lundi 6 mai 2019

En France, des milliers d’enfants privés d’accès à l’école

La Commission consultative nationale des droits de l’homme (CNCDH) pointe du doigt, dans un rapport publié mardi 23 avril, les difficultés d’accès à l’école de milliers d’enfants basés en Outre-mer, de jeunes roms ou encore de mineurs isolés.

En France, « le système éducatif ne garantit pas encore l’accès à l’école pour tous sans distinction d’origine ». Ce constat, largement méconnu, est tiré du rapport annuel de la Commission consultative nationale des droits de l’homme (CNCDH) – que La Croix a pu consulter en exclusivité. « En France, vu le manque d’infrastructures scolaires et le manque de personnel, certaines écoles pratiquent la rotation entre élèves : les uns ayant classe le matin, les autres l’après-midi. Le tout sur quelques heures condensées. C’est par exemple le cas en Guyane ou à Mayotte », explique ainsi Louise Savri, en charge des questions de scolarisation à la CNCDH.Si le phénomène touche en priorité des populations particulièrement précarisées – les Amérindiens en Guyane et les mineurs isolés à Mayotte –, il est loin d’être marginal puisqu’on dénombre près de 5 000 enfants dans ce cas à Mayotte et autour de 10 000 en Guyane.

En France, des milliers d’enfants privés d’accès à l’école

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Article intégral en ligne : https://www.la-croix.com
Source : Lacroix.com, 23/04/2019.

jeudi 14 mars 2019

L’inégalité, ce fléau qui rend chacun de nous malheureux

Anxiété, obésité, toxicomanie, violence... Les signes de mal-être dans les sociétés « riches » sont légion. Dans « Pour vivre heureux, vivons égaux ! », les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett montrent que les inégalités sociales ont un impact délétère sur chaque individu. Entretien.

« Je ne sais pas comment je n’ai pas réalisé avant que tous les problèmes que je voyais étaient aggravés dans une société inégalitaire. » Pendant des années, Richard Wilkinson a compilé des données, dans son laboratoire. Et un jour, au milieu des années 1980, il a identifié le mal : les inégalités de revenus. Parce qu’elles entraînent des rapports plus violents entre les individus. Dans son premier best-seller, écrit avec Kate Pickett, « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il décortiquait la manière dont les sociétés inégalitaires aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux : violence, addictions, consumérisme… Dans ce deuxième opus, les deux chercheurs s’intéressent à l’individu.

Dans ce livre, vous changez de focale : de la société vers l’individu. Comment l’inégalité change-t-elle les rapports entre les individus, et produit de l’anxiété sociale ?

L’inégalité renforce l’importance donnée à la position sociale et aux classes sociales. Plus une société est hiérarchisée, plus l’idée que nous sommes classés en fonction de notre mérite intrinsèque est profondément ancrée, et plus chacun en vient à douter de sa valeur. Cela exacerbe la menace d’évaluation sociale et l’angoisse du statut. La timidité, la phobie sociale ou le doute sont beaucoup plus fréquents dans les sociétés inégalitaires.
Par exemple, aux États-Unis ou en Angleterre, on assiste à « une épidémie d’anxiété sociale ». Elle a des répercussions sur la santé. Entretenir des relations agréables et participer à des activités collectives sont aussi déterminants sur la santé que le fait de ne pas fumer. Des études expérimentales le montrent : des volontaires ont accepté de se voir infliger une blessure sur le bras. La lésion guérit moins rapidement chez ceux qui ont moins d’amis. On a aussi inoculé le virus du rhume par des gouttes nasales à d’autres volontaires. Ceux qui déclaraient avoir moins d’amis avaient quatre fois plus de chances de développer un rhume…

Vous dites qu’il y a un lien entre inégalités et de moindres relations amicales… En quoi ?

Dans les sociétés où règnent de très grands écarts de revenus, la vie locale est indigente. À l’inverse, les sociétés avec de faibles écarts sont beaucoup plus soudées. Leurs habitants ont plus de chance d’être impliqués dans des groupes de quartier ou des associations.

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Source : L'Humanité, 07/03/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

dimanche 11 novembre 2018

Le Secours catholique tire la sonnette d'alarme sur l'état de la pauvreté en France

Le rapport 2018 sur l'état de la pauvreté en France du Secours catholique-Caritas France donne une image relativement sombre de la situation de l'Hexagone. Les lignes de front de l'opus publié ce jeudi matin? Plus de femmes et de seniors accueillis, des taux d'impayés et de non-recours des prestations en hausse.

