jeudi 1 juin 2017
La newsletter du mois de juin 2017 du GRETA Nord Aquitaine vient de paraître.
Pour la télécharger, cliquez via ce lien : Quoi de neuf_Newsletter GRETA Nord Aquitaine_Juin_2017
mercredi 31 mai 2017
Dix graphiques qui illustrent les inégalités en France
Le deuxième rapport de l’Observatoire des inégalités souligne les écarts persistants de situation dans de nombreux domaines.
Dans l’ambitieuse devise de la France
« liberté, égalité, fraternité », le deuxième point tient davantage,
dans les faits, de l’idéal que de la réalité, tant les écarts de
situation persistent entre les citoyens. C’est ce que relève le deuxième
rapport de l’Observatoire des inégalités, publié jeudi 1er juin.
Cette association, qui rassemble depuis 2003 une trentaine d’experts et
chercheurs, s’appuie sur des statistiques diverses (Insee, ministères…)
et travaux universitaires pour dresser un état des lieux des domaines où il est « urgent d’agir » pour réduire les décalages.
Plus d’un quart des revenus pour 10 % de la population
La première des inégalités est financière et concerne les revenus. Malgré le système de redistribution (impôts et prestations sociales), les 10 % des Français les plus riches possèdent à eux seuls plus du quart des revenus, soit dix fois plus que les 10 % les plus pauvres.(...)
Article intégral en ligne sur le site internet du journal Le Monde, 30/05/2017 : http://www.lemonde.fr
mardi 30 mai 2017
Dix baromètres pour décrypter la France
Le rapport du Conseil économique, social et environnemental sur l’état du pays en 2017 s’appuie sur des indicateurs économiques différents du PIB.
Emploi : Les hommes frappés par la crise, les femmes par le sous-emploi
Sur une longue durée, la part des hommes de 25 ans à 49 ans occupant un emploi s’est érodée : 11 points de moins entre 1975 et 2014, alors que la part des femmes gagne 19 points. La plupart des pays industrialisés connaissent le même phénomène, la crise ayant frappé en priorité les métiers occupés par les hommes, notamment dans l’industrie. En France, la tendance est plus accentuée. La situation des femmes est paradoxale : si leur participation au marché du travail s’est accrue, la qualité des emplois qu’elles occupent s’est dégradée. Le sous-emploi – temps partiel subi, par exemple – concerne 6,6 % des plus de 25 ans et touche particulièrement les femmes (9,8 % contre 3,8 % pour les hommes). Enfin, bien que le nombre de contrats à durée indéterminée reste stable, les CDD très courts, ceux d’un mois ou moins, sont en forte hausse (69 % du total des CDD) et concernent, là encore, en priorité les femmes.
Recherche : L’effort public régresse ; la France toujours en retard
Les dépenses de recherche et développement (R & D) plafonnent, en proportion, au même niveau depuis près de vingt-cinq ans : 2,3 % du PIB en 1990, et toujours 2,3 % en 2014. Très loin derrière le Japon et la Corée du Sud. L’effort public a même régressé, malgré une hausse des effectifs R & D de 1,5 %. La faiblesse des recrutements a également entraîné une aggravation de la précarité des chercheurs : à lui seul, le CNRS emploie 13 000 contractuels en situation de précarité. La France n’est pas à la hauteur de l’engagement européen de 3 % du PIB, pourtant prévu par le traité de Lisbonne. Dans le privé, la situation n’est pas meilleure et les effectifs ont même diminué de 0,8 % en 2014 par rapport à 2013.
Les dépenses de recherche et développement (R & D) plafonnent, en proportion, au même niveau depuis près de vingt-cinq ans : 2,3 % du PIB en 1990, et toujours 2,3 % en 2014. Très loin derrière le Japon et la Corée du Sud. L’effort public a même régressé, malgré une hausse des effectifs R & D de 1,5 %. La faiblesse des recrutements a également entraîné une aggravation de la précarité des chercheurs : à lui seul, le CNRS emploie 13 000 contractuels en situation de précarité. La France n’est pas à la hauteur de l’engagement européen de 3 % du PIB, pourtant prévu par le traité de Lisbonne. Dans le privé, la situation n’est pas meilleure et les effectifs ont même diminué de 0,8 % en 2014 par rapport à 2013.
