à l’échelle européen

Qu’en est-il des personnes pauvres en France ? 90 % de celles vivant en situation de privation matérielle et sociale sont des familles monoparentales au chômage. Ces données se reflètent au niveau européen : ces familles sont trois fois plus touchées que les couples sans enfants par la pauvreté et les chômeurs sont quatre fois plus touchés que les personnes en emploi par la pauvreté. Enfin, le rapport met en lumière une catégorie dites « main-d’œuvre sous-utilisée ». Ce sont les personnes sans emploi qui souhaiteraient travailler davantage, c’est-à-dire soit trouver un emploi, soit sortir du temps partiel subi. Elles sont 17,7 % (3 millions) en France, qui fait ainsi partie des sept pays les plus affectés par le phénomène. A contrario, la République tchèque est le pays qui affiche le taux le plus faible (4,2 %). Sans surprise, les difficultés d’accès à un emploi pérenne sont plus fréquentes chez les femmes. Leur part en recherche d’emploi stable était, en 2017, de 4,6 points supérieure à celle des hommes pour l’ensemble des pays de l’UE. La France est l’un de ceux où cet écart est le plus élevé (5,5 points). Et le rapport constate que « quel que soit le niveau de diplôme, là encore, les femmes sont plus souvent affectées par la sous-utilisation de la main-d’œuvre ».

Source : L'Humanité.fr, 17/04/2019.

jeudi 4 avril 2019

Précarité. L’Europe compte plus de 700 000 sans-abri

Le nombre de personnes vivant à la rue a crû de 70 % depuis 2009. Les pays privilégient une gestion à courte vue et délaissent trop la prévention, dénoncent les associations.


La politique d’accueil des personnes à la rue par les pays de l’Union européenne (UE) est inhumaine, coûteuse et court-termiste. C’est le constat sans appel dressé hier par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) dans son 4 e rapport consacré à l’hébergement d’urgence. Jusqu’à présent, l’UE ne s’est pas dotée d’outils spécifiques pour chiffrer et analyser précisément ce phénomène de grande exclusion. Seule certitude : il est en extension partout, à l’exception notable de la Finlande et de la Norvège.

Le nombre de sans-abri en Europe a crû de 70 % depuis dix ans. Il dépasse désormais les 700 000 personnes, contre 410 000 en 2009. Avec certaines progressions spectaculaires, comme en Irlande (+160%), en Allemagne (+150%) ou en encore au Royaume-Uni (+71%). « Les chiffres européens se rapprochent de ceux aux États Unis », alerte Freek Spinnewijn, le directeur de la Feantsa. Malgré l’émergence timide de la thématique du logement dans le débat des élections européennes, cette situation reste largement ignorée des politiques. À Bruxelles, la Feantsa n’a reçu que deux réponses positives à son appel aux députés pour participer à des débats sur la question.
La mise à l’abri dite « inconditionnelle » n’est appliquée nulle part. 

(...)

Source : L'Humanité.fr, 04/04/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 14 mars 2019

L’inégalité, ce fléau qui rend chacun de nous malheureux

Anxiété, obésité, toxicomanie, violence... Les signes de mal-être dans les sociétés « riches » sont légion. Dans « Pour vivre heureux, vivons égaux ! », les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett montrent que les inégalités sociales ont un impact délétère sur chaque individu. Entretien.

« Je ne sais pas comment je n’ai pas réalisé avant que tous les problèmes que je voyais étaient aggravés dans une société inégalitaire. » Pendant des années, Richard Wilkinson a compilé des données, dans son laboratoire. Et un jour, au milieu des années 1980, il a identifié le mal : les inégalités de revenus. Parce qu’elles entraînent des rapports plus violents entre les individus. Dans son premier best-seller, écrit avec Kate Pickett, « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il décortiquait la manière dont les sociétés inégalitaires aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux : violence, addictions, consumérisme… Dans ce deuxième opus, les deux chercheurs s’intéressent à l’individu.

Dans ce livre, vous changez de focale : de la société vers l’individu. Comment l’inégalité change-t-elle les rapports entre les individus, et produit de l’anxiété sociale ?

