mardi 19 novembre 2019

Pourquoi la progression de l'espérance de vie ralentit en France

Tabagisme, alcool, malbouffe et pollution atmosphérique sont autant de leviers sur lesquels nous pourrions jouer pour enrayer le ralentissement de la progression de l'espérance de vie. Car selon un rapport de l'OCDE paru ce jeudi, si la France est aujourd'hui en dixième place des pays on l'on vit le plus longtemps, les perspectives ne sont guerre optimistes. 

82,6 ans. Telle est la moyenne de l’espérance de vie en France, selon le Panorama de la Santé publié ce jeudi 7 novembre par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Si nous arrivons en dixième place des pays où l’on vit le plus longtemps, la progression de l’espérance de vie ralentit depuis 2011. Les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne sont également victimes de ce phénomène. Pourquoi Docteur fait le point sur les quatre leviers sur lequel nous pourrions agir pour inverser la tendance.

Le tabagisme

D’après l’OMS, 7 millions de personnes décèdent chaque année après avoir trop fumé. Si le pourcentage de fumeurs quotidiens est passé de 23 % en 2007 à 18 % en 2017, c’est encore trop. En France, selon les chiffres du rapport, un adulte sur quatre fume tous les jours (les hommes davantage que les femmes, 28% contre 23%). C'est le quatrième taux le plus élevé des pays de l’OCDE (sept points au-dessus de la moyenne). Cette consommation élevée de tabac entraîne 21 000 décès du cancer du poumon par an et des dizaines de milliers d’autres liés aux maladies cardiovasculaires et respiratoires. Cependant, les données de l’OCDE datent de 2017 et n’ont pas encore pris compte de l'influence des mesures prises par le ministère de la Santé, telles que la hausse du prix du paquet de cigarettes. Rappelons que d’après le Baromètre santé publique France paru en mai, la France aurait gagné 1,6 million de fumeurs en moins en à peine deux ans. 


jeudi 12 septembre 2019

Le cancer devient la première cause de décès dans les pays riches

A l’échelle de la planète, les maladies cardiaques restent les premières responsables, représentant aujourd’hui plus de 40 % des décès. 


Dans les pays les plus riches, le cancer tue maintenant plus que les maladies cardiaques chez les adultes d’âge moyen, selon deux enquêtes publiées mardi 3 septembre dans la revue médicale The Lancet. A l’échelle de la planète, si les maladies cardiovasculaires demeurent pour le moment le principal facteur de mortalité, il est néanmoins « probable que le cancer deviendra la cause la plus courante de décès dans le monde dans quelques décennies », selon les chercheurs.
Aujourd’hui, les maladies cardiaques sont responsables de plus de 40 % des décès, soit environ 17,7 millions de morts en 2017. Le cancer, lui, en concerne un peu plus d’un quart (26 %). Mais à mesure que les taux de maladies cardiaques diminuent à l’échelle mondiale, cet ordre pourrait s’inverser, avancent encore les auteurs. « Le monde assiste à une nouvelle transition épidémiologique (…), les maladies cardiovasculaires n’étant plus la principale cause de décès dans les pays à revenu élevé », selon Gilles Deganais, professeur émérite à l’Université Laval, au Québec et coauteur des deux publications.

160 000 adultes suivis sur une décennie

Limitée à 21 nations, l’étude porte sur plus de 160 000 adultes suivis sur une décennie (entre 2005 et 2016), dans des pays à revenu élevé, moyen et faible. D’après ces travaux, présentés au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC), à Paris, les habitants des pays pauvres sont en moyenne 2,5 fois plus susceptibles de mourir d’une maladie cardiaque que ceux des pays riches.
Selon le deuxième volet de l’étude, sur les mêmes 21 pays, 70 % des cas de maladies cardiovasculaires sont dus à des « facteurs de risque modifiables ». Les facteurs de risque métaboliques – cholestérol élevé, obésité ou diabète – sont en cause dans plus de 40 % des maladies cardiaques et sont le principal déterminant des maladies dans les pays riches. Dans les pays en développement, les chercheurs relèvent aussi le rôle de la pollution de l’air intérieur, de l’alimentation et du faible niveau d’éducation.

« Un changement de cap s’impose »

« Un changement de cap s’impose pour atténuer l’impact disproportionné des maladies cardiovasculaires dans les pays à revenu faible et moyen », souligne Salim Yusuf, professeur de médecine à l’Université McMaster. « Ces pays doivent investir une plus grande part de leur produit intérieur brut dans la prévention et la gestion des maladies non transmissibles, y compris les maladies cardiovasculaires, plutôt que de se concentrer sur les maladies infectieuses », ajoute-t-il.
Les quatre pays à revenu élevé pris en compte pour aboutir à ces conclusions sont le Canada, l’Arabie saoudite, la Suède et les Emirats arabes unis. Faisaient également partie de l’étude douze pays à revenu intermédiaire, selon une classification de 2006 (Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Iran, Malaisie, Palestine, Philippines, Pologne, Turquie et Afrique du Sud) et cinq pays à faible revenu (Bangladesh, Inde, Pakistan, Tanzanie et Zimbabwe).

Source : Le Monde, 03/09/2019.

dimanche 14 avril 2019

Vaccination. Dur d’en finir avec la rougeole

Jusqu’au début des années 1980, le nombre des cas de rougeole, en France, se comptait par centaine de milliers… Trois ans après l’introduction du vaccin, en 1983, c’est encore 330 000 cas annuels qui sont enregistrés. Le point sur les grandes étapes de l’histoire de la rougeole en France.


