jeudi 21 janvier 2016

Jeunes adultes : attention fragiles ! Entretien avec David Gourion

Dans son dernier livre, le psychiatre David Gourion s’inquiète de la faible prise en charge du mal-être des jeunes. Comment prévenir la souffrance psychique chez les 15-30 ans ?

Certes, la plupart des jeunes se portent bien ; un récent sondage d’OpinionWay indique que 69 % des moins de 26 ans se disent optimistes quant à leur avenir. Mais pour une part non négligeable d’entre eux existe un réel mal de vivre. La consommation d’alcool et de psychotropes s’est aggravée ces dernières années, les tentatives de suicide et l’isolement semblent en augmentation chez les adolescents, la dépression toucherait 7 % des garçons et près de 17 % des filles dans cette tranche d’âge (1). Assiste-t-on donc à une progression du mal-être chez les jeunes ? C’est ce qu’affirme David Gourion, qui tire la sonnette d’alarme.


Vous affirmez que 25 % des jeunes entre 15 et 30 ans seraient concernés par un trouble psychique. Est-ce que les jeunes d’aujourd’hui souffrent plus que ceux d’hier ?

D’un côté, certaines études suggèrent que l’autisme, les troubles bipolaires, les troubles anxieux et la dépression ont beaucoup augmenté en l’espace de trente ans chez les jeunes. De l’autre, certains pensent qu’il n’y en a pas plus, mais qu’on les diagnostique trop facilement, sous l’influence de l’industrie pharmaceutique qui chercherait à commercialiser le plus de psychotropes possible. Sans entrer dans les querelles d’experts, je pense que certains troubles sont en nette en augmentation, principalement les addictions. La consommation d’alcool et de cannabis est de plus en plus précoce et fréquente, y compris chez les filles ; les pathologies liées au stress, comme l’anxiété, la dépression et les troubles du comportement alimentaire également. Dans mon livre, je cite une étude qui reprend les résultats d’un test psychologique, le MMPI, qui a l’intérêt de pouvoir comparer différentes générations au même âge puisqu’il a été développé dans les années 1930 par l’armée américaine pour le dépistage des jeunes recrues. Or, comme ce test continue à être très largement utilisé aujourd’hui, les mêmes questions ont donc été posées à des dizaines de milliers de jeunes, évalués à 20 ans. Très clairement, les scores de dépression ont augmenté, ainsi que les scores de la psychopathie, c’est-à-dire l’absence d’empathie, l’impulsivité et un faible sens moral.

Quelles sont les raisons de ce mal-être croissant selon vous ?

Notre environnement et nos habitudes de vie ont considérablement évolué au cours des dernières décennies. On estime par exemple aujourd’hui que seuls 30 à 40 % des jeunes Occidentaux ont une activité physique régulière et suffisante. Or, on sait que l’exercice physique a des effets très bénéfiques sur la régulation du stress. Avec les aliments industrialisés, la consommation de sucres rapides et de graisses saturées a beaucoup augmenté, ce qui a un impact négatif sur la neurogenèse, c’est-à-dire la capacité qu’ont les cellules du cerveau à se renouveler. On a également beaucoup décalé nos rythmes sociaux : les jeunes adultes se couchent de plus en plus tard, si bien que leur temps de sommeil moyen s’est réduit d’une à deux heures par nuit en l’espace de vingt ans. Enfin, la pression sociale s’est renforcée avec l’augmentation drastique du chômage chez les jeunes. À cela, il faut ajouter les problèmes croissants de solitude dans les grandes villes, aggravés par les cyberaddictions dans lesquels se réfugient beaucoup de jeunes désociabilisés.

Dans votre livre, vous soutenez également que le cerveau des jeunes est particulièrement vulnérable. Pourtant, c’est aussi l’âge auquel notre esprit est le plus vif…

