dimanche 16 novembre 2014

Quel bilan pour les différents plans Alzheimer ?

Le nouveau plan Alzheimer doit être présenté, mardi 18 novembre, par la ministre de la santé, Marisol Touraine, la secrétaire d’Etat à la recherche, Geneviève Fioraso, et la secrétaire d'Etat chargée des personnes âgées et de l'autonomie, Laurence Rossignol. Il fixera les priorités pour les cinq prochaines années, en matière de soin, de recherche et d'accompagnement.

 
Les associations sont d'autant plus impatientes que le précédent plan, qui se terminait officiellement en 2012, a déjà été prolongé de deux ans. Le prochain doit être élargi à d'autres maladies neurodégénératives, c'est-à-dire affectant le fonctionnement des cellules nerveuses, dont les neurones, mais devrait prolonger en grande partie les actions entreprises précédemment.

Combien de personnes sont concernées ?

 

La maladie d'Alzheimer se manifeste par une démence résultant de lésions progressives au sein du système nerveux central. Il n'existe aujourd'hui aucun vaccin ni traitement pour la guérir.
Hormis de rares cas d'Alzheimer précoce (2 % des patients ont moins de 65 ans), la maladie touche les personnes âgées : entre 2 et 4 % des plus de 65 ans et jusqu'à 15 % des plus de 80 ans en sont atteints.

Au total, environ 900 000 personnes souffrent d'Alzheimer en France, un chiffre qui pourrait atteindre 1,3 million en 2020 avec l'augmentation de l'espérance de vie, selon l'Inserm.
Au-delà de la souffrance des malades, qui perdent la mémoire et leurs facultés intellectuelles, Alzheimer a aussi des conséquences directes pour les proches, puisque 60 % des patients demeurent à leur domicile.
Selon l'association France Alzheimer, 3 millions de personnes, familles ou « aidants » sont concernées. Une charge morale, matérielle et financière, puisque cette association estime que la prise en charge de la maladie coûte 1 000 euros par mois une fois toutes les aides déduites.


Des plans pluriannuels avec quels objectifs ?

 

Un premier plan Alzheimer a été lancé en octobre 2001, alors que la maladie avait été diagnostiquée chez 350 000 patients, et que les associations déploraient un manque de prise en charge. Deux autres plans ont suivi.
Le premier plan Alzheimer (2001-2005), doté d'un budget de 105 millions d'euros, poursuivait plusieurs objectifs :
• améliorer le diagnostic (on estimait alors que la moitié seulement des formes de démence avaient été correctement détectées) ;
• créer des « consultations mémoire » et des centres mémoire de ressources et de recherche pluridisciplinaires pour des soins et une prise en charge globale ;
• soutenir et mieux informer les malades et leurs familles ;
• augmenter les places d'accueil de jour, et l'amélioration des structures d'hébergement ;
• favoriser les études et la recherche.
Dès 2004, un deuxième plan a pris le relais pour quatre ans, pour un coût de 200 millions d'euros, en ajoutant aux mesures précédentes :
• une avancée majeure pour les malades : leur prise en charge à 100 % par l'assurance-maladie avec la reconnaissance d'Alzheimer en affection de longue durée, par un décret du 4 octobre 2004 ;
• l'adaptation des maisons de retraite pour prendre en compte les spécificités de la maladie ;
• une attention spécifique aux patients jeunes (diagnostiqués avant 60 ans).
Enfin, en 2008, le troisième plan Alzheimer, qui arrive à échéance cette année, affichait des ambitions largement renforcées :
• au niveau financier, avec un budget sans précédent de 1,6 milliard d'euros sur 5 ans (dont 1,2 milliard d'euros pour le volet médico-social, 226 millions d'euros pour le volet sanitaire et 192 millions d'euros pour la recherche) ;
• du côté de la recherche, avec la création d'une Fondation de coopération scientifique plan Alzheimer ;
• au niveau méthodologique, le plan était suivi par un comité de pilotage directement rattaché au président de la République, avec des points d'étape tous les six mois.

Quelles avancées constatées ?

