mercredi 11 novembre 2020

Pénuries de médicaments: l’UFC-Que Choisir accuse les labos

Le nombre de ruptures a triplé en trois ans pour atteindre 1200 l’an passé et devrait doubler en 2020 à cause de la crise sanitaire.

Des laboratoires pharmaceutiques «rarement à la hauteur des enjeux sanitaires», faisant preuve d’une «coupable avidité dans leur processus de production et d’approvisionnement», des pouvoirs publics accusés d’une «déplorable incurie». L’UFC-Que choisir ne prend pas de pincettes dans sa dernière étude sur les pénuries de médicaments pour dénoncer les acteurs qu’elle estime responsables.

L’association pointe l’augmentation du nombre de ruptures, qui a triplé en trois ans pour atteindre 1200 l’an passé, et qui devrait doubler en 2020 à cause de la crise sanitaire. Une situation d’autant plus alarmante que ces pénuries concernent des médicaments vitaux. Or, dans 30 % des cas, les industriels renverraient vers un autre médicament, dans 12 % «vers des solutions de derniers recours», comme le changement de posologie, et, dans 1 cas sur 5, ne proposent «aucune solution de substitution».

L’UFC déplore que seules deux sanctions pour rupture de stock aient été prononcées l’an passé par l’Agence du médicament. Elle plaide pour l’obligation pour les labos de constituer «des stocks suffisants pour répondre aux besoins» des usagers pour les médicaments essentiels et réclame la mise en place d’une production publique de médicaments pour les traitements «délaissés» par les labos.

Le Leem, qui fédère les industriels du médicament, dénonce des «informations approximatives et anxiogènes pour les patients». Seul un quart des signalements de tensions aboutissement à un «nombre limité de véritables ruptures de stocks», selon le Leem. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale a fixé de nouvelles obligations aux labos pour «mieux anticiper et prévenir les risques». Les labos estiment que la constitution de stocks de sécurité de quatre mois pour tous les médicaments vitaux «est irréaliste sur le plan industriel».

Source : Le Figaro.fr, 9/11/2020.

lundi 9 novembre 2020

Pénuries de médicaments : l’UFC-Que choisir en appelle à l’Etat

Selon l’association de consommateurs, 2 400 ruptures devraient être constatées en 2020, soit « six fois plus qu’il y a quatre ans ».

Face aux nombreuses pénuries de médicaments et aux réponses jugées déficientes des laboratoires, l’association UFC-Que choisir réclame des mesures à l’Etat en publiant, lundi 9 novembre, une étude sur le sujet, contestée par la fédération du secteur.

Mises en lumière depuis le début de la pandémie, les pénuries et tensions d’approvisionnement de médicaments ont fortement augmenté depuis une décennie, alerte UFC-Que choisir, passant de 405 pénuries en 2016 à presque trois fois plus en 2019. En 2020, 2 400 ruptures devraient être constatées, « six fois plus qu’il y a quatre ans », note l’étude, citant l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Une situation d’autant plus alarmante que ces pénuries concernent des médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur, « pour lesquels une interruption de traitement peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patients ».

UFC-Que choisir déplore par ailleurs que les laboratoires pharmaceutiques apportent des solutions « rarement à la hauteur des enjeux sanitaires ». Ainsi, dans 30 % des situations, les industriels renvoient vers un autre médicament, alors que « les substitutions peuvent entraîner des effets secondaires plus importants, ou nécessiter un temps d’adaptation à la nouvelle posologie, particulièrement pour les patients âgés », selon l’UFC. Dans 12 % des cas, les producteurs orientent « vers des solutions de derniers recours », comme la diminution de la posologie. Enfin, dans près d’un cas sur cinq (18 %), les laboratoires « ne proposent tout simplement aucune solution de substitution ».

Pour une production publique

L’association souligne par ailleurs que ces pénuries ne touchent que rarement les molécules récentes les plus onéreuses. Sur la liste des 140 médicaments signalés en rupture de stock et en tension d’approvisionnement par l’ANSM au 15 juillet 2020, les médicaments indisponibles sont prioritairement des produits anciens (75 % sont commercialisés depuis plus de vingt ans) et peu coûteux (les trois quarts coûtant moins de 25 euros).

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Source : Le Monde, 9/11/2020.
Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr

jeudi 5 novembre 2020

La réintroduction temporaire des néonicotinoïdes en France définitivement autorisée

Le Parlement revient sur son vote de 2016 interdisant l’usage de cet insecticide tueur d’abeilles, afin de « sauver » les producteurs de betterave sucrière, mise en grande difficulté par l’arrivée de la jaunisse.

