mercredi 28 octobre 2020

Allongement du congé paternité, « forfait urgences » de 18 euros à l’hôpital… Ce que contient le budget de la Sécu

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 a été adopté, mardi, en première lecture à l’Assemblée nationale.


Au centre hospitalier intercommunal André-Grégoire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. 

Percuté par la crise sanitaire, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 a été adopté, mardi 27 octobre, en première lecture à l’Assemblée nationale, par 326 voix pour, 204 contre et quatre abstentions. Le texte poursuivra ensuite son parcours parlementaire, à partir du 9 novembre, au Sénat.

  • Une rallonge pour les hôpitaux

Sans surprise, les dépenses de santé ont explosé en raison de l’épidémie de Covid-19, ce que traduit le PLFSS. Près de 15 milliards d’euros (masques, tests, primes…) avaient initialement été budgétés dans le texte, mais l’exécutif a fini par annoncer une rallonge de 2,4 milliards d’euros pour aider les établissements de santé à affronter la nouvelle vague.

Pris dans un redoutable effet ciseaux, entre des dépenses qui se sont envolées et des recettes qui se sont effondrées, les comptes de la Sécurité sociale ont plongé. Son déficit devrait désormais atteindre 46,6 milliards d’euros cette année – du jamais-vu –, avant de se replier à 28 milliards d’euros en 2021, soit le précédent record atteint il y a dix ans, deux ans après la crise économique.

lundi 30 décembre 2019

Loi du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020

Le budget de la sécurité sociale pour 2020 contient de nombreuses mesures, notamment sur la revalorisation des petites retraites, les allocations, la famille, la dépendance, le financement des hôpitaux publics, les déserts médicaux. Le déficit de la sécurité sociale est estimé à 5,4 milliards d’euros en 2020.


Les dépenses sociales en 2020

La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2020 prévoit un déficit combiné du régime général (famille, maladie, vieillesse et accidents du travail) et du fonds de solidarité vieillesse de 5,4 milliards d’euros en 2020 (comme en 2019). Le déficit prévu dans le projet de loi était de 5,1 milliards. Il a été relevé pour tenir compte du plan d'urgence pour l’hôpital public présenté par le gouvernement le 20 novembre 2019.
Seules les branches accidents du travail et famille resteraient excédentaires en 2020.
L’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) est fixé à +2,45% (contre 2,3% prévu initialement et 2,5% en 2019), soit un total de 205,6 milliards d'euros.
En 2020, les dépenses du régime général et du fonds de solidarité vieillesse sont estimées à 415,1 milliards d’euros, contre 405,6 milliards en 2019.

Les principales mesures de la LFSS pour 2020

Pour les salariés, les entreprises et les agriculteurs
La loi :
  • reconduit, au bénéfice des salariés, le dispositif de prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (PEPA) de fin d’année. L’exonération de toutes cotisations et d’impôts est toutefois subordonnée à la mise en place par l’entreprise d’un accord d’intéressement, sauf exceptions ;
  • unifie le recouvrement social autour des URSSAF concernant les entreprises. D’ici 2025, les URSSAF se verront transférer le recouvrement de toutes les cotisations et contributions sociales (en dehors des salariés agricoles) ;
  • contient de nouvelles mesures pour lutter contre la fraude aux détachements de travailleurs, particulièrement dans le secteur agricole ;
  • crée un fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides.
(...)

Article intégral en ligne : https://www.vie-publique.fr
Source : Vie-publique.fr

vendredi 16 mars 2018

Dérogations et télémédecine amorcent un profond changement de la protection sociale

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018 affirme les nouveaux paradigmes de parcours de soins, de rationalisation budgétaire, de pertinence et de qualité de la prise en charge sanitaire et médico-sociale. De nombreuses règles de facturation et tarification, de fonctionnement et remboursement peuvent être délaissées. Les innovations seront financées sur l’Ondam et le FIR. Les technologies numériques entrent de plain-pied dans le système de santé et de protection sociale.


Première d’une série de cinq, la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2018 marque les prémices d’une évolution majeure dans le régime français de protection sociale, annoncée par le candidat Macron, portée par le gouvernement Philippe et soutenue par le député Véran, rapporteur unique du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Expérimentations et innovations

 

Le premier signe concerne la substantielle modification de l’article L.162-31-1 du code de la sécurité sociale (CSS). Remanié pour « rationaliser » le système de santé et « dégager des marges de manœuvre budgétaires », il donne un nouveau cadre juridique au développement des expérimentations et des innovations, notamment pour renforcer les synergies entre le secteur médico-social et le secteur sanitaire. La mesure marque un premier pas vers le financement au parcours de soins et met un bémol à la tarification à l’activité ce qui, en assurant un suivi plus régulier du patient, devrait éviter des hospitalisations à répétition. Deux objectifs spécifiques sont prévus par la loi :
  • faire émerger des organisations innovantes dans les secteurs sanitaire et médico-social concourant à l’amélioration de la prise en charge et du parcours des patients, de l’efficience du système de santé et de l’accès aux soins, en optimisant le parcours de santé ainsi que la pertinence et la qualité de la prise en charge sanitaire, sociale ou médico-sociale, grâce à une meilleure coordination, notamment par la structuration des soins ambulatoires ou par le renforcement de l’offre de soins dans les zones où celle-ci s’avère insuffisante ;
  • améliorer la pertinence de la prise en charge par l’assurance maladie de certains médicaments, produits ou prestations et la qualité des prescriptions, par la mise en place de modifications affectant : les conditions de prise en charge des médicaments, des produits et prestations associées onéreux au sein des établissements de santé, ainsi que les modalités du recueil d’informations relatives au contexte, à la motivation et à l’impact de la prescription et de l’utilisation de ces médicaments, produits et prestations associées ; les modalités de rémunération et les mesures incitatives ou de modulation concernant les professionnels de santé ou les établissements de santé, ainsi que les mesures d’organisation pour favoriser un recours pertinent aux médicaments et aux produits et prestations associées ; les conditions d’accès à un produit de santé ou à un acte innovant susceptible de présenter un bénéfice clinique ou médico-économique (CSS, art. L.165-1-1).
 Source : La Gazette Santé Social, 21/02/2018. 

mardi 31 octobre 2017

Décode-moi l'assurance santé ! Épisode 7

Chaque mois, découvrez une mise au point rapide et 100% garantie sur les questions que nous nous posons tous autour des questions de santé et du rôle de notre protection sociale. Le septième épisode de cette série pratique fait le point sur l'arrêt maladie. « Décode-moi l'assurance Santé » vous explique tout ce que vous devez savoir quand la maladie vous rattrape et vous empêche de travailler…

Arrêt maladie : tout comprendre en moins de 2 minutes

 

Savez-vous que lorsque vous êtes malade, en arrêt de travail, vous n'êtes qu'à moitié indemnisé ? En effet, dans ce cas, l'assurance maladie vous versera une indemnité journalière égale à 50 % de votre salaire de base… et seulement à partir du 4e jour ! Oui, vous avez bien entendu, le 4e jour, c'est ce que l'on appelle le « délai de carence ». Si les indemnités ne sont pas versées pendant les trois premiers jours de l'arrêt maladie en revanche, l'employeur et la sécurité sociale doivent être informés dans les 48h suivant la prescription d'arrêt de travail par le médecin.
Bon d'accord, 50 % du salaire de base,  c'est pas beaucoup. Précisions : si vous avez trois enfants à charge, l'indemnité journalière de la sécurité sociale passe à 66 % mais seulement à partir du 31e jour d'arrêt… Pour prévenir ce type de désagrément, il est conseillé d'anticiper en souscrivant un contrat de prévoyance auprès de votre mutuelle ; une façon efficace de compenser la perte de revenus… Voir aussi du côté de l'employeur car de nombreuses conventions collectives prennent en charge le manque à gagner… Vous voyez, vous n'avez pas tout perdu… du moins en informations !
L'indemnisation en cas d'arrêt maladie n'est ni intégrale, ni automatique… bien le retenir permet d'éviter les mauvaises surprises !

