vendredi 27 septembre 2019

Peut-on encore vivre sans Internet ?

Des champs de pommes de terre et de lin, le clocher d’une église gothique et, au loin, la frontière belge, ses couvoirs géants et ses vendeurs de tabac, d’essence et de pralines. Nous sommes à Hondschoote, une commune de quatre mille habitants dans le département du Nord. Au croisement des deux routes principales s’élève la Maison de services au public (MSAP), un bâtiment sans âme où deux fonctionnaires accueillent les habitants des environs, trop éloignés des agences publiques situées vingt kilomètres plus loin, à Dunkerque.

 
Il est 11 heures, ce 9 mai 2019, quand Mme Marie-Claude Clarys, 65 ans, pousse la porte de la MSAP, deux gros dossiers sous le bras. « J’ai toujours fait mes papiers comme il faut toute ma vie, mais, là, j’ai l’impression qu’on est bêtes, qu’on est idiots. Ils ont tout mis obligatoirement sur Internet. » Dans cet ex-Point com, devenu Point relais services, puis MSAP (avant de devenir bientôt une des deux mille « Maisons France service »), les déboutés du numérique affluent. Nombre de démarches qu’ils faisaient autrefois naturellement leur sont devenues impossibles.

La dématérialisation complique le quotidien de bien des habitants de cette région agricole. Mme Clarys, robe flamande et joues rouges, en bout de colère. Pour cette retraitée des services (immobilier, vente, animation), la déclaration des revenus sur Internet est un « cauchemar ». « Dans mon village, on n’est pas au bout du monde, mais on est en bout de ligne ! Internet n’a jamais vraiment bien fonctionné. Quand on appelle, ils disent sans cesse : “Débranchez, branchez, débranchez…” À la longue, j’en ai ras le bol, je n’ai pas envie d’attraper encore plus de cheveux blancs. »

Mme Clarys vit dans une zone d’ombre, l’une des sous-catégories des zones blanches (près de 541 communes en 2018). Elle fait partie des 12,8 millions de Français qui ne disposent pas de l’Internet à haut débit (1). M. Christophe Ryckebusch, le fonctionnaire territorial qui la reçoit, se veut rassurant. Il lui demande son numéro fiscal et son mot de passe. Elle remue ses papiers, retourne ses dossiers, fouille partout. « Je ne sais pas », répond-elle. « Vous avez un compte Ameli ? Il sert de passe-partout pour les sites des services publics », lui dit le fonctionnaire. « Ameli, vous dites ? »
Entre les mots de passe de son téléphone, de son ordinateur, de son courriel et tous les autres, Mme Clarys est perdue. « OK, est-ce que votre adresse mail marche toujours ? », demande le fonctionnaire. « Euh, bah oui, je suppose. » Mme Clarys ne se sert pas du courrier électronique ; elle préfère les lettres manuscrites et les rendez-vous en face à face. « Je vous ai changé le code, lui annonce M. Ryckebusch. Vous allez en recevoir un nouveau sur votre mail. »

Pour découvrir ce nouveau sésame, Mme Clarys devra demander de l’aide à sa belle-fille. Elle-même ne fait pas partie des 75 % de Français qui possédaient un smartphone en 2018. « Revenez avec ce code, lui enjoint M. Ryckebusch, et on en mettra un nouveau. » Avec de la chance, le message d’impots.gouv.fr n’atterrira pas dans sa boîte de courriers indésirables, un piège récurrent dont il prend soin de la prévenir.
Les identifiants, les mots de passe, les captcha (tests visuels permettant de différencier un humain d’un robot), les courriels de confirmation… Rien de cela ne va de soi pour Mme Clarys. « On se croit bêtes, répète-t-elle. Et puis, on n’ose pas aller sur Internet. On abandonne, souvent. C’est comme pour la banque, c’est tout le temps par Internet, maintenant. Quand même, avoir un rendez-vous avec quelqu’un en chair et en os, je suis plus rassurée. On se demande ce qu’on a fait pour en arriver là. »

Vers une société sans contact

En France, plus de treize millions de personnes sont « mal à l’aise » avec Internet, soit 23 % de la population de plus de 18 ans (2). Les personnes âgées représentent 66 % de celles qui sont les plus éloignées du numérique ; 55 % des plus de 70 ans n’ont pas d’accès à Internet chez eux. Un jeune de moins de 35 ans sur cinq serait également concerné. Le département du Nord totalise plus de 598 000 déconnectés (23 % de ses 2,6 millions d’habitants). Un terme assez peu subtil a fait son apparition pour désigner le fait de ne pas être équipé d’appareils informatiques, de ne pas maîtriser leur fonctionnement ou de ne pas disposer d’une connexion : l’« illectronisme ».

