mardi 17 mai 2016

Ces « maladies de pays riches » qui gagnent du terrain en Afrique

Des installations sportives à Soweto, en Afrique du Sud en mars 2012.
L’Afrique fait face à un double fardeau sanitaire. Si le sida et le paludisme restent endémiques, les affections « non transmissibles », généralement associées aux pays riches, pèsent de plus en plus sur les populations du continent. Elles devraient même monter sur la première place du podium des causes de mortalité en 2030. « Les pathologies cardiovasculaires, le diabète, les maladies pulmonaires chroniques et les cancers ne connaissent pas de frontières, souligne le docteur Cherian Varghese, coordinateur à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces pathologies affectent désormais de manière disproportionnée les Etats à faible revenu : 86 % des décès prématurés, avant l’âge de 70 ans, qui leur sont imputables surviennent dans ces pays. »

Tueuse silencieuse

Les raisons de ce désastre sont les mêmes que dans les pays plus développés. « Des facteurs de risque, qui agissent seuls ou en se combinant : le tabac, la sédentarité et une consommation excessive d’alcool. Sans oublier une alimentation transformée, trop riche en sel, en sucres et en matières grasses. Dans le contexte de la mondialisation, se nourrir de ces produits industrialisés est devenu, en Afrique, l’option la plus économique », déplore le docteur Varghese.

Conséquence directe, le nombre d’événements aigus comme les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) explose. « Il y a dix ans, la première cause de consultation en neurologie était les infections du système nerveux central, comme les méningites, la toxoplasmose ou les abcès », note le docteur Laho Diallo, médecin chef du service de neurologie à l’hôpital de Kipé, en Guinée. « Désormais, la tendance a complètement changé. L’AVC est devenu la première cause d’admission aux urgences mais aussi la première cause d’hospitalisation en neurologie en Guinée. Les autres pays de la sous-région, comme la Côte d’Ivoire, le Bénin ou encore le Ghana, sont dans la même situation. C’est un véritable problème de santé publique. » En cause : l’hypertension artérielle, tueuse silencieuse qui abîme le cœur et les vaisseaux. C’est en Afrique qu’elle sévit le plus : en 2014, plus de 30 % des Africains de plus de 18 ans souffraient d’hypertension.

Des cancers mal traités

Le cancer est aussi devenu un problème de santé publique. « L’Afrique est concernée par tous les types », constate le docteur Varghese. Les cancers du col de l’utérus et du sein sont les plus fréquents chez les femmes. Les hommes, eux, sont touchés en premier lieu par le cancer de la prostate. Les cancers colorectaux et du poumon sont en train d’émerger, en lien avec l’adoption du tabagisme et de mauvaises règles diététiques. Mais la maladie a, sur le continent, ses spécificités : 25 % des cas sont dus à des infections virales chroniques. Les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C exposent particulièrement les populations au cancer du foie. Le virus du sida peut, lui aussi, provoquer certains cancers, comme le sarcome de Kaposi, qui se manifeste par des tumeurs malignes sur la peau et dans les viscères.

Le manque de moyens financiers, techniques et humains vient assombrir le tableau. En Afrique, la majorité des cancers sont diagnostiqués à un stade avancé, en raison d’un défaut de dépistage précoce, mais aussi d’une méconnaissance des signes de la maladie, tant du côté des populations que des professionnels de santé. En outre, dans la plupart des pays, les malades ne peuvent pas avoir accès aux traitements. Sans surprise, la mortalité est donc très élevée. A titre d’exemple, le taux de survie à cinq ans dans le cas du cancer du sein est inférieur à 50 % en Gambie ou en Ouganda, alors qu’il est de presque 90 % en France.

Diabète et obésité

Le diabète a également gagné énormément de terrain. Selon le dernier rapport de l’OMS sur l’épidémie, 3,1 % des Africains étaient diabétiques en 1980. Ils sont désormais 7,1 %, soit 25 millions de personnes. C’est pourtant une maladie encore largement méconnue : environ 70 % des malades ignorent qu’ils en sont atteints. Par ailleurs, les traitements, à base d’insuline et d’hypoglycémiants, ne sont accessibles que dans une minorité de pays. Le diabète non traité est source de très graves complications telles que la cécité, les accidents cardiaques, l’insuffisance rénale ou la gangrène des membres inférieurs. « C’est aussi un facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral », rappelle le docteur Diallo.