Le retour temporaire des néonicotinoïdes, insecticides tueurs d’abeilles, pour « sauver » la filière betterave est désormais acté. Après l’Assemblée nationale, le Sénat a voté, mercredi 4 novembre, le projet de loi par 183 voix contre 130, ce vote valant adoption définitive.

Le projet de loi autorise, à titre dérogatoire, les producteurs de betteraves à sucre à utiliser jusqu’au 1er juillet 2023 des semences traitées avec des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, interdits depuis 2018. « Chargée du suivi et du contrôle de la recherche et de la mise en œuvre d’alternatives » aux néonicotinoïdes, un conseil de surveillance, notamment composée de huit parlementaires ainsi que de représentants de la filière et d’associations de protection de l’environnement, accordera les dérogations. La loi prévoit également que, sur les parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, il sera interdit d’implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer.

Dans un communiqué, le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), Franck Sander, a salué « un vote crucial ». Il a réclamé, par ailleurs, que l’adoption de ce texte s’accompagne d’un « mécanisme d’indemnisation financière à destination des betteraviers à la hauteur des lourdes pertes engendrées par la jaunisse ».

  

mardi 3 novembre 2020

Les banques françaises investissent massivement dans des secteurs climaticides

À deux jours du Climate Finance Day qui réunira les grands acteurs de la finance internationale à Paris, Oxfam France publie un rapport intitulé Banques : des engagements climat à prendre au 4e degré. Il évalue la température à laquelle conduirait les émissions de gaz à effet de serre issues des activités des six principales banques françaises.

L’étude révèle que les banques françaises n’ont pas pris de mesures suffisantes pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, inscrit dans l’Accord de Paris, et nous amènent au contraire sur une trajectoire de plus de 4 degrés.

Les six grandes banques étudiées — BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’épargne, Crédit Mutuel et la Banque Postale — ont une empreinte carbone qui représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière (3,3 milliards de tonnes équivalent CO2 par an, à rapporter aux 445 millions de tonnes de éqCO2 de la France). À elles seules, BNP Paribas et Société Générale émettent chacune deux fois plus que l’ensemble du territoire français.

« Ces chiffres font froid dans le dos, en même temps qu’ils font exploser le thermomètre, regrette Alexandre Poidatz, chargé de plaidoyer Finance et climat et auteur du rapport. L’impact climatique de la finance est d’autant plus nocif qu’il est encore mal connu des Français.es : nous polluons – sans le savoir – davantage via ce que finance notre argent à la banque, que via notre propre consommation. En d’autres termes, l’argent de nos comptes en banque représente notre premier poste d’émissions de éqCO2. »

« Loin d’être irréprochable, le monde de la finance se rend même coupable », estime Oxfam France. Le 1er octobre dernier, Bruno Le Maire appelait les banques à « faire mieux » sur la question de la finance verte et reconnaissait lui-même les limites de sa politique comptant sur les seuls engagements volontaires des banques.

« Il ne suffit pas de faire mieux, il faut être exemplaire, rétorque Oxfam France. Si les banques françaises se sont toutes engagées publiquement à être alignées avec l’Accord de Paris depuis 2015, elles sont surtout dans le verdissement de leur image : aucun acteur financier ne s’est publiquement engagé à réduire l’intégralité de son empreinte carbone, et les quatre plus grandes banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) continuent de soutenir le développement de nouveaux projets de pétrole et de gaz, représentant 40 % des émissions de leur portefeuille de crédits aux entreprises. »

Oxfam France recommande à la France de créer un label «  en transition » permettant de définir le degré d’alignement d’un portefeuille avec l’Accord de Paris et de contraindre les banques à satisfaire deux conditions :

  • Exclure de son portefeuille toute entreprise inscrite sur une « liste noire » commune, qui inclut les entreprises qui développent des projets incompatibles avec l’objectif 1,5°C, comme dans le secteur des énergies fossiles, ou qui n’auraient pas de plan de transition climatique juste. La liste noire et les plans de transition doivent être définis par les autorités publiques.
  • Définir une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de chaque banque crédible, qui intègre notamment une réduction de son empreinte carbone complète de 15 % d’ici à 2023.

vendredi 30 octobre 2020

Prévenir les pandémies plutôt que les guérir serait cent fois moins coûteux

De plus en plus de nouvelles maladies infectieuses émergent, principalement à cause de la destruction des écosystèmes. Prévenir leur apparition serait la seule solution durable, selon un nouveau rapport international.