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Article intégral en ligne accessible en audio : https://www.monde-diplomatique.fr
Source : Le Monde diplomatique, août 2019.

jeudi 17 janvier 2019

L'alerte du Défenseur des droits sur la dématérialisation des services publics

Jacques Toubon rappelle que le passage progressif au tout-numérique se traduit pour beaucoup "par un véritable recul de l'accès" aux droits.

Le Défenseur des droits a mis en garde, jeudi 17 janvier, contre une dématérialisation à "marche forcée" des services publics et certaines "dérives" dans le passage progressif au tout-numérique, qui se traduit "pour beaucoup d'usagers par un véritable recul de l'accès" aux droits.
Si ce "processus inéluctable et fondamentalement positif" constitue un "progrès", il ne doit "laisser personne de côté", surtout pas les plus vulnérables, personnes âgées et détenus en tête, juge dans son rapport "Dématérialisation et inégalités d'accès aux services publics" le Défenseur des droits Jacques Toubon, autorité indépendante notamment chargée de veiller au respect des droits et libertés par l'administration.

"Distances et obstacles"

La numérisation a prévenu Jacques Toubon, lors d'une présentation à la presse jeudi, "crée des distances et des obstacles" pour certaines personnes.
Il s'appuie sur les milliers de réclamations reçues de la part des usagers pour étayer, de façon très détaillée, les insuffisances parfois "inacceptables" des administrations en ligne et le retard dans la mise en œuvre du plan gouvernemental qui prévoit le passage de l'intégralité des services publics sur internet à l'horizon 2022.
Cet "objectif ne sera pas atteint si l'ambition [...] se résume à pallier la disparition des services publics sur certains territoires et à privilégier une approche budgétaire", tacle ainsi Jacques Toubon. A fortiori, souligne-t-il, si la transformation "est mise en place 'à marche forcée', sans tenir compte des difficultés bien réelles d'une partie de la population".

"Rupture d'égalité"

Il évoque par exemple la "fracture numérique", particulièrement évidente dans les 541 communes classées en "zone blanche", donc dépourvues de toute connexion à internet, ce qui entraîne une "rupture d'égalité" et une "entrave à l'accès aux services publics" dans des zones par ailleurs enclavées.

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Source : L'Observateur, 17/01/2019.
Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

dimanche 7 octobre 2018

Pôle emploi. Le numérique, un plus pour les usagers ? Pas sûr !

Surréaliste ! Pôle emploi devrait être amputé de près 4 000 postes. Pour ce faire, la direction veut aller encore plus loin dans la dématérialisation. Un « progrès » censé faciliter les démarches des usagers qui se mue en véritable galère pour nombre d’entre eux. Explications.


Près de 4 000 postes devraient être supprimés à Pôle emploi. La ministre du Travail justifie cette saignée par la « baisse du chômage », mais aussi par les évolutions technologiques. « La direction de Pôle emploi explique que numériser et automatiser les tâches à faible valeur ajoutée vont permettre de libérer du temps pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi », explique Philippe Barriol, délégué syndical SNU-Pôle emploi. En région parisienne, un conseiller suit 300 demandeurs d’emploi et peut être contacté par mail par 250 autres, considérés comme autonomes dans leur recherche. Le moins qu’on puisse dire est que cet accompagnement est limité. Les postes les plus menacés par la digitalisation sont ceux liés à l’indemnisation. « Du fait de la mise en place de la déclaration sociale nominative, les attestations d’employeurs vont, de plus en plus, être transmises et gérées automatiquement. Le problème est que, à la différence d’un conseiller, un algorithme n’est pas capable de repérer les erreurs, notamment sur le motif du licenciement. »


Photo Hamilton/REA.