Source : Infirmiers.com

lundi 16 octobre 2017

Décode-moi l'assurance santé ! Épisode 6

Chaque mois, découvrez une mise au point rapide et 100% garantie sur les questions que nous nous posons tous autour des questions de santé et du rôle de notre protection sociale. Le sixième épisode de cette série pratique fait le point sur la télétransmission et le tiers-payant. « Décode-moi l'assurance Santé » vous explique le fonctionnement de la télétransmission et les prestations concernées.

Télétransmission et tiers-payant : tout comprendre en moins de 2 minutes

Vous vous êtes peut-être posé cette question : chez le médecin, je donne ma carte vitale et je paye… et chez le pharmacien, je donne ma carte vitale et je ne paye pas… ? 
Si les deux utilisent la télétransmission, le médecin ne pratique pas le tiers-payant ! En effet lorsque l'on présente sa carte vitale chez un professionnel de santé, la télétransmission permet de transmettre à la sécurité sociale le coût de la prestation, cela permettra ensuite un remboursement sans envoi préalable de la feuille de soins. D'accord, mais pour la part de la mutuelle ? La sécurité sociale transmet à son tour les informations à votre mutuelle santé qui effectuera alors le remboursement complémentaire. Oui, mais alors pourquoi ne paie-t-on pas à la pharmacie ? Parce que la très grande majorité des pharmacies pratiquent le tiers-payant. Là encore, il y a télétransmission, mais au lieu de rembourser le patient, la sécurité sociale paie directement la pharmacie ; pas d'avance de frais donc ! Et pour la part que prend en charge la mutuelle, à la pharmacie, il suffit de présenter sa carte de mutuelle…


Le tiers-payant, ça marche aussi dans les laboratoires d'analyse médicale, chez le radiologue, les opticiens, les kinés, dans les hôpitaux… en fonction des accords passés avec les mutuelles… Choisissez la bonne !

Source : Infirmiers.com

dimanche 4 juin 2017

Décode-moi l'assurance santé ! Épisode 1

Chaque mois, découvrez une mise au point rapide et 100% garantie sur les questions que nous nous posons tous autour des remboursements des frais de santé. Une complémentaire santé est-ce bien raisonnable et nécessaire ? Comment fonctionne-t-elle ? Est-elle présente dans toutes les situations et pour quel budget ? Premier focus de cette série pratique : le décryptage du ticket modérateur, ça vous dit quelque chose ?


Le ticket modérateur : tout comprendre en 1 minute 39 !

Du ticket modérateur à la participation forfaitaire, difficile de s'y retrouver dans le jargon des remboursements santé. Et encore plus de savoir ce qui restera à payer de votre poche.
Alors, oui, ça y est, c'est plus clair ? Le ticket modérateur est donc la part que la sécurité sociale (SS) ne vous remboursera pas concernant une dépense de santé : une consultation médicale, une couronne dentaire, une monture de lunette… En effet, la SS détermine un tarif de référence pour chaque acte médical appelé un tarif de convention. Le remboursement qui en découle est un % de ce tarif de convention qui varie de 15 % à 100 % sur les médicaments et qui est de 70 % pour les consultations médicales par exemple. Le ticket modérateur est donc la part qui restera à la charge de la personne et qui pourra être – plus ou moins – remboursée par la mutuelle. Et pour certains actes il existe aussi une participation forfaitaire qui reste à charge de l'assuré.
Vous voulez un exemple précis ? Alors, la consultation chez le médecin généraliste a un tarif de conventionnement de 23 € remboursé à 70 % par la SS, soit 16,10 €. Reste donc un ticket modérateur de 6,90 € qui vous sera remboursé par votre mutuelle santé, avec une participation forfaitaire de 1€ non remboursable et donc à votre charge.
Une information utile : la consultation chez le médecin généraliste est passée à 25 euros le 1er mai 2017 … vous n'avez plus qu'à refaire vos comptes
  • Vous cherchez un opticien ou un dentiste qui applique des tarifs négocié pour avoir un reste à charge limité ?
  • Vous voulez avoir des conseils de spécialistes pour maîtriser vos frais de santé, analyse de devis dentaire, optique ou audioprothèse ?
  • Vous souhaitez avoir des allocations complémentaires en cas d'arrêt de travail ?
Source : Infirmiers.com

vendredi 28 avril 2017

La Sécurité sociale a 70 ans : huit questions pour tout savoir sur la Sécu

La Sécu, c’est quoi ? Qui l’a créée et quand ? Comment ça marche, qui en bénéficie, d’où vient son fameux « trou » et comment l’Etat envisage-t-il de le réduire ? Et ailleurs, comment ça se passe?
  • 1. La Sécu, c’est quoi ?

Carte vitale chez un  médecin généraliste.
Carte vitale chez un médecin généraliste.
Crédit photo : Archives Thierry David
La Sécu ne se résume pas à la carte Vitale, le précieux sésame qui simplifie vos démarches d’assuré social et vous évite l’envoi de feuilles de soins papier. Système français mis en place pour soutenir les personnes touchées par la maladie, un accident, la vieillesse, le chômage, la Sécurité sociale représente l’ensemble des organismes et des institutions qui gèrent la protection sociale et versent  des aides financières.  Ses principales sources de financement viennent des cotisations sociales et de la contribution sociale généralisée (CSG). Elle fournit la couverture de base des risques sociaux : maladie, maternité, invalidité, décès, famille, vieillesse, retraite, accident du travail et maladie professionnelle.

Un régime général

Elle se compose d’un régime général, qui concerne les travailleurs salariés du secteur privé (le important en nombre de personnes assujetties, c’est-à-dire prises en charge au titre des risques sociaux), et de différents régimes regroupant les assurés sociaux selon leur activité professionnelle, comme les étudiants, les chômeurs ou les agents contractuels de l’État, agriculteurs, des travailleurs non salariés non agricoles…

Cinq branches

Le versement des retraites de base est assuré par la branche vieillesse de la Sécurité sociale.
Le versement des retraites de base est assuré par la branche vieillesse de la Sécurité sociale.
Crédit photo : AFP
Le régime général est lui-même divisé en cinq branches d’activité ayant à leur tête une Caisse nationale autonome. La branche « famille », pilotée par la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) ; la branche « maladie, accidents du travail et risques professionnel », pilotée par la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) ; la branche « vieillesse », pilotée par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) qui verse les pensions de retraite de base ; la branche « recouvrement des cotisations sociales », pilotée par l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS) ; et enfin « la fédération des employeurs du régime général de Sécurité sociale », pilotée par l’Union des caisses nationales de Sécurité sociale (UCANSS) qui prend notamment en charge le dialogue social.
  • 2.  Depuis quand la Sécu existe-t-elle ?
"Assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils seront incapables de se les procurer par le travail"
La Sécurité sociale est une « vieille dame » : créée en octobre 1945, elle fête cette année son 70ème anniversaire. Durant la Seconde guerre mondiale, une belle idée, celle d’une protection sociale pour les salariés, a germé dans plusieurs pays dont la France, mais aussi la Grande-Bretagne et les États-Unis. En France, le 15 mars 1944, le Conseil national de la résistance adopte un programme qui prévoit, entre autres, d’instaurer un « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils seront incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».
Après la Libération, le premier gouvernement provisoire, présidé par le Général de Gaulle, adopte deux ordonnances, les 4 et 19 octobre 1945, relatives à la sécurité sociale : la première sur l’organisation, la seconde sur les prestations. Le principe de solidarité entre malades et bien portants, actifs et inactifs est né.
  • 3. Qui bénéficie de la Sécu ?
60 millions de personnes bénéficient du régime général de la Sécurité sociale (maladie, famille vieillesse, accidents du travail). 13,7 millions de retraités en France touchent une pension de retraite de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) et 12 millions de foyers bénéficient d’allocations familiales ou logement.
  • 4. Quel est le montant des recettes de la Sécu et d’où viennent-elles ?
En 2014, le régime général de la Sécurité sociale a recouvré 474,4 milliards d’euros de recettes. 46,3 % des recettes proviennent des cotisations des entreprises. Viennent ensuite celles des ménages et des administrations publiques. 