 
Comme chaque année, le Secours catholique-Caritas France publie (ce jeudi) son rapport statistique sur l'état de la pauvreté, basé sur les 86.275 fiches renseignées en 2017 lors des rencontres avec les personnes que l'association accueille tout au long de l'année. Un rapport qui «permet de prendre la mesure des facteurs de pauvreté touchant les personnes précaires et de voir les évolutions des situations en France», explique l'association qui a célébré ses 70 ans en 2016. La situation ne s'améliore pas, la preuve en 7 chiffres clés dont chacun fait froid dans le dos. 


● 56,1% de femmes
En 2017, les femmes sont majoritaires au sein des accueils du Secours catholique et représentent 56,1% des adultes rencontrés. Une proportion supérieure à la moyenne dans la population générale «traduisant une plus grande fragilité relative des femmes par rapport aux hommes», indique le Secours catholique. 40% sont des mères isolées et 30% sont seules, vivant pour la plupart sous le seuil de pauvreté.

●  Un tiers de seniors
La part des adultes de plus de 50 ans progresse qui représentent désormais un tiers des hommes et des femmes rencontrés, contre un peu plus d'un quart en 2010. Pis, la seule part des plus de 60 ans a grimpé de 5 points depuis le début de la décennie pour dépasser désormais les 10%. Pour le secours catholique, cette réalité «traduit une précarisation progressive des personnes âgées isolées dont les enfants ont quitté le foyer» (le cas de 80% d'entre eux).


vendredi 9 novembre 2018

Pauvreté. Femmes et seniors, précarité en hausse

Dans son rapport annuel, le Secours catholique pointe une recrudescence de la pauvreté chez les femmes, mais aussi chez les personnes âgées et les étrangers sans papiers.


Le constat est sans appel. En 2017, les 70 000 bénévoles du Secours catholique ont accueilli près de 1,4 million de personnes. Ces personnes avaient un revenu médian de 540 euros par mois, soit moins que le montant du RSA. Après avoir payé le loyer et les charges, il leur reste entre 2 et 5 euros par jour pour vivre. « Comment notre pays peut-il accepter de laisser des familles, dont 640 700 enfants, dans une telle situation de détresse ? » s’emporte Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, guère satisfaite par les annonces d’Emmanuel Macron sur la pauvreté.

Les plus fragiles : des femmes seules ou des mères isolées

Le rapport fait un focus particulièrement alarmant sur la situation des femmes, qui représentent 56,1 % des adultes rencontrés au sein d’une permanence. Lorsqu’elles sont jeunes, entre 20 et 45 ans, la part de ces femmes constitue même les deux tiers des personnes aidées par l’association. Pour celles de nationalité française, le rapport constate que 40 % sont des mères isolées, tandis que 30 % sont des femmes seules, en moyenne plus âgées, et la plupart d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.



mercredi 7 novembre 2018

Médecins du monde dénonce des difficultés croissantes d’accès aux soins pour les plus démunis

Seuls 13,3 % des patients accueillis par l’association bénéficient d’une couverture maladie en France.


De plus en plus de mineurs sont accueillis dans les centres de soins de Médecins du monde, s’inquiète l’association dans son rapport annuel publié mardi 16 octobre, qui dénonce les difficultés rencontrées par les personnes les plus démunies pour se faire soigner.
En 2017, l’association a soigné 24 338 personnes dans ses quinze centres et est allé à la rencontre de 12 000 personnes à la rue. Plus de 98 % des personnes accueillies vivent en dessous du seuil de pauvreté et 47,6 % ne disposent d’aucune ressource. Ce sont en majorité de jeunes hommes, âgés en moyenne de 32,7 ans, dont une forte majorité d’étrangers (41,3 % en situation irrégulière ou titulaires d’un titre de séjour souvent très temporaire), précise Médecins du monde dans le 18e rapport de son Observatoire de l’accès aux soins.
Les équipes de Médecins du monde déplorent la présence accrue de mineurs (14,3 %, contre 12,8 % en 2016), dont la moitié non accompagnés, en situation d’errance et de très grande précarité : 13 % de ces jeunes vivent en squat ou en campement. Leur âge moyen s’élève à 10,2 ans et un quart de ces mineurs ont moins de 5 ans.


jeudi 2 août 2018

Protection sociale : les inégalités aplaties

La France comme vous ne l’avez jamais vue ! Cet été, Alternatives Economiques vous propose un autre Tour de France, cartes à l’appui.