Côté usagers, la digitalisation peut constituer un véritable obstacle à l’accès aux droits. « Outre la barrière de la langue, beaucoup de demandeurs d’emploi ne maîtrisent pas l’informatique, certains ne savent même pas bouger une souris », souligne Angela (*), conseillère dans les Hauts-de-Seine. Un accompagnement est souvent nécessaire pour permettre à ces usagers de gagner en autonomie. « J’ai fait venir plusieurs fois une dame, qui parlait le français mais ne le lisait pas, pour réaliser son actualisation. Au bout de trois mois, elle y arrivait toute seule. » Le problème est que le temps manque pour les conseillers. « Au lieu d’aider les demandeurs à acquérir de l’autonomie, nous sommes obligés de faire à leur place ! » regrette-t-elle. Tous les demandeurs d’emploi ne disposent pas d’un ordinateur personnel et s’il est possible de réaliser ses démarches sur les postes à disposition dans les agences, ceux-ci ne suffisent souvent pas. « Dans mon agence, 10 postes sont à disposition du public, mais le réseau local ou celui plus global de Pôle emploi sont fréquemment saturés », regrette Béatrice (*), conseillère dans le Val-de-Marne.

Toujours plus complexe

Pour les nouveaux chômeurs, la galère numérique commence dès l’inscription. « Pôle emploi oblige ceux qui n’ont pas de boîte mail à en créer une. Le problème, c’est que beaucoup n’iront jamais dessus », observe sa collègue Céline. Le formulaire d’inscription s’est, en outre, largement complexifié : il faut maintenant renseigner les compétences acquises via ses études ou son expérience professionnelle. « Même pour des personnes maîtrisant l’outil informatique, ce n’est pas simple », note Rose-Marie Péchalat, administratrice du site www.recours-radiation.fr

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Source : L'Humanité.fr, 27/09/2018.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

lundi 30 avril 2018

Les Français se préoccupent de plus en plus de leurs données personnelles

La Commission nationale informatique et libertés, qui fête ses 40 ans, a reçu plus de 8.000 plaintes en 2017.





Née dans les turbulences du projet de super-fichier Safari dans les années 70, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) vient de fêter ses 40 ans, et elle est "installée dans le paysage institutionnel français", se félicite ce mardi sa présidente, Isabelle Falque-Pierrotin, en présentant son rapport annuel [PDF].

Elle est bien identifiée par les Français – dont "9 sur 10 sont inquiets du devenir de leurs données personnelles", souligne la présidente de la Cnil, et ils se tournent vers la Commission – "77% des Français lui font confiance" : l'an dernier, la Commission a reçu un nombre record de plaintes, 8.360, en forte hausse en trois ans (5.802 plaintes en 2014, moins de 8.000 les deux années suivantes).


  • 25% de ces plaintes portent sur le marketing et le commerce, principalement sur la prospection par e-mail, téléphone ou courrier.
  • 27% des plaintes concernent la diffusion de données personnelles sur Internet (réseaux sociaux, blogs, sites), et surtout leur suppression ou leur modification.
  • Les autres secteurs concernés par les plaintes sont les ressources humaines (16%) - vidéosurveillance, géolocalisation, refus de communication du dossier professionnel -, la banque et le crédit (12%), le secteur santé et social (8%).


Conseils pratiques : mot de passe, protéger ses données...

La Commission diffuse de nombreux conseils pratiques sur la maîtrise des données personnelles ; elle a coproduit en juin 2017 avec la MGEN un clip de sensibilisation sur la protection de la vie privée, avec le youtubeur le Rire Jaune (il a été vu plus de 4,3 millions de fois en moins de 10 mois).



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Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

Source : L'Observateur, 10/04/2018

samedi 9 décembre 2017

Se former à l’ère de l’intelligence artificielle

« Les illettrés du XXIème siècle ne seront pas ceux qui ne savent pas lire ou écrire mais ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre », prédisait le futurologue Alvin Toffler dès les années 70. Mais que faut-il apprendre dans un monde déjà dominé par les nouvelles technologies et demain par l’intelligence artificielle ? Et comment ? Que deviendront les diplômés d’aujourd’hui dans ce monde de la « fin du travail » que prophétisait Jeremy Rifkin en 1995 dans son livre éponyme ? Autant de questions qu’on s’est posé la semaine dernière au Qatar où se déroulait le World Innovation Summit for Education (Wise), un événement qui réunit depuis 2009 les grands acteurs de l’éducation venus du monde entier.


