mardi 30 janvier 2018

Quand l’hôpital devient un « lieu de maltraitance » pour ses soignants

Un rapport rendu public le 8 janvier décrit de graves problèmes de souffrance au travail au CHU de Grenoble. Liée dans certains cas à des querelles parfois violentes entre médecins, cette souffrance est aussi provoquée par un management dicté par une « logique comptable et financière ».


Un climat très lourd semble régner depuis plusieurs mois au CHU de Grenoble. ZOOM
Un climat très lourd semble régner depuis plusieurs mois au CHU de Grenoble. / Albert Facelly/Divergence

C’était un jeune neurochirurgien pédiatrique de 36 ans qui, de l’avis général, était brillant et très investi dans son travail. Un « perfectionniste » qui, en novembre, s’est donné la mort sur son lieu de travail, au CHU de Grenoble. Un suicide qui, selon une lettre qu’il a laissée, aurait été lié à des motifs personnels.



Un climat très lourd semble régner depuis plusieurs mois au CHU de Grenoble.


Un climat très lourd semble régner depuis plusieurs mois
au CHU de Grenoble. / Albert Facelly/Divergence


« Il n’en reste pas moins que le choix du lieu a une signification », note un rapport rendu public lundi 8 janvier par le ministère de la santé. Selon ce rapport, cette mort brutale a « profondément traumatisé » les médecins et les équipes du CHU de Grenoble, où règne depuis plusieurs mois un climat très lourd, plusieurs médecins ayant dénoncé un harcèlement moral et de la souffrance au travail.

Des services « balkanisés »

C’est pour cette raison que la ministre Agnès Buzyn a chargé Edouard Couty, médiateur national en charge des hôpitaux, d’une mission. Au terme de ce travail, celui-ci livre un diagnostic sévère, décrivant des conflits aigus dans certains services entre des médecins en place depuis longtemps et de jeunes chefs de service venus de l’extérieur et ayant le titre de professeurs.

Le service de néphrologie est décrit comme « divisé », « balkanisé » et sans cohérence. Le service de réanimation est lui aussi en proie à des guerres intestines. « Il est clair que ce conflit rejaillit sur la prise en charge des malades et sur l’ensemble des professionnels du service, cadres et infirmiers notamment, au point de cliver les équipes et de générer de la souffrance au travail », note le rapport, tout en dénonçant une « communication de mauvaise qualité » entre le sommet et la base, qui « fait place à la rumeur dont l’effet est destructeur et délétère ».

Des conflits de pouvoir

Ce rapport n’a pas surpris le professeur Philippe Halimi, chef du service de radiologie à l’hôpital Pompidou à Paris. « Nous avions nous-même alerté sur ces souffrances graves à Grenoble, qu’on retrouve dans de nombreux hôpitaux en France où règne une maltraitance institutionnelle », assure ce médecin, qui préside l’association nationale Jean-Louis Megnien, du nom d’un cardiologue qui, fin 2015, s’est suicidé à Pompidou.
Ces situations peuvent être liées à des conflits de pouvoirs entre médecins. « Dans certains cas, cela peut être très violent. On reçoit des témoignages de gens qui se retrouvent sans bureau et sans patient car les secrétaires ont reçu pour consigne de ne plus leur en adresser », indique le docteur Nicole Smolski, présidente d’honneur de l’intersyndicat Action praticiens hôpital (APH) qui, le mois dernier, a créé un Observatoire de la souffrance à l’hôpital.

dimanche 14 janvier 2018

Pourquoi l’hôpital public est-il « arrivé au bout d’un système » ?

Dans les services, la tension monte. Plus de 900 médecins et praticiens ont adressé une lettre ouverte à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn.
Avec Dr Claire Gekiere Psychiatre, médecin hospitalier; Dr Christophe Prudhomme, Porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, syndicaliste CGT; Nicole Smolski, Présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi et Frédéric Valletoux, Président de la Fédération hospitalière de France.