Sud-Ouest, article intégral en ligne : http://www.sudouest.fr

lundi 30 janvier 2017

Santé publique : comment nous soignons-nous ?

Alors que la pérennité de la Sécurité sociale est au cœur du débat politique, un passionnant état des lieux de la santé en Europe à travers quatre gros plans en France, en Angleterre, en Suède et en Allemagne.


Un film de Thomas Johnson, ARTE France, 90', diffusé le mardi 31 janvier à 20h50 sur ARTE, disponible dès maintenant sur ARTE Future :
Explosion des maladies chroniques évolutives*, coût exponentiel des thérapies de pointe, prescription excessive de médicaments, hôpitaux publics au bord du gouffre, personnel médical en souffrance, patients privés de soins… : longtemps considéré comme un exemple, le système de santé universel à la française, fondé en 1945, est fragilisé de toutes parts. Proche de la désintégration, assurent même certains. Dans un département comme la Nièvre, classé premier désert médical de France, la pénurie de médecins est un fléau. Elle a aussi poussé à l'initiative. Après des années de discussions, des maisons de santé ont vu le jour à Nevers, réunissant dans un lieu unique un plateau pluridisciplinaire de soignants. De l'autre côté de la Manche, Liverpool, durement frappée par le chômage et la pauvreté, détient les records européens de cancers, d'obésité et de diabète. Depuis qu'en 2013 le National Health Service (NHS) a établi des parcours de soins associant médecins et services sociaux, le suivi coordonné des malades a drastiquement fait baisser les hospitalisations, ruineuses pour les finances publiques.
En Suède, où les généralistes sont salariés, on mise autant sur la e-médecine – consultations par visioconférences et dossier médical personnel informatisé – que sur la responsabilisation des patients. En pointe dans les approches innovantes, l'hôpital universitaire d'Essen, en Allemagne, joue, lui, la carte de la médecine intégrative. Dans son unité de soins intégrés du traitement de la migraine, les diagnostics et les traitements sont portés collégialement par un pool de spécialistes (neurologues, psychiatres, ergothérapeutes…).  Une approche globale du patient qui a permis de réduire la fréquence des arrêts de travail.

Comment repenser la manière d'aborder des pathologies invalidantes mais aussi la fin de vie ? 

Bâtir une meilleure politique de prévention ? Mieux accompagner les malades ? Comment, au bout du compte, permettre à chacun d'être soigné selon ses besoins tout en préservant l'équilibre des comptes publics ? Nourries d'interventions de patients, d'économistes et de professionnels du monde médical sur ces problématiques, l'enquête de Thomas Johnson met en lumière une variété de réflexions et d'exemples qui portent leurs fruits. Un tour d'horizon européen riche d'enseignements.

jeudi 1 décembre 2016

Ambroise Croizat, père de la Sécu, à l'honneur dans un film

Le documentaire «la Sociale» de Gilles Perret souligne le rôle du ministre de Travail de 1945 à 1947 dans la mise en place, conjointement avec Pierre Laroque, de l'assurance maladie.

Ambroise Croizat, qui connaît encore ce nom ? Ces dernières semaines, on a vaguement entendu parler d’une association qui s’appelle Ambroise Croizat, tenue par la CGT et qui gère entre autres la maternité des Bluets à Paris. Mais autrement, ce patronyme a peu à peu disparu de notre histoire sociale. Et ce n’est pas le moindre des mérites de ce documentaire, baptisée la Sociale, qui sort ce mercredi dans les salles de cinéma, que de redonner vie à ce personnage, militant historique du Parti communiste et de la CGT, et qui a eu un rôle essentiel dans la création de la Sécurité sociale en 1945.
L’histoire est injuste. Lorsqu’on parle de la naissance de l’assurance maladie, on évoque aussitôt le général de Gaulle, et Pierre Laroque, haut fonctionnaire qui mit en forme l’architecture de notre système de couverture maladie. Et ce dernier n’est pas passé dans le trou de l’histoire ; un peu partout, comme au ministère de la Santé, il y a des salles Laroque, des séminaires et autres conférences à son nom. Mais pour Ambroise Croizat, c’est donc le trou noir. Et même à l’Ecole nationale supérieure de la Sécurité sociale, qui forme les futurs dirigeants, rares sont ceux qui le connaissent.



«Rapport de forces»

Et pourtant, quelle belle histoire ! «Vivre sans l’angoisse du lendemain, de la maladie ou de l’accident de travail, en cotisant selon ses moyens et en recevant selon ses besoins.» Tels étaient les principes qui allaient forger la Sécu. Dans un documentaire engagé, le réalisateur, Gilles Perret, redonne vie à ces principes avec en fil rouge le témoignage d’un des derniers «poilus» de l’époque, Jolfred Fregonara (décédé en août). «Je voulais faire un film positif. Aujourd’hui on grogne sans cesse, on dit que tout va mal, mais le film montre que quand on se met tous ensemble, on arrive à créer de la solidarité et un rapport de forces», défend le réalisateur.
Après les affres de la guerre, un projet pour «une société juste et solidaire» est en effet inscrit dans le programme du Conseil national de la Résistance, le CNR, qui  rassemble communistes, chrétiens-démocrates, gaullistes, socialistes. En quelques mois, toute l’architecture va se mettre en place, avec un pouvoir réel donné aux salariés. On ne parle pas encore d’usagers de la santé, mais il y a un enthousiasme peu banal, et une solidarité qui s’impose à tous. Le regard malicieux, Jolfred Fregonara, ex-ouvrier métallurgiste, raconte comment, en 1946, il a reçu les consignes du ministre du Travail, Ambroise Croizat, pour mettre en œuvre la caisse de Haute-Savoie.

Logique financière

A voir ce documentaire, ce fut un combat joyeux dans lequel Ambroise Croizat est central. On l’a oublié, mais à sa mort en 1951, à 50 ans, «il a eu un enterrement à la Victor Hugo», raconte le sociologue Bernard Friot. On découvre le  parcours de Croizat, ouvrier métallurgiste cégétiste qui proclame que «la retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie». Reprenant le flambeau de son père, organisateur, au début du XXe siècle, de la première grande grève pour la protection sociale, Ambroise Croizat est élu député communiste de Paris pendant le Front populaire, avant d’être incarcéré et envoyé pendant deux ans au bagne d’Alger au début de la guerre. Au lendemain de la guerre, nommé ministre du Travail, il va construire avec Pierre Laroque la Sécu.

(...)