 

Le bilan des deux premiers plans Alzheimer est difficile à dresser, car ils n'avaient ni chiffrage prévisionnel global, ni comité de suivi régulier, ni évaluation systématique du coût des mesures.
Le troisième, en revanche, a été évalué en deux temps. D'abord par la Cour des comptes, puis par les professeurs Joël Ankri et Christine Van Broeckhoven pour le ministère de la santé, centré sur le bilan du plan 2008-2012. Le constat est sensiblement le même :
• une bonne efficacité du comité de suivi, notamment au niveau financier ;
• un déploiement des « consultation mémoire », qui passent de 234 en 2007 à 469 en 2012 ; 
• la création d'une « banque nationale Alzheimer » de données, en vue d'alimenter des études épidémiologiques ;
• une meilleure prise en charge des malades à l'hôpital (formation des personnels, unités cognitivo-comportementales...) ; 
• des avancées pour réduire l'usage de médicaments aux conséquences indésirables (qui ne s'adressent qu'aux symptômes, car aucun traitement n'a été trouvé contre la maladie) ; 
• une meilleure coordination de la recherche et davantage de publications scientifiques. 

(..)





La maladie d'Alzheimer en 3 minutes par thinkovery_lemondefr  

Lire la suite sur le site internet du journal Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/11/14/quel-bilan-pour-les-differents-plans-alzheimer_4523889_4355770.html

Le stylo n’a pas dit son dernier mot

Vous avez sans doute, ces derniers jours, griffonné une liste de courses sur un bout de papier ou laissé un Post-it sur un bureau. Peut-être avez-vous écrit un mot dans le cahier de correspondance de votre enfant ou pris rapidement des notes pendant une réunion. Mais quand avez-vous rédigé pour la dernière fois un long texte à la main ? A quand remonte votre dernier courrier « à l’ancienne », réalisé avec un stylo, sur une feuille de papier ? Faites-vous partie de ces gens, qui, dans leur activité professionnelle, abandonnent peu à peu le crayon au profit des agréments du clavier ?

Sylvie Serprix

Nul ne peut encore mesurer avec précision le déclin de l’écriture manuscrite, mais une enquête britannique, effectuée en juin auprès de 2 000 personnes, laisse entrevoir la profondeur du phénomène. Selon ce sondage commandé par Docmail, un Britannique sur trois n’a pas écrit à la main depuis six mois – en moyenne, le dernier document tracé au stylo remonterait à quarante et un jours. Les gens écrivent sans doute plus qu’ils ne le pensent, mais une chose est sûre : les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de rédiger des textes avec une telle rapidité que, dans le monde du travail, elles supplantent peu à peu l’écriture manuscrite.
Les Etats-Unis en ont tiré les conséquences. Puisque les mails et les SMS ont remplacé les courriers, puisque les étudiants prennent désormais leurs notes sur ordinateur, puisque les employés effectuent leurs travaux sur écran, l’écriture dite « cursive », qui lie entre elles les lettres d’un même mot, ne fait plus partie des enseignements obligatoires du « Common Core Curriculum Standards », le socle commun à tous les Etats. Depuis 2013, les petits Américains sont obligés d’apprendre l’usage du clavier et l’écriture « script » (les caractères d’imprimerie), mais ils ne sont plus tenus de peiner sur les pleins et les déliés de l’écriture « attachée », encore moins sur ses capitales ornées de boucles.

Intenses controverses


Aux Etats-Unis, cette réforme a donné lieu à d’intenses controverses. Dans un éditorial publié le 4 septembre 2013, le Los Angeles Times s’est félicité de cette salutaire avancée. « Les Etats et les écoles ne devraient pas s’obstiner à apprendre aux enfants à écrire en attaché sur la foi d’une idée romantique selon laquelle c’est une tradition, un art ou une compétence fondamentale dont la disparition serait une tragédie culturelle. Evidemment, tout le monde doit être capable d’écrire sans ordinateur mais, d’une manière générale, l’écriture script est suffisante. (…) Ecrire en caractères d’imprimerie est plus clair et plus lisible. Et, pour beaucoup, c’est également plus facile et quasiment aussi rapide. »
Certains Etats, comme l’Indiana, ont cependant décidé de maintenir l’apprentissage de l’écriture cursive à l’école. Si cet enseignement disparaît, affirment-ils, les jeunes Américains ne pourront plus lire les cartes d’anniversaire de leurs grands-parents, les annotations que les professeurs portent sur leurs copies, ou le texte original de la Constitution et de la Déclaration d’indépendance, qui ont été rédigées à la main. « Personnellement, je n’arrive plus à me rappeler la dernière fois que j’ai lu la Constitution », a rétorqué avec humour l’universitaire Steve Graham, professeur de sciences de l’éducation à Arizona State University.