L’inégalité renforce l’importance donnée à la position sociale et aux classes sociales. Plus une société est hiérarchisée, plus l’idée que nous sommes classés en fonction de notre mérite intrinsèque est profondément ancrée, et plus chacun en vient à douter de sa valeur. Cela exacerbe la menace d’évaluation sociale et l’angoisse du statut. La timidité, la phobie sociale ou le doute sont beaucoup plus fréquents dans les sociétés inégalitaires.
Par exemple, aux États-Unis ou en Angleterre, on assiste à « une épidémie d’anxiété sociale ». Elle a des répercussions sur la santé. Entretenir des relations agréables et participer à des activités collectives sont aussi déterminants sur la santé que le fait de ne pas fumer. Des études expérimentales le montrent : des volontaires ont accepté de se voir infliger une blessure sur le bras. La lésion guérit moins rapidement chez ceux qui ont moins d’amis. On a aussi inoculé le virus du rhume par des gouttes nasales à d’autres volontaires. Ceux qui déclaraient avoir moins d’amis avaient quatre fois plus de chances de développer un rhume…

Vous dites qu’il y a un lien entre inégalités et de moindres relations amicales… En quoi ?

Dans les sociétés où règnent de très grands écarts de revenus, la vie locale est indigente. À l’inverse, les sociétés avec de faibles écarts sont beaucoup plus soudées. Leurs habitants ont plus de chance d’être impliqués dans des groupes de quartier ou des associations.

(...)

Source : L'Humanité, 07/03/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 21 février 2019

Les Invisibles : mettre en lumière la cause des femmes sans-abri

Le sujet de la grande précarité et des sans-abri est peu évoqué au cinéma. Celui des femmes à la rue l’est encore moins. En effet, il apparaît difficile d’en faire à la fois un film réaliste et grand public. Le film Les Invisibles, qui connaît actuellement un large succès en salles, vient combler ce vide. Les Invisibles chronique le quotidien d’un centre d’accueil de jour dans une comédie dramatique très réussie, où des actrices confirmées côtoient des comédiennes non-professionnelles avec une expérience de la rue. Retour sur cette belle surprise et les enjeux qu’elle soulève. 

La grande précarité, éternelle absente du cinéma populaire français

Le cinéma, comme la télévision, souffre de nombreux biais de représentation. Les CSP+ urbaines y sont légion tandis que les ouvriers et les employés y sont aussi absents qu’en politique. Il apparaît donc logiquement que le cinéma fait quasiment fi des personnes à la rue. De plus, même les décors cinématographiques sont généralement de grands appartements parisiens, comme une toile de fond tristement monocorde de chaque réalisation française. Ainsi, la grande pauvreté ne s’affiche que très rarement à l’écran et encore moins en tant que thématique principale d’un film populaire. On se souvient en vrac de No et Moi de Zabou, Une Époque formidable de Gérard Jugnot, Enfermés dehors de Dupontel ou encore de Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc. Au-delà de cette liste non-exhaustive, le SDF n’apparaît qu’en toile de fond, en élément de décor plutôt qu’en véritable protagoniste, en figurant caricatural plutôt qu’en personnage à part entière. Les Invisibles souhaite remédier à cette absence de représentation, posant la question fondamentale de l’invisibilisation symbolique des personnes sans-abri qui se retrouvent effacées de la culture populaire et des images qu’elle véhicule. Un procédé qui fait écho à une autre forme d’invisibilisation cette fois-ci physique et concrète : le mobilier urbain anti-SDF et plus généralement l’ensemble des dispositifs techniques, logistiques et policiers qui visent à éloigner les grands précaires des centres-villes.

https://www.unifrance.org/film/45181/les-invisibles#&gid=2&pid=1

Donner directement la parole aux femmes à la rue

Louis-Julien Petit reprend avec Les Invisibles une méthodologie déjà testée dans son premier film Discount, qui dénonçait les conditions de travail dans la grande distribution et suivait la création d’une épicerie solidaire clandestine. Le réalisateur s’appuie sur une enquête sérieuse sur le terrain pour recueillir des témoignages, permettant d’amener de la précision factuelle, et de ne jamais en rester aux idées reçues sur son sujet. Le casting du film témoigne également de cette rigueur puisque  des acteurs professionnels côtoient des acteurs amateurs, dont le parcours fait directement écho aux personnages qu’ils incarnent. Un choix qui n’a rien d’un gadget et accorde au film toute sa légitimité, en donnant directement la parole aux premières concernées. Aux côtés d’Audrey Lamy, Noémie Llovsky et Corine Masiero (qui a elle-même été sans-abri), le casting s’ouvre ainsi à Simone (Veil), Brigitte (Macron), Marie-Josée (Nat), Mimi (Mathy) et de nombreuses autres femmes, ex sans-abri, qui apparaissent dans le film sous des noms d’emprunt. L’ambition n’est pas uniquement cinématographique. Ainsi, ce choix permet de mettre des visages sur ce qui reste trop souvent des données statistiques et la parole est donnée à des femmes qui n’ont jamais pu la prendre. L’acte est éminemment politique, et permet par ailleurs d’illustrer la diversité des parcours de vie, des caractères, des histoires, des réalités qui se cachent derrière l’appellation de « sans-abri ». Le film dessine alors une véritable fresque de la vie de ces femmes sans-abri, happant le spectateur dans un tourbillon d’émotions. Cependant, il ne tombe pas dans la caricature pathétique et le film alterne aussi les passages comiques, véritables rayons d’espoir dans la noirceur dépeinte du quotidien des femmes SDF.