L’obésité est en progression sur le continent où persistent paradoxalement de graves problèmes de malnutrition. Conséquence du développement socio-économique et du changement des habitudes de vie, on estime que 20 % à 50 % des populations urbaines africaines sont en surpoids ou obèses. De plus, des représentations et croyances favorisent la prise pondérale volontaire. Plusieurs études confirment que l’obésité est non seulement un critère de beauté en Afrique mais est aussi souvent perçue comme un signe de richesse, voire de bonne santé. Et la jeune génération a de quoi inquiéter : le nombre d’enfants africains de moins de 5 ans en excès de poids ou obèses a presque doublé entre 1990 et 2014, passant de 5,4 millions à 10,3 millions.
Beaucoup de décès dus aux maladies non transmissibles, de par les facteurs de risque qui les sous-tendent, pourraient être évités. Sur les 38 millions de décès provoqués par ces maladies en 2012, l’OMS estime que 16 millions, soit 42 %, étaient prématurés et évitables.

lundi 24 novembre 2014

L'homme qui " répare les femmes "

L'obstétricien Denis Mukwege soigne depuis quinze ans les victimes de viols en République démocratique du Congo



les ne savent pas si elles doivent continuer à vivre. Le corps en souffrance, elles ne se sentent plus femmes et vivent avec la peur au ventre. Adolescentes, jeunes mères, parfois grands-mères, elles ont été violées par des militaires. Dans ce coin de la République démocratique du Congo, au Sud-Kivu – une région riche et convoitée où des groupes armés s'affrontent depuis vingt ans –, " les femmes sont les premières victimes et leurs vagins sont devenus des champs de bataille ", dit une voix off, en introduction de Congo, un médecin pour sauver les femmes.
Un documentaire qui met en lumière le travail remarquable de Denis Mukwege, 59 ans, pressenti deux fois pour le prix Nobel de la paix et récompensé par le prix Sakharov pour la liberté de pensée 2014.
Perte d'identité
En  1999, en pleine guerre civile, ce chirurgien-gynécologue ouvre l'hôpital Panzi à Bukavu, sa ville natale, pour permettre aux futures mères d'accoucher sereinement. Mais sa première patiente n'attend pas un enfant : elle a été victime d'un viol. Cette année-là, il soignera 45 femmes qui ont été sexuellement agressées. Trois fois plus l'année suivante.

Lire la suite Le Monde 25/11/2014

mardi 23 septembre 2014

Ebola : l'OMS prévoit jusqu'à 20 000 cas d'ici à novembre

Les prévisions sur l'épidémie de fièvre Ebola s'assombrissent. Le virus a déjà touché 5 843 personnes, dont 2 803 mortellement, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, selon le bilan publié lundi 22 septembre par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). " L'épidémie s'accroît à une vitesse exponentielle dans les trois pays ", constate Christopher Dye, directeur de la stratégie à l'OMS. Si rien ne vient freiner sa progression, elle pourrait atteindre 20 000 cas dès le 2 novembre, et non fin décembre comme prévu initialement.