Des étudiants de NEOMA BS visitent une entreprise en réalité virtuelle

La montée en puissance de l’IA


Après l’ère numérique, les formateurs doivent maintenant faire face à la montée en puissance d’une intelligence artificielle (IA) qui s’apprête à tout bouleverser.  «Aujourd’hui et demain, les besoins en professionnels du numérique maîtrisant notamment les concepts globaux de l’IA et les cas d’usage vont devenir pressants pour accompagner les projets métiers ou les innovations technologiques», estime l’association Pasc@line dans une toute nouvelle étude. Elle préconise donc d’intégrer le sujet « Intelligence artificielle » dans l’ensemble des cursus des étudiants ingénieurs du numérique, de multiplier les spécialisations en fin de cycle mais aussi d’enseigner les concepts et les cas d’usages principaux de l’IA dans les formations d’ingénieurs ne relevant pas spécifiquement du numérique mais également dans les écoles de management.
« Il y a 20 ans nous formions des diplômés qui allaient travailler dans le marketing et la finance. Nous avions remarquablement appris à des étudiants à aller puiser dans des stocks de connaissance », confirme Bernard Belletante, le directeur d’emlyon BS qui remarque que « 2020-2030 va être la décennie de l’intelligence artificielle. Ce qui signifie que notre responsabilité c’est de développer les compétences d’individus qui vont devoir travailler dans des systèmes complexes et apprenants ». 

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Source : Le Monde, 21/11/2017.
Article intégral en ligne : http://orientation.blog.lemonde.fr

vendredi 25 novembre 2016

Le numérique bouleverse les pratiques médicales : pour le meilleur ou pour le pire ?

Chaque jour, des innovations numériques bousculent les pratiques des professionnels de la santé. Pour plus d’efficacité quand il s’agit de lutter contre les déserts médicaux, mais aussi avec de nouveaux questionnements éthiques, dès lors que des robots remplacent le diagnostic humain. Pour faire le point, la Fondation Cognacq-Jay a rassemblé des experts lors d’un colloque sur la numérisation de la médecine.

 

Comme beaucoup d’autres secteurs, la numérisation bouleverse le secteur sanitaire et social. Nous n’en sommes qu’au début de ce que les spécialistes nomment « disruption », mais c’est pour essayer d’en analyser déjà les impacts, tant pour les patients que pour les médecins ou les aidants, que la Fondation Cognacq-Jay a organisé un colloque sur le thème : « Numérique, lien social ou isolement ? ».
Cela a permis aux participants de développer les aspects positifs de la digitalisation, mais aussi de prévenir sur les dangers qui guettent le tout-numérique, et d’alerter sur la question de l’accessibilité de tous les publics.

Une plateforme ou une application n’ont pas d’émotions

 

D’emblée, Axel Kahn, généticien, directeur de recherches à l’Inserm, a rappelé que « la numérisation transforme considérablement le rôle du médecin, mais elle ne remplace pas la relation particulière qui unit le médecin à son patient. Une plateforme ou une application n’ont pas d’émotions ; elles aident à la décision humaine et proposent des scénarios ».
Le médecin, le psychologue, l’infirmier, garderont toujours la place de tiers de confiance, que ne peuvent prendre des machines. Pour Joëlle Dulauroy, psychologue à l’hôpital Cognacq-Jay, c’est une évidence que la machine ne puisse se substituer aux humains : « j’accompagne des aidants et des proches qui font de l’accompagnement en soins palliatifs. Leur place est irremplaçable et d’ailleurs reconnue par la loi du 9 juin 1999 sur les bénévoles d’accompagnement ».

Même des machines peuvent contribuer à rompre l’isolement

 

Et pourtant… Même des machines peuvent contribuer à rompre l’isolement. Lors de la conférence, deux exemples ont été présentés dans ce sens. L’entreprise sociale L’Effet Papillon expérimente à Laval le programme Bliss. « Il s’agit de lunettes de réalité virtuelle. Elles sont portées par des patients pendant une opération et leur permettent d’atténuer la douleur », explique Mélanie Péron, fondatrice de L’Effet Papillon.
De son côté, le laboratoire Bristol Myers Squibb développe le projet Vik-e, un robot de téléprésence piloté par des enfants malades au sein de l’Ihope de Lyon.

Source : Gazette Santé Social, 25/11/2016. 

mercredi 6 juillet 2016

Le numérique s’installe dans le social

La dématérialisation des services publics est de plus en plus présente dans les métiers de l’action sociale et frappe d’exclusion numérique les populations les plus en difficulté. Les travailleurs sociaux sont contraints de faire les démarches à la place des usagers alors qu'ils devraient au contraire les accompagner.