vendredi 8 février 2019

Selon Oxfam, les vingt-six plus riches détiennent autant d’argent que la moitié de l’humanité

A l’occasion de la publication de son rapport annuel, l’ONG appelle les Etats à taxer les plus riches. La fortune des milliardaires a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018.

La concentration de la richesse s’est encore accentuée en 2018 : vingt-six milliardaires ont désormais entre leurs mains autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité, a dénoncé, dimanche 20 janvier, l’ONG Oxfam.


« Le fossé qui s’agrandit entre les riches et les pauvres pénalise la lutte contre la pauvreté, fait du tort à l’économie et alimente la colère dans le monde », a affirmé Winnie Byanyima, la directrice exécutive d’Oxfam international.
Les gouvernements « doivent s’assurer que les entreprises et les plus riches paient leur part d’impôts », a-t-elle ajouté, à l’occasion de la publication du traditionnel rapport annuel de l’ONG sur les inégalités mondiales en amont du Forum économique mondial (WEF, World Economic Forum) qui se tient jusqu’à vendredi à Davos (Suisse).

Selon les chiffres de l’ONG – dont la méthodologie, qui se base sur les données publiées par la revue Forbes et la banque Crédit suisse, est contestée par certains économistes – vingt-six personnes disposent désormais d’autant d’argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète ; en 2017, ils étaient quarante-trois.

Le nombre de milliardaires a doublé depuis 2008

Quant à l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le patron d’Amazon (112 milliards de dollars en 2018, soit 98,5 milliards d’euros), 1 % de sa fortune correspond au « budget de santé de l’Ethiopie », insiste Oxfam.
D’une manière générale, la fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018, soit au rythme de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11 %.
Le nombre de milliardaires a d’ailleurs doublé depuis la crise financière de 2008, a souligné Oxfam, constatant que « les riches bénéficient non seulement d’une fortune en pleine expansion, mais aussi des niveaux d’imposition les moins élevés depuis des décennies ».
« Si la tendance était inversée, la plupart des gouvernements auraient suffisamment de ressources pour financer les services publics », a souligné l’ONG qui estime que « la richesse est tout particulièrement sous-taxée ». Elle a ainsi précisé que sur un dollar d’impôt sur le revenu, seulement quatre centimes proviennent de la taxation de la richesse.

La taxation des plus riches fait débat

Selon Oxfam, qui estime que les plus riches cachent au fisc 7 600 milliards de dollars, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni, « les 10 % les plus pauvres paient désormais des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches ».
Ce rapport est publié à un moment où la taxation des plus grandes fortunes suscite des débats dans plusieurs pays.
En France, le mouvement des « gilets jaunes » a relancé le débat sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par le président Emmanuel Macron. Aux Etats-Unis, la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, fraîchement élue, a proposé de taxer à 70 % les plus riches, obtenant le soutien du Prix Nobel d’économie (2008), Paul Krugman.

Source : Le Monde, 20/01/2019.
Rapport intégral sur les inégalités d'OXFAM :
https://www.oxfamfrance.org/rapports/services-publics-ou-fortunes-privees-rapport-davos-2019/


https://www.oxfamfrance.org/actualite/sept-questions-interessantes-que-vous-avez-posees-sur-le-rapport-sur-les-inegalites-doxfam/

jeudi 27 décembre 2018

Toujours plus de travailleuses pauvres

Selon le dernier rapport d’Oxfam, le phénomène de la pauvreté au travail touche particulièrement les femmes.