Libération, 7/11/2016
Article intégral en ligne : http://www.liberation.fr/france/2016/11/07/ambroise-croizat-pere-de-la-secu-a-l-honneur-dans-un-film_1526754

 

lundi 28 novembre 2016

Le Sénat supprime le tiers payant généralisé et soigne les professions médicales

Pour son examen en première lecture par un Sénat majoritairement de droite, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017 issu de la discussion des députés a été profondément remanié. Les sénateurs en ont profité pour supprimer le tiers payant généralisé, mesure emblématique de la loi Santé. Dernière loi pour la sécu du quinquennat, la nouvelle version du texte sort sans aucun des articles qui organisaient les équilibres financiers et les objectifs de recettes et de dépenses des différents régimes tant pour 2016 que 2017. Suspecté d’améliorer artificiellement la santé du Fonds de solidarité vieillesse, le fonds de financement de l’innovation pharmaceutique est supprimé. Les professions médicales profitent de l’aubaine : le dispositif MT’dents disparaît, la protection maternité/paternité est étendue à tous les médecins installés en zone sous dense et les libéraux retraités y exerçant seront exonérés de cotisation vieillesse. Le prélèvement ANFH est réduit à la seule l’année 2016. Les médecins du secteur public travailleront en revanche plus longtemps. Une « phase de dialogue » d’un an est instituée, avant la signature du CPOM par un établissement du secteur du handicap.


Après l’examen des dispositions du PLFSS 2017 achevé vendredi 18 novembre, le texte sénatorial a été soumis au vote solennel mardi 22 novembre. Il a été adopté par 182 voix pour et 148 contre (15 abstentions).
Dans le contexte préélectoral où il est stratégique de marquer les esprits, la rébellion la plus ostentatoire est sans aucun doute la suppression du tiers payant généralisé (TPG), glissée après l’article 42. La bataille commencée avec la loi Santé du 26 janvier 2016 se poursuit donc.
Les auteurs de l’amendement estiment le TPG non « pertinent pour améliorer l’accès aux soins » et caressent les professionnels de santé libéraux dans le sens du poil en reprochant au TPG « une remise en cause inutile de la pratique des professionnels de santé libéraux, lesquels pratiquent déjà le tiers payant pour des raisons sociales et par choix personnel ».

Rejet de l’Ondam

Les sénateurs ont en outre porté leur révolte sur les chiffres. S’ils ont voté les chiffres relatifs à l’exercice 2015 en adoptant la première partie du texte sans modification, ils ont refusé les tableaux d’équilibre pour 2016 en adoptant la deuxième partie du PLFSS 2017 après suppression des prévisions de recettes et les objectifs de dépenses des différentes branches (art. 4), et rejet de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) pour 2016 (suppression de l’article 5).
Critique à l’égard du PLFSS 2017 et contestant la réalité du retour à l’équilibre de la sécurité sociale, le rapporteur général, Jean-Marie Vanlerenberghe, a chiffré à 2,5 % l’augmentation réelle de l’Ondam pour 2017 au lieu des 1,75 % en 2016 et 2,1 % annoncés pour l’année prochaine. Il a dénoncé le faux-semblant de la réduction des déficits (2,6 milliards prévus en 2017 contre 4,1 milliards en 2016) qui « ne traduit en rien une réelle maîtrise des dépenses ou l’impact de réformes d’organisation qui auraient amélioré l’efficience du système de santé ».

Les suppressions d’articles se sont succédé

Suivant les propositions de la commission des affaires sociales, tous les tableaux d’équilibre financier, comme les prévisions de recettes et les objectifs de dépense relatifs à l’année prochaine ont été rejetés. Les suppressions d’articles se sont succédé : 22 pour les régimes obligatoires de base ; 23 pour le régime général ; 26 pour l’annexe relative aux perspectives pluriannuelles. C’est avec ces modifications que la troisième partie a été votée.
Dans la continuité, les tableaux d’équilibre, recettes et dépenses des différents régimes ont fait l’objet d’un traitement identique. La branche famille se voit privée de l’article 29.
Deux articles sont biffés pour la branche maladie, maternité, invalidité et décès : l’article 54 et ses objectifs de dépenses et l’article 55 qui fixait l’Ondam 2017. La branche vieillesse est délestée de son article 35 et la branche Accidents du travail et maladies professionnelles de son article 37.

Gazette Santé Social, 25/11/2016.
Article intégral en ligne :  http://www.gazette-sante-social.fr/32630/plfss-2017-suppression-tiers-payant-generalise-ondam


vendredi 11 novembre 2016

La Sécu, pas question ni le droit de la quitter

70 ANS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE


Les allègements de charges patronales sont en passe d'atteindre les 20 milliards d'euros.Sources Les Echos et le Haut conseil du financement de la protection sociale http://www.securite-sociale.fr/HCFi-PS
Les allègements de charges patronales sont en passe d'atteindre les 20 milliards d'euros.Sources Les Echos et le Haut conseil du financement de la protection sociale http://www.securite-sociale.fr/HCFi-PS
Graphique Les Echos/HCFPS

La Sécu fête ses 70 ans, l’occasion d'aller voir "La Sociale" au cinéma et de rappeler que son affiliation est obligatoire ainsi que la garantie d’une sécurité sociale pour tous.

Ces derniers temps ont circulé des informations, des mails, des SMS du genre : la Sécu je la quitte, l’affiliation à la sécurité sociale n’est pas obligatoire, on peut la quitter si on trouve une meilleure assurance sociale en Europe. Ça ne date pas d'aujourd'hui mais ça continue.


Attention c’est faux et on risque gros !


En effet, la loi, c’est-à-dire l’article L111-1 de la sécurité sociale et la Constitution de 1946, dit bien que toute personne qui travaille et réside en France est obligatoirement affiliée au régime général de sécurité sociale pour les salariés et les régimes propres aux non-salariés comme le régime des indépendants ou la MSA. A cet effet, elle est soumise à cotisations obligatoires.

Ceux qui prétendent le contraire sont passibles d’une peine de 6 mois de prison et d’une amende de 15 000 euros. Ils s'appuient sur une interpétation de l'arrêt C59-12 du 3 octobre 2013 de la Cour de justice européenne http://curia.europa.eu qui ne concerne même pas la Sécu mais une assurance privée allemande. Celle-ci s'est faite épinglée pour ses pratiques commerciales déloyales vis à vis des consommateurs. Or d'après cet arrêt de la Cour de justice européenne ces pratiques déloyales s'appliquent aussi aux caisses maladie du régime légal. 


samedi 29 octobre 2016

Le système de santé français expliqué aux Américains

À l’heure des présidentielles, les Américains s’interrogent sur leur système de santé. C’est l’un des points sur lesquels les candidats en campagne s’opposent le plus violemment, alors que la polémique enfle autour des résultats mitigés de l'assurance privée obligatoire mise en place par le président Barack Obama, « l'Obama care ». Hillary Clinton plaide pour un engagement fort en faveur de la santé publique. Donald Trump, pour la limitation des dépenses. Le système français pourrait-il être source d’inspiration dans les politiques américaines ? Répondre à cette question, c’est aussi inviter les citoyens français à prendre un recul salutaire vis-à-vis de leur propre organisation de l’accès aux soins. Car le fameux « trou de la Sécu » s’annonce déjà comme un sujet chaud dans la campagne des candidats français aux présidentielles de 2017.


S’il existe aux États-Unis plusieurs grands experts des systèmes de santé, le citoyen américain n’a le plus souvent pas d’idée de la manière dont fonctionnent les systèmes étrangers et, quand il en a, ses idées sont souvent caricaturales. Pourtant, système américain et système français sont proches, vraisemblablement les plus proches de tous les pays riches, à quelques nuances près cependant.