En 2005, la France est entrée dans le « plan d’élimination de la rougeole et de la rubéole congénitale 2005-2010 », de l’OMS Europe. Elle inscrit dès lors la rougeole sur la liste des maladies à déclaration obligatoire et vise l’éradication de cette maladie infantile grâce à la vaccination.

La logique de ce signalement par la déclaration obligatoire aux autorités de santé (agence régionale de santé) doit permettre de déceler rapidement les cas groupés ou d’identifier une chaîne de transmission et de mettre ainsi en œuvre des mesures préventives – recherche d’autres cas, vaccination des sujets réceptifs dans l’entourage.

Photo Alix Guigon / AFP.

Avant ce dispositif, la rougeole faisait l’objet d’une surveillance permanente par le réseau Sentinelles (Inserm), qui permettait de suivre l’évolution des épidémies. Quand le vaccin antirougeoleux est introduit, en 1983, dans le calendrier vaccinal recommandé, les épidémies de rougeole n’usurpaient pas leur titre d’épidémie : les 500 000 cas annuels étaient souvent atteints et trois ans après l’introduction du vaccin antirougeoleux, en 1986, on compte encore 331 000 cas. De plus, la maladie n’étant « que » surveillée et pas encore « à déclaration obligatoire », le nombre de cas réels pouvait être bien plus important ! Mais l’obligation de déclarer ne résoud pas tout : la sous-déclaration ne peut être exclue, comme l’explique Santé publique France, notamment en période estivale, la France étant coutumière du fait.

dimanche 3 mars 2019

Santé. Pourquoi la rougeole fait à nouveau peur

La maladie, très contagieuse et potentiellement mortelle, a connu une progression spectaculaire en 2018, selon l’OMS. En cause : une vaccination encore imparfaite.


Ce sont de drôles de vacances que sont en train de vivre un couple de trentenaires français et leur fils de 5 ans au Costa Rica. Arrivés la semaine dernière dans ce petit paradis d’Amérique centrale, ils n’ont guère pu profiter de son environnement préservé ou de ses plages idylliques. Accusée d’avoir réintroduit le virus de la rougeole dans ce pays qui l’avait éradiqué depuis 2014, la famille a été placée en quarantaine par le ministère costaricien de la Santé à l’hôpital Monsenor Sanabria, à Puntarenas. D’après le journal Nacion, qui raconte l’affaire, les deux parents et leur fils étaient porteurs du virus, vraisemblablement contracté par le jeune garçon dans son école maternelle en France, où des cas ont été rapportés.
« L’enfant et la mère n’avaient pas les vaccins qui confèrent une protection contre la rougeole et apparemment le père ne dispose pas du programme de vaccination complet (il n’avait reçu qu’une injection, quand deux sont obligatoires depuis 1997 – NDLR) », précise le communiqué du ministère de la Santé. Tous devaient rester confinés jusqu’en milieu de semaine, « pour protéger la santé publique », ont indiqué les autorités costariciennes, qui tentent de retrouver l’ensemble des personnes ayant approché le couple : les passagers du vol Air France du 18 février, les clients de l’hôtel où ils ont passé une journée dans la capitale San José ou ceux qui les ont côtoyés à Puntarenas. Au total, en fin de semaine dernière, 26 personnes avaient pu être retrouvées et vaccinées, pour éviter la propagation de la maladie.

Les pays riches aussi concernés

Cette histoire singulière montre combien le fait de baisser la garde – en clair, de considérer la vaccination comme facultative – face à des virus présentés à tort comme disparus peut avoir des conséquences fâcheuses. Car la rougeole, infection virale hautement contagieuse, peut se révéler mortelle en cas de complications. Il y a quelques jours, l’Organisation mondiale de la santé a tiré la sonnette d’alarme, évoquant une progression spectaculaire des cas recensés sur la planète : 229 000 cas signalés pour 2018, contre 170 000 l’année précédente. Des chiffres qui devraient encore s’aggraver, les statistiques de chaque pays pouvant être transmises jusqu’au mois d’avril.
Fait notable, « toutes les régions ont vu une hausse des cas l’an dernier », a souligné Katrina Kretsinger, la responsable médicale du programme élargi de vaccination de l’OMS, citant les épidémies en Ukraine (53 000 cas sur les 83 000 recensés en Europe), à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Sierra Leone. Sans surprise, c’est dans l’île malgache, où la vaccination est très insuffisante (un tiers seulement des moins de 3 ans), que celle-ci a fait le plus de dégâts : 66 278 cas et 922 décès relevés entre octobre 2018 et le 12 février dernier. Mais des pays riches voient aussi réapparaître le virus. Aux États-Unis, l’état d’urgence a été déclaré dans l’État de Washington (nord-ouest du pays) en janvier, après l’apparition de 31 cas, essentiellement chez des enfants de moins de 10 ans. Et une alerte a été lancée dans l’Oregon voisin. En France, un foyer épidémique s’est fait jour dans la station de ski de Val-Thorens (Savoie), où 39 cas ont été comptabilisés par l’agence régionale de santé, essentiellement des employés saisonniers, mais aussi deux enfants de moins de 1 an. Pour l’heure sans dommages irréversibles. Ce qui ne fut pas le cas pour trois personnes en 2018 qui ont succombé à la maladie. Selon Santé publique France, aucun département n’a atteint l’objectif de 95 % d’enfants vaccinés, censé empêcher toute circulation du virus.

Source : L'Humanité, 26 Février 2019, Alexandre Fache.