Ecarts de salaires, emplois précaires, instabilité des temps de travail, pénibilité des tâches, ségrégation professionnelle, permanence des stéréotypes qui nourrissent les discriminations… Le dernier rapport d’Oxfam, « Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne », pointe une aggravation de la situation des travailleuses pauvres en France, et l’insuffisance des mesures pour y remédier. Non seulement leur nombre est en nette augmentation puisque, selon Eurostat, la part de femmes en activité professionnelle et pauvres est passée de 5,6 % en 2006 à 7,3 % en 2017, mais les « discriminations tenaces » dont elles sont l’objet les enferment dans un « cercle vicieux de précarité ».
Globalement, les femmes représentaient, en 2017, 55 % des bas salaires et occupaient 63 % des emplois non qualifiés, ainsi que 78 % des emplois à temps partiel et 70 % des contrats à durée déterminée (CDD) et des emplois intérimaires. Les mères de famille monoparentale sont particulièrement touchées par la pauvreté et la précarité : parmi celles qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre, soit un million de femmes. 


Ségrégation professionnelle

 

Si les inégalités de salaire entre les sexes tendent à diminuer, les hommes gagnent toujours 22,2 % de plus que les femmes. Certaines de ces inégalités salariales s‘expliquent par un phénomène de ségrégation professionnelle dite « horizontale » : les femmes ont tendance à être concentrées dans les métiers et secteurs où la rémunération est basse. Elles sont également touchées par la « ségrégation verticale » : elles sont moins représentées dans les emplois les mieux rémunérés ou les plus qualifiés (et ce alors même que les femmes ont en général un niveau d’éducation relativement plus élevé). Mais pas seulement.
Pour l’Organisation non gouvernementale (ONG), les causes de ces inégalités sont donc plus profondes. Les femmes subissent de multiples discriminations, liées à des facteurs sociaux et culturels qui viennent augmenter le risque de tomber dans la pauvreté au travail : « Les femmes sont victimes de normes sociales, de comportements et de croyances qui dévaluent leurs statut et compétences, servant de justification aux violences et à la discrimination à leur encontre et influencent fortement les emplois qu’elles peuvent et ne peuvent pas occuper. »

(...)

Source : Alternatives économiques, 19/12/2018.
Article intégral en ligne : https://www.alternatives-economiques.fr

dimanche 11 novembre 2018

Le Secours catholique tire la sonnette d'alarme sur l'état de la pauvreté en France

Le rapport 2018 sur l'état de la pauvreté en France du Secours catholique-Caritas France donne une image relativement sombre de la situation de l'Hexagone. Les lignes de front de l'opus publié ce jeudi matin? Plus de femmes et de seniors accueillis, des taux d'impayés et de non-recours des prestations en hausse.

 
Comme chaque année, le Secours catholique-Caritas France publie (ce jeudi) son rapport statistique sur l'état de la pauvreté, basé sur les 86.275 fiches renseignées en 2017 lors des rencontres avec les personnes que l'association accueille tout au long de l'année. Un rapport qui «permet de prendre la mesure des facteurs de pauvreté touchant les personnes précaires et de voir les évolutions des situations en France», explique l'association qui a célébré ses 70 ans en 2016. La situation ne s'améliore pas, la preuve en 7 chiffres clés dont chacun fait froid dans le dos. 


● 56,1% de femmes
En 2017, les femmes sont majoritaires au sein des accueils du Secours catholique et représentent 56,1% des adultes rencontrés. Une proportion supérieure à la moyenne dans la population générale «traduisant une plus grande fragilité relative des femmes par rapport aux hommes», indique le Secours catholique. 40% sont des mères isolées et 30% sont seules, vivant pour la plupart sous le seuil de pauvreté.

●  Un tiers de seniors
La part des adultes de plus de 50 ans progresse qui représentent désormais un tiers des hommes et des femmes rencontrés, contre un peu plus d'un quart en 2010. Pis, la seule part des plus de 60 ans a grimpé de 5 points depuis le début de la décennie pour dépasser désormais les 10%. Pour le secours catholique, cette réalité «traduit une précarisation progressive des personnes âgées isolées dont les enfants ont quitté le foyer» (le cas de 80% d'entre eux).


vendredi 9 novembre 2018

Pauvreté. Femmes et seniors, précarité en hausse

Dans son rapport annuel, le Secours catholique pointe une recrudescence de la pauvreté chez les femmes, mais aussi chez les personnes âgées et les étrangers sans papiers.


Le constat est sans appel. En 2017, les 70 000 bénévoles du Secours catholique ont accueilli près de 1,4 million de personnes. Ces personnes avaient un revenu médian de 540 euros par mois, soit moins que le montant du RSA. Après avoir payé le loyer et les charges, il leur reste entre 2 et 5 euros par jour pour vivre. « Comment notre pays peut-il accepter de laisser des familles, dont 640 700 enfants, dans une telle situation de détresse ? » s’emporte Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, guère satisfaite par les annonces d’Emmanuel Macron sur la pauvreté.