Il est vrai qu’entre 15 et 30 ans, on a les plus hautes performances cognitives. Mais dans le même temps, pendant cette période, le système neuronal est complètement réorganisé, justement pour gagner en performance. 30 à 40 % des cellules du cortex cérébral sont éliminées, ce qui permet d’optimiser les réseaux neuronaux. Parfois, cette destruction neuronale se fait trop vite ou va trop loin, ce qui peut être le cas lorsqu’on est soumis à un stress intense, un traumatisme ou si l’on consomme des substances toxiques en grande quantité, comme le cannabis. À ce moment-là, les performances cognitives peuvent chuter. Consommer du cannabis quotidiennement avant l’âge de 15 ans peut entraîner des dégâts irréversibles. Dans la mesure où 80 % des troubles psychiques se déclarent entre 15 et 25ans, si l’on passe le cap de la trentaine sans avoir déclenché de trouble, il y a relativement peu de risques d’en développer après. J’ai donc un message à faire passer aux jeunes : protégez votre cerveau, surtout si vous êtes un peu sensibles sur le plan émotionnel et si des membres de votre famille ont souffert de troubles psychiques.

Vous déplorez le manque d’informations sur les troubles psychiques en France. D’après vous, 75 % des jeunes en souffrance ne reçoivent aucune aide. Comment y remédier ?

Les problématiques de la souffrance psychique restent encore aujourd’hui un peu taboues en France. Au fil des quarante dernières années, on a réussi à baisser drastiquement le nombre de morts sur les routes. Dans le même temps, le taux de suicides a augmenté de 25 %. C’est aujourd’hui la première cause de mortalité des 15-30 ans. Or, le budget consacré à la prévention du suicide en France ne représente que 1 % de celui dépensé pour lutter contre la mortalité routière. Il faut que l’on se réveille ! En Australie, les psys vont à la rencontre des jeunes dans leurs lieux de vie, par exemple des cafés dédiés, pour faire de la prévention. L’idée, c’est de ne pas arriver après la bataille, une fois que la souffrance psychique est déjà bien installée. L’intervention précoce porte ses fruits. Plus on attend, plus les petits symptômes risquent de devenir de grandes souffrances.

Vous dites qu’il suffit de trois questions simples pour détecter un risque de dépression.

Les gens ont souvent l’impression qu’il est très compliqué de parler de la souffrance psychique. Je propose d’aborder les choses très simplement par trois questions que tout un chacun peut poser à un ami, un collègue ou son enfant qui va mal. On peut ouvrir le dialogue simplement avec une phrase comme : « J’ai eu l’impression que tu étais plus fatigué(e) ou triste que d’habitude… » Cette question permet d’ouvrir une première fenêtre de parole. Ensuite, on peut devenir plus précis, en demandant par exemple : « Est-ce que tu arrives quand même à t’en sortir, à travailler, à faire les choses que tu aimes bien d’habitude, à t’amuser et à voir tes amis ? » Cette deuxième question permet d’évaluer l’impact du mal-être. Une souffrance que l’on arrive à gérer est de l’ordre d’une déprime passagère, une souffrance dépressive avérée envahit tout et empêche de fonctionner normalement dans la vie. Si le mal-être semble profond, il ne faut surtout pas hésiter à poser la question cruciale qui permet de s’assurer qu’il n’y a pas de risque de passage à l’acte : « Est-ce que tu souffres au point d’avoir envisagé de mourir ? » Cette question va déterminer la dimension d’urgence et d’intensité du mal-être. Lorsque les jeunes ont réellement des pensées suicidaires, leur poser la question les soulage, car ils ont l’impression qu’enfin, quelqu’un comprend leur souffrance. Dans ce cas, il est important de leur renvoyer que ce type de questionnements récurrents n’est jamais anodin et de leur conseiller de consulter rapidement un spécialiste.
David Gourion

Psychiatre, ancien chef de clinique à Sainte-Anne, il vient de publier La Fragilité psychique des jeunes adultes. 15-30 ans : prévenir, aider, accompagner, Odile Jacob, 2015.

Sciences Humaines;fr
Propos recueillis par Marc Olano
Mis à jour le 06/01/2016

vendredi 15 janvier 2016

Les facteurs de défiance envers les vaccins

Les pénuries qui frappent certains vaccins depuis plus d’un an et les soupçons qui pèsent sur certaines substances présentes dans les vaccins entretiennent la défiance d’une partie de la population. Cette situation a conduit la ministre de la santé, Marisol Touraine, à présenter, mardi 12 janvier, une batterie de mesures pour tenter de rétablir cette confiance écornée.

