dimanche 23 décembre 2018

Cannabis médical: un comité d’experts juge son autorisation «pertinente»

Réunis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), des spécialistes estiment que le cannabis doit pouvoir être mis à disposition de certains patients mal pris en charge par les traitements conventionnels.


La France fait un pas vers l’autorisation du cannabis médical. Le comité d’experts réuni en septembre dernier par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour étudier la question a rendu jeudi un avis favorable à sa mise à disposition à certains patients. Les spécialistes estiment ainsi qu’il est «pertinent d’autoriser l’usage du cannabis thérapeutique dans certaines situations cliniques, en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des traitements accessibles». Plusieurs indications sont retenues: douleurs réfractaires, certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, soins de support en oncologie, situations palliatives, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

Si l’ANSM retient les conclusions du comité d’experts, une deuxième phase du travail démarrera. Le comité se penchera alors sur les modes d’administration de la plante (inhalation, vaporisation ou voie orale par exemple), mais aussi son circuit de distribution. Consommer le cannabis en le fumant est cependant d’ores et déjà exclu par les experts, «en raison des risques pour la santé». L’avis définitif du comité est attendu d’ici septembre 2019.
Actuellement, deux médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés en France. Le premier, le Marinol, est prescrit à titre exceptionnel et au cas par cas pour des douleurs neuropathiques réfractaires. Mais 400 patients à peine en ont bénéficié depuis 2015. L’autre médicament est le Sativex, un spray autorisé depuis 2014 pour les patients souffrant de sclérose en plaques. Or, faute d’accord sur son prix entre le laboratoire et les autorités de santé, il n’est toujours pas vendu en pharmacie. Deux autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation au niveau européen.

Autorisé dans 15 pays européens

 

Pour rendre sa décision, le Comité spécialisé scientifique temporaire (CSST) a étudié la littérature scientifique, entendu médecins, pharmaciens et associations de patients. Des exemples étrangers lui ont été présentés. De nombreux pays ont en effet franchi le pas depuis une quinzaine d’années. En Europe, le cannabis médical est autorisé (sous forme de gélules, ou de feuilles à utiliser en inhalation ou à ingérer dans des gâteaux) dans 15 pays dont les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne - pays qui s’apprête aussi à en légaliser la culture. La plante est également proposée au Canada depuis 2001, dans 29 États américains, en Australie et en Israël.

(...)

Source : Le Figaro, 13/12/2018.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr

dimanche 11 juin 2017

Santé : forte hausse du nombre de malades nécessitant des traitements de longue durée en France d’ici 2020

Selon l’Assurance-maladie, un demi-million de patients en plus souffriront d’au moins une pathologie chronique ou nécessiteront des soins au long cours.


Une population plus nombreuse et plus âgée, des maladies plus fréquentes… En 2020, la France devrait compter 548 000 personnes de plus qu’en 2015 atteintes d’au moins une pathologie chronique ou nécessitant un traitement au long cours (diabète, cancer, maladie psychiatrique…). Cette projection inédite a été dévoilée mercredi 31 mai par la Caisse nationale de l’assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) à l’occasion de la présentation d’une analyse « médicalisée » des dépenses de santé en 2015.