Une espérance de vie inférieure pour les États-Unis

Pour expliquer le système français aux Américains, je commencerai par un retour en arrière. En 1939, un citoyen des États-Unis avait une espérance de vie à la naissance supérieure de sept années à celle d’un Français. Les choses ont changé depuis car celle-ci est, en 2016, inférieure de quatre années. Pourtant l’Américain dépense pour se soigner des sommes très supérieures. Ainsi, en 2014, elles représentaient 9 403 dollars par personne et par an aux États-Unis et 4 959 dollars en France.
À l’échelle nationale, cela se traduit par un montant des dépenses dites « de santé » (elles sont surtout des dépenses médicales) de 16,4 % du PIB aux États-Unis et de 10,9 % en France. Si l’évolution de l’espérance de vie a plus à voir avec les modes de vie et les habitudes alimentaires (entraînant obésité ou diabète) qu’avec l’efficacité de la médecine, il est vraisemblable cependant que la qualité des soins pour le plus grand nombre est à la fois meilleure et plus accessible en France.
Pour ce qui est du paiement des soins médicaux, en France c’est simple : c’est un pays où Medicare (nom du système américain de Sécurité sociale) commence, non pas à 65 ans, mais à la naissance. Tout résident légal est affilié de droit à l’assurance maladie et, à ce titre reçoit des soins, souvent gratuits, sinon remboursés en grande partie par le régime d’assurance obligatoire ou le régime d’assurance santé complémentaire.

(...)

The Conversation, 18/10/2016.
Article intégral en ligne : http://theconversation.com/le-systeme-de-sante-francais-explique-aux-americains-67018

Seulement 6 % du coût des soins assumé par le citoyen français

Pour trente maladies graves, les soins sont remboursés à 100 % par le régime obligatoire. Et si on ajoute les assurances complémentaires « santé » – aujourd’hui quasiment universelles – seulement 6 % du coût des soins en France sort de la poche du patient au moment du contact avec le système médical. Bien entendu, lui ou son employeur auront cotisé pour financer l’assurance maladie obligatoire ou complémentaire. Ainsi, en moyenne, chaque année, tout Français travaille 33 jours pour payer ses seules cotisations à l’assurance maladie.
Il n’y a donc pas de barrière financière à l’entrée, sauf pour les soins dentaires et les lunettes, et encore… Si ces barrières existent, le système français est là à nouveau plus généreux que ceux des pays comparables.
En outre, si le patient est incité à avoir un médecin de référence, son « médecin traitant » avec lequel les soins sont entièrement gratuits, il ne lui en coûtera que quelques euros quand il souhaite déroger à la règle. Il pourra alors voir dans la même journée plusieurs spécialistes dont les honoraires lui seront en grande partie remboursés.

En France, une majorité d’établissements publics

Comme aux États-Unis, il y a en France des hôpitaux publics, des hôpitaux privés à but lucratif et des hôpitaux privés à but non lucratif. Les proportions ne sont toutefois pas les mêmes : 2/3 des lits hospitaliers de court séjour sont des lits d’hôpitaux publics en France. À noter que les 31 hôpitaux universitaires sont tous publics. Cependant, la France a en pourcentage plus d’hôpitaux privés à but lucratif que les États-Unis (20 % contre 15 % des lits). Ceux-ci réalisent plus de la moitié des actes chirurgicaux français.
Plus étonnant, non seulement le patient français peut choisir son hôpital qu’il soit public ou privé et être remboursé dans les deux cas, mais encore l’établissement privé – hors honoraires des médecins – coûte moins cher (de l’ordre de 30 %). Il y a donc un marché des soins et une concurrence, si bien que, contrairement aux pays d’Europe du Nord, au Canada ou au Royaume-Uni, il n’y a pas en France de file d’attente pour la chirurgie programmée, par exemple la cataracte ou la prothèse de hanche.
En ville, les médecins libéraux ont la liberté d’installation et sont payés à l’acte. Pour la plupart d’entre eux, les tarifs sont fixés par l’assurance maladie et sont très inférieurs aux tarifs américains (entre 30 et 40 dollars la consultation). Toutefois, un pourcentage de médecins spécialistes a des honoraires libres, leurs patients sont alors moins bien remboursés, mais la consultation dépasse rarement les 100 dollars.

Une forte régulation par l’État français

Bien entendu, l’État est fortement impliqué dans la régulation du système. Chaque année est défini un numerus clausus national pour les étudiants en faculté de médecine. Il n’est pas possible d’ouvrir une pharmacie sans autorisation administrative. L’État, par ses agences régionales de santé, contrôle toutes les autorisations en matière hospitalière, que les hôpitaux soient publics ou privés. Par ailleurs l’État gère les nomenclatures de tous les actes médicaux, le tarif et le taux de remboursement de chaque médicament, radiographie ou examen de biologie. L’État à l’échelon national nomme tous les directeurs et tous les médecins des hôpitaux publics (lesquels emploient 850 000 personnes). Mais il existe des établissements privés de grande qualité et, je le souligne encore, les médecins libéraux sont libres de leur installation et de leurs prescriptions.
Malgré tout le système français est un des plus onéreux des pays occidentaux. L’hospitalisation y a une grande part, les spécialistes sont nombreux et la consommation de médicament y est élevée.

lundi 12 octobre 2015

« Sécu » : ce qui a été fait, ce qui reste à faire

Lorsque François Hollande est arrivé au pouvoir, trois des quatre branches de la « Sécu » étaient plombées par les déficits : l’assurance-maladie (− 5,9 milliards d’euros en 2012, selon la Cour des comptes), le système de retraite de base des salariés du privé (− 4,8 milliards) et la branche famille (− 2,5 milliards). Les réformes engagées depuis trois ans et demi ont obéi à une double préoccupation : redresser les comptes sans écorner notre modèle de protection sociale. L’objectif a-t-il été atteint ?


S’agissant de la branche vieillesse, « certaines des mesures prises vont dans le bon sens et introduisent plus de justice », commente Michel Borgetto, professeur de droit à l’université Panthéon-Assas (Paris-II). Il cite comme exemples la prise en compte de la pénibilité ou l’assouplissement des règles pour permettre aux salariés ayant accompli des carrières longues de partir à la retraite à 60 ans, voire avant. « La pérennité du système est assurée, ajoute Michel Borgetto, grâce à la réforme de 2013 qui prévoit une hausse des cotisations et l’allongement de la durée de cotisations pour percevoir une pension à taux plein. » Le gouvernement table d’ailleurs sur un léger excédent de l’assurance-vieillesse l’an prochain – une première depuis 2004.

Mais ces progrès sont fragiles aux yeux de plusieurs spécialistes. « On colmate les brèches, mais sans entreprendre de réforme structurelle et en sachant que ça ne sera pas tenable, à terme, juge Jean-Olivier Hairault, professeur d’économie à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-I). Il conviendrait de relever l’âge de cessation d’activité ; nous sommes très au-dessous des standards européens en la matière. »
L’un des plus gros défis à relever concerne les retraites complémentaires. En 2014, le déficit de l’Agirc a atteint 1,98 milliard d’euros et celui de l’Arrco 1,15 milliard. Le patronat et les syndicats négocient depuis des mois pour trouver un accord synonyme de retour à l’équilibre.

Le Monde,

lundi 5 octobre 2015

La Sécurité sociale fête ses 70 ans

Créée le 4 octobre 1945, la Sécurité sociale française fête ses 70 ans ce dimanche. Plusieurs fois réformée, en déficit depuis des années, la "sécu" reste quand même l’une des bases du "modèle social français".