 

Pénuries

 

Les ruptures de stocks qui touchent plusieurs vaccins depuis plus d’un an brouillent le message du gouvernement et sèment le doute chez certains parents. Elles concernent principalement les vaccins tétravalents qui sont utilisés en rappel contre la poliomyélite, le tétanos et la diphtérie – obligatoires – mais aussi contre la coqueluche. Les deux produits commercialisés, Infanrix Tetra et Tetravac, ne sont distribués qu’au compte-goutte et « le retour à la normale n’est pas prévu avant la fin de l’année 2016 », indique l’Agence de sécurité du médicament (ANSM). Actuellement, pour la vaccination des nourrissons, le vaccin recommandé par les autorités est le vaccin hexavalent (qui protège en plus contre l’hépatite B), qui est distribué normalement. Les familles qui ne souhaitent pas protéger leur bébé contre cette maladie ont en revanche plus de mal à trouver un vaccin pentavalent.
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La situation est d’autant plus confuse qu’en 2008, l’ANSM a suspendu la commercialisation du vaccin trivalent (qui comprend les seuls trois vaccins obligatoires) en raison d’une hausse des allergies. Une décision mal comprise par certaines familles, qui se sentent contraintes à utiliser des vaccins plus complexes – immunisant notamment contre l’hépatite B et contenant de l’aluminium dont elles se méfient.
La pénurie est liée à la fois à une hausse rapide de la demande mondiale et à des difficultés de production chez les deux seuls fabricants, le britannique GSK et le français Sanofi-Pasteur. « Mettre en place des stocks pour certains vaccins [...] permettrait de faire face à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement », suggère la député PS Sandrine Hurel dans le rapport. Marisol Touraine s’est engagé à réunir les industriels avant la fin du mois et compte les obliger à mettre en place des plans de gestion des pénuries.

Adjuvants

 

Utilisés pour augmenter l’amplitude et la durabilité de la réponse vaccinale, les adjuvants sont notamment accusés de causer des maladies auto-immunes. Le professeur Romain Gherardi (hôpital Henri-Mondor, AP-HP) fait ainsi le lien entre la myofasciite à macrophages ou MFM – une pathologie associant douleurs musculaires et fatigue, qu’il a décrite en 1998 – l’hydroxyde d’aluminium. Cet adjuvant disponible depuis près d’un siècle est présent dans environ la moitié des vaccins vendus en France.
« Les données scientifiques disponibles à ce jour ne permettent pas de remettre en cause la sécurité des vaccins contenant de l’aluminium, au regard de leur balance bénéfices/risques » estime un rapport du Haut comité de santé publique de 2013. Une position rassurante qui peine à convaincre. « La perception du risque lié aux adjuvants nécessite probablement une autre organisation permettant un positionnement qui soit plus lisible pour les patients comme pour les médecins prescripteurs » propose Sandrine Hurel. Pour éclaircir la question de la MFM et de l’aluminium, l’ANSM participe au financement d’une étude menée par Romain Gherardi et l’Inserm. Le rapport final est attendu à l’été 2017.

Effets secondaires

 

Au delà des adjuvants, des effets secondaires de différents vaccins sont régulièrement pointés du doigt, parfois à tort, contribuant à alimenter la défiance. Le suivi de ces produits de santé est pourtant bien organisé, et la plupart font l’objet d’une procédure de surveillance spécifique dans un cadre européen ou national. Mais là encore, la communication n’est pas optimale. « Une information directe pour les professionnels de santé concernant notamment les effets indésirables des vaccins apparaît nécessaire », écrit Sandrine Hurel.

Chloé Hecketsweiler et Sandrine Cabut, Le Monde, 12/01/2016.

Phenix : du réemploi à l’emploi

Avec l’arrivée du numérique et des nouvelles technologies, les entrepreneurs inventent de nouveaux modèles économiques qui modifient en profondeur nos modes de production, le marché de l’emploi et notre façon de travailler. Dans cette rubrique, Nicolas Hazard analyse les grandes tendances de ces entreprises qui changent l’économie et fait chaque mois le portrait d’une start-up qui illustre la manière dont notre société se transforme.