« Dans les décennies à venir, les pandémies vont être plus nombreuses, plus meurtrières, se propageront plus rapidement et feront plus de dégâts à l’économie mondiale ; à moins qu’il n’y ait un changement radical dans l’approche globale de la lutte contre les maladies infectieuses. » Voici l’alerte lancée par Peter Daszak, chercheur en zoologie et coauteur d’un rapport sur les pandémies publiées le jeudi 29 octobre par la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Ce groupe d’experts a réuni en début d’année vingt-deux scientifiques internationaux pour répondre à deux questions : comment les pandémies émergent-elles ? Et peut-on les prévenir ? « Habituellement ce type de rapport prend plusieurs années, explique Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES. Nous l’avons sorti très rapidement car il était nécessaire d’avoir à disposition une évaluation du savoir scientifique sur le lien entre pandémies et biodiversité. »

Les auteurs ont analysé et synthétisé environ 700 références scientifiques. « On a beaucoup d’informations sur les pandémies d’un point de vue social, médical, explique Peter Daszak. Et on en a également beaucoup sur la perte de biodiversité, il était important de relier les deux pour répondre à la question : pourquoi les pandémies se produisent-elles ? »

mercredi 28 octobre 2020

Allongement du congé paternité, « forfait urgences » de 18 euros à l’hôpital… Ce que contient le budget de la Sécu

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 a été adopté, mardi, en première lecture à l’Assemblée nationale.


Au centre hospitalier intercommunal André-Grégoire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. 

Percuté par la crise sanitaire, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 a été adopté, mardi 27 octobre, en première lecture à l’Assemblée nationale, par 326 voix pour, 204 contre et quatre abstentions. Le texte poursuivra ensuite son parcours parlementaire, à partir du 9 novembre, au Sénat.

  • Une rallonge pour les hôpitaux

Sans surprise, les dépenses de santé ont explosé en raison de l’épidémie de Covid-19, ce que traduit le PLFSS. Près de 15 milliards d’euros (masques, tests, primes…) avaient initialement été budgétés dans le texte, mais l’exécutif a fini par annoncer une rallonge de 2,4 milliards d’euros pour aider les établissements de santé à affronter la nouvelle vague.

Pris dans un redoutable effet ciseaux, entre des dépenses qui se sont envolées et des recettes qui se sont effondrées, les comptes de la Sécurité sociale ont plongé. Son déficit devrait désormais atteindre 46,6 milliards d’euros cette année – du jamais-vu –, avant de se replier à 28 milliards d’euros en 2021, soit le précédent record atteint il y a dix ans, deux ans après la crise économique.

lundi 26 octobre 2020

Le télétravail, remède à l'éparpillement

Si le télétravail permet de travailler avec calme et concentration, il oblige aussi à s’imposer des limites, dont la première est d’apprendre à se déconnecter.


On accole souvent le télétravail à la figure exclusive du travailleur à domicile renvoyant historiquement à celle de la couturière qui travaille chez elle et articule tâches professionnelles, domestiques et familiales. Avec la diffusion des technologiques numériques, le télétravail renvoie aujourd’hui à des situations variées ; certes, le télétravailleur à domicile, de façon exclusive ou en partie mais aussi les travailleurs nomades, ces « sans bureau fixe », comme ils sont familièrement nommés (ceux dont l’activité nécessite de nombreux déplacements) ; le travail en télécentre ou espaces de coworking, ces « tiers-lieu » dans lesquels peuvent se rendre les salariés et professions libérales. Et puis le travail « en débordement », ces microtâches (rédaction d’un compte rendu de réunion, envoi d’un rapport par courriel, appels téléphoniques…) réalisées depuis son domicile mais aussi dans un train, un avion ou une chambre d’hôtel. Et le temps « au » travail n’est plus qu’une composante du « temps de travail ».