 

Une désertification des services publics et un management pyramidal

 

Par Dr Claire Gekiere, Psychiatre, médecin hospitalier. Le 12 décembre dernier, Agnès Buzyn a déclaré que « nous sommes arrivés au bout d’une histoire et d’un système » où l’hôpital public a cru « qu’il devait se sentir une âme d’entreprise » et être rentable. Elle pense avoir renoué des liens avec des professionnels de santé qu’elle décrit « très en attente et très tendus » à son arrivée. Nous le sommes encore : nous attendons toujours un signe de sa part, un rendez-vous, après la lettre ouverte signée maintenant par plus d’un millier de médecins hospitaliers que nous lui avons adressée en septembre pour dénoncer la paupérisation du service public hospitalier et le management destructeur et contre-productif qui y règne. Si elle veut vraiment retrouver un service public hospitalier avec des équipes en forme qui accueillent tous les patients, elle devra, d’une part, restaurer une Sécurité sociale solidaire (cotiser selon ses moyens et recevoir selon ses besoins) et stopper les plans d’économies toujours en cours, et, d’autre part, déconstruire le management très agressif instauré au fil des trois dernières lois hospitalières. Or, pas un mot là-dessus, alors que les deux aspects sont liés : des directeurs et certains médecins chefs de pôle se comportent en tyrans, disqualifient et persécutent soignants et médecins au nom de l’efficience (exemple récent, choisi parmi des dizaines de plus en plus médiatisés : « Des consultations de 45 minutes, ce n’est pas rentable. » Il faut faire « des consultations plus rapides ou bien plus souvent ou faire venir les patients en hôpital de jour en rajoutant des examens » ; ou plus général et attaquant le sens du soin : prévoir un « intéressement » pour une équipe pour sa « participation à la politique éthique » d’un hôpital).
Nous sommes traités comme des producteurs de soins interchangeables et dépossédés du sens de notre travail, ce qui crée de la révolte mais surtout beaucoup de découragement et de désinvestissement dans les équipes hospitalières. Cela ajoute une difficulté supplémentaire pour l’accès aux soins, encore entravé par la création des groupements hospitaliers de territoires (GHT), que Mme Buzyn approuve, alors qu’elle contribue à la désertification des services publics et augmente les effets négatifs d’un management de plus en plus pyramidal. Une des mesures faciles à mettre en place pour commencer à regagner la confiance des médecins hospitaliers serait de restaurer des contre-pouvoirs à l’hôpital en redonnant, par exemple, déjà du pouvoir décisionnel aux commissions médicales d’établissement qui ne sont plus que vaguement consultatives. Puisque notre ministre veut « redonner confiance aux équipes de l’hôpital et du sens à leur mission », qu’elle nous reçoive, nous avons beaucoup d’idées constructives à ce sujet !

Il faut battre en brèche toute l’argumentation autour de l’ambulatoire

 

Par Dr Christophe Prudhomme, Porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, syndicaliste CGT. Non, Madame la ministre, ce n’est pas l’hôpital qui est en crise mais bien l’ensemble du système de santé. Les urgences sont à cet égard emblématiques de la dégradation de la situation. Elles offrent en miroir le constat d’une incapacité de la médecine de ville à répondre aux besoins des patients qui se rendent par défaut aux urgences après avoir cherché vainement un médecin disponible et un hôpital, qui manque de lits. Cette situation est le résultat d’une politique organisée depuis trente ans, de la dégradation de notre système de protection sociale et de santé pour promouvoir les solutions marchandes déjà largement à l’œuvre dans le secteur de ce que certains appellent la « silver economy » ou « l’or gris », à savoir le marché de la perte d’autonomie. Pour bien comprendre la situation, il faut savoir que notre système est hybride avec le maintien d’une médecine libérale qui s’appuie sur la liberté d’installation et la rémunération à l’acte, un secteur d’hospitalisation privé à but lucratif très puissant (un tiers de l’activité) et une Sécurité sociale incomplète, maintenant un marché très inégalitaire d’assurances complémentaires.
Des changements sont donc nécessaires, encore faut-il savoir définir les objectifs poursuivis. Les valeurs sur lesquelles doit s’appuyer un système de protection sociale de progrès sont d’une part le service public, d’autre part la solidarité.

Source : L'Humanité, 20/12/2017.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 13 juillet 2017

Décode-moi l'assurance santé ! Épisode 3

Chaque mois, découvrez une mise au point rapide et 100% garantie sur les questions que nous nous posons tous autour des questions de santé et du rôle de notre protection sociale. Le troisième épisode de cette série pratique s'intéresse à la franchise médicale. A quoi correspond-elle ? A qui s'applique-t-elle ?  Quelle est sa valeur ?