Pour beaucoup, elle rime avec maladie et médecins, mais la Sécurité sociale, inspirée par le Conseil national de la Résistance en 1945, c’est surtout une protection sociale pour les travailleurs et leurs familles. Une révolution à l’époque. 70 ans après, la "sécu" a changé, elle perd de l’argent, mais ses valeurs sont toujours là. La gestion des prestations pour les familles, la réparation des accidents du travail et des maladies professionnels, la gestion des retraites et la solidarité avec nos aînés, c’est elle, aujourd’hui encore.

L’équilibre perdu entre travailleurs et retraités

L’ordonnance du 4 octobre 1945 créée la Sécurité social sur un principe simple : les travailleurs vont payer la retraite de leurs parents au travers des cotisations salariales et patronales. L’équilibre est précaire entre le taux d’emploi et le nombre de retraités, mais cela marche pendant de belles années. La hausse du chômage vient malheureusement gâcher la fête. L’explosion des dépenses de santé aussi et le vieillissement de la population pour en rajouter une couche. Malgré les réformes, les mesures pour tenter de trouver d’autres sources de financement, la Sécurité sociale est en déficit de 13 milliards d’euros cette année.

Par Faustine Mauerhan, France Bleu dimanche 4 octobre 2015.
Avec le temps, le nombre de retraités rattrape celui des actifs qui cotisent. - Aucun(e)
Les gouvernements ont tenté de trouver d'autres sources de financement. - Aucun(e)

vendredi 17 juillet 2015

Comment l’Assurance-maladie veut économiser 3 milliards d’euros

Comment économiser près de 3 milliards d’euros au cours des trois prochaines années (dont 715 millions dès 2016) sans dégrader la qualité des soins ? C’est la réponse que tente d’apporter, jeudi 2 juillet, la Caisse nationale d’Assurance-maladie (CNAM) en dévoilant 31 mesures de réduction des dépenses, dans son traditionnel rapport précédant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.


L’annonce de ces propositions intervient dans un contexte budgétaire encore plus contraint que les années passées, avec une hausse des dépenses de l’Assurance-maladie plafonnée à 1,75 % en 2016. Un niveau particulièrement bas qui implique de réaliser l’année prochaine « 3,4 milliards d’euros d’économies par rapport à la croissance tendancielle des dépenses » de santé, rappelle la CNAM. Si certaines préconisations, comme le recours accru aux médicaments génériques, sont consensuelles et courantes, d’autres le sont beaucoup moins, comme la mise en place de durées de référence pour les arrêts de travail.
  • Hospitalisation 

Après avoir engagé la réduction de la durée du séjour à la maternité ou à l’hôpital après une opération orthopédique, l’Assurance-maladie souhaite limiter le nombre des réhospitalisations, notamment pour les patients atteints de broncho-pneumopathie obstructive ou d’insuffisance cardiaque. L’amélioration du suivi effectué par le médecin traitant à la sortie de l’hôpital permettrait de dégager 840 millions d’euros sur trois ans. Prenant exemple sur l’opération de la cataracte, la CNAM assure aussi qu’il est possible pour les hôpitaux de dégager de « nouvelles marges financières » autour des actes chirurgicaux en « optimisant les processus » et en « diminuant les coûts de revient ».
  • Examens biologiques

La CNAM constate que 3,9 millions d’examens préanesthésiques réalisés en 2013 n’étaient pas pertinents. Elle annonce donc la mise en place d’« actions d’accompagnement » des établissements mauvais élèves et appelle la Haute Autorité de santé à mettre en place des « référentiels » pour préciser les bonnes pratiques sur la fréquence de réalisation d’examens de biologie, notamment pour dépister le diabète. Gain attendu : 200 millions d’euros sur trois ans.
  • Transports sanitaires 

5,6 millions de patients ont été transportés en 2014 pour un coût de 4 milliards d’euros. L’Assurance-maladie préconise de développer un système de plate-forme de commande de transport à la sortie de l’hôpital pour arbitrer s’il vaut mieux faire appel à un taxi, à un véhicule sanitaire léger ou à une ambulance. Estimant que 550 millions d’euros pourraient ainsi être économisés en trois ans, la CNAM annonce par ailleurs réfléchir à une « responsabilisation plus directe » des hôpitaux, via l’allocation d’une enveloppe « transport » à chacun.
  • Médicaments 

L’Assurance-maladie juge « essentiel » que les choix de prescription de certains dispositifs médicaux ou médicaments, en particulier les plus récents et les plus coûteux, notamment contre l’hépatite C, « soient guidés par le rapport coût-efficacité des traitements, au-delà de leur seule efficacité ». Prenant l’exemple des antidiabétiques, pas toujours prescrits à bon escient, elle appelle à la bonne observance par les praticiens des « règles et recommandations d’usage édictées par les agences de santé ». En poursuivant le développement des génériques, elle compte aussi économiser 38,8 millions l’an prochain.
Elle accorde cette année une place spécifique au traitement de l’apnée du sommeil, dont le nombre de cas a connu une hausse de 15 %. La CNAM prône le recours à la pose d’un appareillage spécifique plutôt que la prescription d’un système de ventilation nocturne. A la clé, un gain de 175 millions d’euros sur trois ans.
  • Prévention et accès aux soins 

Le rapport préconise d’amplifier dans des territoires prioritaires des programmes de prise en charge des enfants obèses et de prévention du diabète. Une façon d’éviter les dépenses ultérieures liées à l’aggravation de ces pathologies. Une réflexion sur l’amélioration de l’accès aux soins dentaires pour les plus démunis, via une rémunération forfaitaire supplémentaire accordée aux dentistes, est également lancée.
Arrêts de travail La CNAM propose la mise en place de « recommandations » pour aider les médecins dans la prescription d’arrêts pour les maladies chroniques, notamment les cancers. Couplée à une plus grande efficacité des contrôles des arrêts de travail, l’Assurance-maladie espère dégager 300 millions d’euros sur trois ans.

Source : Journal Le Monde, 02/07/2015, François Béguin.

lundi 24 novembre 2014

Dispositifs médicaux : un reste à charge excessif pour les patients

Trop chers et mal remboursés… Les prothèses auditives, fauteuils roulants et autres implants médicaux ont coûté plus de 7 milliards 
aux personnes concernées, selon une étude d’associations de consommateurs qui appellent à une régulation du marché.