(...)
Article intégral en ligne : http://www.lemonde.fr
LE MONDE
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Par Jean-Pierre Gonguet
lundi 29 mai 2017
L’investissement social peut-il redessiner un projet de société ?
Pour Julien Damon, l’investissement social permet d’affirmer que la dépense sociale a un rendement. Nathalie Morel estime que la protection sociale y acquiert une dimension plus préventive. Les deux chercheurs y voient la possibilité de choix stratégiques politiques.
Quel intérêt présente une stratégie d’investissement social ?
Julien Damon : L’idée d’investissement social consiste à dire qu’à toute charge est rattaché un produit ! À un ensemble de cotisations est attaché un ensemble de prestations. C’est un raisonnement comptable basique qu’il est judicieux de rappeler pour aller à l’encontre de fausses représentations sur la protection sociale et ses coûts.En effet, quand on entend parler à longueur de temps de la lourdeur des charges et quand on entend rituellement répéter « ce ne sont pas des charges, ce sont des cotisations », l’idée d’investissement social permet de remettre les pendules à l’heure.
Plus stratégiquement, élaborer et soutenir une stratégie d’investissement social c’est non seulement rappeler, en termes bassement comptables, qu’à toute charge est rattaché un produit, mais c’est surtout raisonner en termes économiques. Il y a un rendement de la dépense sociale.
Dépenser aujourd’hui c’est limiter des coûts demain. Au fond, raisonner et agir en termes d’investissement social, c’est souligner que la dépense sociale a une rentabilité.
La stratégie d’investissement vise à répondre à ces nouveaux risques en modifiant leur logique d’action : à la fonction traditionnellement compensatrice doit s’ajouter une dimension plus préventive. Il ne s’agit pas d’intervenir seulement en aval, lorsque le risque est avéré, mais plutôt de prévenir en investissant dans le capital humain tout au long du cycle de vie et en offrant un accompagnement continu pour faciliter et sécuriser les transitions, tant dans les parcours biographiques que professionnels.
Dans un contexte de polarisation croissante des sociétés, en termes d’inégalités de revenus mais aussi en termes d’investissement dans le capital humain des enfants, cette stratégie permet en outre de réduire la transmission intergénérationnelle de ces inégalités, en donnant les mêmes chances à tous les enfants dès le plus jeune âge. Il s’agit ainsi de soutenir et « d’équiper » les individus, en investissant de façon précoce et continue dans l’éducation dès le plus jeune âge, dans la formation tout au long de la vie et dans la santé, de façon à renforcer les capacités de chacun dans une économie en constante mutation.
DRNathalie
Morel, est politiste, docteure en sociologie de l’université Paris I.
Elle codirige l’axe « Politiques sociofiscales » au LIEPP et est membre
élue du bureau du Réseau de l’Association française de sociologie :
protection sociale, politiques sociales et solidarités (RT6).
Quelles sont ses limites ?
JD : Les stratégies et communications autour de l’investissement social présentent deux limites. La première relève de la méthode. Il faut savoir comment mesurer le rendement des dépenses sociales. Les banquiers et les services financiers savent calculer le ROI (return on investment).Les experts et opérateurs des politiques sociales sont appelés à s’accorder afin de calculer, de façon robuste et de manière aussi simple que possible, le SROI (social return on investment). À cet effet, il faut de la méthodologie à la fois rigoureuse, pour être sérieuse et opposable, et lisible, pour ne pas verser dans l’économétrie incompréhensible. En un mot, il faut des outils.