La franchise médicale : tout comprendre en 1 minute 20

 

La franchise médicale se définit comme la somme déduite des remboursements effectués par votre caisse d'Assurance Maladie sur les médicaments (50 centimes d'euros par boîte), les actes paramédicaux (50 centimes d'euros par acte) et les transports sanitaires (2 euros par transport). Sa finalité : contribuer à financer des grandes causes de santé publique : cancer, maladie d'Alzheimer, soins palliatifs.
Prenons un exemple précis : pour une boîte de médicaments à 10 €, remboursée à 65 % par l'assurance maladie, soit 6,50 €, la franchise médicale s'élève à 0,50 € : le montant final du remboursement sera donc de 6 €.
De plus, la franchise médicale est plafonnée à 50 €/an pour l'ensemble des actes ou prestations concernées et par jour et par personne à 2 € pour les actes paramédicaux et 4€ pour les transports sanitaires.
Ne sont pas concernées par la franchise médicale, les enfants, les jeunes de moins de 18 ans, les bénéficiaires de la couverture médicale universelle complémentaire (CMUC), de l'aide au paiement d'une complémentaire santé (ACS), ou de l'aide médicale de l’État (AME), les femmes prises en charge dans le cadre de la maternité et la franchise ne s'applique pas dans le cadre de l'hospitalisation qu'elle soit complète ou à domicile. (www.ameli.fr)
Pour info, il est extrêmement rare que les mutuelles santé prennent en charge la franchise médicale… voilà, vous savez tout !

Source : https://www.infirmiers.com

 

mercredi 24 mai 2017

L’action sociale réduite à un marché ?

Selon un rapport du Cese de 2014, notre système de protection sociale peine à apporter des réponses satisfaisantes face aux mutations des risques sociaux traditionnels. Sous l’égide de la DGCS, une série de séminaires a permis d’interroger la stratégie d’investissement social en France. Une « notion essentielle pour démontrer selon les mots de Ségolène Neuville « que l’action sociale est moderne et innovante ». Si pour certains, modéliser les meilleures pratiques contribue à améliorer la performance sociale, d’autres craignent surtout que ce soit là un moyen de réduire l’action sociale à un marché.


Le 9 juin 2016, Ségolène Neuville, secrétaire d’État en charge de la lutte contre l’exclusion, ouvre un séminaire pour interroger la stratégie d’investissement social en France. Une « notion essentielle [pour] démontrer que l’action sociale est moderne et innovante », indiquait-elle alors.
Suivent cinq séances sur des politiques publiques que l’investissement social pourrait infléchir, en faveur des femmes et des enfants, de l’égalité homme-femme, de la jeunesse, de la formation tout au long de la vie, de la qualité des emplois et de la prise en charge des personnes âgées ou atteintes de handicap. Un ultime colloque clôt ce travail en janvier 2017.

argent-santé-UNE
Fotolia

Solution réformiste

L’idée n’est pas neuve. Dès les années 1990, les bouleversements sociaux et économiques au niveau international suscitent l’intérêt pour l’investissement social (IS).
Pour le directeur de recherche au CNRS, Bruno Palier, l’IS s’analyse différemment selon les régions du monde où il est mis en œuvre : « réaction contre les politiques néolibérales d’ajustement structurel imposées dans les pays en voie de développement et visant à lutter durablement contre la pauvreté des enfants », « réponse sociale basée sur le capital humain, alternative aux modèles européens, mise en œuvre dans les pays d’Asie après la crise financière de 1997 », et pour ­l’Europe, volonté de « renouveler la sociale démocratie, d’augmenter le taux d’emploi, notamment des femmes ».
Dans les pays occidentaux, l’IS est théorisé comme solution réformiste pour affronter la société post-industrielle.
En 2013, la Commission européenne le définit comme l’adoption « de mesures pour renforcer [les] compétences et [les] capacités [des personnes], leur autonomie et leur permettre de participer pleinement au monde du travail et à la société ». Elle propose un « paquet investissement social » pour 2014-2020, axé sur l’éducation, les services de garde d’enfants de qualité, les soins de santé, la formation, l’aide à la recherche d’emploi et la réinsertion.

L’investissement social

Selon Bruno Palier, l’investissement social invite :
  • à préparer pour avoir moins à réparer, à prévenir, à soutenir et équiper les individus, ce qui suppose d’investir de façon précoce et continue dans leur éducation et leur formation, leur santé ;
  • à adopter des politiques sociales qui développent des services accessibles et de qualité, notamment vers la petite enfance et la jeunesse ainsi que des politiques actives du marché du travail, de conciliation entre vie familiale et professionnelle et une prise en charge de qualité des personnes handicapées et dépendantes.