Selon les projections de l’Assurance-maladie, un demi-million de patients en plus souffriront d’au moins une pathologie chronique ou nécessiteront des soins au long cours.
Selon les projections de l’Assurance-maladie, un demi-million de patients
en plus souffriront d’au moins une pathologie chronique ou nécessiteront des
soins au long cours. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Pour la première fois, les statisticiens de la CNAM ont croisé les prévisions démographiques de l’Insee et les évolutions prévisibles des principales pathologies. L’objectif était d’établir celles qui connaîtront les plus fortes hausses d’effectifs ces prochaines années et ainsi mieux « identifier les leviers de maîtrise de dépenses ». Entre 2015 et 2020, le nombre de personnes atteintes d’une maladie cardio-neuro-vasculaire devrait par exemple grimper de 13 % et passer de 4,5 millions à 5,1 millions de patients, les deux tiers de cette hausse s’expliquant par la seule évolution démographique, soit en l’occurrence le vieillissement de la population.
D’autres pathologies devraient également connaître de fortes hausses de leurs effectifs au cours de cette période : + 12 % pour le diabète (455 000 patients de plus), + 10 % pour les maladies respiratoires chroniques (340 000 patients de plus), + 11 % pour les maladies psychiatriques (100 000 patients de plus), + 20 % pour les maladies inflammatoires (234 000 patients de plus). Des hausses spectaculaires qu’il faut lire avec prudence car les patients qui cumulent plusieurs pathologies sont comptabilisés plusieurs fois. Ayden Tajahmady, le directeur adjoint de la stratégie et des études statistiques à la CNAM, explique :
« Cette progression peut paraître importante mais il n’y a pas d’explosion. C’est la poursuite d’une tendance qui tend même à se ralentir en raison d’une évolution démographique plus modérée. »
L’augmentation du nombre de patients atteints de maladies cardio-neuro-vasculaires ne serait ainsi que de 2,7 % par an jusqu’en 2020, contre 3,3 % chaque année entre 2013 et 2015. Plus exceptionnellement, on assiste même à quelques diminutions d’effectifs. Le nombre de personnes prenant des traitements psychotropes ou des traitements du risque cardio-vasculaire devrait ainsi « reculer respectivement de 8 % et de 6 % ».
Budget contraint
Une évolution du nombre de malades à laquelle l’Assurance-maladie devra répondre avec un budget contraint, ce qui l’oblige, comme elle le détaille chaque année à la fin du mois de juin, à engager des actions de prévention ou de « maîtrise médicalisée » des dépenses (réduction de la durée de séjour à l’hôpital, optimisation de l’utilisation des ambulances, etc.). Emmanuel Macron a annoncé pendant la campagne qu’il entendait plafonner la progression des dépenses à 2,3 % chaque année (contre 2,1 % cette année, et 1,75 % en 2016).

Mercredi, la CNAM n’a pas souhaité chiffrer les dépenses supplémentaires qu’entraîneront nécessairement ces centaines de milliers de nouveaux patients. « Ce calcul aurait été trop hasardeux, chaque pathologie ayant vingt-sept postes de dépense différents », souligne M. Tajahmady, en rappelant qu’il est aujourd’hui impossible de prédire l’évolution du prix de certains traitements médicamenteux.
L’Assurance-maladie s’est toutefois prêtée à cet exercice a posteriori pour certaines maladies. Elle a par exemple constaté une hausse de la dépense moyenne de soins pour le traitement du cancer du sein, passée de 11 288 euros par patiente par an en 2012 à 12 035 euros en 2015. Une augmentation due à un recours croissant à des nouveaux médicaments, plus onéreux.
A contrario, la dépense moyenne annuelle par patient traité pour une maladie coronaire chronique, comme une angine de poitrine, a baissé de 2,7 % entre 2012 et 2015 en raison de la baisse des prix de certains médicaments et une diminution des dépenses d’hospitalisation, « concomitante à une hausse des soins infirmiers en ville ».

Le Monde, 31/05/2017.

mercredi 5 avril 2017

Sida: vers une nouvelle piste pour éliminer le virus

Des chercheurs français ont réussi à détecter les cellules où se cache discrètement le virus latent.


Aucun médicament ne permet pour le moment d’éliminer totalement le VIH (le virus responsable du Sida) chez un malade. Car si les tri thérapies permettent de contrôler l’infection, elles n’entraînent pas l’extermination totale du virus. Celui-ci peut se cacher pendant plusieurs dizaines d’années dans des cellules de l’organisme, les cellules «réservoirs», échappant ainsi à la réponse immunitaire et aux traitements. 

Jusqu’à maintenant, il n’existait aucun moyen de repérer ces cellules, hôtes silencieuses du virus. Pour la première fois, des chercheurs français ont identifié un marqueur qui permet de les reconnaître, et qui permettra, un jour peut-être, de les éradiquer. Leur découverte, fruit de cinq années de travail, a été dévoilée mercredi dans la prestigieuse revue Nature .
«Nous savions que ces cellules réservoirs existaient et qu’il y en avait une sur un million. Ce sont des cellules du système immunitaire, les lymphocytes T CD4. Par contre, nous étions incapables de les identifier, expliquent Benjamin Descours et Gaël Petitjean, coauteurs de l’étude et chercheurs au département de virologie moléculaire, dirigé par le Pr Monsef Benkirane, au CNRS de Montpellier. Désormais, nous connaissons un marqueur, et plus précisément une protéine exprimée à la surface de ces cellules dormantes infectées, la protéine CD32.»