Les outils et les supports de l'écriture n'ont cessé de changer

 

Cette petite révolution a beau déchaîner les passions, elle ne constitue pas tout à fait une première. Depuis l’invention de l’écriture en Mésopotamie, 4 000 ans avant notre ère, l’humanité a traversé bien des révolutions technologiques. Des tablettes sumériennes à l’alphabet phénicien du premier millénaire avant Jésus-Christ, de l’invention du papier, en Chine, au début de notre ère, à la naissance du codex – ce cahier de feuilles manuscrites qui deviendra le livre –, de l’invention de l’imprimerie au XVe siècle à l’apparition du stylo Bic dans les années 1960, les outils et les supports de l’écriture n’ont cessé de changer.
A première vue, la bataille entre le clavier et le stylo pourrait donc apparaître comme le énième soubresaut de la longue histoire de l’écriture – une simple affaire d’outil auquel l’homme finira, vaille que vaille, par s’adapter. Peu importe d’ailleurs la manière dont on écrit un texte, pense-t-on souvent, ce qui compte, c’est sa qualité. Qui se demande, à la lecture d’un document, s’il a été rédigé avec un stylo ou tapé sur un ordinateur ? Qui s’interroge, lorsqu’il découvre un écrit, sur le geste technique qui a permis d’en conserver la trace ? (...)

Par

Lire la suite sur le site internet du journal Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2014/11/13/le-stylo-n-a-pas-dit-son-dernier-mot_4523185_3224.html

La stérilisation de masse des femmes, « méthode dominante de contraception » en Inde

Le bilan risque d’être encore plus lourd : douze femmes sont décédées dans l’un des Etats les plus pauvres d’Inde, au Chhattisgarh, après avoir subi des opérations de stérilisation. Une vingtaine d’autres sont toujours entre la vie et la mort. En tout, 83 opérations avaient été effectuées en cinq ou six heures par le même médecin, samedi 8 novembre, dans une clinique pourtant officiellement fermée depuis un an.


De telles opérations de stérilisation à la chaîne, parfois dans des champs, des bâtiments abandonnés ou des écoles, sont nombreuses en Inde. Selon les derniers chiffres disponibles, près de 4,6 millions de femmes ont été stérilisées en 2012. La plupart d’entre elles sont pauvres, illettrées et vivent dans les campagnes.

Des Indiennes attendent le tour lors d'une campagne de stérilisation de masse, à Malda, en février 2013.
Des femmes en attente de stérilisation, le 5 février 2013 à Malda, en Inde. | AFP/STRDEL

En 2012, l’ONG Human Rights Law Network (HRLN) découvre dans le Bihar, un Etat du nord de l’Inde, que près de soixante femmes ont été opérées dans une école sans électricité, ni eau, et à l’aide de lampes torches. Les femmes récupéraient de l’opération à même le sol. C’est en opérant l’une d’entre elles qu’un médecin découvrit qu’elle était enceinte, alors que chaque patiente doit en principe subir un test de grossesse avant l’opération. En cas de problème médical ou de décès, les indemnités auxquelles ont droit les patientes ne sont versées que très rarement. « En enquêtant dans les autres Etats, nous avons réalisé que la situation est à peu près la même partout. Les droits des femmes ne sont pas respectés, elles ne sont pas informées sur les autres méthodes de contraception et les conditions sanitaires sont déplorables », témoigne Kerry McBroom, de HRLN.

Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

Article publié sur le site internet du journal Le Monde le 11 novembre 2014.

"Pôle Emploi, ne quittez pas !", derrière le guichet, le désarroi des conseillers

Avec "Pôle Emploi, ne quittez pas!", en salles le mercredi 19 novembre, la documentariste Nora Philippe met en relief les effets dévastateurs de "la bureaucratisation des relations humaines", qui accable autant les conseillers de l'agence que les chômeurs.