De nouvelles formes de sociabilités


L’informatique « ubiquitaire » qui est partie prenante de nos vies (tous nos terminaux mobiles : portables – téléphone, ordinateur, tablette – connectés à Internet par un accès sans fil) nous permet d’être là (physiquement) et ailleurs (virtuellement, en étant connecté) ; elle facilite les pratiques de travail « à distance » et en diversifie les modes, et permet d’être potentiellement joignable n’importe où et n’importe quand. L’espace devient dès lors moins discontinu d’autant que les interactions à distance sont désormais facilitées par le développement d’une sociabilité propre à ces outils : « outillée » par les plateformes de réseaux sociaux, l’usage de chats ou d’émoticones avec même quelques codes spécifiques dont certaines communautés de travail peuvent se doter pour pallier l’absence d’émotion que véhicule l’intonation d’une voix ou des mimiques du visage…

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Source : Sciences-humaines.fr
Article intégral en ligne : https://www.scienceshumaines.com

samedi 1 août 2020

Bonnes vacances !!

Le GRETA-CFA Aquitaine fait une pause estivale du 03 au 14 août !! 🌅 😎 ⛱

Nos services seront donc fermés durant cette période mais notre site internet reste accessible :

Profitez bien de vos #vacances et n'oubliez pas de respecter les mesures #sanitaires !!


vendredi 12 juin 2020

Que change le port du masque dans la relation soignant-soigné ?

Au cours de ces dernières semaines, le recours systématique au port du masque par les professionnels de santé a bouleversé la relation soignant-soigné. Quels changements sont à l’œuvre ? Quelles réactions le port du masque par les soignants suscite-t-il chez les patients ? Comment les soignants accompagnent-ils leurs patients dans cette période anxiogène ? Comment parviennent-ils à leur manifester leur empathie et leur soutien en dépit du masque qu’ils portent ? Existe-t-il des situations plus préoccupantes où le soin est empêché – ou tout au moins rendu plus délicat – par le port du masque ? Les premiers résultats d’une enquête sociologique donnent quelques éclairages sur ces questions.

Avec des collègues des universités de Toulouse, de Nice et de l’École des mines de Paris, je participe actuellement à une enquête sociologique baptisée « Maskovid » portant sur l’usage des masques lors de la pandémie. Cette enquête comprend un volet dédié au recueil de témoignages des personnels soignants. Les récits ainsi obtenus sont très précieux : ils donnent à voir de l’intérieur la façon dont les professionnels de santé (médicaux et paramédicaux) s’organisent, se mobilisent, se réinventent dans une situation de pénurie au cours de laquelle les ressources matérielles et humaines indispensables à la bonne administration des soins manquent cruellement. À ce jour, ce sont près de 300 témoignages qui ont été recueillis et qui feront l’objet d’un traitement approfondi dans les mois à venir. Avant que l’enquête livre toutes ses conclusions, nous souhaitons ici rendre compte de premiers résultats tirés de la lecture attentive des 120 premiers témoignages recueillis entre le 5 et le 21 avril 2020. C’est une façon pour nous de remercier ceux qui ont pris le temps de nous répondre et/ou qui ont prêté leur concours à la diffusion de notre appel à témoignage ; c’est également l’occasion de renouveler notre invitation à renseigner cet appel et à prendre ainsi part à une recherche participative et ouverte visant une meilleure compréhension de l’épreuve collective que nous traversons.

Commençons par rappeler que le port du masque a de tout temps fait partie de la vie des personnels soignants. Dans le cadre de leur formation et de l’exercice de leur pratique, ce geste de protection est exécuté à maintes reprises : il fait donc partie des routines professionnelles les plus élémentaires. S’il s’agit d’un équipement familier pour les professionnels de santé, il l’est beaucoup moins pour la population des soignés qui découvrent, ces dernières semaines, l’existence de différents types de masques et prennent lentement conscience des mesures d’hygiène particulièrement strictes associées à leur usage. Objet familier pour les uns, découverte pour les autres, le masque se place au cœur de la relation soignant-soigné durant l’épidémie en cours. Il est un nouvel élément à domestiquer pour les patients, un dispositif à intégrer durablement dans une routine de soin qui ne peut désormais plus en faire l’économie.

