mercredi 11 novembre 2015

Première guérison d’une leucémie grâce à un traitement génétique

C’est un première pour la biotech française Cellectis. La start-up spécialisée dans l’immunothérapie - une approche qui consiste à booster le système immunitaire pour l’aider à lutter contre la maladie - a annoncé jeudi 5 novembre que son médicament expérimental avait été utilisé avec succès chez l’humain. La première patiente soignée est une petite fille britannique de 11 mois atteinte d’un cancer du sang (leucémie) ayant résisté à tous les autres traitements. « Sa leucémie était tellement agressive qu’une telle réponse est presque un miracle », a déclaré le professeur Paul Veys, directeur de l’unité de transplantation de moelle osseuse du Great Ormond Street Hospital (GOSH) de Londres où était traitée Layla Richards.


La start-up basée à Paris développe des cellules immunitaires dont l’ADN a été modifié grâce à des ciseaux moléculaires et que l’on appelle dans le jargon des « CAR-T ». Ainsi « customisées », elle sont capables de détecter et de détruire des tumeurs qui échappent aux mécanismes de défense classique du corps.

Entre 250 000 et 1 million de dollars par patient

 

Depuis cinq ans, plusieurs laboratoires dont le suisse Novartis ainsi que les biotechs américains Kite et Juno, proposent ce type de thérapies. Très efficaces (plus de 90 % des patients sont guéris) elle sont cependant très peu utilisées : selon les estimations seuls 200 patients dans le monde ont pu en bénéficier. Pourquoi ce paradoxe ? Dans leur version actuelle, les CAR-T sont fabriquées à partir des propres cellules immunitaires du patient, afin de limiter le risque de rejet. Chaque dose étant unique, la production reste anecdoctique, et le coût du traitement s’avère astronomique : entre 250 000 et 1 million de dollars par patient. « La demande est immense et mais faute d’industrialisation, les listes d’attentes sont interminables », souligne André Choulika, le fondateur de la start-up.

Standardiser la fabrication des médicaments

 

L’approche de Cellectis est différente. « Notre technologie permet de supprimer un récepteur bien précis à la surface des cellules immunitaires que nous inoculons aux patients de façon à ce qu’elles ne soient plus vues comme des corps étrangers », explique le scientifique et chef d’entreprise. Si cela fonctionne, le médicament permet d’obtenir des résultats aussi spectaculaires que les immunothérapies existantes, il sera possible de standardiser la fabrication des médicaments et de les commercialiser à un prix plus raisonnable. « Un changement de paradigme ! », se félicite André Choulika.
La petite patiente londoniennen a reçu en juin ce traitement baptisé UCART19 à titre exceptionnel. Les essais cliniques ne commenceront en effet qu’à la fin de l’année, avec douze patients britanniques et la commercialisation n’est pas prévue avant au moins cinq ans.

Chloé Hecketsweiler, 6/11/2015, Le Monde.

Feu vert pour les greffes d’utérus en France

La transplantation d’utérus sera dorénavant possible en France. L’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’accorder une autorisation pour un essai clinique à une équipe du CHU de Limoges. Le protocole prévoit d’inclure huit femmes, qui recevront l’utérus de donneuses en état de mort cérébrale.

Après des décennies de recherches, la greffe d’utérus s’est concrétisée pour la première fois par la naissance d’un enfant en octobre 2014, en Suède. Depuis, l’équipe de l’université de Göteborg, qui a recours à des donneuses vivantes, a obtenu d’autres succès. Au total, quatre bébés sont ainsi nés – le dernier en juin – selon une communication des chercheurs suédois au récent congrès de la Société européenne d’oncologie gynécologique (ESGO), à Nice.


En septembre, un groupe de chercheurs britanniques a, de son côté, indiqué avoir reçu le feu vert pour lancer un essai sur une dizaine de femmes au Royaume-Uni. Elles recevront un utérus prélevé chez des donneuses en état de mort cérébrale. L’étude devrait commencer dès 2016 si l’équipe réussit à réunir les fonds nécessaires.