La découverte du marqueur

 

Tout a commencé en 2011, lorsque des chercheurs de ce même laboratoire ont montré comment infecter par le VIH les lymphocytes T CD4. «Après avoir infecté des lymphocytes, nous avons regardé quels gènes s’exprimaient par rapport à un lymphocyte sain. Nous avons sélectionné le gène qui s’exprimait le plus, c’est comme cela que nous avons découvert le gène codant le marqueur CD32», racontent les chercheurs.
Tentative de description de la révélation de CD32A comme marqueur des cellules réservoir du VIH1 / © Fabrice Hyber, pour Organoïde/Institut Pasteur

Pour confirmer leurs résultats, ils ont analysé le sang de 12 patients vivant avec le VIH et sous trithérapie. «Grâce à des anticorps, nous avons isolé les cellules du sang exprimant le marqueur», poursuit Benjamin Descours. Résultat? Un nombre infime de lymphocytes T CD4 (0,0012%) exprimait la fameuse protéine CD32. Et la quasi-totalité de ces cellules était effectivement infectée par le virus. Pas de doute: ces cellules étaient bien des cellules réservoirs. Les chercheurs estiment qu’un malade atteint du VIH doit avoir quelque 4000 cellules réservoirs parmi les 4 milliards de lymphocytes CD4 T qui circulent dans les 5 litres de sang.
Reste à savoir si ce marqueur permet de reconnaître toutes les cellules réservoirs du corps ou si d’autres existent et diffèrent selon les parties du corps. «Le sang contient 2% des lymphocytes de l’organisme et nous savons que la majorité des réservoirs se trouvent dans les tissus. Nos résultats sont une petite photographie d’une réalité mais nous ne savons pas s’ils sont représentatifs. Mais il nous est plus facile d’avoir accès au sang que de faire des biopsies de muscles ou d’organes», soulignent les chercheurs.
«À long terme, cette découverte devrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer le virus latent de l’organisme, affirme le Pr Benkirane. Mais la priorité est de comprendre comment fonctionnent ces réservoirs viraux».

Le Figaro santé, 16/03/2017.

lundi 3 avril 2017

Sida : des chercheurs font une découverte majeure

Une équipe de chercheurs français a mis au jour un marqueur permettant de différencier les cellules "dormantes" infectées par le VIH des cellules saines.

 

Sida : des chercheurs font une découverte majeure
Cette découverte devrait à long terme permettre de développer 
de nouvelles "stratégies thérapeutiques". ( JAUBERT/SIPA)

C'est une découverte majeure. Des chercheurs français ont révélé l’existence d’un marqueur – une protéine – permettant de différencier, chez un patient séropositif, les cellules "dormantes" infectées par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) des cellules homologues saines très ressemblantes. Ces travaux ont été réalisés par une équipe française issue de la collaboration entre plusieurs organismes et hôpitaux*, dans le cadre du programme de l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales) "Réservoirs du VIH". Les résultats ont été publiés, mercredi 15 mars, dans la revue "Nature".  
Depuis 1996, les scientifiques sont convaincus que la lutte contre le sida passera par le ciblage de "cellules réservoirs" qui abritent le virus dans les organismes des patients sous trithérapie (association de trois médicaments antirétroviraux renforçant la puissance du traitement contre le VIH). Grâce à ce traitement pris à vie, l’infection peut être stoppée.

Des cellules difficilement détectables       

             
Néanmoins, le virus n’est pas éradiqué de l’organisme, puisqu’il persiste, à l’état latent, dans une très faible proportion de globules blancs (cellules du système immunitaire), les lymphocytes T CD4, qu’il infecte. Ces cellules seraient au nombre de "1 à 5 sur 1 million", selon les propos du directeur de l’Institut de génétique humaine, Monsef Benkirane, au "Parisien".
Le virus "dormant" peut rester une dizaine d’années dans ces "réservoirs cellulaires" et échappe à la réponse immunitaire chargée de le détruire et aux traitements antirétroviraux. Il ne donne alors aucun signe de vie. Aucune protéine virale, qui donne au virus son pouvoir infectieux, n’est exprimée. Les médecins ne peuvent donc pas détecter la charge virale (évaluation de la quantité de virus par millilitre de sang), contrôlée par le traitement, chez les patients. Le danger n’est pour autant pas écarté, puisqu’en cas d’arrêt de la trithérapie, le virus va se multiplier massivement entraînant une nouvelle progression de la maladie.