Notre système de protection sociale est certes onéreux, mais cet argent n’est pas jeté par les fenêtres. Sans les correctifs opérés par les aides sociales et les impôts, le fossé entre régions serait plus grand. Bien qu’imparfait, le modèle social a fait ses preuves pour réduire les inégalités et lutter contre la pauvreté.

1/ Une protection sociale efficace

Le rapport interdécile (D9/D1) est couramment utilisé pour mettre en évidence les inégalités. Il mesure le rapport entre le revenu le plus bas des 10 % les plus aisés et le revenu le plus haut des 10 % les plus modestes. Avant prestations sociales et impôts, il s’élève à 7,6 en Ile-de-France, 6,8 en Paca et 6,5 dans les Hauts-de-France. Après redistribution, il se réduit assez nettement, notamment là où les inégalités étaient les plus fortes.
Rapport interdécile du revenu déclaré aux impôts en 2014, par unité de consommation. Source : Insee 


lundi 11 juin 2018

Revue n°444 de juin 2018 de l'INEPS

Environnements favorables à une alimentation saine : une réponse aux inégalités sociales de santé ? 

 
Comment créer des environnements favorables à une alimentation saine ? Et tout d’abord quels sont ces environnements favorables ? Et en quoi cela peut-il réduire les inégalités sociales de santé ? Ce dossier central – qui rassemble la contribution d’une vingtaine d’experts – dresse un état des connaissances internationales sur ces questions et met en avant un certain nombre de programmes innovants sur des territoires et dans des villes de France. Un document coordonné par Corinne Delamaire et Pauline Ducrot.

Revue trimestrielle disponible en téléchargement : http://inpes.santepubliquefrance.fr/SLH/sommaires/444.asp

 

mercredi 27 décembre 2017

Connaissez-vous le vrai visage des inégalités en France ?

Grâce à notre outil, tentez de reconstituer les graphiques des inégalités entre les classes sociales françaises.

Le rapport publié jeudi 14 décembre par la World Wealth and Income Database (WID) montre que les inégalités de revenu et de patrimoine ont augmenté dans presque tous les pays depuis quarante ans. Y compris en France, en dépit de « la légende tenace » qui voudrait qu’elle soit « un pays profondément égalitaire », pour reprendre la formule de l’économiste Thomas Piketty, cocréateur du WID.

Pour justifier leur phénoménal travail de collecte de données relatives aux inégalités dans le monde, les chercheurs de la WID mettent en avant une explication : « Les méthodes classiques de mesure des inégalités s’appuient souvent sur des enquêtes auprès des ménages, qui sous-estiment généralement les revenus et les patrimoines en haut de l’échelle sociale. » En clair, on n’imagine pas les riches aussi riches qu’ils le sont vraiment, et par conséquent notre appréhension des inégalités est faussée.

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Source : Le Monde, 14/12/2017.
Article intégral en ligne : http://www.lemonde.fr

mercredi 26 juillet 2017

L’alimentation, grand marqueur des inégalités sociales en France

D’après une étude de l’Anses, les habitudes et modes de consommation alimentaires des Français sont un miroir des inégalités sociales.
Mercredi 12 juillet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a publié sa troisième étude sur les habitudes alimentaires des Français (INCA 3). Réalisé tous les sept ans, ce vaste rapport analyse de manière minutieuse les comportements et habitudes alimentaires des Français.

 

L’étude a été menée entre 2014 et 2015 sur un échantillon de 5 800 personnes représentatives de la population (près de 3 100 adultes et 2 700 enfants), à raison d’un, deux ou trois jours chacune, soit 13 600 journées de consommation et 320 000 aliments analysés. Les résultats ont été ensuite interprétés par un groupe d’experts, composé de nutritionnistes, épidémiologistes, toxicologues, microbiologistes.