Prélèvement multi-organes 

 

Les transplantations d’utérus sont le seul traitement envisageable pour les infertilités d’origine utérine. Celles-ci résultent soit d’une absence congénitale de cet organe (comme dans le syndrome de Rokitansky-Küster-Hauser, qui touche une femme sur 4 500), soit de son ablation chirurgicale (après hémorragie de la délivrance ou tumeur, par exemple), soit d’un problème fonctionnel. Au total, ces pathologies sont loin d’être rares, elles concerneraient environ une femme sur 500.
L’équipe de Limoges qui vient d’obtenir l’autorisation des autorités est investie dans ce champ de recherche depuis 1999. Les médecins ont d’abord travaillé sur des animaux, puis ont prélevé l’utérus de femmes en état de mort cérébrale, montrant que cette procédure peut s’intégrer dans un prélèvement multi-organes sans problème particulier.
L’essai clinique qui commence a été approuvé par le comité de protection des personnes (CPP) de la région. Il est financé par des fonds publics, dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique. Une présélection des participantes est en cours.
« L’objectif principal de cette étude de faisabilité est de démontrer que les bénéfices sont supérieurs aux risques, c’est-à-dire que ces transplantations peuvent permettre d’aboutir à des naissances, sans complications majeures », résume Tristan Gauthier, gynéco-obstétricien au CHU de Limoges et investigateur principal de l’essai. L’équipe, dit-il, a reçu « énormément de demandes » à l’échelle nationale. Certaines ont été rapidement écartées du fait du contexte clinique.

Au mieux fin 2016

 

Les critères d’inclusion dans le protocole sont très stricts. Ainsi, les patientes qui ont eu une ablation de l’utérus en raison d’une hémorragie de la délivrance ne peuvent participer, car l’ANSM a souhaité limiter l’étude à des femmes qui n’ont pas encore d’enfant. La sélection est aussi drastique pour minimiser les risques de complications médicales, chirurgicales et obstétricales.
Le premier faire-part de naissance après transplantation d’utérus en France n’est cependant pas pour demain, prévient Tristan Gauthier.
« Nous nous réjouissons de cette autorisation, parmi les premières accordées dans le monde, mais il y a des étapes incompressibles. La première greffe se fera au mieux fin 2016, avec l’inconnue de la durée d’attente d’un greffon compatible. Ensuite, il faudra attendre un an que la greffe soit stabilisée, avant de mettre en route une grossesse par fécondation in vitro. La première naissance n’aura donc pas lieu avant fin 2018 », insiste le médecin. En attendant, l’équipe continue des expérimentations chez l’animal. Si le premier essai tient ses promesses, la technique pourrait ensuite se diffuser dans d’autres centres français, et les indications s’élargir. D’autres sources de donneuses sont possibles. Il y a tout juste un an, une équipe de l’hôpital Foch (Suresnes) évoquait de son côté un projet de transplantations utérines à partir de donneuses en état de mort cérébrale, mais aussi de donneuses vivantes et de transsexuelles femmes devenant hommes.

Sandrine Cabut, Le Monde, 6/11/2015.

vendredi 6 novembre 2015

DOC HEBDO N°56 - du 5 au 11 novembre 2015

Retrouvez et téléchargez le bulletin numérique de revue de presse DOC HEBDO N°56 du DPFI de Lormont qui présente l'actualité du 5 au 11 novembre 2015 via ce lien : https://drive.google.com/file/d/0B8K6AGV2iEkDWUJxeGJPbVF1dXM/view?usp=sharing

Retrouvez les anciens numéros du Doc Hebdo sur cette page : http://actu33.blogspot.fr/p/doc-hebdo-du-dpfi.html

 

Mathias Énard, prix Goncourt 2015 : « Nous sommes tous un peu orientaux »

Retrouvez notre entretien avec Mathias Énard, qui vient d'obtenir le prix Goncourt pour son roman "Boussole" aux Editions Actes Sud. 

L’auteur de Zone parle de l’islam, de l’interdépendance entre Europe et Orient, et du roman contemporain.


