samedi 12 décembre 2020

Hercule ou le démantèlement d’EDF ?

L'exécutif souhaite découper le géant énergétique EDF pour privatiser la branche électrique, tout en maintenant le contrôle sur la branche nucléaire. Un projet qui n'est pas forcément avantageux pour EDF et ses usagers.

Lors de son interview sur Brut le vendredi 4 décembre, Emmanuel Macron a affiché un soutien plutôt inattendu à la filière nucléaire française. Une filière qui connait par ailleurs de nombreuses difficultés : fermeture de Fessenheim, retard colossal dans les travaux de maintenance de Flamanville… Des difficultés auxquelles les négociations en cours à Bruxelles comptent mettre fin en s’attaquant à la question de la rente nucléaire d’EDF via le projet de restructuration du groupe baptisé HERCULE. 

L'idée est la suivante : « découper » le groupe en deux (voire trois) filières, permettant ainsi à la filière nucléaire de devenir 100% publique et d’ouvrir les autres à des capitaux privés. De cette réorganisation découle un double avantage. D'une part, permettre à l’État de subventionner le nucléaire sans contrevenir aux règles de la concurrence européenne. De l'autre, apporter de l’argent frais via les capitaux privés. 

Mais ce démantèlement provoque une levée de boucliers : cette solution semble en effet contraire aux intérêts d’EDF et à ceux des consommateurs, dans la lignée d’un bilan loin d’être positif de la libéralisation du groupe depuis les années 1990. À gauche comme à droite, la réorganisation d'EDF est décriée par les groupes parlementaires. Jeudi 10 décembre 2020, une deuxième journée de grève a eu lieu. Selon le groupe, elle a été observée par 27% des salariés, 36% selon la CGT. 

L'avenir énergétique de la France doit-il nécessairement passer par une plus grande ouverture à la concurrence ? Celle-ci permettra-t-elle de faire face aux prochains défis, notamment ceux du nucléaire ? Pour en parler, nous avons invité trois spécialistes : Jacques Percebois, directeur du Centre de Recherche en Économie et Droit de l'Énergie, docteur en Sciences économiques, spécialiste en Économie du gaz naturel et de l'énergie nucléaire, Anne Debregeas, chercheuse à EDF R&D et membre de SUD Énergie et Quentin Derumaux, directeur du département énergie et environnement chez Sia Partners.

Source : France culture, 11/12/2020.
Écoutez l'émission ici : https://www.franceculture.fr

vendredi 11 décembre 2020

Grève à EDF : le « projet Hercule » en cinq questions

Les salariés de l'énergéticien français sont appelés à la grève ce jeudi.
En cause, la réorganisation programmée d'EDF voulue par l’État et la direction. De quoi parle-t-on exactement ? Éléments de réponse dans CQFD.

Après la grève du 26 novembre, qui avait conduit à une baisse significative de la production nucléaire, les salariés d'EDF sont de nouveau appelés à cesser le travail ce jeudi. Les syndicats du groupe public entendent protester contre le projet de réorganisation du groupe, baptisé « Hercule ».

1. En quoi consiste le projet Hercule ?

Elaboré par la direction d'EDF, le projet Hercule prévoit notamment la séparation de ses activités en plusieurs entités distinctes. D'un côté, EDF « Bleu », détenue à 100 % par l'Etat, regrouperait l'ensemble des activités nucléaires ainsi que le gestionnaire de réseau du transport d'électricité (RTE).

De l'autre, EDF « Vert » comprendrait les activités commerciales du groupe (la vente d'électricité au consommateur), le réseau de distribution Enedis et les énergies renouvelables. Elle serait contrôlée par l'Etat et ouverte aux capitaux privés, éventuellement en Bourse.

La question de ses activités hydrauliques, qui comprennent notamment les barrages, n'est pas encore tranchée. Initialement intégrées à EDF « Bleu », elles pourraient finalement être logées dans une troisième filiale, baptisée EDF « Azur ».

2. Pourquoi est-il mis en œuvre ?

Comme ses concurrents Enel, Iberdrola ou encore Engie, EDF veut accroître ses investissements dans les énergies renouvelables solaires et éoliennes pour profiter de la croissance phénoménale promise par ces activités dans les années à venir. Toutefois, la grande majorité de ses capacités d'investissements sont aujourd'hui captées par la modernisation de son parc nucléaire.