La protéine CD32a, marqueur des cellules "dormantes"


La première étape pour espérer éliminer ces virus "dormants" est donc de trouver un moyen de traquer ces cellules. Les chercheurs sont partis de l’hypothèse que le VIH pouvait laisser une empreinte à la surface des "cellules réservoirs". Grâce à des travaux menés in vitro sur des cellules saines et infectées, ils sont parvenus à identifier une protéine baptisée CD32a, présente uniquement à la surface des lymphocytes infectés. Des tests réalisés à partir de sang de 12 patients séropositifs sous traitement ont confirmé leurs résultats.
Ils ont également remarqué qu'activer in vitro ces cellules entraînait la production de virus capables de réinfecter des cellules saines. A contrario, leur élimination a engendré un retard important de la production virale.
"Dans la lutte contre le VIH, cette découverte ouvre la voie à une meilleure connaissance fondamentale des réservoirs viraux, qui pourront désormais être isolés facilement et analysés directement. A plus long terme, elle devrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer de l’organisme le virus latent", a déclaré l’équipe de chercheurs dans un communiqué.
Pour le chercheur sur le sida de l’Université de Californie à San Diego, Douglas Richman, qui n’a pas participé à ces travaux, plusieurs choses restent à déterminer, comme le rapporte Europe 1. Tout d’abord, il est nécessaire de savoir si la protéine CD32a joue un rôle actif pour permettre au virus de s’installer dans les cellules dormantes.
Il reste également à établir si cette protéine est un bon marqueur pour les lymphocytes T CD4 se situant ailleurs que dans le sang, dans les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse, l'intestin et d'autres tissus qui pourraient contenir également des cellules réservoirs. Il indique tout de même que cette étude est potentiellement majeure.

Marlène Thomas                             
* Le CNRS, l’Université de Montpellier, l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’hôpital Henri-Mondor AP-HP de Créteil, le CHU de Montpellier et le VRI (Institut de recherche vaccinale)

L'Observateur, 16/03/2017.

mercredi 23 septembre 2015

Diagnostic, évolution, traitement : ce que l’on sait de la maladie d’Alzheimer

Neuf cent mille malades en France, des traitements encore peu efficaces et des proches parfois écrasés par le poids de la pathologie… A l’occasion de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, lundi 21 septembre, retour sur cette maladie qui toucherait entre 28 et 33 millions de personnes dans le monde, selon les estimations de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS).

  • Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?

Décrite en 1906 par le médecin allemand qui lui a donné son nom, la maladie d’Alzheimer est une maladie dégénérative affectant le fonctionnement du cerveau. La perte de neurones qu’elle entraîne atteint progressivement différentes fonctions cognitives comme la mémoire, le langage, l’orientation dans le temps et l’espace ou le raisonnement. Les troubles de la mémoire, surtout les souvenirs récents, sont les premiers à se manifester car l’atteinte des neurones concerne d’abord la région où se trouve situé l’hippocampe, une structure déterminante pour cette fonction. Elle est généralement diagnostiquée à partir de 65 ans mais il existe des formes précoces, représentant environ 5 % des cas.

  • Combien de cas dénombre-t-on ?

La maladie d’Alzheimer est classée parmi les « démences », dont elle représente 60 % à 70 % des 47,5 millions de personnes atteintes dans le monde, selon l’OMS. L’organisation s’attend à ce que ce nombre double quasiment tous les vingt ans.
En France, 900 000 personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. Quelque 225 000 cas sont diagnostiqués chaque année. Le nombre de personnes touchées devrait atteindre 1,3 million en 2020, avec une personne âgée de plus de 65 ans sur quatre concernée.