Sortie en mars du rapport « À guichets fermés » de la Cimade qui associe « dématérialisation » à « exclusion » ; parution en avril dans le journal « Le Monde » d’une tribune signée par des acteurs de la solidarité, des entreprises privées et des entrepreneurs du web qui s’engagent à former des « réseaux d’accompagnement au numérique sur le territoire » ; fermeture en mai pour deux mois de la caisse d’allocations familiales du Bas-Rhin, débordée par les demandes de prime d’activité déposées en ligne… l’actualité fourmille d’événements en lien avec l’arrivée, de plus en plus forte et de plus en plus systématique, du numérique dans la vie quotidienne des Français.
Pour des raisons d’économie, les services publics migrent donc, un à un, du support papier et du face-à-face avec un intervenant social vers l’écran et la foire aux questions. Après le dossier en ligne pour le logement social en 2012, désormais obligatoire pour tout demandeur, l’inscription à Pôle emploi s’effectue par internet depuis mars 2015, tout comme la demande de la prime d’activité lancée par la Caisse nationale d’allocations familiales en janvier 2016. Dès 2019, la déclaration de revenus et le paiement de l’impôt supérieur à 300 euros seront dématérialisés !

Fracture numérique

 

Chaque jour, la société se numérise davantage. Le Baromètre 2015 du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) recense 84 % d’internautes en France. 68 % d’entre eux se connectent tous les jours et plus d’une personne sur deux accomplit des démarches administratives ou fiscales en ligne.
Des voix s’alarment pourtant des conséquences sur l’inclusion sociale. Le Collectif « pour une France accessible » reproche au Gouvernement d’« entériner la fracture numérique » avec le projet de loi pour une République numérique. De fait, si « 80 % de la population ne souffre pas de la dématérialisation des services publics, elle n’est pas adaptée aux personnes les plus en difficulté », résume Bernard Dreyfus, délégué général à la médiation avec les services publics du défenseur des droits. Et de désigner comme victimes les personnes les plus âgées, ou en situation de handicap, les personnes illettrées ou trop pauvres pour être équipées d’un ordinateur, d’une imprimante et d’un scanner. Sans oublier les habitants des zones blanches.

Gazette Santé Social, 06/07/2016.

mercredi 27 avril 2016

Le numérique à l’école change-t-il vraiment le rapport à l’erreur ?

Najat Vallaud-Belkacem affirme que le numérique en classe change le rapport à l’erreur. Rue89 a questionné ce constat.

 

C’est un passage qui nous a intrigué. « Je constate, lors de visites dans des classes passées au numérique, que son utilisation change le rapport à l’erreur », observait Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, dans une récente interview au Monde.
« Un élève qui s’exerce au calcul mental sur sa tablette ne craint pas de se tromper et d’être jugé. Plus confiant, il peut beaucoup mieux progresser.
Or les études Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) nous montrent que si les élèves français obtiennent de mauvais résultats, notamment en maths, c’est justement par peur de l’erreur. »
Si Najat Vallaud-Belkacem cite en exemple le calcul mental, l’observation est valable quelles que soient les disciplines, précise-t-on au ministère.
Rue89 a donc questionné l’affirmation, en interrogeant profs et chercheurs : en classe, le numérique change-t-il vraiment le rapport à l’erreur ?

Tu t’es trompé, dit la machine

Pour André Tricot, professeur d’université à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) à Toulouse, cela a été constaté dans certains cas. Pour un élève en difficulté scolaire, la répétition de retours négatifs sur son travail peut être perçue comme une menace. Le fait qu’ils soient exprimés par une machine gomme cette forme de pression sociale.
« On ne va pas percevoir cet autrui comme jugeant. »
Plusieurs études ont établi ce mécanisme supposé (sur les exercices dits simples) et c’est sans doute ce à quoi fait allusion la ministre, avance André Tricot, coauteur d’« Apprendre avec le numérique, mythes et réalités » (éd. Retz, 2014).
Une élève de la British School of Paris utilise un iPad, à Croissy-sur-Seine, le 3 décembre 2012
Une élève de la British School of Paris utilise un iPad, à Croissy-sur-Seine, le 3 décembre 2012 - FRED DUFOUR/AFP
Rémi Angot, prof de maths dans un collège de Clarensac (Gard), le constate quand ses élèves font des exercices de calculs devant un ordinateur.
« Ce n’est plus le prof qui vient dire “tu t’es trompé” mais la machine. En tant que prof, ça nous met dans une autre position, davantage dans un rôle de coach ou d’entraîneur. »