 

Le film, tourné en immersion dans une agence Pôle Emploi de Seine-Saint-Denis pendant trois mois au printemps 2013, montre, sans commentaire ni interview, le quotidien de quarante agents face à 4.000 demandeurs d'emploi. Leur mission, quasi impossible: "faire du chiffre", et "trouver du travail là où il n'y en a pas", résume la réalisatrice. "Je voulais aller derrière le guichet", explique la documentariste, qui a choisi d'utiliser une équipe cinématographique (cadreur, perchiste) plutôt que des caméras cachées traquant le dérapage. Un refus du sensationnel revendiqué par Nora Philippe qui cite le sociologue Pierre Bourdieu: "Le fait-divers fait diversion".

Résultat : 110 heures de rushes ramassées en 1h20, où la caméra, qui a su se faire oublier, capte des instants de vie et la violence sourde du chômage. "La violence est multiple", explique Mme Philippe. "C'est celle de l'impuissance et de la marginalisation", énumère-t-elle, s'emportant contre la "stigmatisation" des chômeurs. "En trois mois, je n'ai jamais vu de gens dans cette situation qui jubilent en s'en mettant plein les poches", affirme-t-elle.


POLE EMPLOI, NE QUITTEZ PAS ! - Bande-annonce VF par CoteCine


Une première version du film, amputée de 20 minutes, avait été diffusée sur la chaîne LCP en novembre 2013, causant l'ire de la direction de Pôle Emploi, qui avait pourtant collaboré à la réalisation. Une projection privée devant les conseillers, qui avaient pris part au tournage, avait été décommandée à la dernière minute. Nora Philippe, qui voulait s'expliquer auprès des agents, avait trouvé portes closes à l'agence. Un porte-parole de Pôle Emploi avait alors expliqué au Monde que "la direction régionale et la directrice de l'agence (s'étaient) senties trahies par la réalisatrice après avoir vu son film", justifiant l'annulation de la séance par crainte de "la réaction" des conseillers "vis-à-vis de Mme Philippe si elle était présente".

Une version vivement contestée par la réalisatrice, qui évoque "un moment douloureux". "Ils m'attendaient avec du pop-corn dans l'agence. Ces personnes ont été terrorisées, il y a eu des pressions", affirme-t-elle.

 
"Trop de demandeurs, pas assez de ressources"

Si certaines scènes montrent l'insensibilité du traitement réservé à certains demandeurs, le film humanise les conseillers, pris en tenailles entre un marché de l'emploi sinistré et des directives inapplicables. Épuisés par les "chamboulements informatiques", la "paperasserie" et une gestion des rendez-vous incompréhensible, ils ne demandent qu'à rencontrer les demandeurs d'emploi. "Soit on ne reçoit pas les travailleurs, soit on les voit en groupe", explique la directrice de l'agence dans le film. "Trop de demandeurs, pas assez de ressources", constatent les conseillers.


Dans cette nouvelle mouture, la réalisatrice a ajouté quelques scènes mettant en avant les usagers, des "moments d'humanité, bouleversants et complexes". Comme ce chômeur qui voit sa formation annulée à cause d'un retard administratif, l'empêchant de partir travailler à l'étranger comme prévu. "Je suis de banlieue, je n'ai pas de vécu. Ça aurait été l'occasion de vivre quelque chose", dit-il dépité.
Pour Mme Philippe, la "bureaucratisation des relations humaines" fait des victimes des deux côtés du guichet. "Ils viennent généralement du même milieu. Les employés de Pôle Emploi ne sont pas des nantis", remarque-t-elle. Un constat que la documentariste étend au-delà de l'agence. "Le film parle à toutes les personnes qui travaillent dans d'énormes structures de service public - comme l'hôpital, l'Education nationale - où l'on applique sans réfléchir des techniques de management brutales", conclut-elle.