Source : Le Monde, Paul Benkimoun. 

vendredi 17 juillet 2015

Affaire Vincent Lambert : un pas vers l’arrêt des traitements

Plus de cinq semaines après l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) autorisant l’arrêt des traitements de Vincent Lambert, c’est à un « conseil de famille » un peu particulier que ses parents, ses frères et sœurs, son épouse et son neveu sont conviés mercredi 15 juillet à l’hôpital Sébastopol de Reims. Signe de l’extrême prudence adoptée par le CHU dans ce dossier, pour donner leur avis sur une « nouvelle procédure en vue d’une décision d’arrêt des traitements », ils ne seront pas réunis autour d’une même table, mais reçus en plusieurs groupes successifs par le docteur Daniela Simon, la chef du service qui prendra la décision finale.


A tous, selon les informations du Monde, la médecin devrait annoncer la tenue dès la semaine prochaine d’une réunion « collégiale » de plusieurs praticiens. A charge pour eux de déterminer si de nouvelles expertises médicales sont nécessaires — comme le réclament les parents, qui estiment que leur fils a recommencé à déglutir ces dernières semaines — ou si l’on pourra prochainement arrêter la nutrition et l’hydratation artificielles, dans le cadre de la loi Leonetti sur les droits des malades et la fin de vie.
Le docteur Simon ayant fait partie de l’équipe qui a décidé à deux reprises d’arrêter les traitements, le sens de la décision finale semble faire aujourd’hui peu de mystère. Reste l’inconnue du calendrier. « Ce sera annoncé avant la fin du mois », croit savoir Laurent Pettiti, l’avocat de Rachel Lambert, l’épouse de Vincent Lambert. Il se dit par ailleurs certain qu’aucun médecin extérieur au CHU ne sera sollicité pour participer à cette réunion.

« Mascarade »

 

« Je crains que cette procédure ne soit qu’une mascarade visant à donner un habillage juridique à la précédente décision d’arrêt des traitements », assure Jean Paillot, l’un des avocats des parents. Réclamant une nouvelle expertise neurologique et orthophonique, il se tient prêt à contester toute nouvelle décision d’arrêt des traitements devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne puis, le cas échéant, devant le Conseil d’Etat.
Depuis le 5 juin, les partisans du maintien en vie de Vincent Lambert, ses parents en tête, ont multiplié les démarches médiatiques, administratives et judiciaires pour obtenir gain de cause. Certaines d’entre elles ont rapidement tourné court. La CEDH a fait savoir dès le 6 juillet qu’elle rejetait la demande de révision de l’arrêt. Quant au recours devant le Conseil d’Etat, annoncé par les deux avocats des parents, il n’a finalement pas été déposé.
La demande de transfert dans une unité spécialisée au sein d’une maison de santé à Oberhausbergen, près de Strasbourg, n’est plus à l’ordre du jour. La direction de l’établissement – qui n’a pas souhaité s’exprimer – est « revenue sur sa décision initiale » d’accueillir Vincent Lambert, annonce Jean Paillot. Pierre et Viviane Lambert réfléchissent aujourd’hui à demander la prise en charge de leur fils à leur domicile ou dans une structure d’accueil pour personnes handicapées. Leurs avocats se tiennent par ailleurs prêts à saisir le tribunal s’ils n’ont pas obtenu de réponse à leur demande de transfert d’ici au 1er août.

Nouvelle vidéo du malade

 

Le docteur Bernard Jeanblanc et le professeur de neurologie Xavier Ducroq – les conseils médicaux des parents – ont quant à eux invité le 25 juin une dizaine de journalistes à visionner une nouvelle vidéo de Vincent Lambert afin d’« apporter des éclairages » sur son « véritable état clinique ». Ce jour-là, interdiction formelle pour les caméras des chaînes d’information en continu de filmer la même séquence que celle tournée une semaine plus tôt dans la chambre d’hôpital, et censée prouver que Vincent Lambert pouvait bien déglutir une cuillerée de Danette à la vanille.
« Qui a interviewé des médecins qui connaissent réellement le patient ? », a demandé le professeur Ducrocq aux journalistes qui dénonçaient une tentative de manipulation. De son côté, le docteur Jeanblanc a expliqué avoir pu observer Vincent Lambert sur son lit d’hôpital « un après-midi entier » et consulté son « dossier de soins ». Des experts mandatés par le Conseil d’Etat avaient, eux, mené des tests plus poussés.
Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’ordre des médecins, assure « appeler par des contacts directs les parties médicales à la prudence et à la réserve dans les propos ».