« L’outil ne suffit pas »

Professeur de mathématiques dans un collège de Calais classé Rep+ (Réseaux d’éducation prioritaire), Guillaume Caron teste depuis deux ans et demi les tablettes en cours. Il s’en sert plutôt en petits groupes, quand leur utilisation est pertinente : il arrive que les tablettes sommeillent dans leur étui pendant une ou deux semaines. Pour lui : 
« Le changement du rapport à l’erreur relève davantage d’une démarche globale. L’outil numérique le facilite, dans la mesure où il est intégré à la démarche pédagogique. »
Pour ce prof de maths, il y a quelque chose de très français à considérer une erreur comme une faute, « alors que l’erreur fait partie du processus d’apprentissage ».
Il estime qu’il faut retravailler les méthodes d’évaluation et s’intéresser au processus de réflexion de l’élève en proposant par exemple davantage de questions ouvertes.
« Le changement de rapport à l’erreur ne doit pas seulement être attribué à l’outil », reconnaît de la même manière le ministère de l’Education nationale.
« Mais aussi à la démarche pédagogique des enseignants qui font de l’erreur un élément constructif de l’apprentissage. »
Le ministère cite notamment la pédagogie de l’essai-erreur : apprendre en procédant par tâtonnement, comme dans un jeu vidéo.

dimanche 16 novembre 2014

Le stylo n’a pas dit son dernier mot

Vous avez sans doute, ces derniers jours, griffonné une liste de courses sur un bout de papier ou laissé un Post-it sur un bureau. Peut-être avez-vous écrit un mot dans le cahier de correspondance de votre enfant ou pris rapidement des notes pendant une réunion. Mais quand avez-vous rédigé pour la dernière fois un long texte à la main ? A quand remonte votre dernier courrier « à l’ancienne », réalisé avec un stylo, sur une feuille de papier ? Faites-vous partie de ces gens, qui, dans leur activité professionnelle, abandonnent peu à peu le crayon au profit des agréments du clavier ?

Sylvie Serprix

Nul ne peut encore mesurer avec précision le déclin de l’écriture manuscrite, mais une enquête britannique, effectuée en juin auprès de 2 000 personnes, laisse entrevoir la profondeur du phénomène. Selon ce sondage commandé par Docmail, un Britannique sur trois n’a pas écrit à la main depuis six mois – en moyenne, le dernier document tracé au stylo remonterait à quarante et un jours. Les gens écrivent sans doute plus qu’ils ne le pensent, mais une chose est sûre : les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de rédiger des textes avec une telle rapidité que, dans le monde du travail, elles supplantent peu à peu l’écriture manuscrite.
Les Etats-Unis en ont tiré les conséquences. Puisque les mails et les SMS ont remplacé les courriers, puisque les étudiants prennent désormais leurs notes sur ordinateur, puisque les employés effectuent leurs travaux sur écran, l’écriture dite « cursive », qui lie entre elles les lettres d’un même mot, ne fait plus partie des enseignements obligatoires du « Common Core Curriculum Standards », le socle commun à tous les Etats. Depuis 2013, les petits Américains sont obligés d’apprendre l’usage du clavier et l’écriture « script » (les caractères d’imprimerie), mais ils ne sont plus tenus de peiner sur les pleins et les déliés de l’écriture « attachée », encore moins sur ses capitales ornées de boucles.

Intenses controverses


Aux Etats-Unis, cette réforme a donné lieu à d’intenses controverses. Dans un éditorial publié le 4 septembre 2013, le Los Angeles Times s’est félicité de cette salutaire avancée. « Les Etats et les écoles ne devraient pas s’obstiner à apprendre aux enfants à écrire en attaché sur la foi d’une idée romantique selon laquelle c’est une tradition, un art ou une compétence fondamentale dont la disparition serait une tragédie culturelle. Evidemment, tout le monde doit être capable d’écrire sans ordinateur mais, d’une manière générale, l’écriture script est suffisante. (…) Ecrire en caractères d’imprimerie est plus clair et plus lisible. Et, pour beaucoup, c’est également plus facile et quasiment aussi rapide. »
Certains Etats, comme l’Indiana, ont cependant décidé de maintenir l’apprentissage de l’écriture cursive à l’école. Si cet enseignement disparaît, affirment-ils, les jeunes Américains ne pourront plus lire les cartes d’anniversaire de leurs grands-parents, les annotations que les professeurs portent sur leurs copies, ou le texte original de la Constitution et de la Déclaration d’indépendance, qui ont été rédigées à la main. « Personnellement, je n’arrive plus à me rappeler la dernière fois que j’ai lu la Constitution », a rétorqué avec humour l’universitaire Steve Graham, professeur de sciences de l’éducation à Arizona State University.