Les plus fragiles : des femmes seules ou des mères isolées

Le rapport fait un focus particulièrement alarmant sur la situation des femmes, qui représentent 56,1 % des adultes rencontrés au sein d’une permanence. Lorsqu’elles sont jeunes, entre 20 et 45 ans, la part de ces femmes constitue même les deux tiers des personnes aidées par l’association. Pour celles de nationalité française, le rapport constate que 40 % sont des mères isolées, tandis que 30 % sont des femmes seules, en moyenne plus âgées, et la plupart d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.



mardi 30 octobre 2018

Comment le taux de pauvreté est-il calculé ?

La France compte 5 millions de pauvres si le seuil de pauvreté est fixé à 50% du niveau de vie médian. Leur nombre monte à 8,8 millions si ce seuil est fixé à 60%.


Alors que l'Observatoire des inégalités a publié ce jeudi son premier rapport sur la pauvreté en France, Le Figaro revient sur la manière dont est calculé le taux de pauvreté. Très utilisé dans le débat public, cet indicateur macroéconomique permet notamment de faire des comparaisons entre groupes sociaux et au niveau international, mais aussi de mieux cibler les politiques publiques de lutte contre la pauvreté. Voici ce qu'il faut savoir : 

• Niveau de vie, seuil de pauvreté et pauvreté relative
Comme l'explique l'Insee, «le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros)». Pour rappel, le niveau de vie désigne le revenu disponible, c'est-à-dire les revenus liés à l'activité, au patrimoine, les pensions de retraite et les prestations sociales, desquels sont soustraits les impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, taxe d'habitation...). L'Insee calcule ensuite le niveau de vie de chaque personne en prenant en compte la taille du ménage.

L'Insee, comme Eurostat (NLDR: une direction de la Commission européenne chargée de l'information statistique) et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative: cela veut dire qu'une personne est considérée comme pauvre quand elle s'écarte du niveau de vie médian. Le niveau de vie médian sépare la population en deux parts égales: une moitié gagne moins, l'autre moitié gagne davantage. À l'inverse, d'autres pays, comme les États-Unis ou l'Australie, ont une approche en termes de pauvreté absolue. 

 Comment le taux de pauvreté est-il calculé ?
• L'importance du «seuil de pauvreté»
 
En Europe, pour mesurer la pauvreté, le seuil de 60% du niveau de vie médian est privilégié. En d'autres termes, tous les individus qui ont un niveau de vie inférieur à 60% du niveau de vie médian dans leur pays sont considérés comme «pauvres».
En France et en Europe, le seuil de pauvreté à 60% du niveau de vie médian est privilégié (capture d'écran d'une vidéo de l'Insee).


jeudi 11 octobre 2018

En France, les jeunes restent les premiers frappés par la misère

Dans une étude publiée aujourd’hui, l’Observatoire des inégalités souligne que la relative stabilité du taux de pauvreté s’accompagne d’un creusement des situations de précarité, dont les moins de 30 ans font majoritairement les frais.


En première ligne. Publié aujourd’hui, le rapport sur la pauvreté de l’Observatoire des inégalités rappelle, parmi ses multiples constats, que les jeunes, en France, restent les plus touchés par la précarité. Parmi les 5 millions de pauvres (1), un peu plus du tiers sont des enfants et des adolescents, et plus de la moitié a moins de 30 ans. Ce taux monte à 19,8 % pour les moins de 18 ans. Un constat inquiétant et pourtant souvent minoré par les politiques publiques. « Plus d’un enfant sur dix vit sous le seuil de pauvreté du fait des bas revenus de ses parents. On oublie plus encore les jeunes adultes de 20 à 29 ans, dont 11,8 % sont pauvres, souvent les peu diplômés en difficulté d’insertion professionnelle », détaille le rapport.
S’il est impossible d’établir un profil type, ce sont principalement des enfants et des jeunes vivant dans des ménages n’ayant pas eu accès à une insertion professionnelle stable qui sont concernés. Julien Damon, professeur à Sciences-Po et auteur d’Éliminer la pauvreté (éditions PUF), connaît bien les raisons de ce constat : « Les jeunes entrent difficilement dans le marché du travail. Le choc du chômage pèse sur ces outsiders, mais il y a aussi la transformation des familles plus souvent monoparentales et fragiles, plus nombreuses dans les quartiers prioritaires, et enfin, la surréprésentation de jeunes pauvres et migrants. »

Infographie : Humanité

Le plan pauvreté d’Emmanuel Macron était attendu, entre autres, sur cette question. Mais la plupart des associations ont été déçues. Beaucoup comptaient notamment sur un élargissement du RSA aux 18-25 ans, puisque cette tranche d’âge ne perçoit que l’aide personnalisée au logement (APL) en termes de soutien effectif. Le président n’a rien proposé en ce sens. Une mauvaise nouvelle pour des centaines de milliers de jeunes précaires, dont de nombreux étudiants.

samedi 6 octobre 2018

Pauvreté : de quoi et de qui parle-t-on ?