Une tendance que met en évidence une étude publiée mardi dans le New England Journal of Medicine. Les auteurs, experts de l'OMS et de l'Imperial College de Londres, analysent les neuf premiers mois de l'épidémie et présentent des projections pour les prochaines semaines.
Sur la base des meilleures données disponibles (les 4 500 cas recensés au 14 septembre), il apparaît qu'une personne infectée en contamine directement deux autres. Ce taux est légèrement inférieur en Guinée et au Liberia à ce qu'il est en Sierra Leone.
Des chiffres minorés.
Le temps moyen d'incubation est de 11,4 jours, et il ne varie pas entre les trois pays. Le virus Ebola touche de manière équivalente les hommes et les femmes dans les trois pays les plus affectés. Mais les soignants paient un lourd tribut : plus de 150 d'entre eux ont été infectés et au moins 80 en sont morts. Le taux de décès atteint 80 % parmi les soignants infectés au Liberia.
Puis les experts ont tenté d'établir des projections pour les semaines à venir, sachant qu'au-delà les prévisions n'ont plus beaucoup de sens. " Nous estimons que, au rythme actuel d'augmentation, dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de changement dans les efforts de contrôle de l'infection, le nombre cumulatif de cas confirmés et probables atteindrait le 2 novembre (à la fin de la 44e semaine de l'épidémie) 5 925 en Guinée, 9 939 au Liberia et 5 063 en Sierra Leone, soit plus de 20 000 cas ", selon les auteurs.
Leurs chiffres seraient similaires à ceux que s'apprêtent à publier cette semaine les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, qui ont analysé les données du Liberia et de la Sierra Leone. " Les CDC estiment que les deux pays compteront 8 000 cas fin septembre, quand notre estimation est de 7 000 cas à cette date ", commente Christopher Dye.
Les CDC ont tenté d'évaluer la sous-déclaration des cas, et ils estiment qu'il faut multiplier par 2,5 les chiffres officiels actuels. Selon l'agence Bloomberg, qui s'est procuré des éléments du rapport, dans le scénario le plus pessimiste, celui où la réponse à Ebola resterait en l'état, l'épidémie pourrait au total affecter 550 000 personnes.
" Nous sommes dans la troisième vague d'accroissement de l'épidémie, pointe M. Dye. Nous n'avons pas d'indication rassurante sur la hausse exponentielle des infections. Si nous ne parvenons pas à la ralentir, ce ne seront plus des centaines de cas par semaine, mais des milliers que nous aurons, qui entraîneront des milliers de morts. "
Pour M. Dye, l'actuelle épidémie est exceptionnelle, mais les moyens sont connus pour l'arrêter. La réponse repose sur les mesures de contrôle et de prévention de l'infection, la protection précoce des malades et des soignants, la détection des personnes en contact avec quelqu'un d'infecté. Au Nigeria, l'épidémie a été contenue à 20 cas. " Si nous parvenions à diviser par deux la transmission, nous pourrions inverser la tendance. Mais, ici, il faut le faire à grande échelle. Cette épidémie est comme une série d'incendies qu'il faudra éteindre un par un ", souligne Christopher Dye. Nul doute que ceux des bidonvilles de Monrovia, la capitale du Liberia, seront parmi les plus difficiles à maîtriser.
Paul Benkimoun.
Article publié dans le journal Le Monde du 24 septembre 2014.

mercredi 27 août 2014

L’OMS autorise l’usage de traitements expérimentaux contre le virus Ebola



C'est un feu vert. Mardi 12 août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a avalisé le recours à des traitements et vaccins expérimentaux non encore évalués chez l'homme. Pour l'agence des Nations unies, il s'agit de faire face à « l'épidémie de fièvre à virus Ebola la plus vaste, la plus sévère et la plus complexe de l'histoire » à laquelle l'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui confrontée. Cette décision fait suite aux conclusions unanimes d'un panel de douze experts en éthique médicale réunis la veille.


Dès mercredi, le Canada annonçait ainsi faire don de 800 à 1 000 doses de vaccins expérimentaux contre le virus qu'il a développés dans ses laboratoires publics.


lire la suite sur Le Monde du 27/08/2014

mercredi 2 avril 2014

Virus Ebola / L'épidémie jugée sans précédent par MSF

L'épidémie de fièvre Ebola qui aurait déjà fait 78 morts en Guinée est sans précédent, estime Médecins sans frontières (MSF). Le Maroc renforce son dispositif sanitaire. Le virus Ebola, qui a fait sa réapparition en février, pourrait avoir tué jusqu'à 78 personnes en Guinée sur 122 cas suspects, selon les autorités de Conakry. Le pays cherche à contenir l'apparition de nouveaux cas, alors que le nombre de foyer semble se multiplier.




Extrait de ouest-france.fr
Article consultable en ligne: www.ouest-france.fr