Le masque : un symbole à démystifier

Les soignants nous rapportent l’existence de deux temps dans l’appréhension du masque par les patients. Un premier temps, celui de la dernière quinzaine de mars, où la sidération domine et donne lieu à de nombreuses interrogations, à l’expression de sourdes inquiétudes chez les patients. Il faut dire que le masque est l’objet-symbole de l’exception sanitaire, de la dangerosité imminente, d’une circulation libre du virus sur l’ensemble du territoire. Il amène donc le patient à s’interroger à la fois sur son propre état (sa fragilité, son appartenance ou non à une population plus particulièrement à risque) mais également sur celui de la personne qui le soigne (le soignant a-t-il été exposé au Covid 19 ? Est-il vecteur de la maladie ?). De nombreux répondants indiquent que, dans un premier temps, il leur a fallu allouer un temps conséquent à la nécessaire explication des modes de transmission du virus, à la description des gestes barrières, à la présentation des raisons qui les amènent à se munir de masques et autres équipements de protection. Ainsi, Clémentine, médecin généraliste de 31 ans, confie : « Au début, le port du masque a créé la surprise chez mes patients, il fallait presque s’en excuser et expliquer à chacun : “Non, je ne suis pas malade, c’est pour vous protéger aussi, je ne veux pas devenir une source de contamination pour mes patients.” » Dans la suite de son témoignage, elle indique qu’avec le confinement « les patients s’y sont habitués » et que le temps nécessaire à l’éducation à la maladie a progressivement diminué. Même constat rapporté par Mathilde, infirmière de 35 ans effectuant des visites à domicile, qui indique, qu’en début d’épidémie, beaucoup des patients pensaient qu’elle « [faisait] du zèle », notamment les personnes âgées. Une part non négligeable de son temps de visite a donc été réaffecté à l’« éducation permanente et répétée des consignes de distanciation » et aux bonnes pratiques d’usage du masque et des gants.

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Article intégral en ligne : https://www.scienceshumaines.com

lundi 8 juin 2020

Confinement : à la recherche des enfants perdus de l’école

L’Éducation nationale aurait perdu le contact avec 5 à 8 % des élèves depuis le début du confinement. Dans les quartiers populaires, des adultes se démènent pour que les enfants ne décrochent pas. Enseignante, directrice, parent d’élève : La Croix L’Hebdo vous propose trois récits de combat de ces héros ordinaires. Pour que pas un élève ne manque.


Anna, une prof au bout du fil

La sonnerie du portable retentit. Tout en décrochant, Anna (les prénoms ont été modifiés) jette un coup d’œil à l’heure : minuit et demi.

« Madame ? »

La voix au bout du fil n’a pas plus de 12 ans…

« Madame, c’est Djibril. Je voulais vous demander si je pouvais vous expliquer la photosynthèse… Voir si j’avais bien compris…

- Djibril ? Tu as vu l’heure ? Tu devrais être couché, là… Je te propose qu’on prenne rendez-vous demain pour en parler. Ça te va ?

- Ah oui… Pardon Madame… À demain alors ! »

Confinement : à la recherche des enfants perdus de l’école

Heureusement qu’Anna a un bon forfait téléphonique. Depuis le début du confinement, son portable est en surchauffe. Professeure principale d’une classe de cinquième dans un collège de Seine-Saint-Denis classé REP + (réseau d’éducation prioritaire), c’est par le téléphone que le lien s’est maintenu avec ses élèves.

Le vendredi 13 mars, lendemain de l’annonce par Emmanuel Macron de la fermeture des établissements scolaires, elle n’a pas cours. Elle prend rapidement contact avec sa collègue professeure de français : « Tu laisses les élèves prendre les livres qu’ils veulent dans ma salle. » Depuis quelque temps, autant pour désengorger ses étagères que pour en faire profiter ses élèves, elle a en effet délocalisé une partie de sa bibliothèque personnelle au collège. Elle se doute bien que les médiathèques vont elles aussi bientôt fermer leurs portes, il est donc important que les enfants repartent avec des livres chez eux.

En REP +, elle a affaire à des élèves en grande difficulté sociale : des familles dans lesquelles le chômage fait des ravages, où il n’y a pas de travail, pas d’argent, où de grandes fratries se partagent de petits espaces. Persepolis, une monographie de Marc Chagall, un ouvrage sur les monstres… Les enfants emportent une petite dose d’évasion dans leur sac à dos.

Calmer l’angoisse des enfants

Dès le lundi, Anna se félicite d’avoir mis en place des groupes WhatsApp avec sa classe : il y en a un entre elles et ses élèves et un autre qui inclut les parents. En ce début de semaine, c’est déjà l’affolement. Les professeurs, pressés d’envoyer du travail, ont fait parvenir aux élèves des quantités colossales de devoirs. Avec en plus BFMTV qui tourne en boucle sur la télévision dans de nombreuses familles, l’anxiété est palpable au bout du fil. D’autant que certains ne sont pas équipés pour recevoir les devoirs envoyés par e-mail.

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Article intégral en ligne : https://www.la-croix.com

Source : La Croix, 08/05/2020.