Source : publié sur le site internet de Francetvinfo le 16 novembre 2014.

mardi 11 novembre 2014

11 novembre 1918 : cette guerre qu’il ne fallait pas faire

S’incliner devant les nécropoles c’est bien. Mais cela peut rester parfaitement inutile…

Ce jour-là, les cloches qui annoncent l’armistice, résonnent sur un immense charnier. Près d’un siècle plus tard, les corps n’en finissent pas de remonter à la surface. Leur rendre hommage, mémoire pourrait-on dire, s’impose toujours. Les hommes qui vécurent l’enfer des tranchées et les populations civiles broyées dans les immenses zones de front sont encore à portée de main historique, traces encore creusées dans les romans familiaux. Commémorer oui ! Mais bannir les retours cocardiers, l’exaltation aveugle d’un Clémenceau partisan fanatique de la guerre à outrance, regarder la tragédie en face pour en tirer de vraies leçons. Nous en sommes encore bien loin si nous prêtons l’oreille aux discours des officiels.

 

Photo AFP

UNE GUERRE, POUR QUOI, POUR QUI ?

Le détonateur éclata à Sarajevo. Mais les charges étaient prêtes, patiemment accumulées depuis des années par les milieux dirigeants européens. Dans la violence des affrontements impérialistes, sur le terrain économique et sur le théâtre colonial, il fallait détruire l’autre. Jaurès ne cessa d’alerter sur la montée des périls, œuvrant jusqu’à la balle de Raoul Villain pour conjurer le désastre, cherchant à unir les socialistes et les classes ouvrières d’Europe contre  un carnage où ils avaient tout à perdre. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels », écrira Anatole France lorsque ses yeux se furent décillés sur la réalité du conflit. De 1913 à 1918, le gain net des sociétés allemandes par action passa de 1,6 milliards de marks à 2,2 milliards malgré la chute qui se profilait. Si 400.000 entreprises – surtout petites ou moyennes – disparurent en France, Renault, Citroën, Berliet, Michelin réussirent à dégager des profits spectaculaires et à accumuler des réserves qui leur permirent de dévorer leurs concurrents.
La guerre nettoyait le terrain du profit au profit des capitalistes dominants. Ainsi, le chimiste Kulhmann, bien qu’ayant perdu ses installations dans le Nord et en Lorraine, parvint à décupler son capital en quatre ans et à multiplier son profit par six. Le patronat et les Cent familles qui dominèrent l’après-guerre s’opposèrent farouchement et avec beaucoup de succès à la loi du 1 juillet 1916 qui prévoyait l’imposition des bénéfices exceptionnels de la guerre. Pour eux, la guerre était une formidable conjoncture économique et un moyen d’assoir leur puissance à l’échelle mondiale.
Mais ce sont les grandes entreprises américaines qui ont le milieu tiré leur épingle de ce jeu sanglant. Avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, leur bénéfice avait triplé. Banquiers de la France et de l’Angleterre en guerre, les capitalistes américains deviennent alors les premiers exportateurs mondiaux de charbon, d’acier, de machines, d’automobiles, de coton et produits alimentaires. Ils récupérèrent alors à bas prix les investissements français en Amérique, solidement assis sur leur prospérité : le plus gros fournisseur de munitions de la guerre, Du Pont de Nemours, a fait passer son profit en quatre ans de 6 à 266 millions de dollars.
Jaurès l’avait annoncé dès 1905 : « La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu, l’appétit du gan, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée de son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie »… Est-ce vraiment si daté ?
 

UN SÉISME POUR LA CIVILISATION

Jamais alors guerre n’avait été si meurtrière et si inventive, hélas. Les gaz de combats, les tanks, les sous-marins, les avions, les télécommunications… les découvertes de la science furent mobilisées pour la mort à grande échelle. Dans les pays belligérants, une propagande intense associée à une sévère censure, berna les peuples pour les conduire à la boucherie. Les mots mêmes en perdirent du sens, tout autant que les images. « Après ce que nous avions vécu, nos peintures de cette époque n’étaient pas faites pour séduire mais pour faire hurler », expliquait Max Ernst. La paysannerie, le principal réservoir de la chair à canon, est frappée au cœur et les campagnes dépeuplées. La naissance d’un siècle débute par un requiem et c’est par les portes de la boucherie, que toute une génération rentre dans la modernité. « On rentre dans la clarté du jour comme dans un cauchemar », écrit Henri Barbusse dans son roman, « Le feu ». Héros de guerre, Aragon ne la pardonne pas. Il conclut en 1928 son « Traité du style » par « Je conchie l’armée française dans sa totalité ».
Les vieilles élites sont discréditées par leur sanglante responsabilité et avec eux les partis socialistes qui les ont accompagnés sur les « sentiers de la gloire ». La colère fera naître le communisme et le surréalisme ; le désarroi, la frustration et le dégoût accoucheront du fascisme qui, vingt-cinq ans plus tard, portera la tragédie humaine à son point ultime.
 