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Nicolas Duvoux, estime que mesurer le phénomène selon différents critères – revenu, consommation, ressenti – permet de dépasser, notamment, la dichotomie entre actifs et « assistés ».


La pauvreté est une notion complexe, en général appréhendée par le biais d’un « seuil » dont la définition ne fait pas consensus. Dans la plupart des pays non européens, c’est la notion de pauvreté « absolue » qui prévaut, la pauvreté étant pensée en fonction de la capacité à satisfaire un certain nombre de besoins considérés comme des minimums vitaux.
La Banque mondiale retient par exemple un seuil d’extrême pauvreté de 1,90 dollar (1,63 euro) par jour, tandis que les États-Unis font passer la ligne de pauvreté à 25 100 dollars par an pour une famille de quatre personnes. En Europe, la définition de la pauvreté est aussi essentiellement fondée sur le revenu, mais c’est plutôt la notion de « pauvreté relative » qui prédomine, basée sur l’idée selon laquelle sa délimitation varie en fonction de la société dans laquelle on vit.
En France, est considéré comme pauvre tout individu vivant dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian (1 015 euros par mois pour une personne isolée en 2015, soit 14,2 % de la population). D’après cette définition, le taux de pauvreté a reculé d’à peine 4 points au cours des cinquante dernières années. Plus significatives, peut-être, sont les évolutions qualitatives de la pauvreté : comme dans l’ensemble des pays développés, celle-ci s’est déplacée vers les jeunes, les familles monoparentales et les populations urbaines.

La pauvreté touche aujourd’hui de manière disproportionnée les enfants (19,9 %), les jeunes adultes (25,2 % des 18-24 ans) et les familles monoparentales (34,9 %). Très exposées au cours de la période des « trente glorieuses », les personnes âgées et retraitées apparaissent aujourd’hui relativement épargnées par ce type de pauvreté, grâce aux retraites dont les montants, quoique relativement modestes (en 2016, la pension de droit direct s’élevait en moyenne à 1 294 euros par mois), offrent un niveau de vie souvent supérieur au seuil de pauvreté monétaire.
Cette mesure de la pauvreté fait toutefois l’objet de critiques, qui portent tant sur le niveau du seuil que sur le fait de se focaliser sur le revenu des ménages. Des variations minimes du seuil retenu peuvent en effet conduire à des taux de pauvreté très différents : par exemple, avec un seuil fixé à 50 % du niveau de vie médian, on aboutit à un taux de pauvreté de 8 % –et non plus de 14,2 %. Il convient aussi de souligner qu’une diminution du niveau de vie médian de la population peut provoquer une baisse mécanique du taux de pauvreté, sans que la situation des plus démunis ne se soit améliorée.


jeudi 4 octobre 2018

Alimentation : 1 Français sur 5 est en situation de précarité

Selon un baromètre Ipsos-Secours populaire, 21 % des sondés déclarent ne pas pouvoir s’offrir une alimentation saine et 41 % ont du mal à partir en vacances une fois par an.


Le dernier baromètre Ipsos-Secours populaire, publié mardi, souligne l’ampleur de la précarité alimentaire en France, qui touche une personne sur cinq.
Un peu plus d’un cinquième des Français sondés (21 %) ont, en effet, déclaré ne pas être en mesure de s’offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jour et 27 % ont admis ne pas avoir les moyens financiers de s’acheter quotidiennement des fruits et légumes.
C’est dans les foyers les plus modestes que cette tendance est la plus marquée. Ainsi, plus d’un français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 200 euros a déclaré avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d’un sur deux (48 %) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.
Par ailleurs, ils sont une écrasante majorité (86 %) à estimer que la précarité alimentaire est le signe d’une situation de pauvreté.