Un bénévole du Secours Catholique (G) distribue des colis de nourriture de la Banque Alimentaire, le 4 décembre 2009 à Saint-Eloy-les-Mines.
Un bénévole du Secours Catholique (G) distribue des 
colis de nourriture de la Banque Alimentaire, le 4 décembre 2009 
à Saint-Eloy-les-Mines. THIERRY ZOCCOLAN / AFP
 
Comment transformer un énorme gâchis en activité créatrice d’emplois ? En France, le gaspillage alimentaire atteint 7,1 milliards de tonnes par an. Dans les commerces et la distribution, les progrès constants de la logistique n’ont pas permis à ce jour d’éviter le fléau que constitue les invendus. Ces produits mort-nés, qui n’ont pas trouvé preneur parce que trop proches de leur date de péremption, ou parce que mal emballés, abîmés, passés de mode, ou encore en fin de série et qui, malgré leur qualités intactes, finissent leur vie à la poubelle. Qui n’a pas croisé un jour le spectacle affligeant de ces gigantesques containers dans lequel son supermarché préféré jette en quantité des produits alimentaires parfaitement consommables, des jouets qui feraient le bonheur des enfants, des produits d’hygiènes utilisables par leurs parents ?
Une autre façon de travailler : Koom : le site communautaire qui repense l’engagement citoyen
Un gâchis épouvantable qui a révolté Jean Moreau et Baptiste Corval, cofondateurs de la start-up Phenix, une entreprise de la nouvelle économie qui accompagne les entreprises qui rencontrent des problèmes d’invendus en les connectant via une plateforme Web avec des associations qui savent les utiliser à bon escient.
Le principe est simple : Phenix s’approvisionne majoritairement auprès de la grande distribution (hypermarchés, supermarchés…), des industriels (la SNCF) et des organisateurs d’événements comme les festivals. Leurs invendus sont ensuite redistribués aux entreprises et associations de l’économie sociale et solidaire qui en font bénéficier les plus démunis.

2 000 tonnes d’invendus « monétisées »

 

Le potentiel des invendus est vaste. Le travail de Phenix a permis aux acteurs de l’économie sociale et solidaire de distribuer 2,5 millions de repas à partir de produits alimentaires destinés à la poubelle, ou à ceux de l’économie circulaire de les recycler de manière intelligente : transformation des déchets organiques en compost, réutilisation des matériaux.
Un intermédiaire donc, dont le modèle économique repose sur le fait qu’il récupère une partie de la défiscalisation liée au don perçue par le distributeur – qui évite par ailleurs les coûts d’élimination des déchets (de 120 à 150 euros la tonne). Depuis 2014, l’entreprise a rendu utilisables, « monétiser » pourrait-on dire, 2 000 tonnes d’invendus.
Phenix est une preuve éclatante du potentiel de création d’emploi de l’économie circulaire : nos deux compères comptent aujourd’hui plus d’une vingtaine de collaborateurs et projettent de créer une cinquantaine d’emplois d’ici à 2020.
Rien d’étonnant lorsque l’on sait que l’institut de l’économie circulaire estime le potentiel de création d’emploi en France entre 335 000 et 657 000 d’ici à 2030, en fonction de notre degré d’engagement collectif dans la transition énergétique.
Recyclage, réemploi, réutilisation, mais aussi approvisionnement en énergies renouvelables et écologie industrielle constituent des secteurs d’activités à forts potentiels de croissance et d’embauche pour les années à venir. Des emplois en nombre, par nature non délocalisables car basés sur une économie de la proximité, et s’adressant à un large éventail de niveaux de qualification.

Nicolas Hazard (Président du comptoir de l'innovation), LE MONDE, 15.01.2016.

Pénurie de vaccins : les industriels s’opposent à d’éventuelles sanctions financières

Les industriels du médicament ne veulent pas entendre parler de sanctions financières pour régler la question de la pénurie de vaccins, hypothèse évoquée, la veille, par la ministre de la santé, Marisol Touraine. « Ce n’est pas en sanctionnant les industriels que l’on va résoudre le problème des ruptures d’approvisionnement de vaccins, mais en clarifiant l’offre et la demande en France », a estimé, mercredi 13 janvier, Patrick Errard, le président du LEEM, l’organisation représentant les entreprises françaises du médicament.