Les outils et les supports de l'écriture n'ont cessé de changer

 

Cette petite révolution a beau déchaîner les passions, elle ne constitue pas tout à fait une première. Depuis l’invention de l’écriture en Mésopotamie, 4 000 ans avant notre ère, l’humanité a traversé bien des révolutions technologiques. Des tablettes sumériennes à l’alphabet phénicien du premier millénaire avant Jésus-Christ, de l’invention du papier, en Chine, au début de notre ère, à la naissance du codex – ce cahier de feuilles manuscrites qui deviendra le livre –, de l’invention de l’imprimerie au XVe siècle à l’apparition du stylo Bic dans les années 1960, les outils et les supports de l’écriture n’ont cessé de changer.
A première vue, la bataille entre le clavier et le stylo pourrait donc apparaître comme le énième soubresaut de la longue histoire de l’écriture – une simple affaire d’outil auquel l’homme finira, vaille que vaille, par s’adapter. Peu importe d’ailleurs la manière dont on écrit un texte, pense-t-on souvent, ce qui compte, c’est sa qualité. Qui se demande, à la lecture d’un document, s’il a été rédigé avec un stylo ou tapé sur un ordinateur ? Qui s’interroge, lorsqu’il découvre un écrit, sur le geste technique qui a permis d’en conserver la trace ? (...)

Par

Lire la suite sur le site internet du journal Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2014/11/13/le-stylo-n-a-pas-dit-son-dernier-mot_4523185_3224.html

jeudi 25 septembre 2014

mercredi 10 septembre 2014

" Lettre A ", " Lettre de l'Expansion " : les têtes d'affiche de la presse professionnelle s'appuient sur le numérique

Ces titres au lectorat assez large ont mieux pris le virage du Web que le reste de la presse spécialisée


Les sites américains Politico et Quartz : voici les deux sources d'inspiration de Jean-Christophe Boulanger, président et cofondateur de Contexte, site d'information professionnel lancé fin 2013. Le premier, basé sur les abonnements, est incontournable à Washington, quand le second, gratuit, s'adresse à un lectorat plus large, intéressé par l'économie.
A leur image, Contexte se positionne à la croisée de la presse professionnelle et de la presse " grand public " sur le numérique. Ses journalistes s'adressent aux professionnels des politiques françaises et européennes avec des briefings quotidiens par e-mail, " lisibles au petit déjeuner, sur mobile principalement ", pour 480 à 1 490 euros par an, selon les offres.
En se lançant dans le 100 % numérique, Contexte fait un pari que peu de titres de presse professionnelle ont osé faire. Certains l'ont partiellement fait, comme le groupe Indigo Publications. Parmi ses dix titres, seuls La Lettre A et PressNews sont encore publiés au format papier.
Entre l'achat d'articles à l'unité, l'accès aux archives et les canaux verticaux par secteur ou par pays, Maurice Botbol, directeur de la publication d'Indigo, voit dans le Web l'outil qui lui a permis de faciliter la distribution de ses titres à l'étranger. Les formats numériques ont contribué à 84 % de la croissance du groupe en 2013, onzième année consécutive de résultats positifs avec un chiffre d'affaires de 3,4 millions d'euros, en hausse de 7 % par rapport à 2012.

vendredi 11 juillet 2014

Dossier: Générations numériques : des enfants mutants ?

Ils jouent sur des tablettes dès l’âge de deux ans. Très tôt, ils savent manier les smartphones mieux que leurs parents. À l’adolescence, ils se passionnent pour les jeux vidéo en ligne et les échanges sur Facebook ou Twitter… Ces nouvelles pratiques suscitent l’inquiétude des parents et des éducateurs.

Serions-nous confrontés à des enfants mutants ?


Martine Fournier
A consulter au centre de ressources Lormont/Talence
Sciences Humaines N°252 octobre 2013