Difficultés pour payer les actes médicaux

De façon générale, le Secours populaire souligne que la situation financière d’une partie des Français s’est améliorée par rapport à 2017, tout en pointant qu’ils sont 39 % (+ 2 % par rapport à 2017) à déclarer avoir déjà connu une situation de pauvreté.
Quant au seuil de pauvreté, il n’y a pas d’évolution notable par rapport à 2017 : les Français considèrent qu’une personne seule est pauvre quand elle a un revenu mensuel inférieur ou égal à 1 118 euros, soit cinq euros de plus que l’année précédente.
Cette année encore, le sondage révèle que les vacances et la culture restent des postes de dépenses « problématiques » pour de nombreux Français. Ils sont 41 % à admettre avoir du mal à partir en vacances une fois par an (45 % en 2017).
Et près d’un Français sur trois reconnaît avoir du mal à payer des actes médicaux mal remboursés (56 % chez les bourses les plus modestes).
A noter également qu’ils sont plus de 80 % à penser que leurs enfants seront plus vulnérables face à la pauvreté que leur génération.

Source : Le Monde : 11/09/2018.

mardi 2 octobre 2018

En 2016, la France comptait près de neuf millions de pauvres

Le taux est en légère baisse, de 0,2 point, par rapport à 2015, ce qui, selon l’Insee, « s’explique principalement » par la prime d’activité créée sous le quinquennat Hollande.


En 2016, la France comptait 8,8 millions de pauvres, soit 14 % de la population, selon des chiffres publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) mardi 11 septembre. Ce taux monte à 19,8 % pour les moins de 18 ans.

Sont considérées comme pauvres par l’Insee les personnes seules qui perçoivent moins de 1 026 euros par mois, c’est-à-dire 60 % du revenu médian de la population, qui est de 1 710 euros par mois en 2016. Parmi celles qui sont en dessous de ce revenu médian, près de 5 millions ont moins de 855 euros mensuels pour vivre.

Le taux de pauvreté globale est toutefois en légère baisse, de 0,2 point, par rapport à celui constaté en 2015, ce qui selon l’Insee « s’explique principalement par la mise en place de la prime d’activité » – une aide aux travailleurs et travailleuses à revenus modestes créée au début de 2016. « Depuis 2008, on constate une reprise lente de la pauvreté, mais aussi un problème d’irréversibilité. C’est-à-dire qu’il n’y a pas plus de pauvres, mais qu’on a du mal à en sortir », explique Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes).

Plan pauvreté présenté jeudi

« La situation vis-à-vis de la pauvreté reste très liée au statut d’activité », souligne l’institut des statistiques. Ainsi, en 2016 la pauvreté touchait 38,3 % des chômeurs, 6,4 % des salariés et 7,7 % des actifs occupés. Mais la situation familiale joue également un grand rôle dans le risque d’être confronté à des difficultés matérielles.
Ainsi, 34,8 % des familles monoparentales sont pauvres — ce qui représente deux millions de personnes — soit un taux quatre fois plus élevé que les couples avec un ou deux enfants. A partir de trois enfants, en revanche, le taux de pauvreté des familles en couple augmente très nettement, à 23,9 %.

Ce rapport a été publié deux jours avant les annonces prévues jeudi par le président de la République, Emmanuel Macron, sur la stratégie de lutte contre la pauvreté du gouvernement. Lundi, le chef de l’Etat a passé cinq heures dans un centre ATD Quart monde pour rencontrer des personnes touchées par la grande pauvreté.

« Il y aura de la dépense pour accompagner mieux les personnes vers leur émancipation », a promis la ministre de la santé et des solidarités, Agnès Buzyn, évoquant « une stratégie ambitieuse » qui cherche à surmonter les « obstacles qui maintiennent les personnes dans la précarité » comme la santé, le logement, le transport ou l’accès à la garde d’enfant.

Source : Le Monde, 11/09/2018.

dimanche 30 septembre 2018

Mal-logement, chômage... La France face au défi de la pauvreté

[Le défi de la pauvreté] La pauvreté frappe 13,6 % des Français et 19,1 % des moins de 18 ans. Un plan d’action est attendu mi-septembre. Premier volet de notre enquête.



Il appelle cela la « scoumoune ». « La dèche, quoi », précise Damien Moreau, la petite
vingtaine, le ton goguenard. « La panade, la mierda, la super-glu des galères. » Rasé de
près, il enfourche son vélo pour rejoindre l’ami avec qui il partage un studio, près de Paris.
Depuis qu’il a décroché de son BTS vente, il alterne inactivité et petits boulots. « Des jobs de livreur en autoentrepreneur, des contrats courts. »


Les bons mois, il tourne autour de 1 100 euros. Les autres, il « bidouille ». « Je fais gaffe à
tout. Je repère les plans gratuits pour sortir quand même avec les copains : on me prend
pour un écolo radin, un militant de la décroissance, sourit-il. J’aime autant, ça sonne plus
chic que pauvre. Même si j’ai l’habitude : la scoumoune, je suis né dedans, et mes parents,
tous deux au chômage, aussi. »


Emmanuel Macron, lui, appelle cela les « inégalités de destin ». « Selon l’endroit où vous
êtes né, la famille où vous avez grandi, votre destin est le plus souvent scellé », déclarait-il
le 9 juillet, pour défendre son ambitieux plan antipauvreté. Celui-ci était attendu cet été,
dans la foulée des concertations entamées fin 2017 par le délégué interministériel dédié au
sujet, Olivier Noblecourt. Il sera finalement présenté mi-septembre.