Des aliments similaires, mais en proportions différentes

 

Au-delà de la sédentarisation de la population, de la consommation insuffisante de fruits et de légumes et l’usage excessif du sel, cette étude met en lumière la relation étroite entre habitudes, en termes de nutrition et d’inégalités sociales.
Chez les adultes, la consommation alimentaire est positivement associée au niveau d’étude. Le rapport souligne que la ration journalière (quantité totale d’aliments consommés) varie de « 2 864 [grammes par jour] pour un niveau d’études primaire ou collège à plus de 3 061 grammes par jour pour un niveau d’études supérieur au bac ».
Au niveau des aliments, les personnes ayant suivi des études supérieures consomment plus de fruits et de légumes, mais également plus de fromage, de yaourt et fromage blanc ou encore de chocolat. Au contraire, les individus qui se sont arrêtés au primaire ou au collège boivent plus de soda et privilégient la viande (hors volaille) et les pommes de terre.
Chez les mineurs, le bilan est le même lorsque l’enfant est âgé de moins de 10 ans : ces habitudes alimentaires sont positivement corrélées au niveau d’étude de son parent représentant. Une observation qui ne se vérifie pas chez les adolescents (entre 11 ans et 17 ans), où « l’alimentation semble globalement moins associée au niveau d’études du représentant que chez les enfants, conséquence possible d’une plus grande autonomie dans leurs choix alimentaires », détaille l’Anses.
Même constat lorsque l’on prend comme référence la profession ou la catégorie socioprofessionnelle (PCS) du parent : les habitudes alimentaires des enfants (quel que soit l’âge) n’y sont que très peu associées.

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Le Monde,18/07/2017.
Article intégral en ligne : http://www.lemonde.fr

mardi 11 juillet 2017

Pour la santé des femmes, une précarité lourde de conséquences

Le Haut Conseil à l’égalité publie ce vendredi un rapport alarmant sur l'accès aux soins des femmes en situation de précarité.

 

«Urgence.» Voilà le message passé à Marlène Schiappa. Ce vendredi, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes a reçu des mains de la présidente du Haut Conseil à l’égalité (HCE) le tout dernier rapport de l’organisation. 120 pages, une myriade d’études détaillées, des chiffres alarmants, et un sujet : la santé des femmes en situation de précarité. En France, si la pauvreté recouvre une hétérogénéité de destins, les femmes sont les premières concernées. Elles représentent 57% des bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA), 82% des emplois à temps partiel, 70% des travailleurs pauvres (vivant en dessous du seuil de pauvreté). Des données consternantes aux impacts physiques et psychologiques déplorables, désossés méthodiquement dans ce nouveau rapport du HCE, dont Libération présente ici les grandes lignes.

Le taux de fréquence des troubles musculo-squelettiques chez les ouvrières est de 8,4 pour un million d’heures salariées contre 2,4 pour les ouvriers.
Le taux de fréquence des troubles musculo-squelettiques chez les ouvrières
est de 8,4 pour un million d’heures salariées contre 2,4 pour les ouvriers.

Photo Charly Triballeau. AFP

Risque accru de maladies cardiovasculaires

Selon le HCE, les «femmes ouvrières» présentent, en moyenne, un taux de mortalité trois fois supérieur aux femmes ayant exercé la «fonction de cadre» ou une «profession intellectuelle supérieure». Plus précisément : le taux de mortalité lié aux maladies cérébro-vasculaires se situe entre 9 et 12,2 pour 100 000 femmes ayant exercé la profession d’ouvrière, contre 1,6 et 5,3 pour 100 000 femmes cadres et de professions intellectuelles supérieures. «Le manque de ressources et de suivi médical, la consommation de tabac et d’alcool, le manque d’exercice physique, l’alimentation déséquilibrée… C’est l’accumulation des facteurs qui crée le risque», explique Claire Mounier-Vehier, présidente de la Fédération Française de cardiologie. Des facteurs semble-t-il accrus en situation de précarité : les chômeuses seraient particulièrement concernées par le tabagisme (45%), la consommation d’alcool à haut risque (13,8%) et l’obésité (35,1 %).

Troubles psychologiques et affections psychiatriques multipliés

21% contre 7,5%. D’après le document, les femmes sont trois fois plus concernées que les hommes par les troubles anxieux (états de stress post-traumatique, anxiété généralisée et troubles de l’adaptation). Des troubles accentués dans le cas des femmes sans domicile fixe (35%) et des cheffes de familles monoparentales. Au-delà de la fameuse «charge mentale» vécue par ces dernières, le «fardeau» physique, le «sacrifice» de la vie personnelle et la gestion financière sont autant de motifs prédisposant aux détresses psychologiques et autres épisodes dépressifs. De manière plus générale, le rapport souligne que «ces troubles psychologiques des femmes en situation de précarité sont liés à l’absence de soin, conditions hygiéniques de logement et à désintérêt total de son propre corps».