Mutations des risques sociaux traditionnels

Dans une étude du Cese parue en 2014, Bruno Palier pointe, en France, les « mutations des risques sociaux traditionnels » auxquels « notre système de protection sociale peine à apporter des réponses satisfaisantes ».
L’allongement de la durée de la vie, le papy-boom, l’importance des maladies chroniques et l’entrée des femmes sur le marché du travail obligent à adapter la protection sociale actuelle. D’autant, note le chercheur, que la population est désormais « exposée à de nouveaux risques et besoins ».
La pauvreté a changé de visage, frappant davantage les jeunes, les familles monoparentales, les travailleurs peu diplômés et les personnes âgées ou handicapées. « Les ruptures et l’isolement constituent des facteurs aggravants », note Bruno Palier.
Les inégalités s’accroissent, la précarité s’hérite. En 2014, 8,8 millions de personnes vivent avec moins de 1 008 euros par mois. Le taux de pauvreté progresse depuis 2005. Les femmes paient un lourd tribut avec des écarts salariaux persistants, un chômage plus fréquent, du temps partiel, des retraites plus faibles et la charge de concilier vie professionnelle et vie familiale. L
a formation continue profite surtout aux plus diplômés. La « faible qualification est un obstacle de plus en plus difficile à surmonter », ajoute le chercheur.

Minimiser les risques

Cette nouvelle donne sociale s’accompagne d’une économie confrontée à une féroce concurrence internationale et interne à l’Europe, à un chômage de masse, à une croissance atone et à des niveaux de déficit et d’endettement public préoccupants. La crise de 2008 accentue la pression.
Dans ce contexte, l’IS pourrait réorienter le système de protection sociale en lui ajoutant de nouvelles priorités pour minimiser les risques sociaux, en amont et dès la petite enfance. Cette approche, soucieuse des parcours et des transitions, permet « de montrer combien les logiques d’assurance sociale, d’aide sociale, de redistribution verticale et d’investissement social se complètent », souligne Bruno Palier. Elle peut dès lors « contribuer à bâtir une nouvelle économie, fondée sur le savoir et les qualifications ».

(...)

Article intégral en ligne dans le dossier Protection sociale : l’action sociale réduite à un marché ? 24/05/2017, de la revue Gazette Santé Social : http://www.gazette-sante-social.fr

samedi 29 octobre 2016

Le système de santé français expliqué aux Américains

À l’heure des présidentielles, les Américains s’interrogent sur leur système de santé. C’est l’un des points sur lesquels les candidats en campagne s’opposent le plus violemment, alors que la polémique enfle autour des résultats mitigés de l'assurance privée obligatoire mise en place par le président Barack Obama, « l'Obama care ». Hillary Clinton plaide pour un engagement fort en faveur de la santé publique. Donald Trump, pour la limitation des dépenses. Le système français pourrait-il être source d’inspiration dans les politiques américaines ? Répondre à cette question, c’est aussi inviter les citoyens français à prendre un recul salutaire vis-à-vis de leur propre organisation de l’accès aux soins. Car le fameux « trou de la Sécu » s’annonce déjà comme un sujet chaud dans la campagne des candidats français aux présidentielles de 2017.


S’il existe aux États-Unis plusieurs grands experts des systèmes de santé, le citoyen américain n’a le plus souvent pas d’idée de la manière dont fonctionnent les systèmes étrangers et, quand il en a, ses idées sont souvent caricaturales. Pourtant, système américain et système français sont proches, vraisemblablement les plus proches de tous les pays riches, à quelques nuances près cependant.

Une espérance de vie inférieure pour les États-Unis

Pour expliquer le système français aux Américains, je commencerai par un retour en arrière. En 1939, un citoyen des États-Unis avait une espérance de vie à la naissance supérieure de sept années à celle d’un Français. Les choses ont changé depuis car celle-ci est, en 2016, inférieure de quatre années. Pourtant l’Américain dépense pour se soigner des sommes très supérieures. Ainsi, en 2014, elles représentaient 9 403 dollars par personne et par an aux États-Unis et 4 959 dollars en France.
À l’échelle nationale, cela se traduit par un montant des dépenses dites « de santé » (elles sont surtout des dépenses médicales) de 16,4 % du PIB aux États-Unis et de 10,9 % en France. Si l’évolution de l’espérance de vie a plus à voir avec les modes de vie et les habitudes alimentaires (entraînant obésité ou diabète) qu’avec l’efficacité de la médecine, il est vraisemblable cependant que la qualité des soins pour le plus grand nombre est à la fois meilleure et plus accessible en France.
Pour ce qui est du paiement des soins médicaux, en France c’est simple : c’est un pays où Medicare (nom du système américain de Sécurité sociale) commence, non pas à 65 ans, mais à la naissance. Tout résident légal est affilié de droit à l’assurance maladie et, à ce titre reçoit des soins, souvent gratuits, sinon remboursés en grande partie par le régime d’assurance obligatoire ou le régime d’assurance santé complémentaire.