 

Marisol Touraine a promis de réunir les industriels avant la fin du mois, attendant d’eux des « propositions concrètes pour qu’il y ait assez de vaccins disponibles dans les pharmacies tout au long de l’année ». « Ils devront prévoir la constitution de stocks réservés au territoire national, la mise en place de chaînes alternatives de fabrication des vaccins et l’identification de différentes sources d’approvisionnement en matières premières. Si ces obligations ne sont pas respectées, des sanctions pourront être prononcées », a-t-elle expliqué mardi.
« Il y a rupture d’approvisionnement quand il n’y a pas de lisibilité » de la demande, a rétorqué M. Errard. Or, a-t-il ajouté, la politique vaccinale française est « tantôt sur un pied droit, tantôt sur un pied gauche », avec la coexistence de vaccins obligatoires et recommandés, contrairement à la plupart des autres pays.

Les ruptures de stocks de médicaments sont liées à la fois à une hausse rapide de la demande mondiale et à des difficultés de productions.
Les ruptures de stocks de médicaments sont liées à la fois à une hausse rapide
 de la demande mondiale et à des difficultés de productions.
 DENIS CHARLET / AFP

Quels sont les vaccins concernés par les pénuries ?

Elles concernent principalement les vaccins tétravalents qui sont utilisés en rappel contre la poliomyélite, le tétanos et la diphtérie – obligatoires – mais aussi contre la coqueluche.
Les deux produits commercialisés, Infanrix Tetra et Tetravac, ne sont distribués qu’au compte-goutte et « le retour à la normale n’est pas prévu avant la fin de l’année 2016 », indique l’Agence de sécurité du médicament (ANSM).
En attendant, deux autres vaccins peuvent être utilisés : Boostrix et Repevax, que de nombreux pays européens utilisent déjà pour les rappels.
Actuellement, pour la vaccination des nourrissons, le vaccin recommandé par les autorités est le vaccin hexavalent (qui protège en plus contre l’hépatite B), qui est distribué normalement. Les familles qui ne souhaitent pas protéger leur bébé contre cette maladie ont en revanche plus de mal à trouver un vaccin pentavalent.
La situation est d’autant plus confuse qu’en 2008, l’ANSM a suspendu la commercialisation du vaccin trivalent (qui comprend les seuls trois vaccins obligatoires) en raison d’une hausse des allergies.
Une décision mal comprise par certaines familles, qui se sentent contraintes à utiliser des vaccins plus complexes – immunisant notamment contre l’hépatite B et contenant de l’aluminium dont elles se méfient.


Qu’est-ce qui explique ces manques de stocks ?

Elle est liée à la fois à une hausse rapide de la demande mondiale et à des difficultés de productions. « La souche utilisée pour fabriquer nos vaccins anti-coquelucheux a eu un rendement moindre que prévu et nous avons par ailleurs été pris de cours par la modification du calendrier vaccinal de plusieurs pays », explique le docteur Telma Lery, directrice médicale vaccins de GSK en France.
« Rien qu’en Europe, six rappels supplémentaires ont été ajoutés au cours des cinq dernières années. En France, par exemple, les autorités ont décidé, en 2013, d’ajouter un rappel à 6 ans et un autre à 25 ans pour la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite », précise Mme Lery.

A quelle échéance la pénurie pourrait-elle être endiguée ?

Faute de concertation entre les Etats, d’anticipation et de discussion très en amont avec les industriels, les ruptures de stocks se sont multipliées aux quatre coins de la planète. Et il faudra du temps pour que la crise soit résolue.
« Nous avons investi pour augmenter notre capacité production, mais cela ne se voit pas encore compte tenu de la longueur des cycles de fabrication », indique Alain Bernal, porte-parole de Sanofi-Pasteur.
La fabrication d’un vaccin peut prendre jusqu’à deux ans, et il faut près de dix ans pour sortir une nouvelle usine de terre.

Quelles sont les solutions envisagées ?

La constitution de stocks, évoquée par Marisol Touraine, est aussi l’option suggérée par l’ancienne députée PS de la Seine-et-Marne Sandrine Hurel, chargée en mars 2015 d’une mission par le premier ministre, et qui vient de rendre un volumineux rapport avec 20 recommandations. « Mettre en place des stocks pour certains vaccins […] permettrait de faire face à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement », a-t-elle expliqué, ajoutant que, pour mieux anticiper les difficultés, il fallait instituer un échange régulier avec les producteurs de vaccins, et mettre en place de garde-fous.
« Le CEPS [Comité économique des produits de santé] pourrait contribuer à l’anticipation des ruptures de stocks en prévoyant, lors des négociations sur les prix une clause relative à un volume minimal de doses à fournir, en deçà duquel le laboratoire devrait s’acquitter d’une indemnité compensatoire », a-t-elle également indiqué.