Manque de suivi cancérologique et gynécologique

Un «gradient social» corrélé à l’état de santé. Auditionné par le HCE, l’épidémiologiste Thierry Lang explique que «plus une femme est pauvre, moins elle participe aux dépistages». Les données parlent pour lui : 52,4% des femmes ne disposant pas d’une complémentaire santé privée n’ont pas réalisé de dépistage par frottis cervico-utérin dans les trois dernières années. A l'inverse, 73,9% des femmes en ayant une l'ont fait. De même, les femmes ayant des revenus inférieurs à 2 000 euros sont moins dépistées (31,48%) que celles qui ont un revenu plus conséquent (19,2%). Ce dépistage empêcherait pourtant les quelque 1 000 décès chaque année en France d’un cancer du col de l’utérus. Concernant les suivis médicaux, le rapport signale aussi les inégalités en matière d’accompagnement des grossesses. Parmi les femmes qui n’ont pas déclaré leur grossesse au premier trimestre, 20% bénéficient de la couverture maladie universelle (CMU) ou de l’Aide médicale de l’Etat et 39% n’ont pas de couverture sociale. Une situation qui augmente l’incidence des pathologies périnatales, notamment le retard de croissance intra-utérine ou le risque de morbidité néonatale.

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Article intégral en ligne sur le site du journal Libération : http://www.liberation.fr

lundi 10 juillet 2017

Des chiffres alarmants sur l’accès aux soins pour les femmes en situation précaire

D’après le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, la santé des femmes en situation de précarité se dégrade et leur accès aux soins reste compliqué.


Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEFH) a publié, vendredi 7 juillet, les conclusions du rapport « Santé et accès aux soins : une urgence pour les femmes en situation de précarité ». Le texte a été remis à la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

L’étude rappelle que « les femmes constituent aujourd’hui la majorité des personnes en situation de précarité ». Elles représentent par exemple 70 % des travailleurs pauvres et occupent 82 % des emplois à temps partiel. Et l’évolution est alarmante : « Depuis quinze ans, les maladies professionnelles, les accidents de travail et de trajet sont en forte augmentation chez les femmes, en particulier dans des secteurs à forte précarité ».

Selon l’étude, les femmes précaires ont par exemple un moindre suivi gynécologique : 31 % des femmes vivant au sein d’un ménage au revenu inférieur à 2 000 euros par mois n’ont pas réalisé de frottis vaginal au cours des trois dernières années, contre 19 % des femmes appartenant à un ménage ayant des revenus compris entre 2 000 et 4 000 euros.

Si leur accès aux soins est pointé du doigt, la santé même des femmes en situation de précarité est préoccupante. La mortalité prématurée liée aux maladies cérébro-cardio-vasculaires chez les ouvrières est en moyenne trois fois supérieure à celle des cadres et professions intermédiaires.
Les « inégalités sociales de santé » en partie responsables

Dans son rapport, le HCE explique la santé dégradée des femmes précaires et leur moindre accès aux soins par leur situation sociale. Parmi les facteurs avancés, les conditions de travail « stressantes » et « pénibles » des femmes précaires seraient à l’origine de maladies professionnelles, d’accidents du travail ou de trajet.

Le manque de moyens financiers représente également un obstacle aux soins. Selon une étude de juin 2016 citée par le HCE, « les femmes représentent 64 % des personnes ayant reporté ou renoncé à des soins au cours de douze derniers mois ». La mauvaise situation financière rend aussi plus difficile l’accès à un logement, à une bonne alimentation et à des activités sportives et culturelles, des éléments indispensables pour une bonne santé, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Au-delà du facteur financier et des conséquences liées aux activités professionnelles exercées par les femmes précaires, le manque de sollicitation du milieu médical semble également dépendre de « difficultés de compréhension et de connaissance du milieu médical ».

Le rapport du HCE pointe également du doigt le sexisme que subissent les femmes, précaires ou non, qui rend plus difficile leur accès aux soins et a des conséquences négatives sur leur état de santé. Selon l’étude, la « charge mentale » les priverait de disponibilité et encouragerait les mères de famille à faire passer la santé de leur entourage avant la leur. Elles sont également plus sujettes aux violences dans leur vie familiale et professionnelle, avec des conséquences psychiques et physiques. Enfin, le rapport dénonce un monde de la médecine androcentré, et qui « peut nier certaines spécificités des femmes, au détriment d’un dépistage et d’un traitement efficace de certaines pathologies ».
Vingt et une recommandations pour réduire les inégalités

Pour combattre ces « inégalités sociales et sexuées », le HCE a émis une liste de vingt et une recommandations à l’attention des pouvoirs publics, qui s’articulent autour de trois axes.