La deuxième limite procède des choix à faire. Tout, dans les dépenses sociales, n’est pas investissement… Comme la rhétorique est à la mode, tout le monde se prévaut de l’expression. La difficulté est de bien centrer et choisir les dépenses qui s’inscrivent vraiment dans cette logique, les dépenses en faveur des enfants, celles en faveur de la prévention et de la formation.
À défaut, le terme « investissement social » sera donné à toute activité de manière à la consolider et la légitimer en lui donnant un lustre ripoliné.
NM : L’accent qui est mis sur le potentiel productif des politiques d’investissement social peut s’avérer à double tranchant : si cela représente un argument persuasif en faveur de l’intervention sociale, les gouvernements, soucieux de faire des économies, peuvent s’en servir pour couper dans les dépenses sociales « non productives » ou « passives » (indemnisation chômage, retraites…) au profit des dépenses « actives », quand bien même il existe une complémentarité institutionnelle importante entre les deux.
L’enjeu réside notamment dans l’identification des complémentarités institutionnelles tout au long du cycle de vie permettant un redéploiement efficace des politiques sociales.
Comment financer des politiques d’investissement social ?
JD : La question de la capacité à financer spécifiquement des politiques d’investissement social est secondaire derrière ce qui est essentiel : faire des choix sur des priorités et donc sur des instruments. De fait, faire de l’investissement social une véritable stratégie c’est faire des efforts après avoir fait des choix.(...)
Article intégral à retrouver en ligne dans le dossier Protection sociale : l’action sociale réduite à un marché ? de la revue Gazette Santé Social : http://www.gazette-sante-social.fr
dimanche 28 mai 2017
A quoi sert l’Organisation mondiale de la santé ?
Généralement, on entend parler de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans deux cas de figure : lorsque les journalistes donnent des informations sur la santé dans le monde et lorsque l’organisation onusienne se choisit un nouveau chef. C’était le cas, mardi 23 mai : l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a été élu directeur général de l’OMS. Il remplace la Chinoise Margaret Chan et devient ainsi le premier ressortissant du continent africain à prendre la tête de cette agence. Mais à quoi sert-elle ? Explication en trois minutes.
Le Monde, 24/05/2017.
samedi 27 mai 2017
Droit de la robotique : « le robot demeure juridiquement un objet qui n’est pas responsable de ses actes »
Les robots et l’intelligence artificielle font beaucoup parler d’eux sur les questions de l’emploi, les services et la fiscalité. Mais qu’en est-il du point de vue du droit et quel est leur statut ?
Entretien avec Rodolphe Gelin, directeur de la Recherche chez Softbank Robotics mère de NAO, Pepper et Roméo sur les robots et le droit. Pour lui et le directeur juridique Olivier Guilhem le robot demeure un objet sous la responsabilité et au service des Humains.
Le robot est-il une personne électronique ?
Rodolphe Gelin et Olivier Guilhem : « Non, la personne ou personnalité robotique ou électronique n’existe pas à ce jour. Le robot est juridiquement un bien au même titre qu’un super ordinateur ou une voiture (autonome ou non). Un robot est un objet dont les mouvements sont régis par un programme informatique qui prend en compte des informations capteurs. Il est de la même nature qu’une voiture qui se gare toute seule. »A quelle réglementation est-il soumis notamment en matière de responsabilité ?
« Aujourd’hui, il n’y a aucune réglementation spécifique pour les robots que Softbank Robotics fabrique. Cela ne signifie aucunement qu’un vide juridique existe.Comme tous les autres objets manufacturés, ils sont, par exemple, soumis à la responsabilité des produits défectueux - articles 1245 et suivants du code civil
Il convient toutefois de se questionner pour savoir si la législation applicable peut être améliorée ou si au regard des spécificités de la robotique, des aménagements sont souhaitables.
A titre d’exemple, les drones, qui pourraient aussi être qualifiés de robot, font aujourd’hui l’objet d’une règlementation spécifique
En cas de problème, d’incident, d’accident qui est responsable : le fabricant, le concepteur, l’utilisateur, le propriétaire, le robot ?