Source : Journal Le Monde, 14/07/2015,

samedi 14 février 2015

Conflit autour d’un traitement contre l’hépatite C

La bataille autour du sofosbuvir, médicament révolutionnaire contre l’hépatite C, se poursuit. Mardi 10 février, l’organisation médicale humanitaire Médecins du monde (MDM) a attaqué le brevet de ce traitement, commercialisé depuis 2013 sous le nom de Sovaldi, auprès de l’Office européen des brevets. Tout en reconnaissant une avancée thérapeutique majeure, MDM conteste que cette molécule du laboratoire américain Gilead Sciences soit suffisamment innovante pour être couverte par un brevet. Surtout, elle juge son prix « exorbitant » et dénonce l’absence de génériques.


Le sofosbuvir a tout pour plaire : un traitement administré uniquement par voie orale, deux fois plus court que les autres traitements de référence, moins d’effets secondaires et surtout un taux de guérison dépassant les 90 %. Tout pour plaire, sauf son coût : variable selon les pays, il atteint 41 000 euros en France et 74 000 euros aux Etats-Unis pour un traitement complet de douze semaines.
Des frais qui risquent d’exclure des soins de nombreux malades. Or, selon un rapport du professeur Daniel Dhumeaux de 2014, qui recommande de traiter les patients dès une atteinte du foie modérée, quelque 120 000 malades de l’hépatite C auraient besoin de ces médicaments en France. Pour Jean-François Corty, directeur des opérations France de MDM, il s’agit « de relancer le débat sur le problème de fixation des prix du médicament en France ».

Une chercheuse au sein du laboratoire de Gilead Sciences à Foster City en Californie.
Une chercheuse au sein du laboratoire de Gilead 
Sciences à Foster City en Californie. HANDOUT / Reuters

L’histoire du sofosbuvir a commencé le 21 novembre 2011, lorsque Gilead Sciences a fait l’acquisition de Pharmasset, une société de biotechnologie détentrice de trois candidats médicaments au stade des essais cliniques pour le traitement de l’hépatite C. Cette infection du foie due à un virus (VHC) évolue dans 80 % des cas vers la chronicité et une dégradation du fonctionnement hépatique, aboutissant dans 10 % à 20 % des cas à une cirrhose, et plus rarement à un cancer du foie.

Le coût d’acquisition de Pharmasset a été évalué à 11 milliards de dollars (9,7 milliards d’euros), bien au-dessus de la valeur estimée de cette société, pour écarter les concurrents. L’investissement s’est finalement révélé plus que juteux : le 3 février, Gilead Sciences a annoncé des ventes d’un montant de 10,3 milliards de dollars pour la seule année 2014. Sans compter celles d’un autre de ses médicaments, Harvoni, combinant en un seul comprimé le sofosbuvir et une autre molécule inhibant le VHC, qui ont rapporté 2,1 milliards de dollars depuis son autorisation en octobre 2014.

« Manque d’activité inventive »

En septembre 2014, plusieurs associations, dont SOS Hépatites, MDM et Aides, se sont élevées contre le prix jugé « exorbitant » du sofosbuvir. Elles ont demandé – sans effet – au ministère français de la santé de prendre une licence d’office sur le médicament afin d’autoriser des fabricants de génériques à le produire à coût très réduit. Gilead, de son côté, a justifié ce montant élevé par les coûts de développement (notamment les essais cliniques qu’il a financés) et les nombreux cancers du foie évités. « C’est comme si on calculait le prix d’un airbag sur la base du coût des vies humaines qu’il sauve », ironise Céline Grillon, responsable du plaidoyer pour la réduction des risques à MDM.
Le principe actif du sofosbuvir dérive d’une molécule au nom de code RO2433. Cette dernière ne peut pas pénétrer toute seule dans les cellules hépatiques infectées par le VHC. Pour qu’elle y parvienne, il faut lui adjoindre un groupement chimique qui permettra sa transformation dans les cellules du foie en une forme active dite « RO2433-TP ». Le sofosbuvir est l’une des formes de la molécule d’origine pourvue du groupement chimique.
Pharmasset a déposé en 2005 une première famille de brevets sur le RO2433 et les formes produites par sa transformation dans le foie, ainsi que sur plusieurs milliers d’autres molécules apparentées. La demande est toujours en cours d’examen par l’Office européen des brevets, indique MDM. Une seconde famille de brevets a ensuite été déposée, couvrant les différentes combinaisons chimiques entre le RO2433 et le fameux groupement chimique permettant l’entrée dans le foie. L’Office européen des brevets a accordé en mai 2014 un brevet couvrant les différentes formes du RO2433 pourvu du groupement chimique, dont le sofosbuvir.