Le premier concerne les risques et la pénibilité des postes majoritairement occupés par des femmes en situation de précarité. Le HCE souhaite ainsi, par exemple, généraliser « le recueil et la publication régulière de données sexuées en matière de santé au travail ». Dans son deuxième axe, le Conseil demande d’adapter l’offre de soins et la prise en charge pour mieux répondre aux besoins des femmes en situation de précarité. Il s’agirait par exemple de « lever les freins financiers » ou « d’adapter les horaires aux contraintes des femmes en situation de précarité ».

Le troisième et dernier axe propose une intégration des problématiques spécifiques aux femmes précaires dans les politiques publiques existantes de réduction des inégalités sociales de santé.

Le Monde, 08/07/2017.

jeudi 25 mai 2017

Santé des Français : des inégalités sociales encore très marquées

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et Santé Publique France ont publié le rapport 2017 sur l’état de santé de la population en France. Cette étude permet de décrire les évolutions de l’état de santé général de la population.  Infirmiers.com fait le point.

Blouse blanche médecin
Ce sont souvent les populations les moins favorisées
(faible revenu, peu diplômées), qui cumulent les expositions
aux différents facteurs de risque pour la santé.

Les Français sont globalement en bonne santé par rapport aux pays de niveau de richesse similaire, et à plus forte raison en regard de la population mondiale. Voici ce qui ressort de la dernière étude publiée par la DREES et Santé Publique France sur l’état de santé général de la population de l’hexagone. Ce bilan est appuyé par des chiffres. L’espérance de vie des Français atteint 85 ans chez les femmes et près de 79 ans chez les hommes, des scores élevés qui se situent dans la moyenne européenne, souligne l’étude. De même, le rapport 2017 révèle que la mortalité continue à diminuer pour toutes les classes d’âges aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Côté bonnes nouvelles toujours, la mortalité prématurée continue de baisser (et ce depuis 15 ans), tout comme la mortalité évitable liée aux comportements à risque (notamment chez les hommes). Ce recul s’explique surtout par une réduction du tabagisme, de la consommation d’alcool, de la conduite routière dangereuse...)
Près d’un décès sur cinq est prématuré (avant 65 ans) et la mortalité prématurée est deux fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes.

 

Les décès prématurés restent toutefois importants

 

Le bilan est pourtant plus contrasté qu’il n’y paraît si l’on regarde les chiffres un peu plus dans le détail. Malgré une baisse globale de la mortalité prématurée observée, elle reste trop importante. Près d’un décès sur cinq est prématuré (décès avant 65 ans), relève ainsi le rapport et elle touche surtout les hommes, deux fois plus que les femmes. Quant à la mortalité dite évitable par la réduction des comportements à risques, elle représente 30% de la mortalité prématurée, mais elle est aussi trois fois supérieure chez les hommes comparée aux femmes. Même chose du côté du tableau des maladies chroniques : la morbidité par maladies chroniques ne régresse pas et celles-ci touchent plus de personnes qu’auparavant, notamment du fait du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie

 

Cancers et maladies cardio-vasculaires : les deux premières causes de décès.

 

Sur les 567 000 décès observés en France métropolitaine en 2013, les cancers et les maladies cardio-vasculaires constituent les causes les plus fréquentes (respectivement 27,6 et 25,1 %), suivies par les maladies de l’appareil respiratoire (autres que les cancers), qui représentent un décès sur quinze, et les morts violentes (suicides, accidents…) qui représentent également un décès sur quinze. Ces quatre groupes de maladies rassemblent près de deux tiers des décès. La répartition de la mortalité liée à ces groupes de pathologies évolue peu d’une année sur l’autre mais de manière relativement régulière. Les cancers sont progressivement devenus la première cause de mortalité depuis 2004, devant les maladies cardio-vasculaires, pour l’ensemble de la population. Les maladies cardio-vasculaires restent cependant la première cause de mortalité chez les femmes, devant les cancers, à l’inverse des hommes. Les taux standardisés sur l’âge de décès pour les maladies cardiovasculaires en France sont parmi les plus bas de l’Union européenne, chez les hommes comme chez les femmes.
Etat de santé perçu selon l'âge et le sexe
L’espérance de vie des hommes cadres à 35 ans est de 49 ans, soit 6,4 ans de plus que celle des hommes ouvriers

samedi 15 avril 2017

Renoncement aux soins, un assuré social sur quatre serait concerné

Plus de 25 % des personnes, qui se présentent à un guichet de la « Sécu », déclarent avoir déjà renoncé à des soins dans l’année dans une étude publiée mardi 28 mars. Pour des problèmes dentaires, d’optique mais aussi pour des consultations chez le médecin