LE SOUVENIR POUR NE PLUS FAILLIR

« Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/ Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/ Déjà le souvenir de vos amours s’efface/ déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri », écrivait Aragon dans « Le Roman inachevé ». Les Déroulède médiatiques, toujours prêts à réclamer une guerre, un jour en Lybie, le lendemain en Irak, plus tard en Syrie ou en Ukraine, auraient profit à se retourner sur ce passé. Quant aux gouvernants d’aujourd’hui dans la mêlée de la mondialisation capitaliste, et certains se disent socialistes, ils pourraient se remémorer qu’on ne joue pas avec les armes à feu près des charges de dynamite. Enfin, les opinions publiques ont à jouer un rôle qu’elles ne surent et ne purent endosser il y a presque un siècle, pour devenir les premières victimes d’une grande imposture.

Article publié sur le site internet de L'Humanité le 11 novembre 2014.

Comment assurer à tous une fin de vie digne en France ?

Légalisation de l’euthanasie, suicide assisté, soins palliatifs…Jean Claude Ameisen Président 
du Comité consultatif national d’éthique et Damien 
Le Guay Philosophe, président du Comité national d’éthique 
du funéraire.


La dignité de l’homme : décider pour lui-même
par Jean-Luc Romero  Président 
de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)


Lorsqu’il s’est agi du divorce, de l’avortement, du mariage pour tous, et malgré les esprits les plus conservateurs de notre société, le législateur a créé les conditions du choix et l’encadrement des pratiques afin que ce choix s’exerce librement, sans contrainte et sans aucune dérive. Sur le sujet de la fin de vie – tabou s’il en est, tant cette question est empreinte en France de notre héritage chrétien – il ne faut pas agir autrement. Laisser l’individu choisir, encadrer les pratiques de la fin de vie afin de s’assurer de son consentement libre et éclairé et de se garder de tout risque de dérive.
La dignité, c’est précisément cela. Agir selon sa conscience, sa volonté, fixer soi-même les limites de sa propre condition de femme ou d’homme et refuser d’en franchir les frontières qui font passer de la vie, belle et magique, à la survie, dramatique et douloureuse. Pourquoi, en France, contrairement aux Pays-Bas, à la Belgique, au Luxembourg…, pays qui nous sont si proches, des médecins, des religieux, des croyants imposeraient aux autres leurs propres opinions ? N’est-ce pas avoir foi en l’homme que de croire en son jugement et de le respecter, même si cela va à l’encontre de nos convictions personnelles ?

En matière de fin de vie, la dignité, c’est maîtriser les conditions de sa propre fin de vie. Avoir le choix entre être prolongé dans sa thérapie car chaque jour gagné est une victoire sur la maladie ; bénéficier d’un lit dans une unité de soins palliatifs, ce qui est loin d’être le cas dans notre pays tant le manque de moyens hospitaliers est cruel, contrairement à ce qui existe dans les pays du Benelux ; bénéficier d’une aide active à mourir, qu’il s’agisse d’une euthanasie active ou d’un suicide assisté, parce que la mort est là, que le diagnostic de fin de vie a été posé, que la médecine est impuissante non seulement à guérir mais également à soulager et que le patient la demande.

Dans notre pays démocratique, seule une loi républicaine assurera les bonnes pratiques ainsi que l’égalité entre chaque citoyen, sans considération de sa fortune personnelle qui lui permettrait de se rendre en Suisse ou de ses relations qui lui permettraient de bénéficier du coup de pouce d’un médecin plus compatissant et plus audacieux que les autres.
Le tout dernier sondage (Ifop – octobre 2014) rappelle combien les Français sont attachés à cette ultime liberté, celle de choisir le moment et la manière d’éteindre la lumière. En effet, 96 % de nos concitoyens sont favorables à la légalisation de l’euthanasie, quand les médecins y sont tout de même favorables à 60 % (Ipsos – janvier 2013 pour le conseil national de l’ordre des médecins). Dans le même temps, 94 % des Français comprennent le choix de leurs compatriotes qui s’exilent en Suisse pour y mourir dignement, puisque c’est pour 92 % le signe du caractère insatisfaisant de la loi Leonetti.