Distribution de petits-déjeuners gratuits dans les écoles, allongement de la période
obligatoire de formation de 16 à 18 ans ou, encore, versement unique des allocations... Si les pistes évoquées sont jugées prometteuses par les associations, certaines redoutent
néanmoins que les moyens dégagés ne soient pas à la hauteur.
Car les signaux envoyés par l’exécutif sont ambigus. En juin, le président a qualifié de
« pognon de dingue » les sommes consacrées aux minima sociaux. Si le minimum vieillesse (833 euros) sera revalorisé de 35 euros en 2019 et 2020, les allocations familiales, APL et pensions progresseront de 0,3 % seulement sur ces deux années, soit moins que l’inflation.


Sera-t-il possible de renforcer la lutte contre la pauvreté tout en serrant la vis sur certaines
prestations ?


(...)

Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr
Source : LE MONDE | 04.09.2018

dimanche 23 septembre 2018

Un Français sur cinq n'est pas en mesure de s'offrir une alimentation saine

Cette précarité alimentaire est particulièrement marquée chez les foyers les plus modestes, selon un sondage Ipsos pour le Secours populaire.

Ne pas pouvoir faire trois repas par jour ni s'alimenter sainement est une réalité pour près d'un Français sur cinq, selon le dernier baromètre Ipsos-Secours populaire publié ce mardi 11 septembre.
Un peu plus d'un cinquième des Français sondés (21%) ont déclaré ne pas être en mesure de s'offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jours et 27% ont admis ne pas avoir les moyens financiers de s'acheter quotidiennement des fruits et légumes.
Mais c'est chez les foyers les plus modestes que cette tendance est la plus marquée. Ainsi, plus d'un Français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1.200 euros a indiqué avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d'un sur deux (48%) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.
Par ailleurs, ils sont une écrasante majorité (86%) à estimer que la précarité alimentaire est le signe d'une situation de pauvreté.

Les vacances, un poste de dépenses "problématique"

De façon générale, le Secours populaire souligne que la situation financière d'une partie des Français s'est améliorée par rapport à 2017, tout en pointant qu'il sont 39% (+2% par rapport à 2017) à déclarer avoir déjà connu une situation de pauvreté.
Quant au seuil de pauvreté, il n'y a pas d'évolution notable par rapport à 2017 : les Français considèrent qu'une personne seule est pauvre quand elle a un revenu mensuel inférieur ou égal à 1.118 euros, soit cinq euros de plus que l'année précédente.
Cette année encore, le sondage révèle que les vacances et la culture restent des postes de dépenses "problématiques" pour de nombreux Français. Ils sont 41% à admettre avoir du mal à partir en vacances une fois par an (45% en 2017).
Et près d'un Français sur trois reconnaît avoir du mal à payer des actes médicaux mal remboursés (56% chez les bourses les plus modestes).
A noter également qu'ils sont plus de 80% à penser que leurs enfants seront plus vulnérables face à la pauvreté que leur génération.
Enfin, à quelques mois des élections européennes et alors que le renouvellement du Fond européen d'assistance aux démunis (FEAD), arrivant à échéance en 2020, n'est pas assuré, 75% des sondés considèrent que l'UE "ne s'investit pas beaucoup" dans la lutte contre la précarité alimentaire.
 
Sondage réalisé par téléphone du 22 au 26 juin 2018 sur un échantillon de 1.016 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.

Source : L'Observateur, 11/09/2018. 

vendredi 21 septembre 2018

Stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté

La stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté a pour ambition de lutter contre les inégalités de destin et de permettre une égalité des chances réelles. Pour ce faire, 8,5 milliards d'euros sont consacrés à cette stratégie ambitieuse dont les maitres-mots sont "prévention" et "accompagnement".

Plan pauvreté du Gouvernement, présenté le 14/09/2018.

https://www.gouvernement.fr/action/strategie-de-prevention-et-de-lutte-contre-la-pauvrete

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