(...)

The Conversation, 18/10/2016.
Article intégral en ligne : http://theconversation.com/le-systeme-de-sante-francais-explique-aux-americains-67018

Seulement 6 % du coût des soins assumé par le citoyen français

Pour trente maladies graves, les soins sont remboursés à 100 % par le régime obligatoire. Et si on ajoute les assurances complémentaires « santé » – aujourd’hui quasiment universelles – seulement 6 % du coût des soins en France sort de la poche du patient au moment du contact avec le système médical. Bien entendu, lui ou son employeur auront cotisé pour financer l’assurance maladie obligatoire ou complémentaire. Ainsi, en moyenne, chaque année, tout Français travaille 33 jours pour payer ses seules cotisations à l’assurance maladie.
Il n’y a donc pas de barrière financière à l’entrée, sauf pour les soins dentaires et les lunettes, et encore… Si ces barrières existent, le système français est là à nouveau plus généreux que ceux des pays comparables.
En outre, si le patient est incité à avoir un médecin de référence, son « médecin traitant » avec lequel les soins sont entièrement gratuits, il ne lui en coûtera que quelques euros quand il souhaite déroger à la règle. Il pourra alors voir dans la même journée plusieurs spécialistes dont les honoraires lui seront en grande partie remboursés.

En France, une majorité d’établissements publics

Comme aux États-Unis, il y a en France des hôpitaux publics, des hôpitaux privés à but lucratif et des hôpitaux privés à but non lucratif. Les proportions ne sont toutefois pas les mêmes : 2/3 des lits hospitaliers de court séjour sont des lits d’hôpitaux publics en France. À noter que les 31 hôpitaux universitaires sont tous publics. Cependant, la France a en pourcentage plus d’hôpitaux privés à but lucratif que les États-Unis (20 % contre 15 % des lits). Ceux-ci réalisent plus de la moitié des actes chirurgicaux français.
Plus étonnant, non seulement le patient français peut choisir son hôpital qu’il soit public ou privé et être remboursé dans les deux cas, mais encore l’établissement privé – hors honoraires des médecins – coûte moins cher (de l’ordre de 30 %). Il y a donc un marché des soins et une concurrence, si bien que, contrairement aux pays d’Europe du Nord, au Canada ou au Royaume-Uni, il n’y a pas en France de file d’attente pour la chirurgie programmée, par exemple la cataracte ou la prothèse de hanche.
En ville, les médecins libéraux ont la liberté d’installation et sont payés à l’acte. Pour la plupart d’entre eux, les tarifs sont fixés par l’assurance maladie et sont très inférieurs aux tarifs américains (entre 30 et 40 dollars la consultation). Toutefois, un pourcentage de médecins spécialistes a des honoraires libres, leurs patients sont alors moins bien remboursés, mais la consultation dépasse rarement les 100 dollars.

Une forte régulation par l’État français

Bien entendu, l’État est fortement impliqué dans la régulation du système. Chaque année est défini un numerus clausus national pour les étudiants en faculté de médecine. Il n’est pas possible d’ouvrir une pharmacie sans autorisation administrative. L’État, par ses agences régionales de santé, contrôle toutes les autorisations en matière hospitalière, que les hôpitaux soient publics ou privés. Par ailleurs l’État gère les nomenclatures de tous les actes médicaux, le tarif et le taux de remboursement de chaque médicament, radiographie ou examen de biologie. L’État à l’échelon national nomme tous les directeurs et tous les médecins des hôpitaux publics (lesquels emploient 850 000 personnes). Mais il existe des établissements privés de grande qualité et, je le souligne encore, les médecins libéraux sont libres de leur installation et de leurs prescriptions.
Malgré tout le système français est un des plus onéreux des pays occidentaux. L’hospitalisation y a une grande part, les spécialistes sont nombreux et la consommation de médicament y est élevée.

vendredi 1 juillet 2016

10 questions sur la place de l’usager dans le système de santé

Après la consécration de la notion de droits des malades dans le système de santé par la loi du 4 mars 2002, la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé complète le dispositif de protection des droits individuels des patients et consolide les droits collectifs des usagers du système de santé.