Chloé Hecketsweiler, Le Monde, 13/01/2016.

La perpétuité réelle existe-t-elle en France ?

Patrick Henry, qui avait été condamné, en 1977, à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’un enfant de 7 ans, a obtenu, jeudi 7 janvier, du tribunal d’application des peines une libération conditionnelle, qui a aussitôt été suspendue après que le parquet a fait appel de cette décision.

Si Patrick Henry est potentiellement libérable – sa libération sera examinée prochainement devant la Chambre de l’application des peines – c’est que sa condamnation à perpétuité n’est pas une peine de prison à vie : elle n’est pas assortie d’une période de sûreté illimitée. Ce qui n’est pas le cas pour Pierre Bodein, Michel Fourniret et Nicolas Blondiau, les trois seuls détenus français vraiment condamnés « à perpète ».

A l'intérieur de la prison des Baumettes, en mars 2013, à Marseille.
A l'intérieur de la prison des Baumettes, en mars 2013, à Marseille.
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Qu’est-ce que la perpétuité réelle ?

« Prendre perpète », l’expression est entrée dans le langage commun pour qualifier une peine de prison à vie. Enlevée du code pénal en juin 1791 par l’Assemblée constituante (« Nous devons, Messieurs, dire que les peines ne seront pas perpétuelles », avait lancé Pierre-Louis Prieur, député du tiers état), la prison à perpétuité a été rétablie dès 1810 dans le code mis en place par Napoléon Bonaparte. Mais le code pénal prévoit dans ce cas la possibilité d’un aménagement de peine ou d’une libération conditionnelle.
Les condamnations à la perpétuité dite « réelle » ou « incompressible » sont extrêmement rares. Il s’agit d’une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité doublée d’une période de sûreté illimitée, empêchant tout aménagement de peine. C’est la sanction pénale la plus importante de notre droit. Elle est prévue depuis 1994.
« Le condamné ne peut bénéficier, pendant une période de sûreté, des dispositions concernant la suspension ou le fractionnement de la peine, le placement à l’extérieur, les permissions de sortir, la semi-liberté et la libération conditionnelle », prévoit l’article 132-23 du code pénal. Et ce sont les articles 221-3 et 221-4 du même code qui disposent que cette période de sûreté peut être incompressible.

Ismaël Halissat, Le Monde, 12/01/2016.


DOC HEBDO N°66 - du 14 au 20 janvier 2016

Retrouvez et téléchargez le bulletin numérique de revue de presse DOC HEBDO N°66 du DPFI de Lormont qui présente l'actualité dans les domaines de la santé, de société, du social, de l'emploi, de l'éducation, de l'emploi et de l'économie du 14 au 20 janvier 2016 via ce lien :
 Doc Hebdo N°66 14 au 20 janv 2016 DPFI Lormont GRETA Nord Aquitaine

Retrouvez les anciens numéros du Doc Hebdo sur cette page : http://actu33.blogspot.fr/p/doc-hebdo-du-dpfi.html

 

dimanche 10 janvier 2016

Plus d’humain et de culture dès le plus jeune âge

Cela fait cent cinquante ans que les sciences du vivant s’intéressent à la question du développement. Des milliers d’études réalisées, une seule certitude a pu être conquise : pour bien grandir, l’enfant a besoin d’humain et de culture. Comme l’ont montré les premiers travaux des psychanalystes René Spitz ou John Bowlby, nourrir le corps ne suffit pas. Pour se développer, petit homme a besoin qu’on stimule sa psyché. Dès la naissance, il a besoin qu’on l’aime, qu’on lui parle, qu’on le regarde, qu’on le rassure, qu’on joue avec lui. Il a besoin de parents, d’enseignants, de présences tutélaires. Il a besoin d’autres enfants.