Nous pourrons débattre des heures. Nous pourrons parler d’Hippocrate et de Dieu. Du don et du sacré. Néanmoins, aucun argument ne viendra à bout de la supériorité de la liberté et du choix sur les croyances et l’autoritarisme, voire le paternalisme. C’est aussi cela, la dignité de l’homme : décider pour lui-même et ne pas subir d’influences. Alors, comment assurer une fin de vie digne en France ? Écoutez la souffrance et la demande de celui qui est dans le lit. Ne parlez pas en son nom. Épargnez-lui les tourments de la fin de vie si tel est son choix. Épargnez-lui le temps de l’agonie s’il le demande.
La dignité du mourant est de rester un citoyen libre et responsable jusqu’au bout. Un citoyen écouté et respecté. Aux détracteurs du droit de mourir dans la dignité, je rappellerai aussi que la dignité des vivants est de respecter autrui et de ne pas lui imposer ses vues. C’est une question de principe et de droit. (...)

Lire la suite de l'article sur le site internet de L'Humanité : hhttp://www.humanite.fr/comment-assurer-tous-une-fin-de-vie-digne-en-france-556443

vendredi 7 novembre 2014

Révélation : Comment le patronat a prescrit à Valls la suppression de la médecine du travail

Dans son choc de simplification, le gouvernement s’est laissé dicter une réforme de la médecine du travail par le Cisme, lobby patronal des services de santé au travail. l’Humanité publie l'intégralité du document qui a servi à la dictée.


Un projet, une réforme, une politique du gouvernement « dictés par le patronat » : le propos peut parfois paraître caricatural. Las, 
la réalité confirme, jour après jour, que la caricature est bien du côté d’un gouvernement « de gauche » qui s’est engagé, bras dessus, bras dessous avec les employeurs, dans une campagne de destruction des acquis sociaux. 
La preuve, cette fois, avec le projet de 
réforme, en forme de laminage, des services de médecine du travail, annoncé dans 
le cadre du « choc de simplification » la semaine dernière . Jeudi 30 octobre, très précisément, les médecins du travail ont découvert de manière totalement brutale, dans le chapeau des 50 mesures de simplification, deux items les concernant. L’un prévoyant de mettre fin à la visite périodique obligatoire pour chaque salarié chez le médecin du travail. L’autre suggérant de supprimer la possibilité pour ce médecin de demander l’aménagement d’un poste de travail pour un salarié ayant des problèmes de santé (voir notre édition du 4 novembre). Or, le contenu et la formulation de ces mesures s’avèrent directement inspirés d’un document patronal rédigé le 23 octobre, soit sept jours plus tôt, revendiquant cette réforme et appelant les employeurs à la « mobilisation », afin de saisir « l’opportunité » du choc de simplification pour obtenir satisfaction. Pari réussi. De quel patronat s’agit-il ? Du Cisme, pour Centre interservices de santé et de médecine du travail en entreprise, association qui regroupe et représente la majorité des services de médecine du travail en France, eux-mêmes associations à but non lucratif. Il s’agit en fait d’un syndicat patronal puisque, depuis leur création en 1942, les services de médecine du travail, financés par les entreprises à hauteur de 1,2 milliard d’euros par an aujourd’hui, sont dirigés et gérés par des employeurs. La réforme de 2011 prévoyait de rendre leur gestion paritaire – à 50-50 avec des représentants de syndicats de salariés –, mais un lobbying patronal intense a permis que la présidence du conseil d’administration, qui devait être alternée, soit réservée aux employeurs, qui gardent ainsi le gouvernail financier, mais aussi politique sur la question de plus en plus sensible des risques professionnels. Le Cisme, lié au Medef et à l’UIMM – le patronat de la métallurgie – est connu pour ses interventions régulières auprès des pouvoirs publics. Il milite depuis les années 1970 au moins pour réduire la place des médecins du travail dans les services, afin de lui substituer une panoplie d’intervenants (ergonomes, infirmiers, techniciens) à la fois moins coûteux, ne bénéficiant pas d’un statut protecteur, et de beaucoup moins de poids face aux employeurs. À la faveur d’une pénurie largement fabriquée de médecins du travail, cette évolution s’est déjà imposée à l’occasion des réformes de 2002 et 2011. (...)