Quelque 7,3 milliards d’euros. C’est le montant des restes à charge, après remboursement de la Sécurité sociale et de leur éventuelle complémentaire santé, pour la seule année 2013, des usagers de dispositifs médicaux, ces produits et prestations utilisés pour compenser une maladie, blessure ou handicap (prothèses auditives, fauteuils roulants, lentilles de contact, appareils respiratoires, etc.). Selon une étude présentée hier par l’Observatoire citoyen des restes à charge en santé – créé par le Collectif interassociatif sur la santé (Ciss), le magazine 60 Millions de consommateurs et la société Santéclair (filiale de plusieurs complémentaires santé) –, ces produits et prestations ont coûté 13 milliards d’euros l’année dernière. Sur ce total, 5,7 milliards seulement ont été remboursés par l’assurance maladie. « C’est profondément choquant », réagit Arnaud Faucon, secrétaire national de l’Indecosa (association de consommateurs) CGT, qui constate « une tendance lourde ». « Les restes à charge se généralisent aux petits dispositifs, comme les bandelettes de mesures de glycémie destinées aux diabétiques, dont le nombre pris en charge est aujourd’hui limité. C’est choquant car on ne choisit pas sa maladie ou son infirmité. »
« Le même produit peut être 
vendu quatre fois plus cher »

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Outre l’ampleur de ces sommes, l’Observatoire dénonce « les nombreux dysfonctionnements dans la prise en charge » de ces dispositifs médicaux et notamment les « profondes inégalités » entre les produits. « Si les appareils dédiés à l’apnée du sommeil sont pris en charge à 74 % par l’assurance maladie, les audioprothèses ne le sont qu’à hauteur de 9 % pour les plus de 20 ans », note l’étude. Dénonçant des pratiques tarifaires « choquantes », elle relève qu’en l’absence de prix limite de vente, « le même produit peut être vendu quatre fois plus cher », selon les endroits. Qui plus est, les restes à charge varient en fonction de l’âge du patient ou du niveau de technicité de certains produits. Ainsi, pour les audioprothèses (appareils auditifs), le reste à charge moyen s’élève à 981 euros pour les moins de 20 ans et de 2 284 euros au-delà de cet âge. Ce que confirme Michel, qui souffre d’une surdité sévère. « Tout dépend du taux de surdité. Plus on est malentendant, plus l’appareil est sophistiqué et donc coûteux. Ce qui est mon cas. Il faut compter entre 2 500 et 3 000 euros par appareil. Ce qui fait 5 000 à 6 000 euros pour les deux oreilles. Personnellement, pour faire des économies, j’ai fait le choix de n’appareiller qu’une oreille », témoigne ce cinquantenaire. En effet, la Sécurité sociale ne rembourse que 60 % de 199,71 euros, soit 119,83 euros par appareil, quel que soit le coût de ce dernier. Une nomenclature qui n’a pas bougé depuis dix ans… Quant aux mutuelles, elles remboursent au mieux 50 % du prix de l’appareil. Dans le cas de Michel, sa mutuelle lui a remboursé 500 euros. « Quand on est salarié et reconnu travailleur handicapé, poursuit-il, on peut bénéficier d’une aide supplémentaire, soit de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées, soit de la Maison du handicap. Moi, ça m’a permis de ne mettre de ma poche que 30 % du prix total. On comprend aisément que certains fassent le choix de ne pas s’appareiller, d’autant que la durée de vie d’une prothèse auditive n’excède pas quatre ou cinq ans. » Selon l’étude, seuls 20 % des déficients auditifs sont en effet appareillés. L’Observatoire des restes à charge s’est aussi penché sur le cas des fauteuils roulants. Plus ils sont sophistiqués, moins bien ils sont remboursés. Pour un fauteuil électrique de 23 000 euros, l’assuré paye ainsi de sa poche 1 850 euros en moyenne, et plus de 6 000 euros dans 10 % des cas. « Les batteries des fauteuils électriques sont les mêmes que celles des Fenwick (chariots de manutention). Mais elles sont vendues dix fois plus chères. Ce n’est pas normal », déplore ­Christian Saout, secrétaire général du Ciss, qui milite pour que « le législateur modifie les règles de fixation des prix » et « tienne compte du prix réel de fabrication et non pas du retour sur investissement du fabricant ». Pour lui, « des prix limites de ventes permettraient la régulation ». Et de conclure : « Un reste à charge de 1 000 euros, c’est la retraite moyenne d’une femme. On se retrouve, soixante-dix ans après la création de la Sécu, avec des inégalités de remboursement alors qu’on a cotisé toute sa vie. »

Alexandra Chaignon, L'Humanité, Vendredi, 21 Novembre 2014 : http://www.humanite.fr/dispositifs-medicaux-un-reste-charge-excessif-pour-les-patients-558282

lundi 17 novembre 2014

Protection sociale. Le scandale des 9,9 milliards d’euros non distribués



Dans l'Humanité Dimanche. Haro sur les tricheurs qui profiteraient du RSA, des allocations chômage ou de la couverture médicale universelle. La chasse aux fraudeurs est devenue un refrain que le gouvernement entonne à son tour. La réalité est bien différente : c’est celle du non-recours aux prestations sociales, du découragement après des mois de démarches et de regards suspicieux. Tandis que l’État économise près de 10 milliards d’euros et que la fraude est marginale, le risque d’exclusion est bien plus prononcé.


Assistés, profiteurs, fraudeurs… Depuis le quinquennat Sarkozy, le vocabulaire qualifiant les candidats à l’aide sociale s’est copieusement fleuri. Le premier ministre, Manuel Valls, lui aussi en chasse contre les abus qui grèvent les budgets sociaux, a rappelé, dans le sillage des déclarations de son collègue de Bercy, Emmanuel Macron, qu’il comptait bien mener la bataille sur le même terrain. Ces priorités politiques, nourries par une logique comptable et répressive, masquent un fléau de taille qui pèse bien plus lourd que la fraude : celui du non-recours aux aides sociales par les personnes qui y ont droit, enfermant ces dernières dans une exclu sion parfois sans retour. Le livre blanc « Discrimination et Pauvreté » du mouvement ATD Quart Monde, paru en octobre 2013, souligne que, chaque année, 5,2 milliards d’euros de RSA (revenu de solidarité active) ne sont pas versés à leurs destinataires. « En comparaison de cette non-dépense publique, la fraude au RSA représente 60 millions d’euros par an. On est proche du rapport de 1 à 100 », mentionne Bert Luyts, délégué national d’ATD Quart Monde France. « Il y a de quoi être surpris. Mais ces données sont confirmées par plusieurs études. On peut donc considérer qu’elles sont fiables et représentatives de la réalité. De manière générale, sur la question du non-recours aux prestations, les chiffres sont beaucoup plus élevés que ce qu’on pourrait imaginer », confie Pierre Mazet, chargé d’études à l’Odenore (Observatoire des nonrecours aux droits et services). Même son de cloche pour la CMU (couverture maladie universelle) qui assure aux plus démunis un accès gratuit aux soins. Un ayant droit sur 4 n’en dispose pas, constate l’Observatoire des inégalités, c’est-à-dire 1,5 million de personnes. Le taux de nonrecours atteint 60 % dans le cas de l’AME (aide médicale d’État), qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se soigner. « Et que dire des tarifs préférentiels de l’énergie ? Là encore, on constate que le non-recours par les personnes les plus démunies est très fréquent, souvent par ignorance ou méconnaissance des démarches », regrette Bernard Schricke, directeur de l’Action France et Europe du Secours catholique.




Photo : François Guillot/AFP
Photo François Guillot/ AFP
RENOUVELER SON DOSSIER : UNE ÉPREUVE

Janine Delmotte a droit à la CMU depuis plus de 6 mois, mais elle refuse de s’inscrire. Après des échanges répétés avec différents guichets d’aide sociale, elle jette l’éponge. « On dit que la crise est de notre faute, on nous montre du doigt. J’en ai assez d’être humiliée, je ne veux plus rencontrer toutes ces personnes. Je ne vais plus non plus chercher les colis alimentaires auxquels j’ai droit », témoignet- elle. « Entendre des accusations disant que nous sommes des profi- teurs dès lors qu’on touche une aide sociale est malheureusement fréquent », s’attriste Richard Petit, sans domicile et ancien bénéficiaire du RSA pendant plusieurs années. Une réalité amère qui n’est pas rare et qui, selon Bert Luyts, est « clairement alimentée par les suspicions croissantes de fraude qui contribuent à se murer dans le silence. Les préjugés font le lit des discriminations ». Pour Rachel Mimouni, le renouvellement de la CMU tourne à l’épreuve de force : « On m’a d’abord expliqué que je n’y ai plus droit en raison de mes ressources, alors que je n’ai pas de travail et plus d’allocations chômage. Je ne saisissais pas.