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Comment vous êtes vous intéressé à l’orientalisme ?
J’ai étudié l’arabe et le persan aux Langues Orientales (INALCO), je suis l’héritier de cette tradition. Quand j’étais encore dans la voie universitaire, j’étais fasciné par la vision de l’autre, le double miroir entre l’Est et l’Ouest et par ce courant orientaliste, la description des voyageurs dont parle Edward Saïd. Tout ce qu’on tient pour acquis dans la vision de l’autre n’est-il pas une entreprise de domination ? Saïd ouvre un champ plus qu’il ne met un point définitif à la question. Mais il a été crucial pour nous ouvrir les yeux. J’ai beaucoup travaillé cette question, essentielle pour moi, ces dix dernières années.

Quel a été le point culminant de ce mouvement ?
L’apogée est à la charnière du XXe siècle, vers 1890-1910. En musique avec le nancéen Florent Schmidt, en art avec la fin du mouvement pompier dont l’orientalisme rêvé n’a plus rien à voir avec celui sur le motif des débuts. A la toute fin du XIXe siècle, à partir  des festivités d’ouverture du Canal de Suez, le voyage en Orient est devenu un lieu commun.

Est-ce que « Boussole » forme un ensemble avec vos livres précédents ?
« Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants » aborde l’orientalisme comme moment artistique, le contact esthétique entre l’est et l’ouest, l’intérêt des Ottomans pour l’art occidental et l’architecture italienne. Le point de vue de « Rue des voleurs »  est très contemporain : l’Europe ou le monde arabe vus par la jeunesse. « Boussole » rentre dans le vif du sujet, et essaie de voir la question de plus haut.

Même si le projet est ancien, le livre est-il une réponse à l’actualité récente ?
Malheureusement oui, c’est aussi un geste politique. En écrivant ce livre j’étais sans cesse rattrapé par l’actualité, l’horreur de la guerre, au moment où j’ai écrit les scènes de Palmyre, Daesh était encore loin. Mais je pense qu’il fallait montrer ou rappeler que l’Islam et l’Orient ne sont pas que violence aveugle et bêtise absolue, que nous sommes tous un peu orientaux. On ne peut pas nier cette violence, que les frères Kouachi criaient « Allah Ahouakbar ». Mais pour beaucoup, en Europe, la peur empêche de voir tout ce qu’il y a de musulman en nous.

Les personnages vont en Syrie à l’époque d’Hafez-El-Assad, ce qui a été votre cas, vous décrivez une assez grande liberté laissée aux chercheurs…
Par rapport à l’Iran c’était flagrant, il y avait beaucoup de chercheurs étrangers en Syrie. Et tout le monde s’accommodait plus ou moins du régime. Je n’y suis pas retourné depuis la guerre, j’aurais pu mais c’était absurde et dangereux, je ne suis pas journaliste. Mais je suis allé partout autour, en Liban, en Turquie, j’ai des contacts avec les syriens, on essaie d’aider les exilés à parvenir en Europe. La destruction du Moyen-Orient, petit à petit, pays par pays, est un des grands drames de ce début de XXIe siècle. L’Irak est en guerre depuis 1980.

Les enfants non religieux sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants

Pancartes lors d'un rassemblement athéiste à Washington en 2012.


Certains observateurs attentifs de l’actualité des derniers millénaires l’avaient déjà noté : la religion n’est pas toujours un gage de concorde et de fraternité. Une étude publiée jeudi 5 novembre dans la revue Current Biology suggère que le mode de transmission des valeurs et des pratiques religieuses d’une génération à l’autre risque de faire perdurer cette situation. Menée dans six pays auprès de 1 170 enfants de cinq à douze ans, elle montre que l’altruisme n’est pas la chose la mieux partagée chez ceux issus de familles pratiquant une religion. Ils présenteraient aussi une prédilection pour l’application de châtiments plus sévères que les rejetons de familles se définissant comme « non religieuses ».