Par ailleurs, le groupe est peu attractif pour les investisseurs privés qui sont très réticents à soutenir le nucléaire à l'avenir incertain dans de nombreux pays. En scindant ses activités dans différentes entités (Bleu et Vert), EDF espère se rendre plus attractif aux yeux des investisseurs privés et ainsi financer sa croissance.

(...)

Source : Les échos.fr, 10:12/2020.
Article intégral en ligne : https://www.lesechos.fr

 

 

vendredi 20 décembre 2019

Les députés votent le projet de loi antigaspi, pas de consigne plastique avant 2023

Le gouvernement voulait faire de la consigne plastique une mesure phare de la loi… Elle ne verra peut-être jamais le jour.

Le projet de loi anti-gaspillage a reçu un large soutien, dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’Assemblée nationale. Consacré à « l’écologie du quotidien » et à la chasse au « tout jetable », il a été voté par les députés socialistes et républicains, venus apporter leurs voix à la majorité pour ce texte examiné en première lecture, face à cinq abstentions des élus communistes et Libertés et Territoires et un vote contre de la France Insoumise.
Députés et sénateurs se pencheront à nouveau sur ce texte en commission mixte à la rentrée, avant une éventuelle nouvelle lecture au palais Bourbon à partir du 21 janvier.

Polémique sur le recyclage des bouteilles

En plein mouvement social sur les retraites, ce projet de loi voulu comme un marqueur environnemental de l’acte II du quinquennat n’a pas eu l’écho souhaité. De plus, son image a été brouillée par le conflit opposant le gouvernement aux professionnels du recyclage et aux associations de collectivités, sur la consigne pour recyclage des bouteilles en plastique.

Ce sujet a pris « beaucoup trop de place », ont déploré plusieurs députés LREM, dont la présidente de la commission du Développement durable, l’ex-EELV Barbara Pompili, « agacée par cette affaire ».
Au départ, le gouvernement voulait en faire une mesure phare avec un nouveau geste pour les Français, qui comme dans plusieurs pays européens, auraient payé une « caution » sur leurs bouteilles puis récupéré quelques centimes d’euros en les rapportant dans des automates dédiés.

Le but ? Atteindre les objectifs européens de taux de collecte de 77 % de bouteilles plastique en 2025 et 90 % en 2029, quand la France plafonne à moins de 60 %.
Mais professionnels des déchets et collectivités, qui craignent de perdre des ressources, sont montés au créneau. Et le ministère de la Transition écologique s’est résolu à un « compromis ».

Il leur laisse finalement jusqu’en 2023 pour tenter d’atteindre les objectifs intermédiaires de collecte, faute de quoi, après « concertation », le dispositif de consigne pour recyclage pourrait être « mis en œuvre ».

(...)

Source : L’Observateur, 20/12/2019.

Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

samedi 13 septembre 2014

Il n'y a "pas d'urgence" à augmenter les tarifs de l'électricité, selon le Conseil d'Etat

Le juge a maintenu l'annulation de la hausse de 5 % prévue le 1er août. Le gouvernement annoncera un nouveau mode de calcul en octobre

Le gouvernement n'est pas fautif d'avoir refusé l'augmentation de 5 % des tarifs de l'électricité prévue le 1er août. Ainsi en a décidé le Conseil d'Etat. La haute juridiction administrative a annoncé, vendredi 12 septembre, qu'elle rejetait une demande de suspension d'un arrêté gouvernemental du 28 juillet 2014. Ce texte annulait cette hausse des tarifs réglementés de vente de l'électricité aux particuliers qui avait pourtant été annoncée – et inscrite dans un arrêté précédent – dès juillet 2013 par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Le Conseil d'Etat avait été saisi en référé mi-août par l'Anode. Cette association de concurrents d'EDF dénonçait l'avantage compétitif ainsi donné à l'opérateur historique et rappelait qu'aux termes de la loi, les tarifs doivent permettre de couvrir les coûts d'EDF. Ce qui justifiait, à ses yeux, l'augmentation annoncée de 5 %.

Dès juin, la ministre de l'énergie, Ségolène Royal, avait décidé un gel au nom de " la protection des consommateurs ". Le chef du gouvernement, Manuel Valls, avait cependant prévenu qu'une hausse, même inférieure à 5 %, interviendrait à l'automne pour les tarifs bleus d'EDF (92 % des consommateurs).