« Cela dépend bien sûr de l’incident. Comme lors d’un accident de voiture, le responsable peut être le conducteur de la voiture, qui a commis un écart de conduite, le garagiste en charge de l’entretien et/ou le fabricant de la voiture.De même pour le robot, cela dépendra de ce qui s’est passé. Il conviendra certainement de prendre en considération le développeur de l’application (logiciel) qui pourrait être à l’origine de l’action dommageable du robot mais aussi l’utilisateur qui a pu par ses instructions et l’apprentissage donné au robot concourir au dommage.
Sur le fond, en aucun cas le robot ne pourra être tenu responsable de l’incident car tous ses actes ont une origine humaine. Même doué, à terme, d’une certaine autonomie, celle-ci n’est jamais que la résultante d’une volonté humaine.
Le robot n’a pas de libre arbitre. »
Si on observe les trois lois de la robotique d'Asimov quelles garanties de protections des humains contre les atteintes causées par les robots ?
« Les deuxième et troisième lois d’Asimov sont aujourd’hui « implémentées » sur nos robots : le robot obéit aux ordres de l’humain et il protège son intégrité tant que cela ne contrevient pas à la loi précédente.En revanche la première loi, qui dit que le robot ne doit pas blesser un être humain, est très difficile à appliquer en raison de la complexité, pour le robot (comme pour les humains parfois) d’évaluer tous les paramètres permettant d’évaluer les conséquences d’une action entreprise.
C’est particulièrement vrai quand on prend en compte que le dommage peut être d’ordre psychologique, moral voir sociétal. Il nous sera donc difficile, voire impossible, à nous fabricants de robots, d’implanter cette première loi sur nos robots, d’autant plus que, comme nous l’avons vu plus haut, d’autres personnes peuvent implanter des programmes sur les robots.
Cela dit, les robots de Softbank Robotics sont dotés de fonctions de base qui veillent à éviter les collisions avec les personnes et avec l’environnement.
Nous travaillons sur le contrôle des efforts pour qu’un robot n’applique pas, sans le vouloir, des efforts importants. Cela permettra par exemple d’éviter que le robot pince un doigt coincé dans une articulation.
Cependant ce contrôle dépend de la finalité du geste : quand une personne âgée s’appuie sur le robot pour se lever, le robot doit fournir un effort important dans son bras alors qu’il est au contact d’un être humain. C’est cette compréhension de la finalité d’une action qui rend la tâche difficile pour le robot. »
(...)
Article intégral en ligne : http://www.humanite.fr
L'Humanité, Daniel Roucous, 18/05/2017.
jeudi 25 mai 2017
Santé des Français : des inégalités sociales encore très marquées
La Direction de la recherche, des études, de
l’évaluation et des statistiques (DREES) et Santé Publique France ont
publié le rapport 2017 sur l’état de santé de la population en France
. Cette étude permet de décrire les évolutions de l’état de santé général de la population. Infirmiers.com fait le point.
![]() |
| Ce sont souvent les populations les moins favorisées (faible revenu, peu diplômées), qui cumulent les expositions aux différents facteurs de risque pour la santé. |
Les Français sont globalement en bonne santé par rapport aux pays de niveau de richesse similaire, et à plus forte raison en regard de la population mondiale.Voici ce qui ressort de la dernière étude publiée par la DREES et Santé Publique France sur l’état de santé général de la population de l’hexagone. Ce bilan est appuyé par des chiffres. L’espérance de vie des Français atteint 85 ans chez les femmes et près de 79 ans chez les hommes, des scores
élevés qui se situent dans la moyenne européenne, souligne l’étude. De même, le rapport 2017 révèle que
la mortalité continue à diminuer pour toutes les classes d’âgesaussi bien pour les hommes que pour les femmes. Côté bonnes nouvelles toujours, la mortalité prématurée continue de baisser (et ce depuis 15 ans), tout comme la mortalité
évitable liée aux comportements à risque(notamment chez les hommes). Ce recul s’explique surtout par
une réduction du tabagisme, de la consommation d’alcool, de la conduite routière dangereuse...)