Le siège de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de Lyon.
Le siège de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de Lyon. / Fred Dufour/AFP
Pour quelles raisons un certain nombre de personnes en France renoncent-elles à se faire soigner ? Cette question est au cœur d’une étude fort instructive rendue publique mardi 28 mars par l’assurance-maladie. Elle montre que ce phénomène n’est pas anecdotique puisqu’il concerne plus d’un quart (26,5 %) des assurés sociaux. « De par son ampleur et ses conséquences multiples, le renoncement aux soins, source d’inégalités et de dépenses supplémentaires à moyen et long termes, devient un défi qui concerne la collectivité dans son ensemble », indique l’assurance-maladie.

29 000 personnes interrogées dans 18 caisses primaires

 

Cette étude a été conduite dans 18 caisses primaires avec l’Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore) mis en place par une équipe du CNRS et de l’université Grenoble Alpes. Au total, 29 000 personnes, venues dans leur caisse, ont été interrogées sur un éventuel renoncement aux soins au cours des 12 derniers mois. A l’arrivée, 7 000 ont répondu part l’affirmative. « Il faut prendre ce chiffre avec précaution. On ne peut pas dire qu’un quart de la population française est concerné par ce problème mais un quart des personnes s’étant déplacé dans les locaux de leur caisse », précise Jean-Yves Casano, directeur de la caisse primaire de la Somme. « On peut penser que ces assurés ont peut-être plus de problèmes que d’autres, notamment d’accès aux soins. Même si on reçoit aussi beaucoup de gens, très bien insérés, qui viennent régler juste un problème administratif », ajoute-il.

Des enquêtes déclaratives à prendre avec prudence

 

La précision est importante. Car les enquêtes sur le renoncement aux soins font souvent débat. « Beaucoup de nos concitoyens renoncent à se faire soigner pour des raisons financières. Cela peut concerner jusqu’à un Français sur trois », avait affirmé en 2014 Marisol Touraine pour défendre sa réforme d’un tiers-payant généralisé. Mais selon certains spécialistes, il faut rester prudent face à ces enquêtes uniquement déclaratives. Et à l’époque, certains syndicats de médecins avaient répliqué à la ministre que ces renoncements concernaient peu les soins médicaux mais surtout les patients n’ayant plus les moyens d’aller chez le dentiste ou de refaire leurs lunettes.

Des renoncements à des soins dentaires, d’optique mais aussi médicaux

 

C’est dans ce contexte qu’intervient cette nouvelle enquête. Elle montre que le renoncement concerne, effectivement, d’abord des soins chez le dentiste. Les soins, qui n’ont pas été effectués, concernent à 38 % des prothèses dentaires mais aussi à 33 % des soins dentaires conservateurs. « C’est vraiment regrettable car ces soins conservateurs sont globalement bien pris en charge par l’assurance-maladie ou les mutuelles », indique Héléna Revil, chercheur à l’Observatoire. Dans 18 % des cas, ces renoncements concernent des achats d’optique. Mais, plus nouveau, 20 % des soins, ayant fait l’objet d’un renoncement, concernent des consultations chez un ophtalmologiste, 14 % des consultations chez un autre médecin spécialiste et 13 % chez un généraliste.

Un reste à charge trop élevé ou l’impossibilité de faire l’avance de frais

 

Tous soins confondus, ces renoncements s’expliquent, trois fois sur quatre, par une raison financière. « Dans 59% des cas, les personnes se sont abstenues à cause d’un reste à charge qu’elles ne pouvaient pas assumer ou, dans 32% des cas, parce qu’elles ne pouvaient pas faire l’avance des frais », indique Héléna Revil. Dans certaines situations, le problème concerne des délais de rendez-vous trop lointains. « On voit des personnes qui, à un moment, ont mis de côté un petit pécule de 50 ou 60 € pour avancer les frais d’une consultation, poursuit-elle. Et qui ne savent pas si, dans six mois, une fois qu’elles auront rendez-vous chez le médecin, elles auront toujours cette somme à disposition. Du coup, elles laissent tomber ».