A l’aune de ce consensus, deux désastres s’annoncent. Le premier concerne la substitution progressive à la présence humaine d’un incroyable fatras de prothèses numériques. Une tablette pour anesthésier les explorations d’un bébé trop vivant, une télé pour abolir les sollicitations envahissantes d’un enfant chronophage, un smartphone pour asservir l’agitation créative d’un galopin fertilisé d’ennui, un ordinateur pour ébaudir l’écolier réfractaire, etc. ; et, bien sûr, pour justifier le tout, une armée d’experts complaisants, aussi agiles à protéger leur progéniture de cette folie qu’à s’assurer une confortable ­notoriété en vantant partout le génie de ces formidables outils.
Comment peut-on sans honte proférer de telles impostures ? Comment peut-on laisser croire qu’un écran pourra jamais approcher la puissance onto­génétique d’un parent attentif, d’un enseignant compétent ou d’un copain de jeu ? Comment peut-on imaginer que l’impact profondément négatif de tous ces gadgets sur le volume et la qualité des relations interpersonnelles précoces n’affectera pas le développement émotionnel, social et cognitif de l’enfant ? Comment peut-on suggérer qu’une promenade virtuelle sur tableau blanc interactif pourra un jour se substituer, même de loin, à la visite charnelle d’une œuvre d’art ou d’un site historique ?
CC0 Public Domain
 Michel Desmurget, directeur de recherche en neurosciences (Inserm-CNRS). Joël Jouanneau, auteur et metteur en scène de théâtre. Anne-Laure Rouxel, chorégraphe.
Le Monde, 05/01/2016. 


Emploi, école : les réussites et les blocages de l’intégration en France

Du premier pied posé en France par un immigré à l’installation dans la vie adulte de ses enfants s’écrit une histoire d’intégration. Pour comprendre ce processus, qui transforme en Français un nouveau venu et sa descendance, mais aussi pour en repérer les blocages, une équipe de 22 chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ont scruté les vies de 8 300 immigrés issus de sept vagues d’entrées successives. Ils les ont comparées à celles de 8 200 de leurs descendants et à des Français sans ascendance étrangère.


Près d'un tiers de la population est issue d'une migration 
 
Les 600 pages d’analyses, intitulées « Trajectoires et origines », rendues publiques vendredi 8 janvier, se lisent comme le roman scientifique de la construction de la France contemporaine. Il raconte une société qui, en dépit de ses doutes, sait intégrer. Face aux hésitations sur notre capacité à recevoir les réfugiés de Syrie ou d’ailleurs, la science apporte donc sa pierre. Elle réfute le repli communautaire de la deuxième génération, qui n’apparaît pas dans les résultats de cette vaste enquête réalisée en 2008-2009. Celle-ci confirme toutefois un phénomène de ghettoïsation des fils d’immigrés venus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie. Il y perce d’ailleurs plutôt l’idée que, malgré les difficultés, l’« attachement à la France est fort », comme le rappelle le sociodémographe Patrick Simon, un des trois coordonnateurs des travaux.

Ces travaux, qui auront duré pas loin de dix ans, présentent une intégration « asymétrique ». Certes, les enfants d’immigrés obtiennent des diplômes, trouvent des conjoints et des amis sans ascendance migratoire, ont souvent mis entre parenthèses la langue de leurs parents… Pourtant, ils restent plus longtemps victimes du chômage que la population majoritaire et se sentent discriminés. « L’intégration socio-économique est difficile pour eux, alors que leur intégration sociale est en marche », résume Cris Beauchemin, le deuxième coordonnateur du projet.

Langues parlées

 Maryline Baumard, Le Monde, 8/01/2016.

DOC HEBDO N°65 - du 7 au 13 janvier 2016

Retrouvez et téléchargez le bulletin numérique de revue de presse DOC HEBDO N°65 du DPFI de Lormont qui présente l'actualité du 7 au 13 janvier 2016 via ce lien : https://drive.google.com/file/d/0B8K6AGV2iEkDX3hTY21feUFyR28/view?usp=sharing

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lundi 4 janvier 2016

DOC HEBDO N°64 - du 31 décembre 2015 au 6 janvier 2016

Retrouvez et téléchargez le bulletin numérique de revue de presse DOC HEBDO N°64 du DPFI de Lormont qui présente l'actualité du 30 décembre 2015 au 6 janvier 2016 via ce lien : https://drive.google.com/file/d/0B8K6AGV2iEkDNnRZdjdndHZfbzg/view?usp=sharing

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