Conduite au Canada, en Chine, en Jordanie, en Turquie, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, cette étude dirigée par Jean Decety (Département de psychologie de l’université de Chicago) avait pour objectif de mesurer si la religion, ainsi qu’on le croit fréquemment, renforce les comportements dits « prosociaux ».
L’enquête est financée par une bourse de la Fondation américaine John Templeton. D’inspiration chrétienne, celle-ci avait en 2007 remis son prix (mieux doté que le Nobel) au philosophe canadien Charles Taylor, qui défend l’idée selon laquelle les sociétés laïques occidentales ne sont pas aptes à satisfaire la quête humaine de sens.
« La sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire »
Sont-elles pour autant moins « morales » ? La fondation risque d’être déçue par la réponse. Les chercheurs réunis par Jean Decety concluent en effet que leurs observations « remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire ». Un manifeste politique, inhabituel dans une revue de biologie. Jean Decety y tient, notamment du fait qu’aux Etats-Unis, où ce Français naturalisé américain est installé depuis 14 ans, il est impossible à quiconque se déclarant non croyant d’espérer accéder à de hautes fonctions, notamment électives, « car il serait suspecté d’être immoral, voire amoral ».

Capacité d’empathie

Qu’a montré son équipe ? Elle a d’abord mesuré le niveau de pratique religieuse des familles dont elle a étudié les enfants. Pour des raisons de robustesse statistique, ceux-ci ont été divisés en trois groupes – non religieux (dont athées), chrétiens, musulmans – les autres cultes étant sous-représentés dans l’échantillon. Les chercheurs ont demandé aux parents d’évaluer la capacité d’empathie et la sensibilité à l’injustice de leurs enfants. Les chrétiens et musulmans les estimaient plus élevées que ce que rapportaient les parents non croyants.
Les chercheurs ont ensuite fait visionner par chaque enfant des petites vidéos montrant d’autres enfants se poussant ou se faisant trébucher, de façon intentionnelle ou non, en leur demandant de noter le niveau de « méchanceté » et celui des punitions méritées par les fautifs, sur une échelle graduée, mais non spécifique – « on ne proposait pas 40 coups de fouets ! », précise Jean Decety. Les enfants religieux estimaient en moyenne ces actes plus répréhensibles, et – que les méfaits aient été ou non volontaires – proposaient des punitions plus sévères que les athées, les petits musulmans étant les plus intransigeants.

« Jeu du dictateur »

Enfin, pour évaluer la générosité des enfants, les chercheurs ont fait appel à une adaptation du « jeu du dictateur », imaginé par les économistes : parmi trente autocollants, ils leur ont proposé de choisir leurs dix préférés, en précisant qu’ils n’auraient pas le temps d’en distribuer à tous les écoliers. Ils leur demandaient ensuite s’ils seraient prêts à en donner pour leurs camarades moins chanceux. Le nombre d’autocollants cédés, hors de la vue de l’expérimentateur, augmentait avec l’âge (un effet déjà connu du développement de l’altruisme chez l’enfant). Mais les petits athées se montraient significativement plus généreux que leurs pairs croyants, chez qui les dons étaient inversement proportionnels à l’intensité de la pratique religieuse – « quelle que soit la culture, c’est-à-dire le pays d’origine », précise Jean Decety, en réponse à des objections sur la répartition statistique des données.


Ce graphe montre que les enfants athées sont plus altruistes que les enfants de familles religieuses. Il est à souligner que la différence entre chrétiens et musulmans est statistiquement non significative (ns.).
Comment expliquer ce dernier phénomène ? Les auteurs invoquent un mécanisme de « licence morale » : la religiosité étant perçue en elle-même comme un gage de bonté, les pratiquants pourraient s’autoriser – « inconsciemment », précise Jean Decety – un plus grand égoïsme au quotidien. « C’est une explication plausible, commente Luke Gallen (université du Nebraska). D’autres recherches ont montré que la religiosité traditionnelle est associée à des dons charitables plus élevés, mais pas avec une aide offerte dans des situations spontanées, ce qui concorde avec la présente étude. »

Le Monde.fr,| Par

Portrait social de la France et de l’Europe en crise : la santé

La santé a été une cible des politiques d'austérité. Les coupes budgétaires ont entrainé des déremboursements de soins et une détérioration du système de santé publique dans de nombreux pays. En conséquence, de nombreux citoyens européens, parmi les plus fragiles, ont du renoncer aux soins. L’espérance de vie en bonne santé baisse, de même que les taux de fécondité.