Document de référence à télécharger : http://www.humanite.fr/sites/default/files/files/documents/2014-10-23-appel-presidents-sst.pdf


Lire la suite de l'article sur le site internet de L'Humanité : http://www.humanite.fr/revelation-comment-le-patronat-prescrit-valls-la-suppression-de-la-medecine-du-travail-556996

jeudi 6 novembre 2014

L'effet placebo, de " la poudre de perlimpinpin ", vraiment ?

Longtemps décrié, le mystérieux mécanisme apparaît désormais comme une option thérapeutique sérieuse


Sur le Larousse, il s'agit d'une " préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit “effet placebo” ". Selon le site Santé-médecine. net, ce phénomène s'expliquerait par " un mécanisme d'autosuggestion capable de soulager les symptômes ressentis par un individu à la suite de la production d'endorphines par le cerveau ". Pour le psychiatre Patrick Lemoine, c'est plus prosaïquement de la " poudre de perlimpinpin ". Un effet qu'on observe " mais qu'on n'explique pas ", note un autre médecin.
Autrement dit, l'effet placebo demeure une sorte de mystère. Qui échappe à la raison et se dérobe à la logique des scientifiques. C'est, en réalité, l'effet de quelque chose qui n'a aucun effet. Et pourtant, il existe, et il est loin d'être marginal, ainsi que le démontrent les nombreux exemples donnés dans ce documentaire.
Dès les années 1940, durant la seconde guerre mondiale, un médecin qui manquait de morphine avait relevé le phénomène et constaté que les souffrances de ses patients s'apaisaient aussi bien avec une substance sans effet thérapeutique. Le sujet, longtemps resté un objet de polémique, est désormais pris très au sérieux et mobilise de nombreuses équipes de chercheurs à travers le monde.
Résultat, même s'il reste globalement inexplicable, le mécanisme est aujourd'hui un peu mieux connu. On a, par exemple, pu noter que l'effet n'a pas seulement le mérite de soulager les petits maux de tête et les nausées, mais aussi celui de produire une action bénéfique sur des pathologies beaucoup plus lourdes, comme les maladies neurodégénératives.
Grâce à l'imagerie médicale, des chercheurs ont pu constater que le cerveau d'un malade de Parkinson s'était remis à produire de la dopamine après absorption d'un placebo. Aux Pays-Bas, des patients qui ont cru être opérés pour une adhérence pelvienne ont guéri comme ceux passés sous le bistouri. Mieux : des expériences récentes tendent à démontrer que le placebo serait aussi efficace sur des sujets conscients. Les zones d'ombre demeurent !
Olivier Zilbertin

L'Effet placebo, d'Emmanuel Sapin et Pascal Goblot ARTE
(France, 2014, 50 min).
© Le Monde

1,477 million

de personnes aidées par le Secours catholique en 2013


L’association a rendu son rapport annuel jeudi 6 novembre. Parmi les bénéficiaires – disposant, en moyenne, d'un revenu de 515 euros par mois et par unité de consommation, soit 17 euros par jour –, 8,5 % sont âgés de plus de 60 ans, contre 5 % en 2000.


© Le Monde 7/11/2014

L'installation d'hôtels à l'hôpital divise les médecins

L'expérimentation de ces chambres non médicalisées à moindre coût a été adoptée dans le budget de la Sécu


Les hôpitaux proposeront-ils demain à certains de leurs patients de séjourner dans une chambre d'hôtel payée par l'Assurance-maladie plutôt que dans une chambre médicalisée ? L'Assemblée nationale a donné son feu vert, le 24  octobre, en première lecture, à l'expérimentation de cette mesure pendant trois ans avant une éventuelle généralisation.
Ces " hôtels hospitaliers ", conçus comme des " sas " entre l'hôpital et le domicile, devraient à la fois permettre un plus grand confort du malade et des économies substantielles. Mais pour certains chirurgiens, le recours à ces hôtels pourrait " couper l'élan de la médecine ambulatoire " –qui se limite à une hospitalisation de jour.

" Ça rassure tout le monde "