En retournant à la CPAM, j’ai été reçue avec un total mépris. La personne a violemment jeté tous les documents que j’ai ramenés qui n’étaient pas indispensables en m’expliquant que je ne comprenais vraiment rien. Je suis partie en pleurs. » Avec le soutien du Secours populaire, la jeune femme comprend l’imbroglio administratif qui malmène son dossier : la CPAM prend comme unique document de référence son avis d’imposition concernant les revenus de l’année 2013 où elle a travaillé. « À part l’aide au logement, je vis avec une pension alimentaire de 200?euros par mois. L’hiver approche. Sans la CMU, j’ai peur de ne plus pouvoir faire soigner mon enfant », craint Rachel Mimouni.

DES MOIS ET DES MOIS D’ATTENTE

Richard Petit est lui aussi victime de dysfonctionnements dans le traitement des dossiers. « Voilà plus d’un an que je ne reçois plus le RSA sans raison. À la CAF où je suis inscrit, personne n’a su me donner d’explications. Après plusieurs mois d’attente, on m’a demandé de refaire un nouveau dossier pour percevoir l’aide, ce que j’ai fait. Le problème est qu’il faut désormais patienter 4 mois supplémentaires pour percevoir le RSA. J’espère que la situation va changer. Avec l’arrêt inexpliqué des versements, c’est la grande majorité de mes revenus qui ont disparu », confie-t-il. Même lorsque les procédures auxquelles sont soumises les demandes se déroulent sans heurt, les délais compliquent les situations. « Ils sont de plus en plus longs », s’inquiète Mireille, une bénévole du Secours populaire qui aide les ayants droit à recouvrir leur dû. « Il n’y a pas si longtemps, il fallait attendre 2 mois pour que les étrangers puissent obtenir l’AME. Aujourd’hui, c’est 3 mois dans le meilleur des cas, plutôt 5 mois en cas de difficultés ou pièces manquantes, ce qui est fréquent. Ce n’est pas étonnant. La tendance est à la fermeture des centres. Le personnel qui gère les demandes se réduit. »

UNE MONTAGNE DE PIÈCES À FOURNIR

À ces écueils viennent s’ajouter des problèmes structurels imputables aux politiques publiques. La domiciliation est indispensable pour percevoir des aides sociales. Les plus démunis peuvent en théorie se tourner vers les CCAS (centres communaux d’action sociale) lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix. « Dans la pratique, ce service est très peu assuré par ces centres, alors que c’est leur devoir. Parfois, on domicilie une seule personne pour pouvoir dire qu’on fait de la domiciliation. Il n’y a aucun contrôle sur le terrain à ce sujet », s’indigne Bernard Schricke. En plus du manque d’information relatif aux droits, aux conditions d’éligibilité, les enquêtes sur les causes du non-recours pointent du doigt la complexité du système. « De nombreuses personnes sont confrontées au découragement en cours de démarche. Elles ne réussissent pas à fournir les documents nécessaires. Il peut ainsi se passer des mois avant qu’une aide financière soit perçue », constate Bert Luyts. L’Odenore a observé un rapport mécanique entre la nécessité de fournir des pièces nombreuses et variées et le non-recours. Pierre Mazet explique « qu’on développe du non-recours en compliquant les conditions d’accès. C’est un problème d’autant plus important qu’on remarque globalement une complexification croissante qui va à rebours des discours officiels sur la simplification administrative ». Il précise que « des études aux États- Unis ont montré que complexifier est un bon moyen de faire baisser la demande sociale ». De là à faire le lien avec un choix politique de laisser à l’écart ces populations, à l’heure où la réduction des dépenses est le maître mot, il n’y a qu’un pas.
 

UNE CHASSE AUX FRAUDEURS SÉLECTIVE

Malades, chômeurs, familles, précaires… fraudent peu (moins de 1 % des prestations versées) et renoncent même souvent à faire valoir leurs droits. Lors de l’examen de la loi de financement de la Sécurité sociale, un député UMP a pourtant fait adopter un amendement à l’unanimité des présents (39 seulement, il est vrai) instaurant l’échange automatique des données sur les prestations versées entre l’ensemble des organismes sociaux et le recoupement avec les données du fisc. Un flicage en règle ! Curieusement, la démarche épargne la fraude sociale patronale – le non-paiement des cotisations sociales – qui, selon la Cour des comptes, a doublé en 8 ans pour atteindre 20 à 25 milliards d’euros par an. Soit deux fois le déficit annuel de la Sécurité sociale. Quant à la fraude fiscale de 60 à 80 milliards d’euros de recettes perdues par an pour l’État, du fait essentiellement des ménages fortunés et des entreprises, le gouvernement affiche, certes, sa volonté d’y remédier, mais le bilan reste maigre.
 

50 % DES BÉNÉFICIAIRES POTENTIELS DU RSA N’Y ONT PAS RECOURS
 

Selon les prestations, le non-recours concerne de 10 à 90 % des populations d’ayants droit. L’OCDE estime que ce pourcentage varie de 20 à 40 % selon les pays. En France, il atteint 50 % pour le RSA, selon l’Odenore (1). Soit 35 % des ayants droit au RSA socle, destiné aux bénéficiaires exclus de tout emploi, et jusqu’à 68 % des ayants droit au RSA activité, qui s’adresse aux travailleurs percevant des revenus inférieurs à un minimum. Globalement, du fait du non-recours des ayants droit, 5,2 milliards d’euros ne sont pas versés au titre du RSA, et 4,7 milliards d’euros par les caisses d’allocations familiales. (1) Observatoire des non-recours aux droits et services.

Mathieu Neu, L'Humanité, 14 novembre 2014 : http://www.humanite.fr/protection-sociale-le-scandale-des-99-milliards-deuros-non-distribues-557688

jeudi 6 novembre 2014

L'installation d'hôtels à l'hôpital divise les médecins

L'expérimentation de ces chambres non médicalisées à moindre coût a été adoptée dans le budget de la Sécu


Les hôpitaux proposeront-ils demain à certains de leurs patients de séjourner dans une chambre d'hôtel payée par l'Assurance-maladie plutôt que dans une chambre médicalisée ? L'Assemblée nationale a donné son feu vert, le 24  octobre, en première lecture, à l'expérimentation de cette mesure pendant trois ans avant une éventuelle généralisation.
Ces " hôtels hospitaliers ", conçus comme des " sas " entre l'hôpital et le domicile, devraient à la fois permettre un plus grand confort du malade et des économies substantielles. Mais pour certains chirurgiens, le recours à ces hôtels pourrait " couper l'élan de la médecine ambulatoire " –qui se limite à une hospitalisation de jour.

" Ça rassure tout le monde "


vendredi 31 octobre 2014

Protection sociale : veulent-ils dynamiter le modèle français?


Le projet de loi de finances de la Sécurité sociale à l’Assemblée.


Par Christian Gaudray, président de l'union des familles laïques, Gilbert Toesca, ancien responsable syndical et mutualiste et Bernard Lamirand, animateur du comité d’honneur Ambroise Croizat.

"Le dernier verrou 
avant la destruction 
de la Sécurité sociale" par Christian Gaudray, président de l'union des familles laiques.
     "Un fondement de notre pacte social" par Gilbert Toesca, ancien responsable syndical et mutualiste.
     "Défendre l’universalité des prestations sociales" par Bernard Lamirand, animateur du comité d’honneur Ambroise Croizat.