La loi du 4 mars 2002 a consacré la notion de droits des malades dans le système de santé. Une panoplie de droits individuels leur est reconnue : information claire et loyale, codécision, respect de la vie privée, droit à la dignité, accès au dossier médical, droit de se plaindre et d’être indemnisé, etc.
Parallèlement, un embryon de démocratie sanitaire s’est mis en place autour d’associations représentant les usagers. Insuffisant, selon les rapports parus en 2011 à l’occasion de l’année des patients et de leurs droits, et depuis.
Avec la Stratégie nationale de santé (SNS) lancée en 2013, certains droits individuels sont révisés pour organiser une meilleure continuité de la prise en charge de l’usager du système de santé, dans un parcours allant de la prévention aux soins et à l’accompagnement. Dans la lignée du rapport « Pour l’an II de la démocratie sanitaire », remis à la ministre de la Santé début 2014 par Claire Compagnon, la loi de modernisation de notre système de santé introduit ainsi une dose de responsabilisation du patient, en associant davantage les patients, leurs proches et leurs représentants, à l’élaboration de la politique de santé, et en renforçant la représentation des usagers dans les agences nationales de santé et les instances de décision des établissements privés. Enfin, l’action de groupe en santé devrait permettre aux victimes d’accidents médicaux de déposer des recours collectifs pour demander réparation devant la justice.

1. Quels sont les droits fondamentaux de l’usager du système de santé ?

 

La politique de santé mise en œuvre par les pouvoirs publics établit, au bénéfice de toute personne, notamment celle admise dans un hôpital ou un établissement de santé privé ou public (code de la santé publique (CSP), art. L1110-3), un droit fondamental à la protection de sa santé (CSP, art. L1110-1).
Ce droit recouvre, outre les droits de la personne (CSP, art. L1110-1 à L1110-11), le droit à l’égalité devant le service public, c’est-à-dire l’égal accès à des soins de qualité (la généralisation du tiers payant pour tous au 30 novembre 2017 pour les consultations de ville – part sécurité sociale – y participe), la permanence de l’accueil et la continuité de la prise en charge, et le bénéfice des tarifs fixés par l’autorité administrative (CSP, art. L6112-2), quel que soit l’état de santé, le handicap, l’origine, le sexe, la situation de famille, les opinions politiques, la religion, la race ou les caractéristiques génétiques de l’intéressé.
Un nouveau droit à la médiation sanitaire et l’interprétariat linguistique apparaît (CSP, art. L1110-13). Le conseil national de chaque ordre des professions médicales se voit investi de la lutte contre les discriminations et les pratiques de refus de soins (CSP, art. L4122-1). La loi du 26 janvier 2016 conforte les prémices de démocratie sanitaire, posés par la loi du 4 mars 2002. Les droits collectifs du patient qui a vocation à devenir acteur de sa santé sont consolidés.

Gazette Santé Social, 01/07/2016.
Article intégral en ligne : http://www.gazette-sante-social.fr/16760/10-questions-sur-la-place-de-lusager-dans-le-systeme-de-sante

mercredi 25 mai 2016

Grâce à son système de santé, la France première dans la lutte contre les « décès évitables » en Europe

Un grand nombre de morts prématurées auraient pu être évitées en Europe, compte tenu des connaissances et des technologies médicales actuelles : 577 500 exactement en 2013, soit près d’un tiers de la population de moins de 75 ans. C’est l’un des enseignements d’une étude publiée mardi 24 mai par Eurostat, l’organisme européen de statistiques. Certains décès, en particulier les crises cardiaques et accidents cardiovasculaires, n’auraient ainsi pas lieu à ce niveau « si des soins de santé efficaces et prodigués à temps étaient en place ».


Une bonne nouvelle toutefois dans ce décompte assez macabre : la France s’en sort particulièrement bien. Avec « seulement » 23,8 % de décès évitables, elle est en première position des vingt-huit membres de l’Union européenne (qui enregistrent une moyenne de 33,7 % de morts évitables). Cette mesure qui « fournit un indicateur sur la qualité et la performance des politiques de santé », selon Eurostat, s’explique par une bonne prise en charge des crises cardiaques, qui ne représentent que 6 % des décès en France (le plus bas taux en Europe, où la moyenne est de 13 %), et des AVC (5,7 %, également le plus bas taux contre une moyenne de 8,7 %). En revanche, le taux de décès évitables est bien supérieur en Europe de l’Est.