Près d’un décès sur cinq est prématuré (avant 65 ans) et la mortalité prématurée est deux fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes.
Les décès prématurés restent toutefois importants
Le bilan est pourtant plus contrasté qu’il n’y paraît si l’on regarde les chiffres un peu plus dans le détail. Malgré une baisse globale de la mortalité prématurée observée, elle reste trop importante.
Près d’un décès sur cinq est prématuré (décès avant 65 ans), relève ainsi le rapport et elle touche
surtout les hommes, deux fois plus que les femmes. Quant à la mortalité dite
évitablepar la réduction des comportements à risques,
elle représente 30% de la mortalité prématurée, mais elle est aussi
trois fois supérieure chez les hommes comparée aux femmes.Même chose du côté du tableau des maladies chroniques :
la morbidité par maladies chroniques ne régresse pas et celles-ci touchent plus de personnes qu’auparavant, notamment du fait du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie
Cancers et maladies cardio-vasculaires : les deux premières causes de décès.
Sur les 567 000 décès observés en France métropolitaine en 2013, les cancers et les maladies cardio-vasculaires constituent les causes les plus fréquentes (respectivement 27,6 et 25,1 %), suivies par les maladies de l’appareil respiratoire (autres que les cancers), qui représentent un décès sur quinze, et les morts violentes (suicides, accidents…) qui représentent également un décès sur quinze. Ces quatre groupes de maladies rassemblent près de deux tiers des décès. La répartition de la mortalité liée à ces groupes de pathologies évolue peu d’une année sur l’autre mais de manière relativement régulière. Les cancers sont progressivement devenus la première cause de mortalité depuis 2004, devant les maladies cardio-vasculaires, pour l’ensemble de la population. Les maladies cardio-vasculaires restent cependant la première cause de mortalité chez les femmes, devant les cancers, à l’inverse des hommes. Les taux standardisés sur l’âge de décès pour les maladies cardiovasculaires en France sont parmi les plus bas de l’Union européenne, chez les hommes comme chez les femmes.

L’espérance de vie des hommes cadres à 35 ans est de 49 ans, soit 6,4 ans de plus que celle des hommes ouvriers
mercredi 24 mai 2017
L’action sociale réduite à un marché ?
Selon un rapport du Cese de 2014, notre système de protection sociale peine à apporter des réponses satisfaisantes face aux mutations des risques sociaux traditionnels. Sous l’égide de la DGCS, une série de séminaires a permis d’interroger la stratégie d’investissement social en France. Une « notion essentielle pour démontrer selon les mots de Ségolène Neuville « que l’action sociale est moderne et innovante ». Si pour certains, modéliser les meilleures pratiques contribue à améliorer la performance sociale, d’autres craignent surtout que ce soit là un moyen de réduire l’action sociale à un marché.
Le 9 juin 2016, Ségolène Neuville, secrétaire d’État en charge de la
lutte contre l’exclusion, ouvre un séminaire pour interroger la
stratégie d’investissement social en France. Une « notion essentielle
[pour] démontrer que l’action sociale est moderne et innovante »,
indiquait-elle alors.
Suivent cinq séances sur des politiques publiques que
l’investissement social pourrait infléchir, en faveur des femmes et des
enfants, de l’égalité homme-femme, de la jeunesse, de la formation tout
au long de la vie, de la qualité des emplois et de la prise en charge
des personnes âgées ou atteintes de handicap. Un ultime colloque clôt ce
travail en janvier 2017.
| Fotolia |
Solution réformiste
L’idée n’est pas neuve. Dès les années 1990, les bouleversements
sociaux et économiques au niveau international suscitent l’intérêt pour
l’investissement social (IS).