Retrouvez l'ensemble des graphiques qui dressent un portrait social de la France et de l’Europe en crise dans le domaine de la santé via ce lien : http://www.humanite.fr/infographie-portrait-social-de-la-france-et-de-leurope-en-crise-la-sante-588847?IdTis=XTC-FT08-A68XFR-DD-DU1EX-FM8Y

Où en est l’ouverture du don du sang aux homosexuels dans le monde ?

La ministre de la santé, Marisol Touraine, a annoncé, mercredi 4 novembre, la levée de l’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang en France. S’il s’agit indéniablement d’une avancée, cette réforme ne met pas un terme à la discrimination, en fonction de l’orientation sexuelle, face au don du sang.


A partir du printemps 2016, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes pourront être donneurs, mais à condition de ne pas avoir eu de rapports avec un partenaire, protégé ou non, au cours des douze derniers mois précédant le don. La France s’aligne ainsi sur la régulation du Royaume-Uni, de l’Australie ou encore de la Finlande.
Marisol Touraine a toutefois ouvert la porte à une évolution de ces conditions :
« S’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit. »
Certains pays, comme les États-Unis, continuent d’interdire le don du sang aux homosexuels en se basant sur une plus forte présence statistique du VIH dans cette population, tandis que d’autres conditionnent la possibilité de donner à un comportement sexuel à risque, peu importe l’orientation sexuelle du donneur.

Accédez à l'animation sur le site du Monde : http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/04/ou-en-est-l-ouverture-du-don-du-sang-aux-homosexuels-dans-le-monde_4803161_4355770.html

Ouverture progressive du don de sang aux homosexuels à partir de 2016

« C’est la fin d’un tabou et d’une discrimination » : à partir du printemps 2016, les homosexuels pourront donner leur sang sous conditions, a annoncé la ministre de la santé Marisol Touraine, mercredi 4 novembre, dans un entretien accordé au Monde.

Pour assurer la sécurité des transfusions, Mme Touraine veut « procéder par étapes » :

« Dans un premier temps, le don du sang sera ouvert aux homosexuels n’ayant pas eu de relations sexuelles avec un autre homme depuis douze mois. Les homosexuels pourront donner leur plasma s’ils sont dans une relation stable depuis quatre mois ou s’ils n’ont pas eu de relations sexuelles sur la même période.
Les premiers dons nous permettront de réaliser des études et, s’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit. Dans cette optique, nous allons réécrire les questionnaires à remplir lors d’un don de sang pour préciser les conditions pour les homosexuels, mais également pour les hétérosexuels ayant des pratiques à risques, par exemple avec des prostituées. »

Interdiction depuis 1983

La levée de cette interdiction était une promesse de campagne de François Hollande et une demande de longue date des associations de défense des droits des homosexuels.
L’interdiction de donner son sang pour les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes est en vigueur depuis 1983. Elle est fondée sur une plus forte présence du VIH dans cette population et sur l’existence d’une « fenêtre silencieuse » de dix jours, pendant laquelle le virus est indétectable dans le sang collecté.

Le Monde, 04/11/2015.

lundi 2 novembre 2015

Cinéma : "La dernière leçon", un film qui pose la question du droit à mourir dans la dignité

"La dernière leçon" de Pascale Pouzadoux sort en salle mercredi 4 novembre au cinéma. Retour sur un film émouvant.

 

Il y a 10 ans un très beau roman racontait l'histoire d'une femme qui a l'âge de 92 ans allait choisir sa mort en préparant ses proches. Ce roman de Noëlle Châtelet a été adapté au cinéma. "La dernière leçon" de Pascale Pouzadoux sort mercredi prochain au cinéma.



L'histoire de Mireille Jospin

 

Ce jour-là, Madeleine a 92 ans, une belle vie derrière elle et une belle descendance. Seulement voilà, 92 ans c'est long et Madeleine se sent très fatiguée. Une déclaration et toute la famille est plongée dans le désarroi. Les uns acceptent la décision de Madeleine, les autres pas du tout. "Elle décide de tout et va jusqu'au bout. Elle veut partir proprement, sainement et comme elle dit à un moment donné, elle veut partir debout", explique Marthe Villalonga, actrice.