« Des gens qui, par pudeur, n’osent pas réclamer »

 

Parfois, ce renoncement est lié au fait que les assurés ne font pas valoir les droits qui leur permettraient de se faire soigner. « Dans le département de la Somme, nous avons 90 000 personnes ayant des revenus inférieurs aux seuils de pauvreté. Et pourtant, nous n’avons que 65 000 assurés qui bénéficient de la CMU-C », souligne Jean-Yves Casano, C’est le même phénomène avec l’ACS, un dispositif d’aide financière permettant à certains assurés de se payer une mutuelle. En 2011, au niveau national, seulement 22 % des personnes, éligibles à cette aide, avaient fait valoir leur droit. « On voit beaucoup de gens qui, par pudeur, n’osent pas réclamer ni même avouer qu’elles n’ont pas les moyens d’aller chez le médecin », souligne Héléna Revil.

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Lacroix.fr, 28/03/2017.
Article intégral en ligne : http://www.la-croix.com

lundi 20 février 2017

Il existe des cancers de riches et des cancers de pauvres

La localisation du cancer dépend de la condition socio-économique du malade. Une observation qui serait, en partie, expliquée par les comportements différents adoptés selon les milieux sociaux.


Les cancers des lèvres-bouche-pharynx, de l’estomac et du foie sont davantage observés parmi les populations défavorisées. Au contraire, les cancers de la prostate chez l’homme ou de l’ovaire chez la femme, sont plus fréquents dans les zones aisées. C’est la conclusion du Bulletin épidémiologique hebdomadaire publié le 7 février par Santé Publique France.
Au total, près de 15.000 cancers, liés aux conditions socio-économiques défavorables, pourraient être évités chaque année, affirment les auteurs de l’étude. Ce surrisque est plus important chez les hommes que chez les femmes, et maximal pour le cancer du poumon.

Facteurs de risques

Chez les hommes, la hausse du risque de cancer attribuable au milieu social défavorisé était la plus importante pour les cancers du larynx (30,1% de risque en plus d’en souffrir par rapport à une personne vivant dans un milieu favorisé), des lèvres-bouche-pharynx (+26,6%) et du poumon (+19,9%). Chez les femmes, cela concernait principalement les cancers des lèvres-bouche-pharynx (+22,7%) et du col de l’utérus (+21,1%). «La détermination sociale de certains facteurs de risque comme la consommation de tabac, les expositions professionnelles ou les polluants atmosphériques explique sans doute une partie importante des différences observées», expliquent Joséphine Bryère, chercheuse à l’Inserm, et ses collègues.
L’étude montre également, ce qui est nouveau, que d’autres cancers (foie, estomac, pancréas et vessie) peuvent également être plus fréquents dans les populations défavorisées, indique Guy Launoy, professeur à l’Inserm-Caen et au réseau national des registres des cancers (Francim), co-auteur de l’étude. Pour le moment, aucune cause de cette surreprésentation n’a été définie.

Mélanome plus fréquent dans les populations favorisées

Autre résultat de l’étude: certains cancers sont au contraire plus fréquents chez les personnes vivant dans un milieu social favorisé. C’est le cas du mélanome pour les deux sexes, des cancers de la prostate et du testicule chez l’homme, et des cancers du sein et de l’ovaire chez la femme.
«La surreprésentation du cancer de la prostate dans les milieux les plus favorisés, et dans une moindre mesure pour le cancer du sein, est sans doute très liée aux pratiques de dépistage plus fréquentes dans ces milieux et, pour la prostate, au surdiagnostic très important constaté pour ce cancer qui évolue extrêmement lentement», explique le Pr Launoy à l’AFP. En revanche, pour le moment, rien ne permet de comprendre la surreprésentation des cancers de l’ovaire, du testicule et du mélanome dans ces milieux.

Près de 190.000 cas de cancer

L’analyse, première du genre en France, a porté sur 189.144 personnes, dont 78.845 femmes, qui ont eu un cancer entre 2006 et 2009 et habitant dans l’un des 16 départements (Doubs, Gironde etc.) disposant d’un registre des cancers. Le calcul du nombre de cancers évitables (15.000 par an) porte lui sur la France entière, et pas seulement sur la population de l’étude. 

Le Figaro santé, 08/02/2017.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr/article/il-existe-des-cancers-de-riches-et-des-cancers-de-pauvres