Pour le directeur de recherche au CNRS, Bruno Palier, l’IS s’analyse
différemment selon les régions du monde où il est mis en œuvre :
« réaction contre les politiques néolibérales d’ajustement
structurel imposées dans les pays en voie de développement et visant à
lutter durablement contre la pauvreté des enfants », « réponse sociale
basée sur le capital humain, alternative aux modèles européens, mise en
œuvre dans les pays d’Asie après la crise financière de 1997 », et pour
l’Europe, volonté de « renouveler la sociale démocratie, d’augmenter le
taux d’emploi, notamment des femmes ».
Dans les pays occidentaux, l’IS est théorisé comme solution réformiste pour affronter la société post-industrielle.
En 2013, la Commission européenne le définit comme l’adoption « de
mesures pour renforcer [les] compétences et [les] capacités [des
personnes], leur autonomie et leur permettre de participer pleinement au
monde du travail et à la société ». Elle propose un « paquet
investissement social » pour 2014-2020, axé sur l’éducation, les
services de garde d’enfants de qualité, les soins de santé, la
formation, l’aide à la recherche d’emploi et la réinsertion.
L’investissement social
Selon Bruno Palier, l’investissement social invite :
- à préparer pour avoir moins à réparer, à prévenir, à soutenir et équiper les individus, ce qui suppose d’investir de façon précoce et continue dans leur éducation et leur formation, leur santé ;
- à adopter des politiques sociales qui développent des services accessibles et de qualité, notamment vers la petite enfance et la jeunesse ainsi que des politiques actives du marché du travail, de conciliation entre vie familiale et professionnelle et une prise en charge de qualité des personnes handicapées et dépendantes.
Mutations des risques sociaux traditionnels
Dans une étude du Cese parue en 2014, Bruno Palier pointe, en France,
les « mutations des risques sociaux traditionnels » auxquels « notre
système de protection sociale peine à apporter des réponses
satisfaisantes ».
L’allongement de la durée de la vie, le papy-boom, l’importance des
maladies chroniques et l’entrée des femmes sur le marché du travail
obligent à adapter la protection sociale actuelle. D’autant, note le
chercheur, que la population est désormais « exposée à de nouveaux
risques et besoins ».
La pauvreté a changé de visage, frappant davantage les jeunes, les
familles monoparentales, les travailleurs peu diplômés et les personnes
âgées ou handicapées. « Les ruptures et l’isolement constituent des
facteurs aggravants », note Bruno Palier.
Les inégalités s’accroissent, la précarité s’hérite. En 2014,
8,8 millions de personnes vivent avec moins de 1 008 euros par mois. Le
taux de pauvreté progresse depuis 2005. Les femmes paient un lourd
tribut avec des écarts salariaux persistants, un chômage plus fréquent,
du temps partiel, des retraites plus faibles et la charge de concilier
vie professionnelle et vie familiale. L
a formation continue profite surtout aux plus diplômés. La « faible
qualification est un obstacle de plus en plus difficile à surmonter »,
ajoute le chercheur.
Minimiser les risques
Cette nouvelle donne sociale s’accompagne d’une économie confrontée à
une féroce concurrence internationale et interne à l’Europe, à un
chômage de masse, à une croissance atone et à des niveaux de déficit et
d’endettement public préoccupants. La crise de 2008 accentue la
pression.
Dans ce contexte, l’IS pourrait réorienter le système de protection
sociale en lui ajoutant de nouvelles priorités pour minimiser les
risques sociaux, en amont et dès la petite enfance. Cette approche,
soucieuse des parcours et des transitions, permet « de montrer combien
les logiques d’assurance sociale, d’aide sociale, de redistribution
verticale et d’investissement social se complètent », souligne Bruno
Palier. Elle peut dès lors « contribuer à bâtir une nouvelle économie,
fondée sur le savoir et les qualifications ».
(...)
Article intégral en ligne dans le dossier Protection sociale : l’action sociale réduite à un marché ? 24/05/2017, de la revue Gazette Santé Social : http://www.gazette-sante-social.fr
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