"La dernière leçon" est une histoire vraie, celle de Mireille Jospin, mère de l'ancien Premier ministre qui en 2002 décide de mettre un terme à sa vie. Ces quatre enfants l'acceptent et c'est sa fille Noëlle qui l'accompagne jusqu'au bout. Une expérience douloureuse qu'elle raconte dans un livre et qui aujourd'hui est portée à l'écran.



Source : www.francetvinfo.fr

dimanche 1 novembre 2015

Non, la bonne viande n'est pas cancérigène, c'est la barbaque industrielle qui l'est

Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des États Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre.


De temps en temps, des organismes autorisés s’autorisent à nous faire peur. Respect pour l’OMS, aux statistiques incontestables mais objectivement relatives. Donc le bifteck tue. Si l’on creuse un peu, la salade aussi, voire le fromage et pourquoi pas l’eau ? Tout dépend de ce que l’on mange, de comment on le mange, de combien on en mange et d’où ça vient. Mais il faudrait peut-être cesser de proclamer des contre vérités et des approximations comme s’il s’agissait d’évidences scientifiquement établies. Pour ce qui est de l’information publiée par Le Monde, le contenu du dossier sur la viande rouge mérite d’être rectifié à l’aune de nos réalités.
Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des Etats Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre. La ration moyenne du steack américain est de 400 à 500g, en France elle est de 100g. Leur viande rouge est riche en calories (500 ca pour 100g contre 200 ca de moyenne en France), avec un taux de lipides de 24% là-bas contre 4% chez nous. Nous ne mangeons pas la même chose.                 
L’Américain cuit sa viande à la flamme vive (grill, barbecue) provoquant la formation d’hydrocarbures polycycliques issus de la carbonisation des graisses et des protéines. Le Français, lui, déguste sa viande saignante, ou bleue, et parfois crue (tartare). Enfin, le cheptel américain est nourri au tourteau de soja OGM à haute dose (car cela engraisse rapidement l’animal) assorti d’hormones et de compléments alimentaires chargés de chimie.
Au delà de ces chiffres, tout dépend de la quantité de viande ingurgitée. Oui, nous consommons trop de viande, et, surtout, trop de mauvaise viande, mais cela n’est pas inéluctable. Avec un budget constant de 18€, au lieu d’acheter 6 fois un mauvais morceau de viande importé de loin à 3€, mieux vaut acheter un bon bifteck français à 6€ et manger autre chose les trois jours sans viande. Ainsi le consommateur doit-il s’enquérir de l’effet positif, ou négatif, de son achat, en vérifiant ce qui est marqué sur l’étiquette pour s’assurer que le produit en question préserve un système agricole équitable, l’environnement et la santé de l’individu. Idem pour la charcuterie. Le jambon et le saucisson de campagne sont innocents, la rillette aussi. Lisons. Manger c’est voter.
Quant aux viandes entrant dans les plats cuisinés industriels, il est urgent que le gouvernement obtienne de Bruxelles l’obligation de leur traçabilité afin que l’on sache enfin d’où provient le contenu du paquet. Une traçabilité, certes obligatoire sur la viande fraîche, mais toujours refusée par la Commission européenne sur les produits transformés, pour ne pas contrarier le marché néolibéral qui aime bien s’enrichir avec du cheval roumain dans les lasagnes au boeuf. Nous avons les meilleurs élevages et les meilleurs bouchers du monde, pourquoi succomber à la tentation de la malbouffe carnée que nous impose la grande distribution à tous ses échelons ?
Tant que Michel Edouard Leclerc et le géant agro-industriel Xavier Beulin, accessoirement patron de la Fnsea, maintiendrons leur alliance objective, la malbouffe aura de beaux jours devant elle. Rêvons que le programme agroecologique lancé par le ministre Stéphane le Foll et voté par le parlement en 2014 dans le cadre de la Loi d’avenir pour l’agriculture poursuive sa route jusqu’au rétablissement complet d’une rentabilité juste et propre dans nos campagnes. Notre paysannerie en a besoin pour que la France conserve une civilisation agricole florissante. Pour le reste, tout est affaire de bon sens et d’équilibre. L’entrecôte de vache française élevée à l’herbe ne tuera jamais personne et nos bouchers de proximité demeureront les plus précieux de nos artisans.

Périco Légasse, Marianne, 27/10/2015.