Vendredi, sur Twitter, Mme Royal a salué la décision du Conseil d'Etat, y voyant " une bonne nouvelle pour les consommateurs ". Dans un communiqué, elle a annoncé que le décret sur la nouvelle formule de calcul des tarifs, promise en juin, sera publié en octobre. En y intégrant le prix de gros de l'électricité sur le marché, qui a baissé depuis 2012, le nouveau mécanisme devrait limiter les hausses tarifaires.

" Portée temporaire "

En juillet, l'Assemblée nationale avait voté à l'unanimité la création d'une commission d'enquête sur les tarifs de l'électricité. Réclamée par le groupe socialiste, elle doit apporter " une meilleure compréhension et plus de transparence " sur leur mode de fixation, avait précisé François Brottes (PS, Isère), président de la commission des affaires économiques.

Le Conseil d'Etat ne juge pas du " bien-fondé des critiques formulées contre l'arrêté " et indique qu'il " se prononcera prochainement au fond ". Le juge des référés a juste constaté que " la condition d'urgence n'était pas remplie ". De plus, l'arrêté du 28 juillet 2014 " n'a qu'une portée temporaire, dans l'attente de la mise en place, très prochaine, de nouvelles modalités de tarification de l'électricité sur la base desquelles seront ensuite fixés de nouveaux tarifs ".

Enfin, il n'est pas établi, selon le magistrat, que ce gel porte une " atteinte grave et immédiate " aux intérêts des concurrents d'EDF, " alors que, à l'inverse, la suspension de cet arrêté pourrait porter atteinte à l'intérêt des consommateurs ".

L'action d'EDF a perdu plus de 3 % dans les minutes suivant la publication de la décision. Avec 5 % d'augmentation au 1er août, ce sont 500 millions d'euros qui seraient entrés dans les caisses d'EDF, avait indiqué son PDG, Henri Proglio, lors de la présentation des comptes du 1er semestre, le 31 juillet.

Le même jour, le gouvernement avait publié un arrêté prévoyant une facture de rattrapage, le Conseil d'Etat ayant jugé insuffisante une autre hausse, de 2 % celle-là, décidée par le gouvernement pour la période allant de juillet 2012 à juillet 2013.

Depuis 2010, les tarifs de l'électricité n'ont pas cessé d'augmenter pour financer la modernisation des réseaux de transport et de distribution d'électricité, et surtout la rénovation des 58 réacteurs nucléaires. Une exigence renforcée après la catastrophe de Fukushima. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait alors demandé à EDF de relever les barrières de sûreté des centrales, ce qui entraînera un surcoût estimé par EDF à 10 milliards d'euros.

Par Jean-Michel Bezat


Article publié dans le journal Le Monde du 14/09/2014.

vendredi 25 avril 2014

Les liens entre la consommation de boissons énergisantes et la consommation de psychotropes chez les jeunes / Que connaissons-nous du phénomène?


C’est dans les années 1960 que les «boissons énergisantes» font leur apparition en Asie et en  Europe (Reissig, Strain & Griffiths, 2009). Par contre, l’ampleur du phénomène, tel qu’il est connu aujourd’hui, provient surtout de l’arrivée de Red Bull® en Autriche en 1987 et en Amérique du Nord en 1997 (Reissig, Strain & Griffiths, 2009). Au Québec, la première marque mise en marché, le Guru®, est offerte depuis 1999 (Allard, Bélanger & Paquin, 2011). La caféine est le principal ingré-dient actif présent dans ces boissons. Selon la variété du produit offert, ce stimulant est ajouté à du sucre, de la taurine, du glucuronolactone, des vitamines et diverses autres substances en quantité variable (ex.: ginseng, inositol, etc.) (INSPQ, 2010). Depuis leur introduction sur le marché, les boissons énergisantes (BÉ) connaissent une popularité grandissante (Simon & Mosher, 2007). Les BÉ font l’objet d’une promotion qui incite les jeunes à consommer ces liquides sucrés et caféinés en prônant des bienfaits tels un regain d’énergie, un état d’éveil prolongé et une augmentation de la performance physique et intellectuelle dans différents contextes. Certains auteurs déplorent le fait que les stratégies de marketing ciblent majoritairement les jeunes de l’école secondaire et du collé-gial, les incitant ainsi à consommer de la caféine en banalisant la consommation de ces boissons (Allard, Bélanger & Paquin, 2011). 

Extrait de Drogue-sante-societé.ca
Article en ligne: Les liens entre la consommation de boissons  énergisantes