MDM conteste le bien-fondé de ce brevet. L’association s’appuie sur deux arguments : le « manque d’activité inventive » et le fait que « l’objet du brevet s’étende au-delà du contenu de la demande telle qu’elle a été déposée initialement. »
Sur le premier point, MDM fait valoir que l’ajout du groupement chimique rendant active la molécule découlait de l’état de la technique. Cette découverte est en effet issue des travaux menés par l’équipe du Pr Chris McGuigan, à l’université publique britannique de Cardiff, et publiés en 2007. Sur le second motif d’opposition, MDM souligne que la demande de brevet a été déposée avant que le sofosbuvir soit identifié. A l’époque, insiste MDM, le sofosbuvir « n’était qu’une molécule parmi les milliers d’autres potentiellement actives sur lesquelles Pharmasset revendique la priorité ». La procédure, qui prévoit que Gilead Sciences examine les arguments invoqués et y réponde, devrait durer au moins un an et demi à deux ans.

lundi 9 février 2015

L’espoir d’un traitement efficace contre Ebola

C’est une note positive dans la guerre contre Ebola. Les résultats préliminaires – sur quelques dizaines de patients – de l’essai de traitement avec le favipiravir, mené en Guinée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), indiquent que cet antiviral réduit la mortalité de moitié chez les adultes et adolescents présentant un faible taux de multiplication du virus, et accélère leur guérison. En revanche, le médicament ne paraît pas avoir d’efficacité chez les malades ayant une charge virale plus élevée dans le sang.


Ces informations, transmises à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), doivent être présentées à la conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, à Seattle, du 23 au 26 février. Un communiqué, publié mercredi 4 février par l’Elysée, à l’issue d’une rencontre du président de la République avec les professeurs Jean-François Delfraissy, coordinateur français de la lutte contre Ebola, et Yves Lévy, président de l’Inserm, les a en partie dévoilées.
Autorisé en mars 2014 au Japon comme traitement contre la grippe, le favipiravir est commercialisé sous le nom d’Avigan. Son fabricant, Toyama Chemical, disposerait de l’équivalent de 20 000 traitements complets.
Financé par la France et la Commission européenne, l’essai promu par l’Inserm a été mis sur pied en Guinée et a débuté le 17 décembre 2014. Il se déroule en partenariat avec les autorités et les chercheurs guinéens, Médecins sans frontières (MSF), la Croix-Rouge française – qui gère le centre de prise en charge ouvert par la France à Macenta – et l’ONG Alima. Supervisé par un comité de surveillance indépendant, il est mené sur deux sites, l’un à Guéckédou, géré par MSF, et l’autre à N’zérékoré, par Alima.


Signal encourageant

 

Tous les malades reçoivent pendant dix jours le favipiravir à des doses bien supérieures à celles utilisés contre la grippe, souligne le professeur Yves Lévy, actuellement sur place avec le professeur Delfraissy pour s’entretenir avec les autorités guinéennes et effectuer un bilan de l’action de la France. Ce traitement a très bien été accepté et toléré.
Au 25 janvier, il avait été administré à quatre-vingts malades. Le comité de surveillance note une diminution de la mortalité au quatorzième jour après le début du traitement chez les patients adultes et adolescents arrivant tôt et avec une charge virale pas trop élevée, soit soixante-neuf malades, précise le professeur Lévy. Chez ces malades, le taux de mortalité a été abaissé à 15 %, contre 30 % sans traitement. C’est un signal encourageant de l’efficacité du traitement.
Celui-ci se poursuit, et de nouveaux patients sont traités et suivis, plus de cent au total actuellement. « Nous allons discuter avec les autorités guinéennes de l’accès à ce traitement afin de s’assurer que les données indispensables pourront être recueillies auprès des nouveaux patients traités », explique le professeur Lévy. Le professeur Delfraissy indique que, grâce à l’action du Quai d’Orsay, les doses pour traiter cinq cents patients sont déjà stockées à Conakry.


Dans le cas de l’utilisation du favipiravir contre la grippe, les résultats sont optimaux lorsque le patient est traité dans les deux ou trois jours suivant l’apparition des symptômes. Or, dans le cas des malades d’Ebola, les patients arrivent plus tard aux centres de traitement, la moitié d’entre eux avant cinq jours et l’autre moitié au-delà. Pour cette raison, « il faut ramener les patients vers les centres de prise en charge, déployer des équipes de surveillance, notamment dans les zones difficiles, sans oublier de répondre aux autres tâches sanitaires, comme les enfants non vaccinés ou les traitements au long cours interrompus », insiste le professeur Delfraissy.
Que ce soit pour des traitements ou des vaccins, la difficulté pour les essais mis en place dans les pays d’Afrique de l’Ouest, touchés par Ebola, est la taille des effectifs de participants nécessaires pour obtenir des résultats significatifs. Ils ont été calculés sur la base du nombre de nouveaux cas au mois de septembre, notablement plus élevés que ceux observés fin décembre et en janvier. Cela complique la tâche pour déterminer s’il faut bien imputer au traitement l’amélioration observée.

Essai interrompu

 

La semaine dernière, l’essai en cours au Liberia avec un autre antiviral, le brincidofovir, a été interrompu. Le fabricant américain Chimerix avait décidé de ne plus participer à de futurs essais. Le comité scientifique de l’essai, regroupant les chercheurs libériens et ceux de l’université d’Oxford et de MSF, a estimé qu’il ne serait pas possible de recruter suffisamment de malades dans le pays.
La bataille contre le virus est loin d’être gagnée. Après une nette décrue mi-janvier, les contaminations sont reparties à la hausse, et la situation en Sierra Leone, pays le plus touché, reste très préoccupante. Les ONG redoutent le début de la saison des pluies qui risque d’isoler certaines zones. « Le virus nous a dit haut et fort, cette semaine : “Je ne vais pas disparaître comme vous vous y attendez” », résume le docteur Ayward, chef des opérations anti-Ebola pour l’OMS, à propos du dernier bilan. L’épidémie d’Ebola ne s’achèvera qu’après une absence totale de cas pendant quarante-deux jours consécutifs dans les pays touchés.

Paul Benkimoun, Le Monde, 06/02/2015.

mercredi 27 août 2014

L’OMS autorise l’usage de traitements expérimentaux contre le virus Ebola



C'est un feu vert. Mardi 12 août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a avalisé le recours à des traitements et vaccins expérimentaux non encore évalués chez l'homme. Pour l'agence des Nations unies, il s'agit de faire face à « l'épidémie de fièvre à virus Ebola la plus vaste, la plus sévère et la plus complexe de l'histoire » à laquelle l'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui confrontée. Cette décision fait suite aux conclusions unanimes d'un panel de douze experts en éthique médicale réunis la veille.


Dès mercredi, le Canada annonçait ainsi faire don de 800 à 1 000 doses de vaccins expérimentaux contre le virus qu'il a développés dans ses laboratoires publics.


lire la suite sur Le Monde du 27/08/2014

lundi 17 mars 2014

Alcoolisme / l’utilisation du baclofène autorisée en France

La décision était attendue depuis cet été. Vendredi, l’Agence nationale de sécurité du médicament a donné son feu vert au Baclofène pour traiter la dépendance à l’alcool. L’institution a publié une « recommandation d’utilisation temporaire » (RTU). Valable trois ans, celle-ci permettra au corps médical de prescrire ce médicament en toute légalité, dans l’attente de la réalisation d’essais cliniques permettant de prouver l’efficacité du produit. C’est le premier médicament à bénéficier d’une autorisation de type RTU, une possibilité née de la loi Bertrand de 2011.









Extrait du Lesechos.fr

Article en ligne: Alcoolisme